Une coalition canadienne pour la salubrité des aliments et de l'eau

Participants à la rencontre de la Coalition canadienne de recherche pour la salubrité des aliments et de l'eau.
Participants à la rencontre de la Coalition canadienne de recherche pour la salubrité des aliments et de l'eau. Assis, de gauche à droite: John ApSimon, Kim Elmslie, Primal Silva, Judith Bray, Lorne Babiuk, Carol Richardson. Debout, de gauche à droite: Mensell Griffiths, Paul Sockett, Michelle Gagnon, Steve Leach, Lynda Wood, Jim Richards, Catherine Armour, Graham Farquhar, Linda Poste-Flynn, Ying Gravel, Gordon Dittberner, Mohamed Karmali, David Rideout, Marc Ouellette, Bruce Moor, Tess Laidlaw. Absent lors de la photo: Bonnie Jean MacDonald, Patrick Haag. Pour une liste complète des Partenaires, voir ci-dessous.

La salubrité des aliments est une question présente non seulement à l'esprit de presque tous les Canadiens, mais également dans leur vie. En fait, selon un sondage effectué en 2001 par Ipsos-Reid, 74 % des Canadiens s'inquiètent de la salubrité des aliments, et près de la moitié d'entre eux ont dit être « très préoccupés » par le problème. Dre Judith Bray, directrice adjointe, projets spéciaux, à l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires, a invité les chefs de file des secteurs de l'industrie et de la recherche sur les aliments et l'eau à mettre en place, de concert avec l'Institut, une coalition dans le domaine. Sa proposition a fait l'unanimité. À partir du noyau de la première heure s'est développée la Coalition canadienne de recherche pour la salubrité des aliments et de l'eau, qui compte 15 membres.

À la réunion anniversaire du groupe, le 31 octobre 2002, un protocole d'entente (PE) signé a été remis aux partenaires. Ces derniers sont des groupes d'intervenants qui, soit financent la recherche dans ce domaine, soit s'intéressent vivement à la question et se soucient de la salubrité des aliments et de l'eau au Canada. Cette entente témoigne de la ferme volonté des partenaires d'appuyer la coopération au sein du programme de recherche en sciences et technologie dans le domaine de la salubrité des aliments et de l'eau au Canada. Le Réseau canadien de l'eau (RCE), un réseau de centres d'excellence, est l'un des partenaires de la coalition.

« Nous nous intéressons à tout ce qui concerne l'approvisionnement des Canadiens en eau propre et salubre », affirme le Dr Grahame Farquhar, directeur associé. Le RCE regroupe actuellement plus de 112 scientifiques représentant 29 universités canadiennes. Nombre de ces scientifiques ont rempli des fonctions de conseillers techniques et scientifiques auprès du juge O'Connor pendant l'enquête de Walkerton, qui a donné lieu à des recommandations visant à améliorer les systèmes de traitement, d'inspection et d'acheminement de l'eau en Ontario.

Le RCE n'est que l'un des 15 partenaires de la coalition, mais c'est un exemple éloquent des compétences et des connaissances qui sont mises à contribution. Les partenaires ont une expertise variée sur un vaste éventail de questions touchant la salubrité des aliments et de l'eau. Au cours de la dernière réunion de la coalition, les discussions ont porté sur une éventuelle expansion, car d'autres organisations ont déjà manifesté leur volonté de gagner les rangs de la coalition. Cette dernière, qui mise sur les capacités de chaque partenaire et encourage les projets conjoints entre eux, a en outre suscité de l'intérêt à l'échelle internationale.

Les questions liées à la salubrité des aliments et de l'eau englobent une gamme de sujets de recherche. Selon le Dr Scott McEwen, conseiller expert auprès de nombreuses organisations gouvernementales et non gouvernementales en Amérique du Nord et en Europe dans le domaine de la salubrité des aliments, de la résistance aux antimicrobiens et de l'épidémiologie, ce champ de recherche est extrêmement vaste et multiple. « Il englobe un si grand nombre de dimensions, depuis la lutte contre les agents pathogènes à la ferme, en passant par l'abattage, la transformation, la distribution et finalement, la consommation dans les services d'alimentation ou à la maison ». En outre, l'émergence de nouveaux pathogènes attribuable au changement climatique mondial, les changements démographiques, la mondialisation et les menaces posées par le bioterrorisme sont autant de nouveaux défis pour la recherche. Le Dr McEwen, professeur au département de médecine de la population de l'Université de Guelph, ajoute qu'en raison de la nature même des problèmes touchant la salubrité des aliments et de l'eau, il convient d'adopter une gamme, également vaste et multiple, d'approches multidisciplinaires de la recherche, mettant également à contribution la microbiologie, la biologie moléculaire, l'épidémiologie et la toxicologie, ainsi que la science de l'alimentation, le génie et l'analyse des risques.

Les associés de la Coalition canadienne de recherche pour la salubrité des aliments et de l'eau ont assisté à une réunion d'anniversaire, le 31 octobre 2002 à Wilson House, Lac Meech pour discuter des buts de l'année à venir.
Les associés de la Coalition canadienne de recherche pour la salubrité des aliments et de l'eau ont assisté à une réunion d'anniversaire, le 31 octobre 2002 à Wilson House, Lac Meech pour discuter des buts de l'année à venir.

Avant même qu'en mai 2000, à Walkerton (Ontario), l'éclosion de toxi-infection due à E. coli 0157:H7 (agent étiologique responsable de l'affection couramment appelée « maladie du hamburger ») n'entraîne sept décès, plusieurs millions de dollars étaient consacrés annuellement à la recherche dans ce domaine. Mais les milieux de la recherche ont trop travaillé en vase clos, affirme l'un des chercheurs les plus renommés au Canada dans le domaine. « Je crois qu'il y a déjà pas mal de travail qui se fait, mais la communication et la coordination entre les groupes laissent à désirer », dit le Dr Brett Finlay, professeur au Laboratoire de biotechnologie de l'Université de la Colombie-Britannique, au Département de biochimie et de biologie moléculaire et au Département de microbiologie et d'immunologie. « J'aimerais qu'il y ait davantage d'échanges entre les divers intervenants. Ce genre de collaboration permet toujours de poser de meilleures questions de recherche et de meilleurs moyens d'y répondre effectivement. »

LA COALITION CANADIENNE POUR LA SALUBRITÉ DES ALIMENTS ET DE L'EAU

Agriculture et Agroalimentaire Canada
Conseil de recherches agro-alimentaires du Canada
Alliance de l'industrie canadienne de l'aquiculture
Réseau canadien de recherche sur les bactérioses*
Agence canadienne d'inspection des aliments
Instituts de recherche en santé du Canada
Conseil canadien du porc
Association canadienne des médecins vétérinaires
Réseau canadien de l'eau*
Les Producteurs de poulet du Canada
Environnement Canada
Génome Canada
Santé Canada
Conseil national de recherches du Canada
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie

* Un réseau de centres d'excellence

Finlay, dont les recherches portent sur les mécanismes, à l'échelle moléculaire, responsables du fait que les pathogènes bactériens provoquent la maladie, a été l'un des organisateurs d'un premier atelier sur la salubrité des aliments, destiné à réunir des scientifiques des universités canadiennes, de divers ministères du gouvernement et de l'industrie. Cet atelier, appuyé par le Conseil de recherches médicales et par Santé Canada, s'est tenu en juin 2000, par un effet du hasard à peine quelques jours après que la nouvelle des événements de Walkerton s'est répandue au Canada. Les participants se sont rencontrés pour aborder les questions touchant la salubrité des aliments qui présentent un intérêt pour la recherche et pour imprimer un élan à la création d'un réseau national de recherche.

Plusieurs priorités reflétant les besoins du Canada dans le domaine de la recherche sur la salubrité des aliments et de l'eau ont été dégagées lors de cet atelier. Les recommandations de l'atelier ont été relayées à l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires et ont servi d'assise aux initiatives de l'Institut dans ce domaine , notamment la formation d'une coalition de recherche. On a déjà donné le coup d'envoi à deux initiatives de recherche. La Subvention pour l'évaluation des besoins, des lacunes et des possibilités, lancée en mai 2002, est appuyée par l'IMII-IRSC, la Direction de l'application des connaissances des IRSC, le RCE et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie. Elle a pour objectif de procéder à une analyse de la conjoncture en ce qui concerne la recherche actuelle dans les secteurs de la contamination microbienne des aliments et de l'eau et de la résistance aux antimicrobiens dans la chaîne alimentaire. En novembre 2002, un important appel de demandes a été lancé, appuyé par l'IMII, l'Institut de la santé publique et des populations des IRSC et cinq ministères fédéraux (Agriculture et Agroalimentaire Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada, Santé Canada et le Conseil national de recherches du Canada). L'appel de demandes vise la création de nouvelles équipes de recherche, composées de chercheurs du gouvernement fédéral et des universités, qui aborderaient des problèmes de recherche présentant des aspects communs et synergiques. Finlay souligne que la nécessité d'établir des partenariats est une caractéristique unique de cet appel de demandes. « En nouant des liens avec des partenaires, vous amenez d'autres gens qui ont leurs propres questions, puis, tous ensemble, vous élaborez des questions communes et vous tentez de trouver effectivement des réponses à ces questions ».

Les initiatives de l'Institut dans ce secteur complètent l'établissement, par les IRSC, d'un programme national de recherche portant sur les influences de l'environnement sur la santé, l'une des neuf initiatives stratégiques transversales des IRSC. Après une consultation nationale, qui a passé en revue le domaine à l'échelle nationale et internationale, et la tenue d'un forum national, les IRSC sont arrivés à la conclusion qu'il fallait étudier les effets des risques environnementaux, notamment les agents microbiologiques et le changement climatique, sur la santé humaine. Un important appel de demandes relatif aux influences de l'environnement sur la santé est en cours d'élaboration et devrait être lancé en 2003.

Depuis toujours, les chercheurs des États-Unis et du Royaume-Uni ont accès à un plus grand nombre de mécanismes de financement que leurs homologues canadiens. Selon le Dr McEwen, il ne faut donc pas s'étonner que, par exemple, les États-Unis aient ouvert la voie dans l'élaboration de techniques d'analyse des risques-fondement scientifique aussi bien des questions ayant trait aux risques pour la santé qu'aux politiques-et que le Royaume-Uni ait joué un rôle de premier plan dans l'étude des aspects mathématiques de la dynamique de transmission des agents infectieux. S'il est vrai que le Canada peut tirer profit de cette expertise, il reste que, selon le Dr McEwen, « le Canada devrait disposer de ses propres capacités dans ce domaine, et je crois que cet élément est l'un des plus importants, l'établissement de notre propre réservoir de personnel de haut calibre ».

Le Dr McEwen est heureux de voir les IRSC investir des fonds dans la recherche sur la salubrité des aliments et de l'eau. « Pour les gens qui travaillent dans ces secteurs, il est extrêmement encourageant de voir les IRSC reconnaître l'importance de cette sphère de recherche. Nous espérons que cet effort sera de longue durée. »