Les revues médicales ainsi que les médias populaires nationaux et internationaux rapportent que l'obésité est une préoccupation prioritaire pour les gouvernements, les chercheurs du domaine de la santé et les citoyens ordinaires partout dans le monde. Cela n'est pas étonnant - l'obésité, ainsi que ses problèmes et ses impacts sur la santé, est une question sanitaire complexe et exigeante qui a de sérieuses implications pour les personnes et des populations entières. Au Canada, une évaluation conservatrice du coût direct total de l'excès de poids et de l'obésité était de l'ordre de 1,8 milliard de dollars en 19971. Nous savons maintenant que l'obésité réduit l'espérance de vie, cause des problèmes à la santé et limite la qualité de vie. Elle inhibe également le dynamisme global de la société canadienne et contribue aux coûts croissants des soins de santé et diminue la productivité nationale.
Les chercheurs examinent tant les causes de l'obésité que ses effets sur les personnes dans le but de trouver des façons innovatrices et efficaces de prévenir et de traiter l'obésité ainsi que de minimiser les conséquences sérieuses pour la santé des maladies qui lui sont rattachées telles que le diabète de type 2. Aucune approche ou discipline unique ne fournira le « projectile magique » pour un problème aussi complexe que l'obésité. En conséquence, la recherche sur l'obésité couvre un vaste domaine qui inclut la recherche métabolique fondamentale (telle que la découverte des gènes et des flux qui contrôlent la dépense d'énergie), les investigations au sujet des conséquences métaboliques et cardiovasculaires de l'augmentation et de la diminution du poids corporel et les enquêtes sociologiques qui examinent le comportement humain en réponse aux interventions communautaires et à la programmation des activités physiques. Il faut acquérir de nouvelles connaissances pour développer des stratégies efficaces permettant de tenir compte des deux facteurs biologique et environnemental entraînant la pandémie d'obésité et ses problèmes connexes pour la santé.
La prévalence de l'obésité s'est accrue à un taux alarmant au cours des deux dernières décennies, à un point tel qu'elle est maintenant devenue une pandémie qui affecte des milliards de personnes dans le monde2. L'expérience canadienne n'a pas été différente de celle de nombreux autres pays développés. Les données de Statistique Canada démontrent que plus de la moitié des Canadiens ont un excès de poids ou sont obèses, près de 15 p. cent de la population faisant partie de la catégorie des « obèses »3. Entre 1981 et 1996, la prévalence de l'obésité au Canada est passée de 9 à 14 p. cent chez les hommes et de 8 à 12 p. cent chez les femmes, alors que le pourcentage des personnes faisant partie des catégories combinées d'excès de poids et d'obésité est passé de 48 à 57 p. cent chez les hommes et de 30 à 35 p. cent chez les femmes. La même équipe de recherche a découvert des tendances dramatiquement similaires chez les enfants4 canadiens.
Avez-vous un poids-santé, un excès de poids ou êtes-vous obèse? L'Indice de masse corporelle (IMC) est, sur le plan international, une façon grâce à laquelle les médecins et les professionnels de la santé font cette évaluation. L'IMC équivaut à votre poids en kilogrammes divisé par votre grandeur en mètres carrés. Un IMC entre 20 et 25 est considéré comme un poids-santé. Un IMC égal ou supérieur à 25 est considéré comme un excès de poids et, s'il est égal ou supérieur à 30, il vous place dans la catégorie des obèses.
La recherche démontre que les personnes affectées (soit par un excès de poids ou par l'obésité), particulièrement celles qui ont de hauts niveaux d'adiposité abdominale, ont un risque plus élevé de développer un diabète de type 2, de l'hypertension, de l'hyperlipidémie, une maladie cardiovasculaire et un cancer. Une analyse récente des données sur la population des États-Unis a démontré que l'obésité et l'excès de poids à l'âge adulte sont associés à une diminution importante de l'espérance de vie et à une augmentation de décès précoces similaires à celles notées auprès des fumeurs. Il y a cependant de bonnes nouvelles. Un changement du mode de vie (c.-à-d. une diminution de l'absorption de gras et de calories et une augmentation de l'activité physique) permettant une perte de poids, même minime (aussi peu que 5 à 10 p. cent), retarde ou prévient le développement du diabète5 de type 2.
Les chercheurs conviennent généralement qu'un déséquilibre entre l'énergie (c.-à-d. la nourriture) consommée par une personne et l'énergie qu'elle dépense entraîne soit une perte ou un gain de poids. Toutefois, des centaines de facteurs environnementaux et génétiques affectent la quantité de nourriture que nous consommons et notre degré d'activité. Le problème qui se pose aujourd'hui est que la majorité de notre population consomme plus d'énergie qu'elle n'en dépense, rendant ainsi l'obésité de plus en plus commune.
Par exemple, la recherche impliquant des jumeaux a clairement démontré qu'il existe des facteurs génétiques qui jouent un rôle dans l'historique de l'obésité. Les forces environnementales, économiques et sociales affectent le développement de l'obésité, particulièrement dans certains sous-groupes de la population. La disponibilité des aliments prêts à manger et le changement des modèles d'alimentation dans les familles ainsi que les développements technologiques qui diminuent le besoin de faire des activités physiques au travail et dans les loisirs sont des exemples de la façon par laquelle des changements externes peuvent affecter les personnes et leur poids. Les chercheurs commencent seulement à percer les mystères de cette condition complexe.
Au Canada, une partie importante de notre recherche nationale sur l'obésité est financée par l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète (INMD), l'un des 13 instituts qui forment les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Les IRSC sont l'organisme de financement du gouvernement du Canada pour la recherche en santé. Travaillant avec une vaste gamme de chercheurs universitaires, l'INMD a accentué la recherche sur l'obésité au cours des dernières années.
En 2001, l'INMD a lancé une initiative stratégique intitulée Excellence, innovation et progrès dans l'étude de l'obésité et du poids corporel sain et a mis de côté un montant de 3 millions de dollars pour des subventions annuelles en matière de recherche et de formation afin de financer des études portant sur l'obésité. Les chercheurs à l'échelle du pays ont profité de ces subventions et ont relevé le défi de la recherche que représentent l'obésité et ses divers déterminants biologiques, comportementaux et sociaux. La réputation des chercheurs canadiens ne cesse de croître en raison de l'excellence de leurs études dans le domaine de l'obésité, et leur travail est bien connu sur le plan international.
L'étendue des programmes offerts en vertu de cette initiative stratégique démontre que l'INMD a l'intention de continuer à mettre en valeur le potentiel de la recherche canadienne en santé et à le renforcer dans tous les aspects de l'obésité/poids-santé. On s'attend à ce que cette recherche s'effectue dans des domaines qui font partie de l'ensemble des thèmes de recherche des IRSC : 1) recherche biomédicale, 2) recherche clinique, 3) recherche sur les systèmes et les services de santé, 4) recherche sur la santé des populations, incluant les influences sociales, culturelles et environnementales sur la santé. Le financement compris dans cette initiative est structuré de façon à pouvoir soutenir la création d'équipes et de projets pluridisciplinaires, à stimuler l'innovation, à aider à mettre en place des essais cliniques et à encourager la recherche communautaire sur le terrain.
Grâce à cette initiative stratégique, l'INMD espère inciter les scientifiques travaillant dans une foule de disciplines à aider à développer et à comprendre les mécanismes (s'étendant de la régulation du gène jusqu'aux comportements de la population) qui permettra de documenter les activités des professionnels de la santé, des responsables de l'élaboration des politiques et du public canadien en matière de prévention et de traitement de l'obésité et du maintien d'un poids-santé.
L'INMD a déjà financé des projets qui examinent la corrélation entre les maladies chroniques et l'obésité, les complications cardiovasculaires associées à l'obésité, l'incidence du diabète et de l'obésité dans les communautés autochtones et la portée des programmes de promotion de la santé qui ciblent le poids-santé.
Canada en mouvement est une initiative financée par l'INMD et ses partenaires qui implique la création d'une base de données expérimentale nationale concernant l'activité physique et l'utilisation des podomètres. On encourage les adultes canadiens de toutes les parties du pays à contrôler leurs déplacements quotidiens en utilisant des podomètres et à soumettre les données concernant leurs activités personnelles à un instrument de recherche situé sur le Web. Les chercheurs autorisés utiliseront les données pour en apprendre davantage au sujet des raisons qui motivent les gens à être actifs et pour vérifier si les podomètres encouragent vraiment le mouvement.
L'intérêt porté par l'INMD à l'obésité a également permis de créer de nombreux partenariats et alliances stratégiques importants avec d'autres organisations gouvernementales et non gouvernementales telles que la Fondation de maladies du coeur du Canada, l'Association canadienne du diabète, la Fondation canadienne du rein, Santé Canada et plusieurs autres instituts des IRSC, dont l'Institut du cancer, l'Institut de la santé des femmes et des hommes, l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite, l'Institut de la santé circulatoire et respiratoire, l'Institut de la santé des Autochtones et l'Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents.
Le but ultime de l'INMD est d'accroître notre compréhension des mesures, des causes, de la prévention, du traitement et des conséquences de l'obésité et du maintien d'un poids-santé. Le mandat des IRSC prévoit un transfert des connaissances qui assurera que les conclusions de la recherche soient partagées avec le public, les professionnels de la santé et les responsables de l'élaboration des politiques d'une façon qui fait une vraie différence pour la vie des personnes aux prises avec les ramifications de l'excès de poids et de l'obésité.
-30-
Notes de bas de page :
1) CL Birmingham, JL Muller, A Palepu, JJ Spinelli et AH Anis. « The cost of obesity in Canada ». Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC), 160 (1999): 483-8.
2) International Association for the Study of Obesity (IASO) Communiqué de presse, (17 mars 2003).
3) MS Tremblay, PT Katzmarzyk et JD Willms. « Temporal trends in overweight and obesity in Canada, 1981-1996 ». International Journal of Obesity (IJO), 26 (2002):538-43.
4) JD Willms, MS Tremblay et PT Katzmarzyk. « Geographic and demographic variation in the prevalence of overweight Canadian children ». Obesity Research. 11 (2003):668-73.
5) WC Knowler et al. « Reduction in the incidence of type 2 diabetes with lifestyle intervention or metformin ». The New England Journal of Medicine, 346 (6) (2002):393-403.