L'effectif et le milieu de travail figurent toujours parmi les principales préoccupations des décideurs, comme ce fut le cas lors des consultations antérieures tenues dans le cadre de la série À l'écoute. Les participants pensent qu'il est essentiel de trouver des stratégies pour combler la pénurie d'effectifs. Toutefois, la majorité d'entre eux croient qu'il ne s'agit pas forcément de former un plus grand nombre de fournisseurs pour exécuter le même genre de tâches. Ils sont d'avis qu'il faut faire de la recherche et établir des stratégies pour mieux utiliser les fournisseurs existants, élaborer de nouveaux modèles de dotation (constituer de nouvelles équipes, y compris des équipes auxquelles participent des travailleurs du système de services de santé non traditionnels) et créer de nouveaux modèles de pratique (notamment des modèles de collaboration en matière de soins et d'autosoins). Pour ce faire, nous avons besoin de programmes d'éducation et de formation novateurs, afin d'aider les fournisseurs de services de santé à s'adapter à ces nouveaux modèles et à former leur personnel.
Plusieurs régions soulèvent le problème de la migration de l'effectif, plus particulièrement le recrutement et la rétention : exode (dans l'Est), afflux (en Alberta) et flux permanent (dans le Nord). L'incidence de la population vieillissante sur l'effectif en santé (vieillissement du personnel, type d'effectif ou de soins nécessaires pour composer avec le phénomène du vieillissement de la population), la planification de la relève, la santé en milieu de travail et les enjeux de sécurité figurent parmi les autres problèmes soulevés. Enfin, les participants reconnaissent le besoin de continuer à investir dans des stratégies visant à créer et à maintenir un effectif et des milieux de travail en santé, eu égard des répercussions sur le système de services de santé (notamment la rétention et la productivité) et sur les patients (par exemple, expérience de soins, mortalité et morbidité).
La question de la gestion du changement revient constamment pendant les ateliers. Les participants manifestent leur frustration. En effet, ils possèdent suffisamment de données probantes pour motiver le changement de politique, mais pas assez concernant les stratégies sur la façon de mettre en oeuvre le changement. Les participants veulent de meilleures données probantes sur la façon de réaliser le changement. Plusieurs d'entre eux demandent à ce que l'on dresse la liste des pratiques exemplaires, que l'on réalise des études d'intervention ou de mise en oeuvre, des projets de démonstration, ainsi que des analyses et des évaluations des incidences. En outre, ils mentionnent la nécessité de comprendre la façon d'inciter la participation active des fournisseurs (surtout les médecins) et des autres intervenants dans le renouvellement et la nouvelle conception, et la façon d'intégrer les données probantes à la prise de décisions.
Le renforcement de la gestion et de l'infrastructure actuelles de l'information et des données est l'un des nouveaux thèmes importants soulevés par les décideurs en 2007. Les participants se disent préoccupés par le fait que les décideurs (et les chercheurs) ne disposent pas de données précises et comparables et qu'il faut mieux gérer les données existantes - évaluation, cueillette, consultation et utilisation - et trouver des façons de les intégrer aux diverses structures (organismes, secteurs, autorités, etc.). Les participants insistent sur l'importance de présenter les données aux décideurs, dans des formats utilisables et utiles, afin de leur permettre de les interpréter et de les appliquer dans des contextes de gestion, clinique et politique particuliers. De plus, il faut investir dans l'établissement de stratégies efficaces en vue de l'application des données et des bases de données existantes par les décideurs. Il faut mettre en place un système d'information donnant de la rétroaction à la pratique clinique, dans le cadre d'un processus ascendant. De plus, les participants soulèvent des questions à l'égard de la création, de la mise en oeuvre et de l'évaluation des dossiers médicaux électroniques; il faut s'assurer que les décideurs et les chercheurs utilisent adéquatement l'information, qu'ils respectent l'éthique et la confidentialité.
Les questions de la prise de décisions fondées sur les valeurs et de la participation sont des enjeux reviennent dans la majorité des neuf ateliers. Dans le cadre de l'atelier organisé dans l'Est (à Halifax), ces deux questions figurent en tête de liste. Les participants mettent l'accent sur l'instauration de cadres de décision éthiques et la participation du public dans le processus de prises de décisions et, plus particulièrement, les stratégies visant à faire participer activement le public dans l'établissement des priorités (ou du moins veiller à ce qu'il comprenne les compromis exigés). Ce thème est étroitement lié aux préoccupations concernant la viabilité et l'allocation des ressources ainsi qu'aux compromis nécessaires en ce qui a trait à la conception du système, au « panier des soins de santé » et à l'accès.
Les soins de santé axés sur le patient et la participation des consommateurs sont étroitement liés au thème précédent, bien que moins souvent mentionnés. Les soins axés sur les patients se traduisent par une collaboration entre des patients informés et respectés et leur famille, et une équipe coordonnée de professionnels de la santé en vue de fournir des services de santé de qualité. L'accent est mis sur la participation du patient, et non sur la participation du grand public. Il y a deux côtés à cette médaille : que fait le patient pour participer davantage et que font les fournisseurs de services de santé pour aider le patient à participer davantage? Les discussions concernant les soins coopératifs pendant les ateliers ont permis de soulever les points suivants : 1) faire participer les patients à leurs propres soins et aux décisions concernant les soins qui leur sont administrés; 2) demander aux fournisseurs de services de santé d'adopter une approche plus coopérative et de concevoir des systèmes architecturés fondés sur les besoins des patients. Il s'agit de mettre en oeuvre et d'améliorer la continuité et la coordination des soins, en fonction des besoins du patient, selon une philosophie de soins où la relation entre le fournisseur, le patient et la famille est une valeur fondamentale. Les participants soulèvent également la question de l'accroissement des demandes des patients.
Le problème des temps d'attente est soulevé dans plusieurs ateliers. Le cloisonnement des maladies dans le but de régler le problème des temps d'attente ne permet pas de dresser la liste des déterminants communs (comorbidités) et de reconnaître d'autres priorités urgentes en matière de santé, comme la santé mentale. Les participants discutent de la nécessité d'adopter une approche plus axée sur les systèmes à l'égard du problème des temps d'attente. À cet égard, selon les participants, il faut notamment partir du principe que le système est un ensemble d'éléments; créer des aides à la navigation destinées aux patients et aux familles; ne plus mettre l'accent sur les soins actifs et adopter des modèles de services de santé de première ligne (et tenir compte des leçons apprises dans le cadre du travail entrepris grâce au financement du Fonds national pour l'adaptation des soins de santé primaires); tenir compte à la fois des éléments publics et privés du système de santé; tenir compte des structures de gouvernance et de responsabilité connexes; veiller à ne pas perdre de vue les besoins des populations vulnérables dans une approche axée sur les systèmes.
Selon les participants, il est nécessaire d'adopter de nouvelles approches à l'égard de la gestion des maladies chroniques, comme la santé mentale, le diabète, l'arthrite, les accidents cérébraux vasculaires et l'obésité. Il faut intégrer, dans ces approches, des stratégies de prévention qui vont au-delà du cadre des services de santé et tiennent compte des contributions d'autres secteurs et de professionnels compétents, externes au domaine des services de santé. La complexité croissante et le fardeau liés aux maladies chroniques, les répercussions sur le financement et la nécessité de trouver de nouvelles façons d'assurer la prestation de services de santé figuraient parmi les préoccupations soulevées. Les discussions portent sur le besoin de se dégager des modèles de soins actifs et d'éviter les cloisonnements actuels. Il faut axer la gestion des maladies chroniques et les interventions sur la fonction et non la maladie. Les modèles de soins devraient être flexibles, contextualisés, tenir compte des comorbidités et prêter une attention particulière aux populations vulnérables et à risque. Le vieillissement de la population et les risques accrus de maladies chroniques sont également un sujet de préoccupation. Les participants conviennent qu'il faut adopter des modèles novateurs de services de santé pour se pencher sur ce domaine complexe qui dépasse le cadre de la prévention et de la gestion. Ils s'interrogent sur l'efficacité des divers modèles, approches et combinaisons d'interventions, ainsi que sur les répercussions au niveau de la qualité des soins et les rôles des fournisseurs de services. Dans le cadre d'une séance de consultation, l'un des participants a déclaré que nous avons des « îlots » de bonnes pratiques en matière de gestion des maladies chroniques, perdues dans une mer de désintérêt. »
Le financement et la viabilité du système de services de santé sont toujours à l'ordre du jour des préoccupations des décideurs. Parmi les préoccupations soulevées figurent l'équilibre et l'influence réciproque entre le financement public et privé, et l' « équilibrage » des questions d'accessibilité, de qualité, de choix, d'innovation et de contrôle des coûts. Les répercussions des divers modèles de financement, de rémunération et de mesures incitatives sur la prestation des services et le prix des ressources humaines, la qualité et le coût des soins fournis, ainsi que l'économie, sont également un sujet de préoccupation. En ce qui concerne la viabilité, la plupart des participants pensent qu'au fil du temps, le modèle actuel axé sur les hôpitaux sera, tôt ou tard, remplacé par une approche axée sur la collectivité et la prévention. Plusieurs participants s'inquiètent de l'augmentation du coût des produits pharmaceutiques et du vieillissement de la population. En outre, il faut instaurer de nouvelles structures de prise de décisions afin d'être en mesure de fournir davantage de ressources et de services appropriés. (Ce besoin est étroitement lié au thème « prise de décisions fondées sur les valeurs et participation du public ».)
Les décideurs se préoccupent des répercussions des nouvelles technologies sur le système de santé, notamment la génétique, la génomique, la nanotechnologie et les techniques de reproduction. Selon eux, il est nécessaire non seulement de modéliser et de prévoir, mais également d'élaborer des normes de pratique et des cadres éthiques. Ils insistent également sur la nécessité d'adapter les nouvelles technologies, comme les dossiers médicaux électroniques, afin d'établir des normes et d'évaluer leur valeur réelle. La gestion des produits pharmaceutiques et l'adoption de nouveaux médicaments, ainsi que la prise de décisions éthiques à leur égard, soulèvent également beaucoup d'intérêt. Les préoccupations concernent la viabilité, le financement, la sécurité, l'accès et la pertinence. En outre, les participants expriment le besoin de développer le plein potentiel des immobilisations et de l'infrastructure technologique.
Les préoccupations soulevées concernent la qualité des soins et le besoin de changer la culture afin d'intégrer rapidement les fournisseurs à la stratégie de qualité, de diverses façons, notamment en faisant de la qualité un élément clé de leurs tâches, en utilisant les bonnes mesures incitatives et en créant un système capable d'intégrer les innovations. Les participants se préoccupent également de la qualité de la gestion des maladies chroniques, surtout en ce qui concerne le carrefour des groupes de maladie. La sécurité des patients, dans le cadre de la gestion d'évènements indésirables, les soins prolongés et à domicile, ainsi que la surveillance des produits pharmaceutiques après leur commercialisation, sont également des sujets de préoccupation. Les participants soulèvent également des questions concernant les indicateurs de rendement, à savoir : leur utilisation et leur mauvais usage, le besoin de se concentrer sur les résultats cliniques, le besoin de comprendre les données manquantes et de partager des normes afin d'être en mesure de réaliser des analyses comparatives.
Selon le rapport de la série À l'écoute II, il s'agit d'un domaine prioritaire. Dans le cadre des consultations dans le cadre de la série À l'écoute III, les participants reconnaissent encore que le système de services de santé ne pourra pas répondre demandes des patients si l'on n'accorde pas plus d'attention à la prévention. Les participants mettent l'accent sur les interventions systémiques, visant à améliorer la santé et à traiter les disparités liées à la santé des gens. Les participants soulèvent des questions concernant l'influence des structures politique et de gouvernance sur les résultats en matière de santé. En outre, ils se préoccupent des questions environnementales - l'incidence du réchauffement climatique et des autres changements environnementaux sur la santé et les services de santé - et la mondialisation, comme le tourisme médical, la migration des professionnels des services de santé et la gestion des pandémies.