Initiative nationale d'application des connaissances en vue de promouvoir la recherche sur l'autonomie des aînés

Carol L. McWilliam, M.Sc.I., D.Ed., Université Western Ontario
Gloria Gutman, Ph.D., Université Simon Fraser
Margaret Penning, Ph.D., Université de Victoria
Monsieur Bruce Mutch, pasteur, Corporation canadienne des retraités intéressés
Louise Plouffe, Ph.D., Santé Canada
Miriam Stewart, Ph.D., Université de l'Alberta
Robyn Tamblyn, Université McGill

De la fin de plusieurs programmes canadiens de recherche sur l'autonomie des aînés est né un projet national d'application des connaissances (AC) en vue d'engager les intervenants dans la mise en oeuvre et la généralisation de la recherche. Ce projet, qui regroupait des responsables des politiques, des planificateurs de programmes, des prestataires de services, des éducateurs, des associations d'aînés et des chercheurs, portait sur la diffusion des connaissances, l'échange d'information, le choix, et l'action. Alors que les activités de diffusion et d'échange des connaissances ont remporté beaucoup de succès, la recherche d'un consensus a réduit l'attention qui aurait dû être portée à l'ensemble des connaissances disponibles pour la mise en oeuvre. Toutefois, à mesure que ce projet progressait, les relations et les réseaux utiles à l'action collective qui se sont tissés ont concrétisé un objectif de renforcement du capital social, inaperçu jusque-là.

Contexte

En 1998, quatorze programmes canadiens de recherche sur l'autonomie des aînés ont pris fin. Les bailleurs de fonds de Santé Canada et les chercheurs souhaitaient que les résultats servent à promouvoir la santé et l'autonomie de la population canadienne vieillissante. Santé Canada a financé un projet d'AC de trois ans visant à engager de nombreux partenaires - responsables des politiques, planificateurs de programmes, prestataires de services, éducateurs, associations d'aînés et chercheurs - dans des activités qui encourageaient l'apprentissage par l'expérience et la généralisation de la recherche, et à évaluer la diffusion, l'échange, le choix et l'utilisation des connaissances connexes.

L'idée était de créer une « communauté du savoir »1 au moyen d'un modèle d'AC basé sur l'interaction sociale, qui expose les chercheurs et les utilisateurs potentiels des résultats de la recherche à leurs univers et besoins réciproques. Dans ce modèle, les utilisateurs sont des individus actifs qui interprètent les résultats de la recherche à la lumière de leurs connaissances1,2. Les chercheurs, les planificateurs des politiques et programmes, les décideurs et les professionnels des services de santé, les associations de consommateurs et d'aînés, les éducateurs et le public travaillent conjointement, en tant qu'agents et architectes du changement fondé sur des données probantes. Nous souhaitions diffuser les connaissances à l'échelle du Canada; amener des personnes issues de tous les groupes d'intervenants à échanger des connaissances sur les résultats, les problèmes, les priorités et les actions possibles; les amener à choisir les résultats clés qu'ils appliqueraient, et les inciter à agir en vue d'améliorer les politiques, les services et les soins dans le domaine de la santé. Conformément à d'autres estimations de la prise en compte du savoir, nous espérions constater une augmentation de 15 p. 100 des personnes indiquant une connaissance des données de la recherche, et une augmentation de 15 p. 100 des niveaux de connaissance et d'action déclarés par les intéressés3,4.

L'initiative d'AC

Dans un premier temps, les bailleurs de fonds de Santé Canada et les chercheurs ont établi la liste des guides d'opinion de chacun des groupes d'intervenants, à partir de laquelle ils ont nommé un Comité national de consensus chargé de diriger le processus. Ce comité était composé de vingt Canadiens en vue représentant aux niveaux fédéral et provincial le personnel des services de santé, des services sociaux, des services aux aînés et de la politique économique; les planificateurs de services; les prestataires de services de santé et de services sociaux et leurs associations professionnelles; les associations d'aînés, les consommateurs âgés, et des représentants du public; et les universitaires des centres sur le vieillissement et l'éventail des domaines de la santé et des services sociaux.

Le comité a élaboré un plan d'AC et fait participer d'autres guides d'opinion et leurs groupes d'intérêt. L'Association canadienne de gérontologie (ACG), composée de 800 membres représentant tous les groupes d'intervenants, a facilité les liaisons et les activités. Le Comité national de consensus a ensuite recensé les spécialistes des connaissances dans quatre domaines de recherche clés et confié à des équipes de chercheurs la tâche d'évaluer la pertinence des données de recherche5. Ces synthèses de la recherche universitaire ont permis à des sous-comités de définir des messages d'action clés pour chaque thème. Ces messages ont été diffusés sur un site Web interactif, communiqués pendant les colloques à l'occasion de trois réunions scientifiques et éducatives annuelles de l'ACG et réitérés dans les documents imprimés et les feuillets d'information sur la politique par thème. Le réseau de guides d'opinion a utilisé ses relations et son influence pour diffuser ces documents et pour amener d'autres intervenants à diffuser les connaissances.

La sélection et l'échange des connaissances ont été facilités par le site Web interactif, les colloques pendant les réunions annuelles de l'ACG et les nombreuses discussions organisées par les organismes participants. On a demandé aux participants à des réunions et aux utilisateurs du site Web d'établir l'ordre des priorités en matière d'élaboration des politiques et d'amélioration des services et des pratiques pour chaque thème, et les questionnaires étaient régulièrement révisés en fonction de leurs commentaires.

Ces activités ont permis aux participants d'intégrer leurs connaissances, leurs valeurs et leurs priorités aux données de recherche, et d'établir un consensus sur les priorités et les actions possibles. Quatre groupes de consensus par thème, composés de spécialistes des politiques et des programmes, de fournisseurs de services, d'universitaires et de spécialistes des consommateurs âgés ont ensuite fait la synthèse des messages et priorités sélectionnés, préparé les recommandations d'action, communiqué leurs rapports et agi, de concert avec le comité directeur, à titre de modérateurs, de participants aux discussions et de champions du changement pendant les colloques par thème. Par la suite, un seul grand colloque de concertation a réuni les quatre groupes thématiques et un public plus large dans le but d'optimiser l'interaction sociale et le soutien pour la sélection et la mise en oeuvre des connaissances.

Résultats de l'expérience d'AC

Afin de mesurer la diffusion, l'échange, la sélection, et la mise en oeuvre des connaissances, les participants aux deux colloques de l'ACG et les utilisateurs du site Web interactif ont répondu à un sondage, au début de l'exercice, immédiatement après la fin des activités et un an plus tard. L'analyse qualitative des procès-verbaux et des notes d'intervention des réunions et colloques, et les réponses aux questions ouvertes des sondages ont apporté un éclairage supplémentaire.

Nous avons déterminé que les données de recherche étaient diffusées au moyen de 86 activités à 2 946 personnes ayant assisté aux colloques ou consulté le site Web, y compris des représentants de 186 organismes et, par leur intermédiaire, comme le montrent les questionnaires de suivi, à 63 387 personnes, un pourcentage indéterminé d'entre elles représentant d'autres organismes. La série de questionnaires diffusés sur le site Web a retenu l'attention de 608 organismes et personnes. Plusieurs organismes et le personnel des politiques et de la planification ont utilisé les feuillets d'information et recherché les experts indiqués dans ces documents en tant que ressources pour des échanges d'information. Les universitaires et les professionnels ont utilisé les documents imprimés pour la formation professionnelle générale et continue.

Toutefois, les augmentations visées n'ont pas été atteintes quant au nombre de personnes indiquant une sensibilisation et des actions, et aux niveaux indiqués de connaissance des données et d'action, peut-être parce qu'un pourcentage élevé de participants connaissaient déjà des données de recherche au début de l'activité. Malgré un changement positif, les acquis sont limités, et les niveaux de sensibilisation indiqués par les participants n'ont augmenté de façon importante que dans un seul domaine thématique. Au début, plus de la moitié des participants à chacun des quatre domaines thématiques ont indiqué avoir déjà utilisé les données de recherche pour remédier à des problèmes ou pour étayer des orientations prises au préalable. Néanmoins, les demandes de documents et de ressources d'experts pendant les deux années suivant la fin de l'exercice semblent indiquer que la mise en oeuvre des connaissances s'est poursuivie. Les résultats qualitatifs montrent que le nouveau but de ces activités de diffusion des connaissances et la stratégie de recherche d'un consensus ont suscité un sentiment de frustration en raison de la répétition des activités de sélection des connaissances et des préoccupations quant aux priorités qui émergeaient.

Enseignements tirés

Nos activités de diffusion et d'échange des connaissances ont été jugées extrêmement réussies et sont encore citées par le personnel responsable des politiques de Santé Canada. D'autre part, le processus de recherche d'un consensus a réduit l'attention qui aurait dû être portée à l'ensemble des connaissances immédiatement utilisables. De plus, les participants ont parfois remplacé les questions et les priorités fondées sur les résultats de la recherche par des préoccupations sans rapport avec le sujet, ce qui a orienté les discussions dans des directions imprévues et souvent contestées.

À mesure que l'exercice progressait, les participants se sont moins intéressés à l'acquisition de connaissance en soi pour se concentrer davantage sur l'établissement de relations et de réseaux d'action collective6. Ainsi donc, l'objectif final d'encourager l'autonomie des aînés a été atteint en tant que résultats d'un processus plutôt que sous forme de résultats concrets traduits dans des politiques et des programmes fondés sur les résultats et des modification des pratiques. Les aînés, leurs porte-parole et les guides d'opinion ont considéré que l'occasion de participer et d'être entendus était l'aspect le plus positif de la démarche. Selon eux, il était moins important de recevoir de l'information en vue d'opérer des changements et d'améliorer leurs propres connaissances.

Si l'objectif de renforcer le capital social avait alors été plus largement reconnu et accepté, cette démarche d'AC aurait été davantage valorisée. Même si la participation individuelle à de telles activités diminue généralement au fil du temps, la participation des organismes à cette démarche a été soutenue, croissante et la source de nouvelles activités.

Conclusions et répercussions

Il est difficile de vérifier la façon dont les connaissances sont diffusées au moyen des stratégies de sensibilisation ou si les personnes qui reçoivent l'information y prêtent vraiment attention.

Il est difficile de vérifier la façon dont les connaissances sont diffusées au moyen des stratégies de sensibilisation ou si les personnes qui reçoivent l'information y prêtent vraiment attention. En réalité, l'évaluation de la sélection et de l'exploitation des connaissances dans des domaines précis est quelque peu artificielle, puisque chaque groupe d'intervenants n'a que peu de latitude, sinon aucune, sur les questions qui débordent son mandat. Comme les participants interviennent de façon épisodique dans les activités d'échange et de sélection des connaissances, il est difficile de faire le suivi des résultats. Qui plus est, la complexité et la nature des politiques empêchent de tirer des conclusions certaines quant aux résultats. De nouvelles méthodes sont nécessaires pour évaluer l'AC, et il faut faire davantage confiance à l'évaluation qualitative des processus, aux mesures quantitatives des résultats du processus et au suivi longitudinal des résultats.

Développer l'action par le biais d'un consensus entre les divers groupes d'intervenants est un idéal difficile à atteindre qui exige de savoir précisément quelles valeurs sont en jeu et quels en sont les détenteurs7. La nature politique de la concertation a constitué un énorme défi. Mais les processus politiques font partie de la vie et, si nous croyons foncièrement à la démocratie participative, nous devons lui laisser le temps de se manifester. Des activités successives et l'allongement des délais permettraient aux groupes d'intervenants d'établir un consensus entre leurs clientèles respectives et au sein de celles-ci.

Pour quiconque souscrit à une AC qui favorise l'action éclairée, le renforcement de l'autonomie et la justice sociale pour le compte des groupes vulnérables, ce processus d'AC est valable. Plutôt que de constituer un modèle descendant et autoritaire, nos activités ont su plaire aux personnes qui sont à la source des politiques publiques et de la prestation de services. Qui d'autre que ceux qui font l'expérience directe de l'adoption des politiques publiques et de la prestation des services peut savoir ce qui est le plus important, comment les résultats de recherche correspondent à ce qui fonctionnera et comment utiliser les résultats pour apporter des améliorations efficaces? Par ailleurs, l'approche est axée sur le processus; tous les participants en partagent la responsabilité mais n'ont aucun pouvoir sur les résultats. Dans un monde où l'évaluation du rendement est fondée sur des résultats mesurables, il est peu probable que cette approche fasse progresser la carrière des universitaires, pas plus que celle des hauts responsables des politiques, des planificateurs et des décideurs.

Références

1. Broner, N., M. Franczak, C. Dye et W. McAllister. 2001. Knowledge transfer, policymaking and community empowerment: A consensus model approach for providing public mental health and substance abuse services. Psychiatr Q 72 (1): 79-102.
2. Buxton, M. et S. Hanney. 1996. How can payback from health services be assessed? J Health Serv Res Policy 1 (1): 35-43.
3. Prochaska, J. O., C. C. DiClemente et J. C. Norcross. 1992. In search of how people change: Applications to addictive behaviors. Am Psychol 47 (9): 1102-114.
4. Rogers, E. 1995. Diffusion of innovations. 4e éd.. London, UK: Free Press.
5. Chappell, N. 2000. Setting an evidence-based policy agenda for seniors' independence. Can J Aging 19 (Suppl. no. 1).
6. Éditorial. 2001. Social capital. Isuma: Canadian Journal of Policy Research 2 (1): 6-7.
7. Milimo, J., A. Norton et D. Owen. 1998. The impact of PRA approaches and methods on policy and practice: The Zambia PPA. Dans Whose voice? Participatory research and policy change, dir. J. Holland et J. Blackburn, 103-11. London, UK: Intermediate Technology.

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