Mise en application des connaissances sur la santé publique et des populations

Santé au travail

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Cas :

L'application des connaissances par l'entremise d'une production théâtrale fondée sur la recherche

Joan M. Eakin, Université de Toronto
Marion Endicott, Injured Workers Consultants et le Bancroft Institute

Ce dossier documente la transformation en un projet de théâtre communautaire d'un projet universitaire sur la santé publique portant sur la mise en oeuvre des pratiques et politiques de l'Ontario en matière de retour au travail, c.-à-d. la production d'une pièce intitulée « Easy Money ». Cela a donné lieu à une initiative très réussie d'application des connaissances (AC). Des travailleurs accidentés, objet de l'étude universitaire, se sont fortement identifiés aux personnages de la pièce et ont reçu l'espoir que leurs expériences personnelles pouvaient servir au plus grand nombre. En ce qui concerne les chercheurs, l'entreprise a dégagé de nouvelles perspectives sur l'objet premier de la recherche, validé leurs hypothèses initiales et produit plusieurs sujets en vue de recherches subséquentes.

Contexte

Joan Eakin, secondée par les chercheuses Ellen MacEachen et Judy Clarke de l'Institut de recherche sur le travail et la santé de Toronto, ont récemment bouclé une étude portant sur un nouveau système visant à réduire les invali-dités attribuables à des accidents de travail et à retourner au travail les personnes accidentéesNote en bas de page *. Ce système préconise un retour hâtif au travail (avant le rétablissement), un poste modifié (des tâches adaptées à la blessure) et l'autonomie du lieu de travail (l'auto-administration des lieux de travail par les intéressés).

L'étude a cerné plusieurs répercussions problématiques pour les lieux de travail de petite envergure, entre autres les effets indésirables sur les travailleurs accidentés et sur les rapports sociaux entre collègues de ce que les chercheurs appellent un « discours de l'abus », qui renvoie à la conception généralement répandue selon laquelle les travailleurs feront une utilisation abusive du système d'indemnisation.

Les conclusions de la recherche ont été publiéesNote en bas de page 1 et présentées à d'autres chercheurs, aux administrateurs de la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail de l'Ontario, à des décideurs, à des professionnels de la santé et à des travailleurs accidentés. Le projet a produit de nombreux résultats tangibles, dont une modification du formulaire de signalement des accidents de travail en Ontario, et a suscité un intérêt exceptionnel chez les travailleurs accidentés. La réussite de ces premières initiatives d'AC nous a incitées à étendre la portée des conclusions de la recherche d'une manière novatrice : par l'entremise du théâtre.

L'initiative d'AC

On reconnaît de plus en plus le théâtre comme un instrument de communication de la recherche et de changement socialNote en bas de page 2. Dans le secteur de la recherche sur la santé au Canada, les pièces de Ross Gray et compagnieNote en bas de page 3 sur l'expérience de personnes atteintes de cancer sont probablement inégalées aux chapitres de la portée et de l'incidence.

Inspirées par ces pièces de théâtre fondées sur la recherche, en collaboration avec la firme Injured Workers Consultants (clinique d'aide juridique qui a soutenu l'étude dès le départ) et le Ontario Network of Injured Workers Groups, nous avons dégagé une somme d'argent en puisant à d'autres subventions de recherche pour embaucher une dramaturge et metteure en scène d'expérience. Avec son aide, nous avons obtenu des subventions des Conseils des arts de l'Ontario et de Toronto ainsi que de plusieurs syndicats dans le but de financer l'étape de l'élaboration du projet, qui s'est étalée sur près d'un an pour se terminer par la récente mise en scène de la pièce « Easy Money ».

La pièce vise, d'une part, à communiquer les conclusions de la recherche aux travailleurs accidentés, aux administrateurs du système, aux décideurs, aux législateurs et au grand public, et, d'autre part, à mobiliser les travailleurs accidentés dans l'initiative d'AC. La pièce a été élaborée de façon progressive; dans un premier temps, l'auteure et metteure en scène a lu les conclusions du rapport de recherche pour ensuite tenir des séances de remue-méninges en compagnie des chercheurs et du groupe chargé de la production; cet exercice a permis de dégager les grandes idées autour desquelles s'articulait la recherche et trouver le meilleur moyen de les transposer à la scène.

C'est ainsi qu'a vu le jour le Injured Workers Theatre Collective (collectif théâtral des travailleurs accidentés), un groupe réunissant des travailleurs accidentés clients de la clinique d'aide juridique; le collectif a rencontré l'auteure à plusieurs reprises pour que chacun puisse, par son témoignage, étoffer la pièce. Un vidéographe a enregistré les histoires des travailleurs qui ont pris part à cette étape du projet. Sept acteurs professionnelsNote en bas de page **, un musicien et des concepteurs ont été embauchés pour la mise en scène de la pièce.

L'élément central de la pièce, un jeu kafkaïen de serpents et échelles doublé d'une représentation satirique des accidentés perçus comme des gens qui touchent facilement de l'argent, a été dégagé de la convergence des résultats de la recherche, de la participation des travailleurs et de l'expression artistique. Les principaux arguments et concepts analytiques de la recherche ont trouvé une expression grâce aux dialogues, à la musique, aux chansons, aux mouvements et aux accessoires.

Résultats de l'expérience d'AC

La pièce a été présentée pour la première fois dans le cadre du Toronto Mayworks Festival of the Arts en mai 2005. Tout de suite après la représentation, on a tenu une discussion avec le public (près de cent personnes, pour la plupart des travailleurs accidentés et leurs familles) afin de recueillir leurs commentaires et leurs idées pour améliorer la pièce. En plus d'apporter de précieuses suggestions à propos de la pièce, les réactions du public ont jeté un nouvel éclairage sur certains aspects de la recherche et de l'analyse et ont permis de dégager de nouveaux sujets de recherche. Parmi les activités de suivi prévues, soulignons l'adaptation de la pièce pour le grand public, les fournisseurs de service et les décideurs, la production de vidéos et la transmission du scénario à d'autres communautés en prévision de productions locales.

La production a connu un immense succès si l'on en juge par la réaction immédiate de l'auditoire. Les travailleurs accidentés se sont reconnus dans le contenu de la pièce. Beaucoup se sont sentis compris pour la première fois. La transposition sur la scène et la présence d'acteurs professionnels ont semblé élever et légitimer leurs expériences personnelles, et leur ont donné l'espoir que les systèmes institutionnels, à l'intérieur desquels plusieurs s'étaient sentis prisonniers et mal servis, pouvaient être révélés tels qu'ils étaient à la population. La réaction face à la pièce a également été gratifiante pour les chercheurs (car elle appuyait le caractère véridique de la recherche) et les partenaires juridiques de la communauté (car elle témoignait de l'efficacité de leur activisme).

Enseignements tirés

Qu'advient-il de la connaissance scientifique lorsqu'on la transforme en art et en véhicule de revendication et de changement?

Malgré le succès manifeste de la pièce, il importe de s'interroger du point de vue plus abstrait de l'AC.

En premier lieu, qu'advient-il de la connaissance scientifique lorsqu'on la transforme en art et en véhicule de revendication et de changement? La science s'en trouve-t-elle enrichie? Appauvrie? La théorie devient-elle sans essence? Dans le cas qui nous occupe, la pièce avait la double capacité de transformer une recherche abstraite en une forme concrète et de produire un savoir abstrait généralisable à partir des conclusions d'une recherche empirique (p. ex., elle a synthétisé l'expérience générique, universelle derrière les histoires de chacun). Ainsi, s'appuyant sur les techniques de la métaphore, du dialogue et de la fiction, la caractérisation de l'expérience véhiculée dans la pièce est devenue personnelle et générique, individuelle et collective, particulière et universelle.

Un enjeu connexe découle de l'observation voulant que la connaissance acquise par la voie scientifique ne produise pas nécessairement du théâtre intéressant ou ne fasse pas un bon outil de sensibilisation ou de changement. Est-ce qu'un public nombreux choisirait d'assister à la représentation d'une pièce portant seulement sur les misères et le désespoir de travailleurs accidentés? Mais que se passe-t-il lorsque les conclusions d'une recherche sont retouchées en fonction de la scène ou d'une autre forme de communication, ou lorsqu'on met de côté des idées qui ne passent pas la rampe? En quoi le recours à l'humour et l'ironie, par exemple, a-t-il à voir avec la connaissance scientifique de départ? Sans aucun doute, nous en apprendrons davantage sur le rapport entre la science, les arts et les fins politiques au moment où nous adapterons la pièce en fonction d'auditoires différents, soit le grand public, les administrateurs du système, les fournisseurs de service et les décideurs.

En deuxième lieu, comment évaluer le rendement de l'investissement de telles initiatives d'AC? Quels avantages personnels devraient former les axes de pivotement de l'évaluation? Dans ce cas, il était possible de mesurer l'effica-cité de la pièce « Easy Money », comme forme d'AC, de plusieurs points de vue : comme un baume et une voix prêtée aux travailleurs accidentés, comme un catalyseur de réforme auprès des législateurs et des administrateurs, comme une source de pression populaire en faveur de changements institutionnels et comme une source d'orientation des recherches à venir. Mais peut-elle accomplir tout cela sans un conflit d'intérêt et sans fin politique? Et le théâtre véhicule-t-il certains buts mieux que d'autres?

En troisième lieu, quelle est l'importance des préoccupations d'ordre pragmatique plutôt que théorique liées à l'AC? Indépendamment de toute théorie abstraite, sa réalisation efficace est largement subordonnée aux considérations d'ordre pratique et aux ressources disponibles. Par exemple, l'AC peut trouver un obstacle pratique dans un mauvais synchronisme et la non-disponibilité de sources de financement. Dans notre cas, une politique restrictive de subvention à la recherche nous a fait perdre l'argent que nous n'avons pas consacré à l'AC et qui aurait pu servir à démarrer le projet de pièce de théâtre. Établir une collaboration en vue de ce genre d'activité créatrice exige davantage de souplesse du côté financement que celle que l'on trouve en général.

L'AC peut se buter à un autre obstacle : la faible valeur qu'on lui accorde à titre de capital universitaire. Pareilles activités (plus particulièrement les entreprises peu orthodoxes comme la pièce « Easy Money » ) peuvent entraîner les chercheurs sur des terrains méconnus où il leur faut du temps et de l'effort pour se retrouver (p. ex., s'assurer d'un financement dans la sphère artistique, apprendre à produire une pièce) et où les risques et les résultats sont inconnus. De plus, une véritable collaboration peut signifier dans l'esprit du chercheur une perte de « contrôle » sur l'usage et l'interprétation que l'on fera de sa propriété intellectuelle (quelle horreur dans le monde universitaire!).

Conclusions et répercussions

L'AC, essentiellement un exercice de collaboration multidisciplinaire, ne peut être efficace que si toutes les parties en tirent quelque chose de concret.

L'expérience autour de la production de « Easy Money » souligne que l'AC, essentiellement un exercice de collaboration multidisciplinaire, ne peut être efficace que si toutes les parties en tirent quelque chose de concret. Elle ne peut se produire sous l'effet de la seule pression normative (p. ex., la conviction que la recherche qui pro-fite d'un financement public doit absolument être utile en dehors du milieu universitaire), pas même par nécessité (p. ex., l'AC qui fait l'objet d'une demande de la part des organismes de financement de la recherche).

Dans le cas qui nous occupe, la pièce « Easy Money » s'alignait clairement avec la mission organisationnelle des collaborateurs de la clinique d'aide juridique, qui consistait à améliorer l'existence des travailleurs accidentés et à promouvoir une réforme législative. En ce qui touchait les travailleurs accidentés qui participaient au projet, la pièce prêtait voix à leur expérience personnelle, lui donnait un sens et faisait naître un sentiment d'appartenance à la communauté. En ce qui concernait les artistes, en particulier l'auteure et metteure en scène, la pièce a été l'occasion de s'impliquer au plan politique et de prendre part à une nouvelle expérience de théâtre communautaire. Pour ce qui est des chercheurs, l'entreprise a dégagé de nouvelles perspectives en rapport au problème initial posé par la recherche et fourni ample matière à réflexion pour la recherche à venir. Une telle convergence d'intérêts nous paraît être un élément prépondérant de ce qui a fait de « Easy Money » un modèle à suivre en matière d'AC. La réussite que connaîtra la pièce à cet égard, lorsqu'elle sera adaptée en fonction d'enjeux différents et présentée devant d'autres publics qui ne souhaiteront pas forcément entendre ces messages, devra faire l'objet d'un témoignage dans une prochaine édition de ce recueil.

Réseau de santé et de sécurité agricoles

Louise Hagel, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan
Helen McDuffie, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan
James Dosman, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan
Lori Lockinger, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan
Julie Bidwell, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan
Sean Siever, Institut de la santé agricole, rurale et environnementale, Université de la Saskatchewan

Le réseau de la santé et de la sécurité agricoles de la Saskatchewan est un programme d'application des connaissances (AC) qui vise à promouvoir la santé et la sécurité dans les établissements agricoles par la prestation de formation et de service et la recherche. Fruit d'un partenariat entre l'Institut de la santé agricole, rurale et environnementale et de la Saskatchewan Association of Rural Municipalities, le réseau s'est développé depuis 1988 et dessert à présent quelque 26 000 familles agricoles. La gamme d'activités d'AC proposée par le réseau inclut des programmes de dépistage et d'éducation offerts à l'échelle locale pour sensibiliser les gens aux dangers et identifier les fermiers qui risquent de subir des blessures ou des maladies liées à leur travail, et la prestation de ressources éducatives pratiques, rédigées dans un langage clair et simple, portant sur les enjeux liés à la santé et à la sécurité agricoles.

Contexte

Les agriculteurs et leur famille sont exposés à nombre de risques potentiels : pesticides et autres produits chimiques servant à l'agriculture, virus, moisissures et endotoxines, poussières organiques, zoonoses, vibration et bruit excessifs, et accidents de travail. La recherche a clairement démontré une incidence accrue dans cette population d'effets nocifs particuliers sur la santé (maladies respiratoires, certaines formes de cancer, surdité, blessures) associés aux facteurs professionnels et environnementaux, comparativement aux secteurs non agricoles.

Le réseau de la santé et de la sécurité agricoles est un programme centré d'AC qui vise à prévenir les invalidités et les maladies professionnelles chez les agriculteurs de la Saskatchewan. Établi en 1988 dans le cadre d'une initiative conjointe de l'Institut de santé agricole, rurale et environnementale (auparavant appelé le Centre de médecine agricole), d'une unité de recherche de l'Université de la Saskatchewan et de la Saskatchewan Association of Rural Municipalities, le réseau a pour mandat de transposer les fruits de la recherche en renseignements pratiques et utiles pour les agriculteurs.

Le réseau renseigne les agriculteurs, leur famille et les travailleurs des industries connexes sur les risques potentiels qui existent dans leur milieu de travail et sur les méthodes de gestion réduisant leur exposition à ces risques. Tablant sur les conclusions de nos propres études, de même que sur celles de la recherche menée aux échelles nationale et internationale, nous concevons, mettons en place et évaluons des renseignements et des services sur la santé à l'intention des communautés agricoles, en collaboration avec les producteurs et divers spécialistes rattachés à plusieurs organismes.

L'initiative d'AC

L'évolution du réseau représente une occasion de coopération, de créativité, d'imagination et de détermination. Nos employés, en poste à l'Institut de santé agricole, rurale et environnementale, échangent des communications et prennent part à des consultations avec une variété d'intervenants, dont des agriculteurs et leur famille, des chercheurs, des décideurs et des bénévoles ruraux, afin d'élaborer et de mettre en oeuvre des techniques pour améliorer la santé et la sécurité dans tous les secteurs de l'industrie agricole. Chaque intéressé offre du temps, de l'expertise, de l'argent et un soutien en nature dans un cadre amical et interactif.

L'adhésion au réseau est volontaire et fait l'objet d'un droit annuel versé par les conseillers municipaux au nom des familles d'agriculteurs de leur arrondissement. Les sommes sont ensuite utilisées comme source de financement de contrepartie ainsi que pour appuyer l'élaboration de matériel et la prestation de services aux membres du réseau. D'ordinaire, le réseau emploie une infirmière soignante chargée d'appliquer les programmes, de coordonner les activités, de communiquer avec les membres et de contribuer à l'élaboration de matériel didactique.

Le réseau est doté d'un comité directeur et de comités consultatifs dont les membres, des agriculteurs et professionnels agricoles, proposent de nouvelles idées, communiquent les préoccupations des producteurs et donnent des conseils quant à l'utilisation du vocabulaire et des techniques propres à l'AC à la communauté agricole, aux décideurs et aux professionnels de la santé. Le réseau compte également des bénévoles, dont des universitaires, des agriculteurs, des professionnels de la santé au travail et de la santé publique, et des décideurs qui examinent, éprouvent et évaluent les programmes, documents et interventions proposés. La réussite du réseau est grandement rehaussée par la volonté de ces bénévoles qui donnent de leur temps, de leur expertise et de leurs ressources à cette initiative de collaboration.

Le réseau offre aux agriculteurs et à leur famille plusieurs programmes d'éducation et de dépistage, dont le Respiratory Health Maintenance Program (programme de préservation de la santé des voies respiratoires) et le programme pour la protection de l'ouïe, dont la prestation est assurée par un personnel qualifié dans la communauté et qui comporte un suivi médical, au besoin. Les programmes visent à mieux sensibiliser les intéressés aux risques agricoles, à promouvoir des méthodes pour réduire l'exposition aux risques et à identifier les agriculteurs qui risquent de subir des blessures et des maladies professionnelles. Nous offrons également un cours de préparation aux accidents qui enseigne aux agriculteurs et aux membres de leur famille quoi faire en cas d'urgence en milieu de travail.

Nous offrons également un cours de préparation aux accidents qui enseigne aux agriculteurs et aux membres de leur famille quoi faire en cas d'urgence en milieu de travail.

Le réseau parraine et coordonne des assemblées régulières et annuelles, des séminaires, des ateliers et des sommets, et offre des kiosques de présentation et des exposés un peu partout en Saskatchewan. Chaque année, nous organisons un sommet portant sur le contrôle des blessures en milieu agricole à l'intention des producteurs, des professionnels de la santé et de la sécurité et des décideurs gouvernementaux. Ce sommet a pour objectif de faire décroître la fréquence et la gravité des blessures en milieu agricole, et nous avons recommandé aux gouvernements, aux agriculteurs, aux régisseurs et aux familles d'agriculteurs des modifications à apporter aux politiques. Ainsi, en 2005, le sommet portait sur le manque de sommeil et le stress comme facteurs prédisposant aux accidents en milieu agricole et présentait des renseignements à jour sur des techniques d'adaptation. On y présentera également des dispositifs de sécurité inventés par des agriculteurs. Les employés du réseau sont également actifs au sein d'organismes locaux, provinciaux, nationaux et internationaux qui ont un volet touchant à la santé et à la sécurité agricoles, dans le cadre d'initiatives liées à la promotion de la santé, aux activités éducatives, à la surveillance des blessures et à la recherche ciblée.

Nous fournissons de plus aux membres du réseau des feuillets d'information, des présentations PowerPoint (qui sont préparées, éprouvées et fournies à des conférenciers régionaux), des livrets et des vidéos, et nous distribuons chaque année aux familles d'agriculteurs des trousses didactiques sur différents sujets tels que la vérification de la sécurité des fermes. Les membres du réseau reçoivent un bulletin semestriel qui leur livre de l'information sur la santé et la sécurité et les renseigne sur les activités et programmes du réseau. Nous nous appuyons également sur l'imprimé, la radio et la télévision pour annoncer les événements, faire connaître les conclusions de nos recherches et promouvoir la sécurité en milieu agricole. Les rédacteurs en chef de journaux ruraux et agricoles spécialisés, par exemple, nous consentent des prix réduits lorsque nous publions dans leurs pages.

Nous sommes dotés de stratégies d'évaluation formelles et structurées, qui comportent notamment des questionnaires, des subventions accordées après évaluation par des pairs, des comités consultatifs et des évaluations faites par des étudiants de la viabilité économique des différentes initiatives. Nous communiquons avec les familles membres du réseau par l'entremise du téléphone, du courrier électronique, du télécopieur, de la poste et en personne. Nos coordonnées figurent sur chaque article que nous distribuons et toutes nos publications contiennent une carte-réponse. Ce sont toutefois les six conseillers municipaux des 154 municipalités rurales qui procèdent à notre plus importante évaluation et qui décident chaque année de faire une priorité de la santé et de la sécurité en milieu agricole.

Résultats de l'expérience d'AC

Le réseau a vu son effectif augmenter depuis 1988 de cinq à 154 municipalités rurales et de 1 000 à 26 000 familles d'agriculteurs de la Saskatchewan, ce qui représente plus de la moitié des exploitations agricoles de la province.

Le réseau affiche une croissance soutenue malgré les difficultés liées à une économie agricole anémique et a vu son effectif augmenter depuis 1988 de cinq à 154 municipalités rurales et de 1 000 à 26 000 familles d'agriculteurs de la Saskatchewan, ce qui représente plus de la moitié des exploitations agricoles de la province. On est à même d'observer une plus grande sensibilisation aux enjeux liés à la santé et à la sécurité et un changement des comportements, mais on les a peu quantifiés à l'échelle provinciale.

Enseignements tirés

Au fil des années, le réseau nous a fourni plusieurs enseignements en matière d'application des connaissances. Le réseau est né d'un besoin et d'une association naturelle entre une unité de recherche intéressée à la santé et la sécurité en milieu agricole et la Saskatchewan Association of Rural Municipalities, qui déjà se présentait comme le défenseur de la santé et de la sécurité des producteurs agricoles. Une vision nette des enjeux en cause, combinée à l'engagement des intéressés, peut maintenir un partenariat fructueux et de longue durée. Le réseau survit et se développe grâce à la confiance qui règne entre ses partenaires, à la libre circulation des connaissances et au partage de la responsabilité quant à l'élaboration et à la planification des programmes.

Le réseau survit et se développe grâce à la confiance qui règne entre ses partenaires, à la libre circulation des connaissances et au partage de la responsabilité quant à l'élaboration et à la planification des programmes.

Lorsque le réseau a vu le jour, nous savions que les agriculteurs souhaitaient obtenir des renseignements pratiques d'une source fiable. L'un de nos premiers défis a consisté à trouver un moyen d'apporter l'information à la ferme sous une forme appropriée et nous nous sommes vite aperçus que les agriculteurs souhaitaient plus que des documents écrits. Nos programmes mobiles d'éducation et de dépistage sont issus d'un tel besoin et ont permis de communiquer personnellement avec les membres du réseau, ce qui devenait plus difficile à mesure que le réseau grandissait. C'est dire toute l'importance de la communication et de l'écoute active face aux utilisateurs de la recherche, et aussi de faire montre de souplesse et d'une volonté d'adaptation aux premières initiatives d'AC proposées.

La réaction devant ces difficultés illustre parfaitement l'esprit rural : la persévérance et le dévouement des bénévoles provenant des secteurs universitaire, agricole et gouvernemental, la mise en place d'un mécanisme original de collecte de fonds, et la volonté d'apprendre à faire beaucoup avec peu.

Il a été primordial de former des partenariats avec les conseils locaux afin d'instaurer ces programmes mobiles. Le soutien de leaders respectés de la localité était perçu comme un témoignage de la valeur des programmes et en a incité plusieurs à s'impliquer. À son tour, la réussite des programmes, comme en font foi une participation nombreuse et des commentaires positifs, a fait naître au sein de la communauté un sentiment d'appartenance face au programme et au réseau en général.

Dans une province agricole aussi vaste et diversifiée que la Saskatchewan, le réseau demeure en sous-effectif. À mesure qu'augmente le nombre de nos membres, il devient de plus en plus difficile d'offrir des services à proximité de la ferme et de recueillir, classer et faire connaître aux décideurs les idées des producteurs sur des sujets tels que les pratiques rattachées à la santé et la sécurité, l'assurance et l'innovation, et de réagir prestement aux nouvelles initiatives.

La réaction devant ces difficultés illustre parfaitement l'esprit rural : la persévérance et le dévouement des bénévoles provenant des secteurs universitaire, agricole et gouvernemental, la mise en place d'un mécanisme original de collecte de fonds, et la volonté d'apprendre à faire beaucoup avec peu.

Conclusions et répercussions

Il reste encore à élaborer et à exécuter des programmes de prévention efficaces et ciblés destinés aux producteurs disséminés sur un vaste territoire. Des professionnels de la santé, en collaboration avec des producteurs, des chercheurs et des décideurs, ont conçu, évalué et uniformisé des modèles pour exécuter les programmes à la ferme ou à proximité. Nous dispensons à présent des journées de formation en santé aux infirmières de la santé publique en association avec chacune des régions sanitaires et nous leur fournissons des ressources en matière de santé et de sécurité agricoles qui leur sont utiles dans le cadre de leur travail. Toutefois, la transformation rapide du paysage agricole apporte sans cesse de nouvelles difficultés, mais aussi de nouvelles possibilités, pour préserver la santé et la sécurité des agriculteurs et de leur famille.

Le Réseau en réadaptation au travail du Québec : le défi de l'application des connaissances et mise en oeuvre d'un programme en clinique

Patrick Loisel, M.D., Université de Sherbrooke
Josée Labelle, M.Sc., erg., Université de Sherbrooke

Le Réseau en réadaptation au travail du Québec (RRTQ) a vu le jour en 2001 dans le but d'élaborer et de mettre en oeuvre des programmes de prévention et de réadaptation fondés sur des données probantes qui visent à accélérer le retour au travail des travailleurs accidentés. Le RTTQ visait également à encourager le développement de nouvelles connaissances et pratiques en matière de réadaptation au travail par l'intermédiaire de la recherche et de la formation. Malgré la réussite globale d'une étude pilote sur la mise en oeuvre d'un programme basé sur les données probantes menée dans quatre établissements de réadaptation, le caractère impératif de l'implantation du programme a suscité une vive opposition de la part de certains partenaires. Le réseau n'a pas vu son financement renouvelé, ce qui met en évidence combien il importe d'impliquer toutes les personnes concernées à chaque étape du processus d'application des connaissances (AC).

Contexte

Au Québec, comme dans de nombreux pays industrialisés, les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés au travail sont fréquents et coûtent cher. Selon les données les plus récentes dans le domaine de la santé au travail, il est de plus en plus reconnu que les programmes de réadaptation ciblant l'incapacité des travailleurs victimes de TMS doivent s'inscrire dans une approche globale de la problématique en tenant compte de l'environnement réel du travailleur (milieu de travail, système d'indemnisations, système de santé et acteurs respectifs)Note en bas de page 4,Note en bas de page 5. Toutefois, la mise en place de tels programmes peut se heurter à divers obstacles liés à des enjeux et des perceptions différents de la part des acteurs concernés (travailleurs, professionnels de la santé, conseillers en réadaptation, employés et syndicats). La recherche sur la collaboration peut apporter des pistes de solution à de telles difficultés.

Patrick Loisel et son équipe ont élaboré et éprouvé, par un essai randomisé, le modèle de SherbrookeNote en bas de page 6, un programme de réadaptation préconisant une approche intégrée dirigée autant vers le travailleur que son milieu de travail. S'appuyant sur les résultats de cet essai et sur dix années de pratique dans ce domaine, ils ont effectué les premières démarches en vue d'établir un réseau provincial de santé publique pour la réadaptation des travailleurs. Dès lors, divers établissements publics ont manifesté leur intérêt et une alliance a vu officiellement le jour au Québec.

En 1999, nous avons présenté un plan de diffusion d'un programme de réadaptation au travail au conseil d'administration de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), organisme responsable d'administrer le régime québécois de santé et de sécurité au travail. En décembre 2000, la CSST a décidé de soutenir le démarrage du Réseau en réadaptation au travail du Québec (RRTQ) avec le déploiement d'une étude pilote de mise en oeuvre du programme de réadaptation dans quatre établissements partenaires du RRTQ (l'Hôpital Charles LeMoyne, le Centre de réadaptation La Maison, le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau et l'Institut de réadaptation en déficience physique du Québec). Un financement de la CSST a été dégagé à cet effet pour payer les coûts liés aux services offerts en réadaptation et à la coordination du réseau. Par ce partenariat, le RRTQ mettait l'expertise du réseau public de santé et d'une équipe de recherche de l'Hôpital Charles LeMoyne et de l'Université de Sherbrooke à la disposition des employeurs, des syndicats et de la CSST pour les aider dans leurs efforts de réduction des incapacités d'origine musculo-squelettique liées au travail.

L'initiative d'AC

Officiellement fondé le 1er octobre 2001, le RRTQ est un réseau horizontal représentant un consortium de dix centres de réadaptation du Québec et d'un centre hospitalier de courte durée. Sa mission consiste à :

  • prévenir les absences prolongées du travail par la création et la mise en oeuvre de programmes de prévention et de réadaptation basés sur les données probantes, à l'intention des particuliers et des entreprises;
  • promouvoir l'acquisition de nouvelles pratiques et connaissances sur la réadaptation au travail par la recherche et la formation.

Le premier programme mis en oeuvre par le RRTQ a été le programme PRÉVICAPNote en bas de page 7,Note en bas de page 8, un programme de réadaptation fondé sur les conclusions de l'étude du modèle de Sherbrooke. Il visait le retour au travail rapide, durable et sécuritaire des travailleurs accidentés en misant sur un déplacement progressif de la réadaptation du milieu clinique vers le milieu de travail. Le programme ciblait les travailleurs dont la douleur persistante rendait le travail difficile ou impossible, mais pour qui le retour au travail demeurait l'objectif.

Au cours des trente mois qu'a duré l'étude pilote, chacun des quatre établissements de réadaptation disposait d'une équipe interdisciplinaire composée de coordonnateurs de programme, d'ergothérapeutes, d'éducateurs physiques, de médecins, d'ergonomes et de physiothérapeutes. Chaque équipe a reçu une formation théorique et pratique sur le programme et sur les plus récentes données probantes en matière de réadaptation des travailleurs. Cette formation a été renforcée par des visites du directeur du RRTQ dans les sites pilotes, de séminaires de formation présentés sous forme de vidéoconférences et d'un colloque de perfectionnement professionnel qui a réuni les cliniciens des quatre établissements.

La mise en oeuvre du programme PRÉVICAP a nécessité la collaboration du personnel de la CSST. Il leur était demandé de référer aux équipes des quatre établissements de l'étude pilote tous les travailleurs répondant à certains critères d'admissibilité. De plus, la direction du RRTQ, en collaboration avec les responsables du projet provenant de la direction de l'expertise-conseil de la CSST, a donné une formation aux gestionnaires et aux conseillers en réadaptation de chacune des directions régionales de la CSST qui participaient à l'essai. Des discussions et des séances de mise en commun de l'information ont été organisées entre les cliniciens et les gestionnaires et conseillers de la CSST afin de favoriser une référence précoce des travailleurs accidentés.

Trois comités ont été formés afin de superviser l'élaboration, la coordination et le suivi des activités entourant la mise en oeuvre du programme dans les établissements de réadaptation :

  • le comité exécutif (formé des directeurs généraux de tous les établissements, du directeur du RRTQ et du directeur adjoint) avait pour mandat de proposer au consortium la structure et les modalités de fonctionnement, d'administrer le consortium et de se charger des négociations avec les organismes payeurs;
  • le comité de direction (formé des directeurs des services cliniques, des chefs de programme ou responsables cliniques des établissements, du directeur du RRTQ et du directeur adjoint) veillait à ce que les activités autour de la programmation du RRTQ soient bien coordonnées et harmonisées entre elles;
  • enfin, le comité de coordination (formé des coordonnateurs de programmes des quatre établissements du projet pilote, du directeur du RRTQ et du directeur adjoint) supervisait la gestion et la mise en oeuvre du programme.

En plus de ces comités, un système d'information et de gestion (SIG) du projet a été développé, ce qui a permis au directeur une surveillance étroite des interventions auprès des travailleurs, tel que prévu dans l'entente, de manière à conseiller adéquatement les équipes. Grâce au SIG, le directeur pouvait également suivre le déroulement du projet et remettre des mises à jour régulières à la CSST. Pour terminer, un site Web a été conçu pour présenter la structure du RRTQ, son fonctionnement, la liste de ses membres, son programme clinique et ses activités de recherche et de formation. En plus de renseigner le grand public sur le réseau, ce site Web a également servi à diffuser aux cliniciens de nouvelles évidences sur la réadaptation au travail.

Résultats de l'expérience d'AC

En général, la mise en oeuvre du programme s'est bien déroulée à l'intérieur des quatre établissements de réadaptation. Des équipes interdisciplinaires ont été formées, tel que prévu, et l'expertise a pu être développée et partagée. Au 31 décembre 2003, la CSST avait référé 501 travailleurs, et 437 répondant aux critères d'admissibilité avaient fait l'objet d'une évaluation par les équipes du RRTQ. Pour 259 d'entre eux, la décision conjointe du travailleur, de l'équipe PRÉVICAP, du conseiller en réadaptation de la CSST et du médecin traitant a été d'offrir le programme de réadaptation, ce qui a été réalisé. Le taux de retour à l'emploi pré-lésionnel a été de 62 p. 100 pour une moyenne d'absence complète du travail de 24 semaines.

Une difficulté rencontrée au cours de la mise en oeuvre du programme était le faible nombre de références admissibles de travailleurs qui était inférieur à la prévision de départ de la CSST (soit 437 au lieu de 630). Nous croyons que cette difficulté peut être attribuable à la résistance des conseillers en réadaptation face au projet. Plusieurs raisons peuvent expliquer cela : le sentiment que l'indépendance du processus décisionnel pouvait être menacée, l'impression de voir augmenter la charge de travail par suite d'une collaboration avec les équipes de cliniciens et la crainte de voir naître des conflits de rôles et de voir supprimer des emplois. En juin 2003, aux prises avec ces difficultés, la direction de la CSST a déclaré qu'elle ne prévoyait pas renouveler l'entente avec le RRTQ après l'échéance, qui avait été devancée d'avril 2004 au 31 décembre 2003.

C'est ainsi que le RRTQ a mis fin à ses activités en décembre 2003. Le programme n'a pas été mis en oeuvre dans les autres établissements comme prévu. De plus, seuls deux des quatre établissements où s'est déroulée l'étude pilote offrent encore le programme PRÉVICAP. En l'absence de financement et de garantie face au nombre suffisant de références, ces établissements ne peuvent conserver des équipes interdisciplinaires aux seules fins de ce programme.

Enseignements tirés

Le fait d'agir contre la volonté du personnel de la CSST a causé énormément de tort au processus de mise en oeuvre du RRTQ.

Une leçon que nous retenons de cette expérience au chapitre de l'AC est qu'il importe d'impliquer dans le processus de planification et de mise en oeuvre tous les participants au projet, à tous les niveaux hiérarchiques et dans tous les établissements. Le fait d'agir contre la volonté du personnel de la CSST a causé énormément de tort au processus de mise en oeuvre du RRTQ. Par exemple, contrairement aux cliniciens dont la participation était volontaire tous les gestionnaires et conseillers en réadaptation attachés aux directions régionales participantes étaient tenus de référer les travailleurs répondant aux critères d'admissibilité vers les équipes chargées du programme PRÉVICAP. Or, les gestionnaires et les conseillers en réadaptation jouissent en général d'un degré élevé d'indépendance pour faire leur travail; l'imposition d'une pareille contrainte a fait naître chez eux une forte opposition au programme. Il aurait mieux valu impliquer le personnel de la CSST dans l'élaboration et la mise en oeuvre du programme, de sorte qu'il aurait mieux compris le rôle qu'il était censé tenir et aurait été rassuré sur son rôle dans le programme. De plus, la collaboration avec la CSST dans l'implantation du projet avait lieu avec la direction à l'expertise-conseil qui tient un rôle d'influence, de développement des programmes et de formation plutôt qu'un rôle hiérarchique auprès du personnel ayant à collaborer avec les cliniciens. Dans le cadre de l'implantation du projet pilote, l'implication de la direction des opérations qui assure un leadership auprès des conseillers en réadaptation aurait probablement permis de mieux cerner les difficultés éventuelles et de les prévenir.

Il aurait mieux valu impliquer le personnel de la CSST dans l'élaboration et la mise en oeuvre du programme, de sorte qu'il aurait mieux compris le rôle qu'il était censé tenir.

Conclusions et répercussions

La mise en oeuvre au sein d'un organisme d'un programme de réadaptation complexe fondé sur les données probantes nécessite la participation de l'ensemble du personnel, en particulier ceux qui sont directement responsables des interventions.

Bien que le RRTQ n'existe plus, une retombée de ce consortium est d'avoir sensibilisé les cliniciens à l'importance de la mise à jour de leurs connaissances dans ce domaine. Depuis la fin du RRTQ, nous avons reçu plusieurs demandes de formation de la part de cliniciens et d'établissements de réadaptation.

La mise en oeuvre au sein d'un organisme d'un programme de réadaptation complexe fondé sur les données probantes nécessite dès l'étape de l'élaboration la participation de l'ensemble du personnel, en particulier ceux qui sont directement responsables des interventions. En nous fondant sur l'expérience du RRTQ, nous jugeons souhaitable qu'aucun effort de mise en oeuvre à grande échelle ne soit déployé sans l'accord préalable de toutes les personnes concernées.

Application des connaissances entre les provinces en matière de santé et sécurité au travail

Robert Parent, Ph.D., Université de Sherbrooke
Barbara Neis, Ph.D., Université Memorial de Terre-Neuve et codirectrice, SafetyNet
Alain Lajoie, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail
Mario Roy, Ph.D., Université de Sherbrooke
Stephen Bornstein, Ph.D., Université Memorial de Terre-Neuve et codirecteur, SafetyNet
Lise Desmarais, Ph.D., Université de Sherbrooke
Scott MacKinnon, Ph.D., chaire de recherche de SafetyNet sur la santé et la sécurité au travail

Le Consortium de l'Est du Canada en santé et sécurité au travail soutient la recherche sur la santé et la sécurité au travail et son application à des contextes réels. Dans l'optique de la création d'une capacité de recherche dans la région du Canada atlantique et au Québec, les principales activités d'application des connaissances (AC) du consortium comprennent l'application des cas de réussite du Québec à Terre-Neuve-et-Labrador et une approche d'historique d'apprentissage qui permettra au consortium de relever les défis posés par ses membres, dans plusieurs secteurs, plusieurs provinces et deux langues. L'expérience du consortium fait ressortir l'importance de la capacité — capacité de produire, de diffuser et d'absorber de nouvelles connaissances, et capacité de s'y adapter — dans la réussite ou l'échec des initiatives d'AC.

Contexte

Les coûts annuels liés à la santé et la sécurité dans l'industrie au Canada sont estimés à plus de 10 milliards de dollars, et des centaines de milliers de travailleurs sont impliqués dans des accidents du travail chaque année. Les maladies professionnelles touchent un plus grand nombre encore de travailleursNote en bas de page 9. Pourtant, la recherche sur les causes et la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles est relativement sous-développée au Canada, en comparaison avec d'autres pays comme la Suède, la Norvège, l'Allemagne et la France. Ajoutons que les disparités régionales dans la capacité de recherche et l'application limitée des connaissances entre les provinces nuisent à la mise en oeuvre de stratégies de prévention connues. Dans les provinces atlantiques du Canada, il manque, tout particulièrement, la capacité de recherche en matière de santé et sécurité au travail (SST) et notamment les ressources humaines nécessaires pour faciliter l'application courante des conclusions de la recherche.

Pour remédier à ces problèmes en soutenant les initiatives de recherche liées à la création de nouvelles connaissances sur la SST et leur application, du contexte de recherche à des situations réelles, on a établi le Consortium de l'Est du Canada en santé et sécurité au travail. Il s'agit d'un projet multisite, interprovincial et bilingue qui permettra à des chercheurs du Québec et du Canada atlantique d'accomplir un travail interdisciplinaire sur l'analyse et la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, puis de transmettre les résultats de la recherche nouvelle et actuelle aux décideurs et dans les lieux de travail. La recherche effectuée par le consortium porte principalement sur les façons de lever les obstacles à l'AC en SST.

Le consortium est financé par les IRSC, l'Université Memorial de Terre-Neuve, l'Université de Sherbrooke, l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) — important institut de recherche canadien en santé et sécurité au travail, au Québec — et INCO, producteur international de nickel. Les trois organismes qui forment le consortium sont SafetyNet, une alliance communautaire pour la recherche en santé à Terre-Neuve-et-Labrador, l'IRSST et le Centre d'étude en organisation du travail (CÉOT), un centre de recherche universitaire québécois spécialisé dans le transfert des connaissances.

L'initiative d'AC

Une des principales activités du consortium consiste à déterminer les réussites en recherche au Québec, où il existe une longue tradition de collaboration entre les universités, les gouvernements et les lieux de travail, et à les appliquer aux chercheurs, aux partenaires sociaux et aux milieux de travail de T.-N.-L. Ces projets très ciblés permettent de favoriser la SST dans un secteur particulier et de rendre les chefs de file terre-neuviens en SST réceptifs aux produits de recherche. Sous l'angle de l'AC, la logique, empruntée aux ouvrages sur la gestion du changement, est la suivante : cette approche nous permettra d'apprendre comment réussir l'AC en SST d'une province à une autre et de produire rapidement des réussites qui permettront de soutenir d'autres activités d'AC ainsi que la recherche locale par les chefs de file en SST à Terre-Neuve-et-Labrador.

Dans une liste de projets et de produits fructueux de recherche du Québec, les membres du consortium ont retenu, en collaboration avec les chefs de file en SST à Terre-Neuve-et-Labrador, une première liste de onze projets très ciblés. Nous avons toutefois éprouvé des difficultés parce que certains des projets ne répondaient pas nécessairement aux besoins perçus dans le milieu des praticiens : la réussite de l'AC exige l'adhésion des groupes locaux (y compris des investissements financiers et en nature). Sur l'avis de notre comité consultatif, nous avons donc modifié notre approche « push » (« faire connaître » des exemples du Québec dans les communautés de T.-N.-L.) en une approche « pull », en suscitant l'intérêt des organismes de la collectivité dans l'AC avant de choisir ensemble des projets très ciblés.

Nous avons modifié notre approche « push » en une approche « pull », en suscitant l'intérêt des organismes de la collectivité dans l'AC avant de choisir ensemble des projets très ciblés.

Mentionnons entre autres la Newfoundland and Labrador Construction Safety Association (NLCSA), la plus grande association sectorielle à Terre-Neuve et la seule à fonctionner comme celle du Québec. SafetyNet a facilité le réseautage interprovincial entre les deux associations et, grâce à ce processus, deux produits de recherche du Québec ont été retenus. Nous travaillons actuellement à appliquer ces produits à la prévention en SST dans l'industrie terre-neuvienne. Même si cette façon de procéder a allongé les délais des projets, elle a réduit les coûts dans son ensemble et multiplié les chances de succès.

Un deuxième exemple de projet très ciblé, un programme modèle de formation du formateur pour l'affûtage de couteaux, devait être relativement simple à appliquer aux usines de traitement de viande et de poisson de Terre-Neuve. Toutefois, il a lui aussi pris plus de temps que prévu pour des raisons financières. Deux entreprises étaient intéressées par ce programme, mais ni l'une ni l'autre n'était en mesure de payer les coûts totaux de l'AC. Elles ont donc établi un partenariat avec SafetyNet pour présenter une demande de financement à la Workplace Health, Safety and Compensation Commission of Newfoundland and Labrador. La demande a été acceptée, et le projet, qui est entièrement financé, sera bientôt lancé.

La deuxième principale activité du consortium est un effort d'AC visant à évaluer le succès du consortium lui-même, et à surveiller et améliorer la communication entre les membres. Nous utilisons un « historique d'apprentissage » — un document ou une série de documents dont la diffusion vise à aider les systèmes, les participants et les organismes à prendre conscience des efforts qu'ils font eux-mêmes pour apprendre et changerNote en bas de page 10. L'historique d'apprentissage présente les expériences et le point de vue des participants, y compris de ceux qui sont à l'origine des efforts de transformation de l'organisme, qui les ont mis en oeuvre et y ont pris part, et de ceux qui n'y ont pas participé, mais sur qui ces efforts ont eu des répercussions.

Résultats de l'expérience d'AC

À la suite des activités d'AC du consortium, nous avons conclu que la réussite de l'AC en santé et sécurité exige un système ou un réseau d'intervenants qui travaillent ensemble pour atteindre les résultats désirés. Cette conclusion contraste nettement avec de nombreux modèles antérieurs d'AC dans lesquels les connaissances étaient vues comme quelque chose (un objet) qui pouvait être transféré du créateur à un utilisateur, de façon mécaniste. Ces modèles, qui supposent une relation hiérarchique descendante entre le producteur de connaissances et l'utilisateur, ont été critiqués pour ne pas tenir compte de la réalité à la fois du contexte de production de ces connaissances et de celui de leur utilisationNote en bas de page 11,Note en bas de page 12.

L'AC est maintenant davantage perçue comme un processus. Pensons notamment à Szulanski, qui a constaté, après avoir étudié le rôle du contexte de l'AC et des caractéristiques des connaissances à appliquer, que la majeure partie des difficultés liées à l'AC émanait principalement de l'unité réceptriceNote en bas de page 13. Notre expérience d'une grande variété de structures organisationnelles, depuis les organismes de santé et sécurité très créateurs jusqu'aux fournisseurs de soins de santé plus pragmatiques, corrobore l'importance de la capacité de réception constatée par Szulanski. Toutefois, cette étude de cas indique aussi que, outre le contexte, la capacité d'AC au sein de l'ensemble du système ou du réseau social peut faire la différence entre le succès et l'échec de l'application.

La capacité d'AC au sein de l'ensemble du système ou du réseau social peut faire la différence entre le succès et l'échec de l'application.

Nos exercices avec des projets très ciblés ont fait ressortir que la principale différence entre la situation de l'AC au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador réside dans le fait que le réseau québécois de SST est régi par des lois qui précisent les rôles et les responsabilités des différents intervenants et que ses activités sont coordonnées et officialisées. À Terre-Neuve-et-Labrador, le réseau de SST est plus informel et moins coordonné, et les mesures financières directes visant à inciter les employeurs à investir dans l'AC y sont moins nombreuses. Par conséquent, pour appliquer des connaissances du Québec à T.-N.-L., le consortium doit trouver des moyens pour renforcer le réseau de SST à Terre-Neuve-et-Labrador et pour établir de nouvelles relations entre le Québec et T.-N.-L. Grâce aux efforts du consortium, un réseau intégré de capacités commence à émerger.

Enseignements tirés

De nombreux enseignements peuvent être tirés du travail du consortium sur les projets très ciblés au cours des deux premières années :

Nous avions d'abord recherché des réussites québécoises susceptibles d'être utiles pour T.-N.-L., plutôt que de nous pencher sur les besoins de T.-N.-L. pour lesquels des produits du Québec pourraient être utiles.

  • Une approche « push » d'AC — faire connaître des exemples de réussite québécoise dans les collectivités de T.-N.-L. — a eu moins de succès qu'une approche « pull », dans laquelle on détermine les besoins de la communauté de T.-N.-L. et on cherche des solutions appropriées élaborées au Québec. En d'autres mots, nous avions d'abord recherché des réussites québécoises susceptibles d'être utiles pour T.-N.-L., plutôt que de nous pencher sur les besoins de T.-N.-L. pour lesquels des produits du Québec pourraient être utiles.
  • Les projets très ciblés ont accentué la nécessité de viser le renforcement du système ou du réseau d'intervenants. Ces systèmes ou réseaux doivent disposer de capacités précises d'AC pour réussir, notamment la capacité de générer, de diffuser et d'absorber les nouvelles connaissances, et de s'y adapter.
  • Les projets très ciblés ne doivent pas nécessairement être immédiats ou évidents, mais sont très importants pour la formation du système ou du réseau nécessaire à la réussite des cas d'AC.

Quoique encore au stade préliminaire, notre évaluation de la méthodologie de l'historique d'apprentissage permettra de fournir un précieux historique, dans les mots mêmes des participants, des réussites et des ratés du projet. Elle constitue un outil diagnostique supplémentaire dont les dirigeants du consortium pourront se servir pour corriger des problèmes qui pourraient nuire à la réussite du projet, et nous permettra de comprendre en profondeur ce qu'il faudra retenir et éviter à l'avenir dans des situations semblables. Même si elle prend du temps, elle constitue une excellente source d'information pour de futurs articles et études de cas concernant le projet.

Conclusions et répercussions

Des membres du projet sont à élaborer un modèle de capacité d'AC qui précisera les capacités nécessaires à la réussite de l'AC. Tout en reconnaissant la valeur de la recherche antérieure, nous croyons que l'étude des capacités nous permettra d'envisager l'AC sous un nouvel angle et qu'elle constitue un gage de nouvelle recherche sur les capacités d'AC et leur application dans une économie du savoir.

Application des connaissances de recherche aux intervenants : le cas de la sécurité des chariots élévateurs

Jean Guy Richard, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail
Steeve Vigneault, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail
Lise Desmarais, Université de Sherbrooke
Robert Parent, Université de Sherbrooke

Cette initiative visait à renforcer les capacités de mise en commun des connaissances entre des chercheurs de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) du Québec et des intervenants ayant reçu le mandat d'appliquer la législation québécoise sur la santé et la sécurité au travail. À l'origine, le projet devait porter sur la recherche complexe et commune nécessaire pour évaluer l'efficacité des dispositifs de sécurité pour les chariots élévateurs, et l'application des connaissances (AC) était limitée à la diffusion des résultats scientifiques. Lorsque les responsables ont su que les intervenants n'avaient pas obtenu les réponses qu'ils attendaient, ils ont investi dans un agent de transfert des connaissances et axé ses activités d'AC sur le renforcement des capacités, ce qui a grandement amélioré l'efficacité du projet.

Contexte

En 1990, le coroner en chef du Québec a noté un taux élevé d'accidents de travail mortels mettant en cause des chariots élévateurs (quatorze accidents au cours des cinq années précédentes, dont plusieurs étaient attribuables au renversement du véhicule) et a ordonné une enquête sur les risques associés à l'utilisation de ce type de véhicule. Aussi alertée, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), l'organisme chargé d'administrer le régime québécois de santé et sécurité du travail, de concert avec plusieurs autres associations sectorielles axées sur la prévention, a demandé à l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) d'examiner la question de la protection des opérateurs de chariots élévateurs en cas de renversement du véhicule.

Durant les études préliminaires, les chercheurs de l'IRSST ont noté qu'il existait déjà un grand nombre de dispositifs de sécurité pour les chariots élévateurs. Ils ont présumé que le défi serait de déterminer les différences d'efficacité de ces dispositifs de façon à adapter les règlements (par exemple, exiger l'installation et le port de ceintures de sécurité). Les intervenants voulaient que les chercheurs tranchent la question en se basant sur des preuves scientifiques, de la même façon qu'une recherche semblable avait permis de réglementer le port de la ceinture de sécurité dans les automobiles. L'IRSST a accepté de relever ce défi, en collaboration avec l'Institut national de recherche scientifique (INRS) en France. C'est ainsi que cinq équipes ont utilisé des outils ergonomiques, de modélisation et de simulation numérique afin de mieux comprendre les risques de renversement et de collision en vue d'améliorer la conception du milieu de travail et, par la suite, d'émettre une opinion sur l'efficacité des dispositifs de protection pour les opérateurs de chariots élévateurs.

L'initiative d'AC

L'IRSST accorde une grande importance à l'application des résultats de la recherche qu'il finance à des changements de l'aménagement du milieu de travail et à des améliorations à la santé et sécurité du travail (SST). Pour l'IRSST, il est essentiel d'aller au-delà de la simple diffusion des connaissances : des capacités doivent aussi être en place pour traduire ces connaissances en actions concrètes. Ce projet a donc porté sur le renforcement des capacités de mise en commun des connaissances entre des chercheurs de l'IRSST et les intervenants ayant reçu le mandat d'administrer le régime québécois de santé et sécurité du travail.

Le modèle dynamique d'AC fondé sur les capacités, développé par le Laboratoire de transfert des connaissances de l'Université de Sherbrooke, semble indiquer que l'efficacité du processus d'AC est intimement lié à quatre capacités : capacité de générer, de diffuser et d'absorber des connaissances, et capacité de s'y adapter. La génération est la capacité de créer de nouvelles connaissances. La diffusion est la capacité de distribuer de nouvelles connaissances. L'absorption fait référence à la capacité de l'utilisateur d'apprécier la valeur des nouvelles connaissances et d'utiliser celles-ci pour modifier son comportement. Enfin, l'adaptation est la capacité d'apprendre sans cesse et de suivre le rythme des besoins d'une situation qui évolue. Par conséquent, une hypothèse qui peut expliquer l'échec initial de l'AC entre les chercheurs et les praticiens dans le projet des chariots élévateurs pourrait être le fait que, dès le début du projet, on n'a fait appel qu'à une seule capacité — la génération de connaissances. Aucune attention particulière n'avait été accordée aux trois autres capacités.

Nous avons donc modifié notre stratégie d'AC, en commençant par produire et diffuser des connaissances au moyen de rapports de recherche et de communications scientifiques, et en passant ensuite à des activités visant à cerner et officialiser les besoins et mettre en commun les connaissances provenant aussi bien du milieu de la recherche que des intervenants en SST. Le changement d'orientation des efforts vers le renforcement des capacités d'absorption s'est très bien concrétisé dans des activités d'analyse des pratiques et des connaissances résultant de l'expérience des intervenants (principalement des inspecteurs sur les lieux de travail et des conseillers en prévention).

Résultats de l'expérience d'AC

Au début, les échanges avec les intervenants se résumaient à des réunions du comité sur le suivi des recherches, dirigées par des chercheurs et axées surtout sur la génération et la diffusion des connaissances. Après six ans, les intervenants estimaient qu'ils n'obtenaient pas de réponses satisfaisantes à leurs demandes, malgré la grande qualité de la recherche. Cette situation a donné lieu, entre autres, à des malentendus entre les principaux acteurs du projet, en plus de l'expression d'une certaine insatisfaction des intervenants.

Les chercheurs alléguaient qu'il leur fallait plus de temps, compte tenu de la complexité des problèmes sous enquête (l'efficacité des dispositifs de retenue et leur impact sur les activités des opérateurs de chariot) et de l'obligation de fournir des preuves scientifiques aux intervenants. Par ailleurs, les législateurs et les travailleurs s'impatientaient devant la lenteur du processus et ont fait remarquer que, en attendant les résultats, les opérateurs de chariots continuaient de mourir. Le projet se ressentait de l'absence de deux capacités : l'absorption des connaissances et l'adaptation de la stratégie de transfert.

Devant la complexité et la diversité extrêmes des besoins exprimés par les intervenants et les milieux de travail, et ayant découvert que seule une partie des attentes serait satisfaite par la recherche malgré les ressources substantielles qui lui avaient été consacrées, l'IRSST a redéfini sa stratégie en investissant dans une personne-ressource pour favoriser les échanges et la communication au sein du réseau chercheurs-utilisateurs. En plus de poursuivre les activités de génération et de diffusion des connaissances, des efforts considérables ont été déployés dans l'analyse des contextes et des procédures afin d'acquérir et d'utiliser ces connaissances (capacités d'absorption et d'adaptation), notamment :

  • la collecte d'information technique et scientifique, la réalisation d'une base de données et la diffusion d'information aux intervenants. Cette utilisation de toutes les connaissances disponibles dans la documentation scientifique et technique a permis la publication périodique de bulletins, par voie électronique ou au moyen de divers types de rapports-synthèses;
  • l'analyse des besoins et des procédures d'utilisation des connaissances à l'intention des intervenants, au moyen d'entrevues, de participation à des séances de formation, de visites des lieux de travail, de présentations à des groupes de prévention régionaux, etc.;
  • la création et la tenue d'un forum d'échange qui réunissait les principaux intervenants;
  • la présentation, au comité de suivi de la recherche et aux chercheurs, de divers résumés des connaissances acquises durant les activités précédentes.

L'expérience montre que les résultats de la recherche sont souvent plus efficaces lorsque les chercheurs connaissent mieux les réalités sur le terrain.

L'expérience montre que les résultats de la recherche sont souvent plus efficaces lorsque les chercheurs connaissent mieux les réalités sur le terrain. Les chercheurs qui ont accès à l'expérience des praticiens responsables de la diffusion et de l'absorption de nouvelles connaissances peuvent ainsi enrichir leur expérience et ajuster la présentation de leurs résultats à la capacité d'absorption des utilisateurs de la recherche.

Enseignements tirés

L'AC exige de déployer des efforts constants, comme encourager les échanges et tisser des liens.

Ce projet de recherche et les activités connexes d'AC nous ont permis de faire plusieurs découvertes. Voici les trois principaux enseignements qui en ont été tirés.

  1. L'AC exige de déployer des efforts constants, comme encourager les échanges et tisser des liens. De ce point de vue, le rôle de l'agent de transfert consiste à transmettre l'information dans les deux sens : non seulement entre les chercheurs et les intervenants, mais aussi entre les intervenants et les chercheurs.
  2. L'efficacité de l'AC dépend du degré de compréhension des besoins et des procédures opérationnelles des trois univers en présence : la recherche, l'intervention et le décideur. Il est important de bien connaître le travail, le contexte, les besoins et les capacités d'AC de l'autre partie. Les responsables de l'AC doivent être capables de circuler librement entre les différentes sphères et favoriser les interactions. Ils doivent pouvoir expliquer les limites et les possibilités de la recherche, aider à prioriser les besoins, déterminer ce qui peut être diffusé dans le public et sous quelle forme, concevoir la présentation de l'information et superviser la voie empruntée par les connaissances, jusqu'à leur application dans divers contextes de travail.
  3. Les agents de transfert ou d'échange acquièrent leurs propres connaissances par la pratique. Ainsi, ils deviennent des experts dans les secteurs visés et peuvent alors fournir de l'information autant aux chercheurs qu'aux intervenants. Une analyse de ce nouveau mode de fonctionnement dans l'AC illustre les défis que doivent relever les parties prenantes aux activités de recherche : dans ce cas, les chercheurs, qui désirent répondre aux besoins des décideurs et praticiens en SST, et les praticiens eux-mêmes, qui doivent acquérir ces connaissances scientifiques et les concrétiser. Une troisième partie, l'agent de transfert, a considérablement amélioré les échanges entre ces deux autres sphères, ce qui a permis d'accroître l'efficacité de la recherche, un élément primordial dans l'amélioration de la santé et de la sécurité du travail.

Conclusions et répercussions

Les activités d'AC associées à ce projet nous ont permis de créer une base de données que les chercheurs et les praticiens en SST peuvent consulter. Elles ont aussi contribué à créer notre approche dynamique de la mise en commun de l'information, qui accroît le rendement de l'investissement en recherche. L'agent de transfert ou d'échange joue maintenant un rôle clé dans ce projet, en nous apportant de nombreuses demandes de collaboration pour la production de documents techniques et éducatifs. L'émergence de ces demandes représente une excellente mesure du succès de ces initiatives et exige que nous adaptions une fois encore notre stratégie d'AC. Les résultats obtenus avec ce projet, entre autres, seront utiles à l'équipe de gestion de l'IRSST lorsqu'elle procédera à un examen en profondeur de sa stratégie globale afin d'améliorer l'utilisation des conclusions de la recherche.

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