Recherche dans l'infection et l'immunité

Une stratégie nationale d'immunisation au Canada

L'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) et une stratégie nationale d'immunisation

« La vaccination est probablement le problème le plus important en matière d'intervention en santé publique prodiguée par le Canada au moyen de son système de santé publique. Ceci dit, je crois que l'un des principaux avantages de la stratégie nationale d'immunisation est la capacité de créer une norme nationale et de faire de l'accessibilité aux vaccins un service de santé publique essentiel. Il s'agit d'un domaine vraiment intéressant, où la science primaire, qui mène à la découverte et à l'innovation, est réalisée par des scientifiques qui sont le plus souvent représentés au sein de l'IMII, et où l'analyse et l'évaluation des impacts sur la santé de ces vaccins sont la plupart du temps réalisées à l'ISPP. »

Le Dr Robert Brunham, membre du Conseil consultatif d'institut de l'ISPP, est directeur du Centre for Disease Control de l'Université de la Colombie-Britannique, et directeur médical du Centre for Disease Control Society de la Colombie-Britannique. Il est aussi membre du groupe de travail de l'IMII sur la sensibilisation à l'immunisation.

Un point soulevé par plusieurs pédiatres et experts en santé publique au cours des dernières années a de nouveau été souligné dans le rapport de la Commission sur l'avenir des soins de santé au Canada en novembre 2002, dirigé par Roy Romanow. Ainsi, la section du rapport qui porte sur la stratégie nationale d'immunisation s'ouvre avec cette affirmation : « L'immunisation est l'une des stratégies de prévention les plus efficaces ».

La Dre Joanne Embree, chef du département de microbiologie médicale de l'Université du Manitoba, a capté l'attention de Romanow au cours de sa visite à Winnipeg en novembre 2002. Présidente du Comité sur l'immunisation et les maladies infectieuses de la Société canadienne de pédiatrie, elle s'est fait l'ardente avocate d'une stratégie nationale d'immunisation. Son nom est cité dans le rapport final et l'immunisation fera partie du budget fédéral 2003. « Nous sommes heureux de voir qu'on y parle d'immunisation, d'autant plus que c'est la première fois qu'on le fait », souligne la Dre Embree.

Pourquoi maintenant?

Embree affirme que l'introduction de nouveaux vaccins a mis en lumière le manque de coordination dans l'ensemble du pays, donnant l'exemple de la vaccination antiméningococcique, approuvée en 2001 au Canada. Au Québec, le vaccin est payé par la province, tandis qu'en Ontario il ne l'est pas, sauf si l'enfant est atteint du VIH - ce qui représente pour les parents un coût de 100 $ par dose. « J'ai pu observer les complications de la maladie que le nouveau vaccin vise à prévenir, raconte la Dre Embree. Je me suis assise aux services de soins intensifs avec les parents dont les enfants sont atteints de la méningite méningococcique... et maintenant que nous possédons le vaccin qui peut prévenir cette maladie, je ne veux plus jamais revoir une telle situation ».

Laisser le choix à chacune des provinces conduit à des décisions d'ordre économique. Embree affirme que jusqu'à maintenant, les provinces ont été capables d'absorber le coût de la vaccination par rapport à celui de la maladie, et constater des économies. Mais les nouveaux vaccins sont coûteux, et au mieux, ils rentrent dans leurs frais.

Elle souligne également que le pouvoir de négociation du pays, dans son ensemble, est beaucoup plus fort en terme de compensation sur un grand volume de vaccins à un prix raisonnable. Les plus grandes provinces peuvent payer moins par dose car elles peuvent acheter en grande quantité. Pour les maladies menaçantes comme une pandémie de grippe ou la variole, il s'agit d'un aspect important.

La Dre Embree sourit en expliquant le processus qui mène au développement d'une stratégie nationale. « En fin de compte, ce qu'il faut c'est amener les 10 provinces, les trois territoires et le gouvernement fédéral à s'entendre sur un point ». Une tâche qui n'est jamais facile. « Mais malgré tout, tout le monde s'entend sur le principe, nous nous sommes fait comprendre. »

Les problèmes relatifs au Canada

Le succès d'un programme de vaccination ne dépend pas que de l'autorisation de Santé Canada. La vaccination contre la polio, la coqueluche, la rougeole et les oreillons est un succès courant. Mais, dans chaque province, le calendrier selon lequel les vaccins pour les maladies infantiles sont administrés varie, ce qui signifie que les enfants qui déménagent d'une province à l'autre peuvent manquer certains vaccins et devoir payer pour d'autres.

Entre-temps, le succès que connaît la vaccination en terme de prévention de la maladie mine son efficacité. Les parents qui ne peuvent se rappeler avoir vu un cas de rougeole au sein de la génération actuelle se préoccupent davantage des effets secondaires du vaccin, ce qui entraîne du même coup certains d'entre eux à ne pas faire vacciner leur enfant. Combien sont-ils à agir de la sorte ? Nul ne le sait. « Comme nous n'avons pas de registre de vaccination dans ce pays, nous ne savons pas réellement qui a été vacciné » affirme la Dre Embree, qui soulève ainsi un autre argument en faveur d'une stratégie nationale.

Elle souligne que pour qu'un vaccin puisse contrôler une maladie, la couverture de vaccination de la population doit être d'au moins 95 %. « Nous ne pouvons dire quels ont été les taux de vaccination contre la rougeole avec toutes les questions concernant le vaccin ROR et l'autisme ...et il faudra beaucoup de temps avant de découvrir si les taux de vaccination ont baissé à un point tel que la population pourrait être en danger. »

Le lien entre le ROR (vaccin antirougeoleux, antiourlien et antirubéoleux) et l'autisme dont Embree fait allusion est un autre problème qui vient semer le doute quant à la sûreté des vaccins. En Angleterre, 12 enfants vaccinés, autistiques et souffrant de problèmes gastro-intestinaux ont été soignés à la même clinique. Les médecins de cette clinique ont émis l'hypothèse que le ROR était à l'origine des problèmes intestinaux, qui à leur tour causaient l'autisme. Toutefois, une étude britannique sur les enfants autistiques, réalisée entre 1970 et 1992 n'a pas signalé de hausse au moment de l'introduction du vaccin ROR en 1988. Aucune autre étude n'a d'ailleurs fait de liens.

Embree décrit des sujets de recherche sur l'immunisation qui n'ont pas encore été abordés au Canada. Elle affirme que de bonnes données épidémiologiques sont nécessaires pour permettre aux pédiatres de décider du type de vaccination à donner aux enfants. « Il faut également observer pourquoi certains enfants réagissent bien à un vaccin alors que d'autres réagissent mal », souligne Embree qui ajoute que les entreprises ne mènent habituellement pas ce genre de recherche. « Il nous faut découvrir une façon de répondre à ces questions médicales importantes pour lesquelles il n'existe aucune motivation économique. » De plus, il existe également une tranche de la population qui présentent des problèmes particuliers en matière d'immunisation, tels les personnes immunodéprimées, les réfugiés, les femmes enceintes et les populations autochtones.

5 éléments clés de la stratégie nationale d'immunisation

  • Buts et objectifs nationaux
  • Planification d'un programme de collaboration pour un accès équitable
  • Approvisionnement des vaccins sécuritaire et de qualité
  • Élaboration de registres de vaccination
  • Sûreté des vaccins

Stratégie nationale d'immunisation

La volonté d'une stratégie nationale d'immunisation (SNI) a pris naissance en 2000, et la Dre Arlene King, directrice de la division de l'immunisation et des infections respiratoires à Santé Canada affirme être là depuis le premier jour. Codirigée par la Dre King et le Dr Greg Hammond (directeur de la Santé publique, au ministère de la Santé du Manitoba), la stratégie est née des préoccupations croissantes relatives aux problèmes d'approvisionnement, à l'ambivalence de la population quant à la sûreté de la vaccination et, comme l'affirme la Dre King, à «  une sorte de complaisance à propos de la vaccination, c'est-à-dire que comme la maladie n'est pas présente dans notre environnement, nous l'oublions ». Peu à peu on a tiré cinq éléments (voir encadré) sur lesquels repose la création de thèmes intersectoriels. King les décrits comme la communication, la formation professionnelle, la surveillance des maladies pouvant être prévenues par un vaccin, les populations particulières et la recherche.

Décrite par la Dre King comme une initiative intergouvernementale, la stratégie a commencé par englober ces priorités à l'aide de collaboration avec les provinces et les territoires et d'intervenants dans chaque domaine. Elle affirme que l'investissement a contribué en une allocation de 45 millions de dollars, pendant cinq ans, dans le budget fédéral 2003 pour aider à la poursuite d'une stratégie nationale d'immunisation qui a pour objectif d'améliorer l'accès aux vaccins recommandés et de ce fait réduire l'incidence des maladies pouvant être prévenues par un vaccin. L'investissement fédéral « nous permettra réellement de construire l'infrastructure et la base à partir de laquelle nous pourrons aller de l'avant », affirme la Dre King.

Tel que décrit dans le budget, une stratégie nationale conduira à l'amélioration de la sûreté et de l'efficacité des vaccins, à l'amélioration de la coordination et de l'efficacité d'approvisionnement en matière d'immunisation, ainsi qu'à une meilleure information sur les taux de couverture vaccinale au Canada. La SNI sera menée en étroite collaboration avec le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) de Santé Canada, au sein duquel la Dre King est secrétaire générale et la Dre Embree membre, et profitera d'une rétroaction de conférences consensuelles et de groupes de travail.

La recherche sera fondamentale sous plusieurs aspects de la SNI, souligne la Dre King, et fera des IRSC un élément clé. Le travail sur un programme national de recherche sur l'immunisation progresse rapidement.

Arlene King affirme que l'engagement du budget fédéral est prometteur. « On a clairement reconnu la nécessité d'investir dans l'immunisation et sur la voie de l'avenir - la prévention et le contrôle de plusieurs maladies infectieuses. »