Recherche sur la peau : Un bouclier solide et polyvalent

De tous les organes vitaux de l'organisme - le cerveau, le cœur, les poumons, le foie, les reins, etc.-, la peau est le plus lourd et celui qui a la plus grande surface. Déployée et placée à plat, la peau d'un adulte humain de taille moyenne fait environ deux mètres carrés, soit à peu près la surface d'une serviette de plage extra grande.

Non seulement notre peau nous protège-t-elle contre les assauts quotidiens du monde extérieur - des germes transportés par l'air et l'eau à la chaleur et au froid extrêmes en passant par les produits chimiques corrosifs et les radiations ultraviolettes -, mais elle nous dote d'une délicate sensibilité au toucher et à la température. Dans chaque carré de peau de la taille d'un timbre-poste, il peut y avoir par une vingtaine de vaisseaux sanguins, une soixantaine de glandes sudoripares et plus d'un millier de terminaisons nerveuses.

La couche externe de la peau, l'épiderme, est un robuste bouclier de cellules aplaties, sèches, remplies de kératine, le même matériau solide qui est le principal constituant des cheveux et des ongles. La face externe de l'épiderme est mortelle pour les microbes étrangers, dont bon nombre meurent au contact d'une surface hostile constamment couverte de sueur salée et de sébum huileux et acide. Ceux qui réussissent à s'incruster doivent ensuite lutter contre les nombreuses espèces de bactéries qui se développent sur notre peau. D'autres germes et particules sont rejetés avec les cellules superficielles de l'épiderme, qui se desquament sans cesse.

Plus en profondeur, sous les couches de kératine, des cellules basales appelées kératinocytes se divisent sans cesse et migrent vers la surface pour remplacer la peau desquamée. Placées stratégiquement parmi les cellules basales, les cellules de Langerhans sont sans cesse à l'affût d'intrus porteurs de maladies et les mélanocytes produisent le pigment qui donne à la peau ses nombreux tons.

La couche intermédiaire de la peau, le derme, consiste en une masse épaisse de tissu conjonctif fibreux qui procure une résistance accrue à l'épiderme. Des réseaux complexes de capillaires (vaisseaux sanguins microscopiques) aident à nourrir les cellules basales, à éliminer les produits de déchet et à réguler la circulation à la surface de la peau. Parcourent également ce treillis de collagène élastique des circuits complexes de fibres nerveuses qui informent le cerveau de la pression, de la chaleur et du froid à la surface. Plus profondément dans le derme, enrobant les tiges des poils, se trouvent les glandes sébacées, qui lubrifient la surface de la peau et la rendent imperméable à l'eau. À proximité, les glandes sudoripares pompent le sel et l'eau à la surface de la peau pour refroidir un corps surchauffé.

Plus profondément encore, un coussin graisseux dense forme la dernière couche de la peau. En plus de ses propriétés antichoc, ce gras constitue une protection contre la perte soudaine de chaleur du noyau du corps, et sert de milieu semi-solide pour des structures comme les racines des poils, les vaisseaux sanguins de gros calibre et les jonctions du système nerveux.

Percer les mystères de la guérison des blessures

Comme n'importe quelle forteresse, la peau repousse l'ennemi en présentant un mur uniformément impénétrable. Pour atteindre cet état de préparation idéal, la peau a recours à un système d'intervention rapide afin de réparer les blessures courantes (ecchymoses, coupures, abrasions, piqûres, brûlures, etc.). Par nécessité, la peau excelle dans l'art de s'autoréparer.

Comme on pourrait s'y attendre, les divers stades de guérison des blessures sont extrêmement compliqués : la douleur pour donner l'alerte, l'inflammation pour assurer les premiers secours, la réponse immunitaire pour lutter contre l'infection, la coagulation pour arrêter l'hémorragie, la réparation de la matrice de collagène pour contracter la plaie, la croissance capillaire pour assurer l'irrigation du derme en voie de guérison, et la division exubérante de cellules basales pour créer un nouvel épiderme. Il reste beaucoup à apprendre au sujet de la manière dont différentes populations cellulaires de différents tissus communiquent entre elles, comment elles activent sélectivement les gènes appropriés dans leurs noyaux respectifs et comment ces produits génétiques contribuent à la guérison globale des blessures.

Le besoin de savoir est urgent, car un processus aussi compliqué que celui de la guérison des blessures est forcément vulnérable aux erreurs et aux dérèglements. En effet, les personnes frêles et âgées, dont le système immunitaire est affaibli, ou qui souffrent de diabète ou qui ont une mauvaise circulation sanguine sont souvent aux prises avec des blessures qui refusent de guérir. Les infections septiques, les ulcères cutanés chroniques et la gangrène sont parmi les complications les plus communes d'une guérison anormale des blessures. À l'opposé, une guérison excessive par suite de brûlures et d'échaudures entraîne - paradoxalement - la formation de tissu cicatriciel invalidant et défigurant.

Dans un sens comme dans l'autre, les problèmes chroniques de guérison des blessures imposent un énorme fardeau au système de santé du Canada et sont à l'origine d'un incroyable lot de souffrance. De plus, la prévalence de ces problèmes devrait augmenter sensiblement avec le vieillissement de la population canadienne. C'est pourquoi les chercheurs sur la peau de l'IALA ont fondé le Groupe interdisciplinaire canadien de recherche sur la guérison des blessures; la guérison anormale des blessures est un problème qui concerne tellement de gens et toutes nouvelles connaissances produites trouveront de nombreuses applications dans le reste de la recherche sur la peau. Nombre de maladies qui touchent la peau présentent des caractéristiques de base communes, comme les lésions de surface, la division rapide des cellules, la persistance de l'inflammation et la production excessive de collagène.

En collaboration avec des chercheurs d'autres instituts et des universités dans tout le Canada, l'équipe de recherche multidisciplinaire de l'IALA examinera les signaux biochimiques qui commandent à diverses cellules de se multiplier et d'entreprendre des tâches de réparation spécialisées; comment les diverses cellules s'y prennent pour atteindre le siège de la blessure et s'organisent pour réparer le tissu altéré; comment les infections perturbent le processus de guérison normal; comment des facteurs biologiquement actifs peuvent être intégrés dans des pansements et de la peau artificielle de telle manière à stimuler une guérison optimale; et la meilleure façon de faire profiter les patients de ces nouvelles connaissances.

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