Rapport annuel 2006-2007

Table des matières ]

Un visage humain

Autisme
Je parcourrais le monde pour cet homme

Réadaptation
Tout est dans l'attitude

Démence
Mon père ne serait peut-être plus là...

Cancer du sein
Je n'avais pas le temps de m'effondrer

Temps d'attente
Aussi différent que le jour et la nuit

Santé et sécurité au travail
Pas le temps de se blesser

Douleur chronique
L'avenir appartient à ceux qui ont des rêves



Autisme

Je parcourrais le monde pour cet homme

Judy Wright vit à London (Ontario) avec son mari Rob et leurs deux enfants, Alex, 4 ans, et Olivia, 18 mois. Elle occupe à temps partiel un poste de travailleuse des services de développement auprès d'enfants présentant des déficiences physiques et développementales. Alex avait seulement six mois quand Judy a commencé à se douter qu'il pouvait être autiste. Avec l'aide d'un chercheur financé par les IRSC, le Dr Lonnie Zwaigenbaum, la famille a pu confirmer ce diagnostic, ce qui l'a aidée à obtenir l'aide et le soutien dont elle avait besoin. La recherche du Dr Zwaigenbaum a également aidé à rassurer la famille au sujet du développement en bas âge d'Olivia.

Lorsque Alex était encore dans son lit de bébé au réveil le matin, Judy s'installait pour l'observer, attendant qu'il la regarde avant de le sortir de son lit. Sa famille trouvait qu'elle agissait de façon insensible, mais elle faisait seulement ce qu'elle pensait être le mieux. Ses craintes ont été confirmées quand l'autisme a été diagnostiqué chez son fils.

« J'allais devant son lit et je faisais une petite danse, mais il ne réagissait pas. J'avais besoin qu'il me regarde et de sentir qu'il avait besoin de sa maman. C'était vraiment pénible. Il fallait parfois 20 minutes ou une demi-heure pour qu'il se rende compte de ma présence. Et c'était comme ça pour tout », raconte Judy.

Alex a eu quatre ans en septembre. Il obtient les soins dont il a besoin et il a fait d'énormes progrès. Au lieu de reculer sur sa mère ou son père avec les bras pendants comme il le faisait avant, Alex apprend à faire des câlins en faisant face aux gens, les bras ouverts. Il peut dire maman, papa, encore, oui, non et allô. La soeur d'Alex, Olivia, n'est pas autiste, ce qui est un grand soulagement compte tenu que le fait d'avoir un enfant atteint d'autisme augmente le risque que les autres enfants en soient atteints aussi.

Si l'on pose la question à Judy, elle dira qu'une importante part du mérite pour les progrès d'Alex revient à un chercheur du nom de Lonnie Zwaigenbaum.

Le Dr Zwaigenbaum, aujourd'hui à l'Université de l'Alberta (Edmonton), mais auparavant à l'Université McMaster (Hamilton), faisait partie d'une équipe de chercheurs financés par les IRSC qui ont mis au point un outil unique pour déceler l'autisme en très bas âge. Judy et Alex ont rencontré le Dr Zwaigenbaum lorsque Alex avait seulement 12 mois. Il s'avère que c'était juste au bon moment.

« Quand Lonnie a vu Alex, il a dit qu'il se trouvait à l'embranchement de deux chemins. Son état pouvait s'améliorer, ou empirer. C'était difficile parce que nous avions tellement travaillé fort avec Alex, mais la chance qu'il puisse aller mieux et ne pas être autiste nous donnait espoir », se rappelle-t-elle.

Judy a continué de travailler avec Alex, pour essayer de changer le cours de l'autisme.

Une deuxième consultation du Dr Zwaigenbaum lorsque Alex avait 18 mois a donné un diagnostic ferme d'autisme - un diagnostic que ni le médecin de famille ni le pédiatre n'avaient été en mesure d'établir.

Le Dr Zwaigenbaum a également offert de rédiger des recommandations pour aider à convaincre le Thames Valley Children's Centre à London de faire une place à Alex immédiatement, car il y avait une liste d'attente de deux ans pour les services. « Alex régressait rapidement », dit Judy. « Le fait que le Dr Zwaigenbaum ait diagnostiqué l'autisme d'Alex à un si jeune âge nous a permis d'être au bon endroit au bon moment. » Alex bénéficie présentement de 28 heures de traitement par semaine dans le cadre d'un programme d'intervention comportementale intensive à domicile avec quatre thérapeutes, et il va à la prématernelle deux matins par semaine.

Après avoir examiné en détail avec le Dr Zwaigenbaum les statistiques au sujet des frères et soeurs d'enfants nés autistes, Judy est devenue enceinte d'Olivia. Elle décrit l'expérience comme neuf mois au cours desquels elle a vécu avec une vive crainte que l'enfant soit autiste comme son frère. « Dans son cas, on était toujours aux aguets, tandis qu'avec lui, c'est juste arrivé, on n'a pas eu le temps de se préparer », relate-t-elle.

Olivia a également été vue par le Dr Zwaigenbaum dans le cadre d'une étude unique auprès d'enfants ayant des frères ou soeurs autistes. Olivia a ainsi pu être suivie dès le début afin que tout signe précoce d'autisme puisse être décelé. Jusqu'ici, rien à signaler. Toutefois, Olivia sera examinée à nouveau lorsqu'elle aura 2, 3 et 5 ans. « Je suis juste reconnaissante qu'une équipe d'experts assure ce suivi », dit Judy.

Dans le cas d'Alex, le fait d'avoir une jeune soeur a été salutaire. Les deux enfants jouent ensemble, et Alex apprend à interagir avec sa soeur, ce qui lui montre comment interagir avec les autres.

Judy n'a que des éloges pour le Dr Zwaigenbaum.

« Je parcourrais le monde pour cet homme. Alex n'irait pas aussi bien et ne recevrait pas la thérapie dont il a besoin sans lui. »

« On voulait une grosse famille, mais on a décidé de s'arrêter à deux. On a été comblé. »

Un diagnostic précoce peut faire la différence

Les Drs Susan Bryson, de l'Université Dalhousie, et Lonnie Zwaigenbaum, de l'Université de l'Alberta, sont bien connus dans le milieu de la recherche sur l'autisme. Les deux ont travaillé ensemble pour mettre au point un nouvel outil appelé « Échelle d'observation de l'autisme chez les jeunes enfants ». L'échelle aide à suivre systématiquement les comportements associés à l'autisme. Bien qu'elle ne procure pas un diagnostic pour l'autisme, elle aide à reconnaître les comportements précoces qui peuvent indiquer un risque d'autisme, comme ne pas sourire en réponse à un sourire, ne pas réagir à son nom, et avoir un retard de langage. L'échelle, qui a été envoyée aux pédiatres dans tout le Canada, permet de reconnaître des signes d'autisme chez des enfants d'à peine 12 mois, ce qu'on ne croyait pas possible auparavant.

Une détection précoce maximise les chances de diagnostic et de traitement rapides. En fait, la Dre Bryson entreprendra bientôt un programme pilote pour étudier l'efficacité de traiter les enfants dès l'âge de 15 mois lorsqu'il a été déterminé, selon l'échelle d'observation, qu'ils ont besoin d'aide. Les deux chercheurs travaillent également à un projet unique pour étudier les frères et soeurs des enfants autistes. La recherche porte sur environ 300 enfants de la Nouvelle-Écosse, de l'Ontario et de l'Alberta. Ces enfants seront suivis de près jusqu'à ce qu'ils aient cinq ans. Les Drs Bryson et Zwaigenbaum insistent tous les deux sur les conséquences pour les familles. « C'est une étude très spéciale. Pour les familles, les enjeux sont importants parce qu'elles sont conscientes des risques d'avoir un autre enfant autiste. Ce que nous apprendrons de nos évaluations pourra avoir d'importantes répercussions sur l'avenir de leurs enfants et devrait permettre de créer des possibilités d'intervention pour modifier le cours de leur développement », dit le Dr Zwaigenbaum.

Deux chercheurs canadiens font maintenant partie d'une équipe internationale qui a localisé plusieurs nouvelles régions de l'ADN qui seraient responsables d'au moins certains cas d'autisme chez les enfants. Le Dr Stephen Scherer, de l'Hôpital pour enfants de Toronto, et le Dr Peter Szatmari, de l'Université McMaster, sont membres d'un groupe qui a utilisé la technologie de l'exploration du génome pour repérer les régions du génome associées aux gènes de sensibilité à l'autisme. Leur travail aidera les chercheurs à mieux comprendre l'autisme et pourrait conduire à un diagnostic et à un traitement améliorés pour les patients et leurs familles.

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Réadaptation

Tout est dans l'attitude

Natif de Restigouche (Québec), Cecil Condo a maintenant élu domicile à Whycocomagh (Nouvelle-Écosse). Cecil vit dans la réserve, avec trois chiens (Blue, Smokey et Blacky), dans une maison qui surplombe les lacs Bras d'Or au Cap-Breton. Même s'il est en fauteuil roulant depuis plus de six ans, il a plus d'une fois surpris les habitués à la salle de billard par la rapidité avec laquelle il pouvait vider la table et les poches des perdants. Cecil fait aussi écarquiller les yeux lorsqu'il fait un cabré dans son fauteuil roulant. La plupart des gens pensent que le fauteuil roulant est plus sûr quand il est bien au sol, mais un chercheur financé par les IRSC, le Dr Lee Kirby, et ses collaborateurs au Nova Scotia Rehabilitation Centre (NSRC) ont montré à Cecil et à de nombreux autres dans sa situation que faire un cabré est une façon utile et nécessaire de franchir nombre d'obstacles dans la vie.

Au cours de ses 63 années de vie, Cecil ne s'est pas laissé abattre souvent, et s'il l'a fait, ça n'a jamais été pour longtemps.

C'est grâce à son attitude positive qu'il a réussi à traverser neuf dures années de pensionnat à Shubenacadie (Nouvelle-Écosse), loin de chez lui et de ses parents des années durant. Cette attitude lui a également servi quand il a été parachutiste et plus tard lorsque son premier mariage a pris fin. Ce n'était donc pas un fauteuil roulant qui allait l'abattre. Ce n'était pas ainsi qu'il voyait la vie.

« Tout est dans l'attitude », croit Cecil.

Il y a plus de six ans, il a été admis à l'Hôpital de North Sydney pour une intervention chirurgicale qui devait aider à rétablir la circulation dans ses jambes. À son réveil, il n'avait pas de sensibilité dans la jambe gauche. Les médecins ont tenté une autre intervention, mais la jambe droite a alors commencé à le déranger encore plus que l'autre jambe. N'ayant pas d'autre choix, Cecil a été le premier à proposer l'amputation.

« Je leur ai dit, « coupez ici ». J'ai indiqué du doigt un point juste en bas du genou. Ils ont fait une marque, et c'est à peu près là qu'ils ont coupé », dit-il.

Cecil avait envisagé la possibilité qu'on doive lui amputer une partie de la jambe, mais en réalité il n'y était pas préparé. Il habitait alors dans une maison d'une seule chambre à coucher, qui n'était pas accessible en fauteuil roulant (il a maintenant une maison adaptée dans la réserve Whycocomagh). Et il a dû attendre presque un an avant d'avoir la chance d'être admis à un programme de réadaptation à plein temps au NSRC, à Halifax, où il a fait la rencontre du Dr Kirby, un professeur de l'Université Dalhousie.

« Il n'y a pas de mots pour qualifier le Dr Kirby et le programme. Cet homme est un saint », affirme Cecil.

Pendant 30 jours, Cecil a été mis à l'épreuve dans le cadre du programme de réadaptation. Outre l'adaptation à une jambe artificielle, le programme prévoyait des exercices journaliers au gymnase et dans la piscine, des exercices avec des poids, mais aussi quelque chose des plus uniques, un programme de développement des habiletés sur un parcours à obstacles pour fauteuil roulant.

Pour franchir le parcours, il fallait rouler sur du gravier, monter des bordures et avancer sur des surfaces inégales. Il fallait également maîtriser une technique clé pour qui doit se déplacer en fauteuil roulant, apprendre à faire un cabré.

Pour Cecil, le cabré a été fondamental. « C'est important. Quand la situation l'exige, vous devez faire un cabré », dit-il. « Quand je me suis mis à faire des cabrés, je me suis dit, « Ça y est, je l'ai ».

Le programme était très exigeant. « On ne passe pas à travers à moins d'avoir une bonne attitude », insiste Cecil.

Fort de sa confiance et de sa mobilité accrues, il a recommencé à faire des choses qui lui permettaient de rester actif et heureux, comme participer à des tournois de billard avec son ami Malcolm, aujourd'hui décédé. Il a développé un style unique pour jouer au billard, se tenant sur sa bonne jambe et appuyant sa jambe amputée sur le siège de son fauteuil. « Bon dieu qu'on a eu du plaisir à jouer au billard », se souvient-il.

Malheureusement, Cecil a dû retourner au NSRC une deuxième fois après avoir subi un AVC qui lui a laissé le côté gauche paralysé. À la fin du programme, il estimait avoir recouvré environ la moitié de sa fonction, et maintenant il est revenu presque à la normale. « J'étais un peu découragé cette fois, mais le personnel ne m'a pas lâché », admet Cecil.

« Le Dr Kirby compte sur toute une équipe. Je suis sûr que 90 % des gens qui vont là en ressortent gagnants », dit-il. Tout ce qu'il faut, c'est une bonne attitude.

Surmonter les obstacles de la vie

Un seuil de porte, un tapis, de l'herbe ou une bordure. À pied, ce n'est un problème pour personne ou presque, mais pour les utilisateurs de fauteuil roulant, ces obstacles peuvent être majeurs, bloquant les roues avant et immobilisant le fauteuil. En 1996, le Dr Lee Kirby et son équipe de recherche sur les fauteuils roulants à l'Université Dalhousie et au NSRC ont entrepris de créer et de mettre à l'essai un programme de formation pour aider les utilisateurs de fauteuil roulant à franchir ces obstacles. La recherche du Dr Kirby a montré que le programme était sûr, pratique, peu coûteux et efficace en centre de réadaptation.

Selon le Dr Kirby, améliorer la mobilité est souvent aussi simple que faire porter son poids sur les roues arrière, ce qui libère les roues avant, plus petites, du fauteuil et permet à l'utilisateur d'avancer. « Le cabré n'est pas un truc de cirque. Se dresser sur les roues arrière offre toutes sortes de possibilités », indique-t-il. Selon le Dr Kirby, à peine deux ou trois heures d'entraînement permettent une grande amélioration et, surtout, des habiletés comme celle de faire un cabré ne se perdent pas. Elles restent acquises pour la vie.

« Le programme de développement des habiletés en fauteuil roulant, c'est un peu comme les cours de natation. C'est scientifique, mais nul besoin de comprendre la science pour enseigner ces habiletés ou les acquérir. C'est une intervention de faible technicité, mais à fort impact. »

Des détails au sujet du programme sont disponibles gratuitement sur Internet (http://www.wheelchairskillsprogram.ca/). Le programme est maintenant utilisé ou du moins mis à l'essai dans plusieurs provinces, et il est en train d'être adopté au niveau international. Le Dr Kirby a aussi mis au point, avec l'aide financière des IRSC, un nouveau dispositif, du nom d'Arc-RAD, qui empêche le fauteuil roulant de basculer.

« Les personnes handicapées doivent acquérir les habiletés et la confiance nécessaires pour utiliser un fauteuil roulant. Nous croyons donc qu'il est important d'appuyer le programme de développement des habiletés en fauteuil roulant. Ce programme sera d'une aide extrêmement précieuse pour les personnes à mobilité réduite qui tentent de recouvrer une certaine indépendance et autonomie et de participer pleinement à la vie de la collectivité. » dit David Shannon, Directeur exécutif, Association canadienne des paraplégiques (Nouvelle-Écosse).

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Démence

Mon père ne serait peut-être plus là...

Heather Dyck passe une grande partie de son temps à s'occuper de ses parents âgés, Fred et Norma Scrivens, qui vivent encore dans leur propre maison à 74 et à 72 ans respectivement. Heather, son époux Norm et ses parents vivent à Birch Hills, un village de 1 000 habitants environ dans le centre-nord de la Saskatchewan. Avec seulement un de ses quatre enfants encore à la maison, Heather est contente d'avoir du temps pour ses parents. « Ils sont mon projet, pourrait-on dire. »

Il y a un an, Heather Dyck ne pensait pas que son père, Fred, passerait l'hiver. Il était incapable de marcher, souffrait d'incontinence urinaire et perdait graduellement la mémoire. À tout le moins, elle et sa famille cherchaient à le placer dans un foyer de soins infirmiers. Leur médecin de famille les a adressés à la Clinique de la mémoire en régions rurales et éloignées, établie dans le cadre d'un projet financé par les IRSC pour élaborer et évaluer des stratégies visant à améliorer les soins aux personnes âgées atteintes de démence dans les régions rurales et éloignées.

Heather n'avait jamais entendu parler de la clinique, qui est située à l'Université de la Saskatchewan. Mais, « lorsque l'infirmière a appelé pour me dire ce qui allait arriver, je ne pouvais croire qu'on allait recevoir tous ces services au même endroit le même jour. C'était incroyable. »

Avec ses parents, elle a vu un neurologue, un gériatre, un neuropsychologue et un physiothérapeute, et son père a subi un tomodensitogramme. À la fin de la journée, toute l'équipe s'est réunie pour donner son diagnostic et recommander un traitement.

Heather a vraiment aimé l'approche collégiale, compte tenu particulièrement des nombreux problèmes de santé de son père, y compris son problème cardiaque et son épilepsie.

« L'équipe s'est réunie avec nous en tant que groupe, ce qui est incroyablement important et rare. Nous avons eu des problèmes déjà parce que deux médecins ne se parlaient pas. »

Le diagnostic était en plein celui que la famille était venue à soupçonner après quelques séances de recherche sur Internet : hydrocéphalie à pression normale. L'hydrocéphalie à pression normale survient quand il y a trop de liquide cérébrospinal dans les cavités du cerveau. Le liquide, qui normalement protège et coussine le cerveau, crée une pression sur lui plutôt, entraînant les symptômes que Fred éprouvait. Des médecins ont pratiqué une dérivation par voie chirurgicale pour évacuer le liquide. Aujourd'hui, Fred marche, il ne souffre plus d'incontinence urinaire, et sa mémoire « loin d'être formidable, s'est beaucoup améliorée », dit Heather.

C'est tant mieux, car la mère de Heather, Norma, est également devenue une patiente de la Clinique de la mémoire. Elle a elle-même demandé à y être dirigée, après avoir remarqué qu'elle commençait à oublier des choses et à perdre ses clefs trop souvent. On a diagnostiqué chez elle une légère déficience cognitive, mais parce qu'elle a vu sa propre mère être gravement atteinte de la maladie d'Alzheimer, Norma est certaine que son problème est pire qu'il en a l'air. Heather est d'accord.

« Maintenant qu'elle est une patiente de la Clinique, elle pourra avoir toute l'aide dont elle a besoin, quand elle en aura besoin », dit-elle.

Heather porte maintenant sur ses épaules la responsabilité de ses parents. Elle les appelle chaque jour, s'assure que les rendez-vous sont inscrits sur le calendrier, et les accompagne aux rendez-vous parce que, dit-elle, ils ne se souviennent pas toujours de ce que le médecin leur dit.

« Ils s'arrangent dans leur propre maison, et ils ne se rendent même pas compte qu'ils sont aidés un peu », dit Heather. « Ils se débrouillent, ils ont juste besoin d'un coup de pouce de temps en temps. »

L'aide que Heather a obtenue de la Clinique de la mémoire est incalculable. D'abord, la Clinique a tout arrangé en une seule visite, ce qui n'est pas un détail quand il faut rouler deux heures pour se rendre au rendez-vous.

Et ça ne s'est pas arrêté après cette journée complète de consultations. L'équipe effectue un suivi après six semaines, et ensuite après trois, six et douze mois. Télésanté aide à réduire au minimum le besoin de se rendre en ville. La Clinique aide à organiser les services de suivi qui sont nécessaires, comme les soins à domicile ou la physiothérapie. De même, Heather et ses parents ont le numéro de téléphone de l'infirmière, si bien qu'ils peuvent appeler n'importe quand si quelque chose les inquiète.

« Au fond, dit Heather, c'est que sans la Clinique, on n'aurait pas su vers qui se tourner. Et quand on est au nord de nulle part, c'est bon de savoir dans quelle direction aller pour avoir de l'aide. »

Lorsque les soins ne sont pas à proximité

Le quart des personnes âgées du Canada vit en milieu rural. Comme la prévalence de la démence est censée doubler au cours des 30 prochaines années, il y a un besoin croissant de services et de personnel spécialisés. Stratégies pour améliorer les soins aux personnes souffrant de démence dans les régions rurales et éloignées est un projet financé par les IRSC et dirigé par la Dre Debra Morgan du Centre canadien de santé et sécurité en milieu agricole à l'Université de la Saskatchewan. L'équipe a créé, a mis en service et évalue maintenant la Clinique de la mémoire en régions rurales et éloignées comme une destination unique pour le traitement de la démence, en lien étroit avec Télésanté pour les soins de suivi. Le travail de l'équipe a amélioré l'accès aux soins spécialisés pour les personnes âgées, tout en réduisant le fardeau des voyages à des fins multiples, comme pour l'évaluation, le diagnostic et le suivi.

L'équipe a également procédé à une évaluation du programme Enhancing Care dans deux foyers de soins infirmiers en milieu rural. Ce programme a été conçu pour aider les foyers de soins infirmiers à adopter les lignes directrices en matière de soins établies par la Société Alzheimer du Canada. Un autre centre d'intérêt est la démence chez les populations autochtones du Nord, où les questions entourant les soins sont fort différentes. Ces études permettent d'élaborer et d'évaluer des protocoles d'évaluation adaptés à la culture, d'examiner l'accès aux soins dans les communautés éloignées du Nord et d'aborder des questions relatives au traitement de la démence avec les infirmières qui travaillent dans ces communautés.

« La recherche est absolument centrale pour nous donner les outils dont nous avons besoin pour vaincre la maladie d'Alzheimer. La Société Alzheimer du Canada et les IRSC sont partenaires pour veiller à ce que la recherche importante soit financée. Même si je crois sincèrement que nous serons un jour, grâce à cette recherche, en mesure de prévenir et de guérir cette maladie dévastatrice, nous devons en savoir plus sur la façon de traiter les personnes atteintes aujourd'hui. Nous devons prolonger leurs périodes de bonne qualité de vie et nous assurer qu'elles reçoivent les soins requis. La recherche de la Dre Morgan nous aide à déterminer la meilleure façon de le faire auprès d'un important groupe de personnes âgées - celles qui vivent dans des régions rurales et éloignées. » dit Dr. Jack Diamond, Directeur scientifique, Société Alzheimer du Canada.

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Cancer du sein

Je n'avais pas le temps de m'effondrer

Dana Markoff a 47 ans. Elle vit à Brampton (Ontario) avec son mari et ses quatre filles de 12 à 22 ans. C'est une véritable dynamo. Elle va faire de l'exercice chaque matin et, le midi, elle est surveillante du dîner dans une école primaire. Avant et après l'école, elle garde des enfants du quartier. Elle vend aussi des produits Avon. Dans ses temps libres, elle et son mari sont entraîneurs de l'équipe de baseball de leur plus jeune. Il y a quatre ans, on lui a découvert une bosse dans un sein à la suite d'une mammographie. Deux chirurgies et une série de séances de radiothérapie plus tard, elle est en bonne santé.

La mère de Dana a veillé à ce que ses trois filles connaissent l'importance de mammographies régulières. Et les mamans ont toujours raison. Depuis l'âge de 37 ans, Dana subit une mammographie tous les deux ans. À sa quatrième, quand elle avait 43 ans, une bosse a été décelée.

Cela a été son premier coup de chance.

« Je n'avais aucun symptôme. Ni douleur, ni bosse, ni écoulement, ni rien. Si j'avais attendu d'avoir des symptômes, le cancer aurait eu le temps de progresser et de se répandre », dit-elle.

Après deux opérations pour enlever la bosse, elle a été dirigée vers le Dr Jean-Philippe Pignol au Centre de sciences de la santé Sunnybrook. Cela a été son deuxième coup de chance. Le Dr Pignol lui a offert la possibilité de participer à l'essai clinique d'une nouvelle méthode de radiothérapie qu'il a mise au point. Le traitement, appelé radiothérapie à intensité modulée (IMRT), est moins toxique pour la peau, ce qui réduit le risque de brûlure. Dana s'est empressée d'accepter son offre. Elle a donc été recrutée pour recevoir, au hasard, le traitement standard ou l'IMRT.

« Je ne savais pas quel traitement je recevais, mais comme je n'avais pas d'effets secondaires, j'étais à peu près certaine de recevoir le bon », dit-elle. « Il y avait une autre dame que j'avais l'habitude de voir - elle recevait son traitement avant ou après moi. C'était vraiment difficile pour elle. Sa peau était toute boursouflée. Alors que moi, j'ai reçu vingt et une personnes au souper de Noël cette année-là, avec encore un traitement à subir. »

Une part du crédit va à l'IMRT pour ce que Dana appelle une expérience « gérable ». Elle est convaincue, par contre, que son attitude y a été pour beaucoup.

« J'avais une bonne attitude », dit-elle. « J'en riais. C'est ça ou on s'effondre. Et je ne pouvais pas m'effondrer, j'avais quatre enfants dont je devais m'occuper. »

Dana s'en est également tirée en intégrant les traitements dans son quotidien. Elle amenait les enfants avec elle à l'hôpital pour ses traitements - sauf la plus vieille qui a eu un cancer de la thyroïde à l'âge de dix ans. Même si elle est en santé maintenant, elle a assez vu d'hôpitaux, d'après Dana.

Si son traitement a juste fait partie de sa vie, le cancer du sein, lui, a quand même changé Dana.

« Je suis beaucoup plus consciente de ce qui se passe autour de moi. Et j'insiste beaucoup plus pour dire aux gens de se faire examiner. À cinquante ans, c'est beaucoup trop tard pour commencer à subir des mammographies. »

Et, comme sa mère avant elle, Dana va s'assurer que ses quatre filles passent des mammographies régulièrement - et commencent tôt à le faire.

Une meilleure façon de traiter le cancer du sein

Les femmes chez qui le cancer du sein ne s'est pas propagé plus loin que le sein font généralement l'objet d'une tumorectomie (ablation de la tumeur), suivie de séances de radiothérapie à raison de cinq par semaine pendant plusieurs semaines. Le traitement peut être aussi déplaisant que la maladie, rendant la peau rouge et sensible et causant des démangeaisons. Chez la moitié des femmes qui y sont soumises, la radiothérapie brûle immédiatement la peau.

Le Dr Jean-Philippe Pignol, du Centre de sciences de la santé Sunnybrook, a proposé une meilleure façon, moins toxique pour la peau, de procéder à la radiothérapie. La radiothérapie à intensité modulée (IMRT) a été mise à l'essai chez plus de 350 femmes dans le cadre d'un essai clinique financé par les IRSC. La moitié des femmes a reçu le traitement classique, et l'autre moitié a été soumise à l'IMRT. Les résultats ont été spectaculaires. Les femmes soumises à l'IMRT risquaient deux à trois fois moins de subir les douloureuses brûlures causées par la radiothérapie.

« Je ne m'étais jamais rendu compte combien il pouvait être important pour les patientes de pouvoir participer à l'essai d'une nouvelle technologie qui réduit les effets secondaires », dit le Dr Pignol. « Lorsque les femmes ont entendu parler de cette possibilité, elles ont commencé à demander à être adressées à nos cliniques. »

L'étude constituait l'un des rares essais cliniques multicentres de phase III d'une technologie. La plupart des essais cliniques portent sur des médicaments. Aujourd'hui, l'IMRT est acceptée comme la manière de faire normale en radiothérapie du cancer du sein dans les hôpitaux partout au Canada.

« En définitive, nous voulons guérir les femmes, mais si nous pouvons aussi améliorer la qualité du traitement qu'elles reçoivent, ce sera un gros plus. La vie continue pour ces femmes qui reçoivent des traitements de radiothérapie. Nous sommes partenaires des IRSC dans la recherche sur le cancer du sein depuis 1993. Il s'agissait alors du Conseil de recherches médicales. À cette époque, le financement de la recherche sur le cancer du sein n'atteignait pas deux millions de dollars à l'échelle du pays. Aujourd'hui, l'ACRCS à elle seule investit plus de 13 millions de dollars par année, ce qui change les choses. Sans recherche sur le cancer du sein, plus de femmes souffriraient et mourraient - c'est aussi simple que cela. » dit Nicola Lewis, Directrice générale, Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer du sein.

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Temps d'attente

Aussi différent que le jour et la nuit

Bud McLean, 70 ans, a pris sa retraite en 1998 après avoir fait carrière comme ingénieur dans l'industrie pétrolière à Calgary. Sa femme, Geri, 60 ans, une ancienne institutrice, est également retraitée, ce qui laisse amplement de temps au couple pour faire ce qu'il aime le plus : voyager. Bud a deux garçons, qui ont 47 et 44 ans, et sept petits-enfants. Il a eu les deux hanches remplacées, la première en 1999, et la deuxième, en 2005 dans le cadre d'un projet pilote visant à améliorer les soins aux patients et à réduire les temps d'attente. Geri a pris soin de lui les deux fois qu'il a été opéré.

Bud et Geri ont voyagé de par le monde. Ils sont allés partout en Europe, ont parcouru une bonne partie de l'Asie, ont exploré l'Amérique du Sud, et juste l'année dernière, ils ont rendu visite à un de leurs fils qui enseigne à Mombassa, au Kenya.

« C'est pourquoi il est important de pouvoir se déplacer », dit Bud.

Malheureusement, son corps ne lui a pas toujours permis de le faire. Deux fois, il a dû subir un remplacement de la hanche. Et, selon lui, la différence entre les deux chirurgies a été comme le jour et la nuit.

Bud a été opéré la première fois en 1999. Il a dû passer trois mois à l'hôpital pour combattre une infection de la hanche. Il a fini par être nécessaire de l'opérer pour littéralement gratter le tissu infecté de sa hanche gauche. Il lui restait tellement peu de la hanche après coup, dit-il, que l'os frottait sur l'os. Il n'y avait plus de cartilage pour adoucir le mouvement. À cinq pieds et cinq pouces, Bud ne pesait plus que 110 livres (50 kilos) lorsqu'il est sorti de l'hôpital. Il avait une nouvelle hanche mais, comme dit Geri, il faisait pitié à voir.

« Il était complètement émacié lorsqu'il est rentré à la maison », se souvient Geri. « Il était fragile, au point où je devais le laver une moitié du corps à la fois, dans la cuisine, le four ouvert pour la chaleur et les serviettes réchauffées dans la sécheuse. »

Il lui a fallu trois mois pour passer du fauteuil roulant au déambulateur, puis aux béquilles, et finalement marcher un peu. Il faisait un minimum de physiothérapie à la maison et il utilisait la piscine spécialement adaptée à l'Institut de recherche et de réadaptation professionnelle pour faire de l'exercice.

Peu de temps après, Bud a commencé à éprouver de la douleur à la hanche droite. Il a fallu trois ans, toutefois, pour que la hanche se détériore au point qu'une hanche artificielle devienne nécessaire. C'était la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c'était que l'attente serait probablement d'au moins huit mois.

Il a alors été invité à participer à un projet pilote en Alberta visant à réduire les temps d'attente pour les arthroplasties de la hanche et du genou et à améliorer la qualité du service ainsi que les résultats pour les patients. En moins d'un mois, il avait subi sa préparation opératoire, avait reçu sa nouvelle hanche, et s'était remis au point où il pouvait marcher librement.

Le secret, dit il, a été la coordination de tous les services dont il avait besoin par un seul responsable de cas - ce que l'on appelle une approche de « soins partagés ».

« Tout s'est tellement bien passé et j'étais si tranquille avant l'opération, et c'est vraiment juste grâce à une personne qui coordonnait tout pour moi. »

« Tout », c'était les rencontres avec le médecin de Bud, le chirurgien et le physiothérapeute. Bud a suivi des cours préparatoires, où il a appris à quoi s'attendre et ce dont il aurait besoin après l'opération, comme un déambulateur, des béquilles et un siège spécial qui lui permettrait d'utiliser la toilette plus facilement. Il a appris les exercices qu'il aurait à faire et, ce qui n'était pas moins important, ce qu'il ne devrait pas faire.

À partir de ce moment, il n'a fallu que quatre jours avant qu'il soit opéré.

« J'ai couru un peu partout, obtenu mes radiographies, loué mes appareils, obtenu mon type sanguin. J'ai même reçu une injection de vitamine K pour que mon sang coagule plus facilement parce que je n'avais pas une semaine complète pour cesser de prendre mes anticoagulants », dit Bud. « J'ai dit à Geri et à l'infirmière, « je suis prêt physiquement, mais mentalement, c'est autre chose! ».

Bud était sur pied et marchait le jour de l'opération, avec l'aide du physiothérapeute, et il était rentré chez lui quatre jours plus tard. En moins de deux semaines, il marchait par lui-même.

Bud est reconnaissant à Geri de l'avoir aidé : « Elle s'assurait que je fasse ma physiothérapie pour que je puisse me rétablir comme il faut ».

Geri, de son côté, dit que tout le mérite revient à Bud : « Il a réellement pris soin de lui. Il savait que c'était essentiel pour qu'il se rétablisse et que je ne pouvais pas le faire pour lui ».

Ils conviennent tous les deux, par contre, que la nouvelle approche des soins a fait toute la différence au monde. Aujourd'hui, tout ce dont ils débattent, c'est de leur prochaine destination : l'Europe de l'Est ou le Japon?

Approches novatrices pour améliorer les soins

L'expérience albertaine d'une approche coordonnée des arthroplasties du genou et de la hanche a été si fructueuse que trois des régions sanitaires de la province, où sont pratiquées 80 % de ces interventions chirurgicales, ont adopté la même formule sans même attendre la publication du rapport final.

La nouvelle approche est le fruit du travail de recherche et de conception de l'Institut de la santé des os et des articulations de l'Alberta (ABJHI). Le Dr Cyril Frank, ancien directeur scientifique de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite des IRSC, et ses collègues ont collaboré avec l'ABJHI afin de réaliser sa vision qui est d'offrir à la population albertaine les meilleurs soins des os et des articulations au monde. Avec l'ABJHI, ils ont élaboré l'approche des « soins partagés » mise à l'essai en Alberta. Les patients admis dans le système pour le remplacement d'une hanche ou d'un genou reçoivent tous les services dont ils ont besoin - notamment l'évaluation, le diagnostic et le traitement - d'une équipe multidisciplinaire de professionnels des soins de santé à une même clinique, et tous ces services sont coordonnés par un responsable de cas. Selon l'ancien système, un patient devait aller d'un prestataire de soins ou d'un établissement à l'autre, une tâche ardue pour une personne âgée dont la mobilité est réduite.

Les résultats intérimaires indiquent que les temps d'attente ont diminué de façon spectaculaire. Le délai entre le moment où le médecin dirige le patient vers un spécialiste et le premier rendez-vous est passé de 35 à 6 semaines, et le délai entre le premier rendez-vous et la chirurgie, de 47 à 4,7 semaines. La durée du séjour à l'hôpital après l'opération a également diminué, passant de 6,2 à 4,3 jours. Enfin, la satisfaction tant des patients que des prestataires de soins a augmenté.

Les temps d'attente pour les arthroplasties du genou ou de la hanche ne devraient pas dépasser six mois, selon une autre recherche financée par les IRSC qui a aidé les ministres provinciaux de la Santé à établir des points de repère pour les temps d'attente dans des domaines prioritaires. Les études ont également fait ressortir l'importance d'établir des stratégies de gestion, comme celle de l'ABJHI, en plus des points de repère, pour réduire les temps d'attente.

« La recherche sur la prestation des soins de santé est une contribution très pertinente au débat sur les temps d'attente. Des projets comme l'expérience albertaine avec l'approche coordonnée sont importants pour déterminer la façon la plus appropriée de fournir des soins aux patients ayant besoin d'une arthroplastie. Même s'il reste des questions au sujet du coût par cas, de la sélection des patients et de la qualité des résultats, ces projets et d'autres démontrent l'importance de la recherche structurée sur la prestation des soins de santé.

La Décennie des os et des articulations au Canada aide à coordonner les résultats de la recherche en la matière qui est menée dans de nombreux centres partout au Canada, dans l'espoir que leur mise en commun à l'échelle nationale améliorera les soins aux patients dans toutes les provinces et tous les territoires. » dit James P. Waddell, Coordonnateur, Réseau d'action nationale au Canada, Décennie des os et des articulations au Canada.

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Santé et sécurité au travail

Pas le temps de se blesser

Paul Kean est Terre-Neuvien jusque dans la fibre. Il est né à Pound Cove, où il a grandi, et il habite maintenant tout près, à Lumsden, sur la côte nord-est de la baie de Bonavista. Avec sa femme Alva, il travaille chez Beothic Fish Processors ltée, une société fondée dans les années 1950, où il a participé à une recherche financée par les IRSC pour réduire les blessures chez les travailleurs.

C'est une tradition pour Paul de s'engager dans sa communauté. Il a été pompier volontaire, membre de son conseil municipal et président de l'association de hockey mineur locale. Il fait également partie de la FFAW (Fishermen, Food and Allied Workers Union) depuis les quinze dernières années, et il a rempli trois mandats au sein de son comité exécutif provincial. Il est maintenant le président de sa section, représentant 420 salariés syndiqués de l'usine de transformation du poisson Beothic. Pour Paul, c'est simple : il faut « faire sa part pour améliorer son lieu de travail et son milieu ».

Ses collègues à l'usine de transformation du poisson forment une grande partie de son milieu : après tout, l'usine est le principal employeur de la région. Année après année, Paul voyait ses collègues acheter des analgésiques à la pharmacie. Leur travail de transformation du crabe des neiges de l'Atlantique, qui leur demandait de soulever des charges, de s'étirer pour atteindre des objets, de se pencher, de faire le dépeçage et de se déplacer sur les chaînes de production, leur causait des douleurs aux bras, aux poignets et aux épaules. Ils subissaient des blessures aux tissus mous et des lésions attribuables à des mouvements répétitifs, comme le syndrome du tunnel carpien et des entorses au cou et aux épaules. Aussi, en vieillissant (la moyenne d'âge est de 48 ans), les travailleurs risquaient de plus en plus de se blesser.

« On travaille des quarts de 10 heures, 14 jours sans congé. Imaginez les conséquences de tous ces « levages » et ces torsions pour le corps. »

Mais la nature du travail ne permet pas de prendre du temps pour soigner ses blessures.

« Dans l'industrie de la pêche, on travaille aussi fort que l'on peut, aussi longtemps que l'on peut, et tout le reste, on le laisse tomber. C'est triste, mais c'est comme ça dans la majorité des villages de pêcheurs », dit Paul.

Cela signifie que souvent, les travailleurs ne peuvent faire mieux que de masquer la douleur à l'aide d'analgésiques vendus sans ordonnance.

Pour Paul, ce n'était pas suffisant.

« J'ai décidé de m'en charger », dit-il. « Je savais qu'il fallait en faire plus, alors en faisant des recherches à l'ordinateur et en suivant un cours en ergonomie, j'ai acquis des connaissances sur les blessures aux tissus mous. »

« J'essaie toujours d'en apprendre plus, d'acquérir de nouvelles connaissances », dit-il. « J'aime tout simplement faire des recherches sur ce genre de sujet. »

Les recherches étaient la première étape. Ensuite, il a travaillé avec le comité de santé et de sécurité de l'usine pour encourager l'entreprise à tenir compte des besoins physiques des travailleurs lorsqu'elle installe de la nouvelle machinerie. Puis, un jour, on l'a fait venir dans le bureau. Des gens de l'Université Memorial voulaient lui parler. Ils faisaient partie de SafetyNet, une équipe de chercheurs financée par les IRSC qui étudie la santé et la sécurité au travail en milieu marin et côtier.

La conversation a vite conduit à un projet de recherche complet d'amélioration des conditions de travail et de réduction des blessures professionnelles dont souffraient les travailleurs. Ce projet a mis à contribution l'entreprise, le syndicat, le comité de santé et de sécurité, les travailleurs et une équipe de chercheurs qui avaient tous, selon Paul, un rôle crucial à jouer dans son succès. La plupart des recommandations qu'ils ont formulées étaient simples et entraînaient peu de dépenses. Par exemple, on a installé des repose-pieds aux postes de travail où les travailleurs doivent rester debout pendant de longues périodes pour soulager leur douleur au dos et leurs jambes fatiguées.

« C'était quelque chose d'extraordinaire pour nos travailleurs qu'une équipe de recherche nous aide à créer un environnement plus sécuritaire. On n'a tout simplement pas les ressources nécessaires pour le faire, mais maintenant, on en bénéficie chaque jour. On est plus conscient de la façon de travailler plus efficacement tout en réduisant les risques de blessures. Et l'entreprise en bénéficie parce qu'on est tous plus productifs. »

Paul a déjà sa prochaine cible en vue : l'asthme causé par les mollusques et crustacés. Des polluants atmosphériques se retrouvent souvent dans les usines de mollusques et crustacés et ils causent toutes sortes de problèmes respiratoires. Paul veut continuer à travailler avec le comité de santé et de sécurité et SafetyNet pour s'attaquer à ce problème.

« J'aimerais continuer de jouer un rôle important dans cette affaire. J'aimerais m'instruire davantage. »

« Quand nos travailleurs se sentent bien, je me sens bien aussi. »

Prévenir les blessures au travail

Travailler dans une usine de transformation du poisson est dur physiquement. Une équipe multidisciplinaire de chercheurs de l'Université Memorial et de l'Université du Québec à Montréal a collaboré avec les travailleurs, les gestionnaires et le syndicat chez Beothic Fish Processors ltée à une étude financée par les IRSC visant à réduire le nombre et la gravité des troubles musculo-squelettiques d'origine professionnelle chez les travailleurs. Il s'agissait d'une étude innovatrice des risques pour la santé et la sécurité auxquels font face les travailleurs dans une usine de transformation du crabe, mais ce n'est pas tout ce qui la rendait unique. Elle combinait une enquête psychosociale, une recherche sur la biomécanique, des interventions participatives en ergonomie et une étude des stratégies des travailleurs pour supporter la douleur. Des travailleurs de l'usine, leur syndicat et les gestionnaires de l'usine ont également joué un rôle dans l'étude, non seulement comme sujets de recherche, mais comme partenaires à part entière et participants actifs.

La recherche ci-dessus est une des études entreprises par SafetyNet, un vaste programme de recherche qui porte sur la santé et la sécurité professionnelles en milieu marin et côtier. Sous la conduite des Drs Barbara Neis et Stephen Bornstein, de l'Université Memorial, cette équipe interuniversitaire et interprovinciale réunit des chercheurs en médecine, en soins infirmiers, en sciences sociales, en sciences naturelles, en génie et en sciences de la mer, de même que des partenaires des secteurs public et privé et des villages côtiers où se déroule la recherche. Les principaux objectifs du programme incluent la réalisation d'une recherche pertinente pour les communautés qui participent aux études et qui offre des résultats directs et concrets. Les études ont porté sur les pêches, les activités pétrolières et gazières, et le travail dans des conditions froides pour les humains.

« Travailler avec l'équipe de recherche de SafetyNet a été une expérience agréable. Les employés sont maintenant conscients du problème des lésions attribuables aux mouvements répétitifs au travail et sont mieux outillés pour composer avec la douleur qu'entraînent ces blessures. Grâce aux études réalisées par SafetyNet, l'entreprise connaît beaucoup mieux les façons de prévenir les blessures aux tissus mous. Diverses techniques permettent aux travailleurs d'accomplir leurs tâches efficacement sans se blesser, ce qui les rend plus productifs. Notre capacité de reconnaître les conditions qui exposent les employés à des troubles musculo- squelettiques s'est accrue, et nous sommes impatients de nous attaquer aux problèmes découlant des contraintes du poste de travail. » dit Roma Howell, Directrice d'usine, Beothic Fish Processors ltée.

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Douleur chronique

L'avenir appartient à ceux qui ont des rêves

Marcel Beaulieu vit à Alban, au sud de Sudbury (Ontario). Il habitait avant à Vancouver, où il était travailleur de la construction. Un jour, Marcel aidait à couler les fondations d'une ferme d'élevage. Le boyau par lequel arrivait le béton s'est soudainement plié et s'est mis à onduler, jetant par terre plusieurs lourdes stalles servant à retenir le bétail. Marcel, qui était à genoux, a reçu tout le poids des stalles sur le dos et a eu plusieurs vertèbres écrasées. Il en est resté paralysé de la taille jusqu'aux pieds. Il a ensuite eu les deux jambes fracturées dans d'autres accidents. La paralysie, cependant, n'empêche pas de sentir la douleur. Marcel a enduré une douleur chronique aux jambes pendant des années avant de subir une opération qui l'a aidé à vivre avec son tourment.

La douleur ne quittait jamais Marcel. Elle était là jour et nuit - une cause d'insomnie des semaines durant, de dépression, et de dépendance aux analgésiques et à l'alcool. Ce n'est que lorsque Marcel a consulté le Dr Ronald Tasker, à l'Hôpital Western de Toronto, qu'il a trouvé quelqu'un qui pouvait comprendre sa douleur. L'expérience lui a arraché des larmes.

« Ils m'ont amené voir ce vieil homme. Il me posait toutes ces questions au sujet de la douleur, et je me suis mis à pleurer parce qu'il comprenait vraiment ce que je ressentais », dit-il.

C'était en 2000, presque 20 ans après l'accident initial. Marcel, qui cherchait désespérément un soulagement, a décidé d'essayer un traitement qui n'avait jamais encore été utilisé pour la douleur.

La stimulation cérébrale profonde (SCP), technique mise au point par des chercheurs canadiens, était utilisée depuis des années pour réduire ou éliminer les tremblements causés par la maladie de Parkinson. Dans la SCP, des électrodes sont implantées dans le cerveau et reliées à une pile dans la poitrine. Un courant envoyé par des électrodes frappe les nerfs qui transmettent le signal de la douleur, éliminant la sensation de douleur.

Pour Marcel, l'effet a été immédiat. « Ça s'est produit tout d'un coup - boum! J'ai crié. Le docteur est arrivé en courant pour voir ce qui n'allait pas, il pensait que j'avais mal. Je leur ai crié de recommencer... C'était la première fois depuis des années que je sentais mes jambes », se souvient-il.

Deux électrodes ont finalement été implantées à Marcel pour aider à apaiser la douleur dans les deux jambes.

Au cours des dernières années, il est retourné à l'hôpital un certain nombre de fois parce que les médecins et les chercheurs avaient perfectionné le système. Il a dû y retourner également pour des réparations. C'est sans compter les fils et les électrodes qu'il a endommagés en jouant au tennis en fauteuil roulant et en faisant de la musculation.

Marcel était un athlète bien avant de subir une SCP. Après son accident, malgré la douleur, il a commencé une nouvelle vie comme athlète en fauteuil roulant. Il a pris part à plusieurs jeux pour personnes handicapées et participé à des marathons. Plus récemment, il a aidé des jeunes handicapés dans la région de Sudbury à jouer au tennis en fauteuil roulant.

Le stimulateur de Marcel a été endommagé dernièrement dans un accident de la route. L'accident est survenu il y a plusieurs mois, et pendant qu'il attend d'être opéré pour que le stimulateur puisse être réparé, il endure encore de la douleur, il est de longues périodes sans dormir, et la dépression le gagne.

« J'ai un magnétophone que je traîne avec moi et que j'utilise pour faire des plans. Il y a toutes ces choses que je veux faire. Je fixe un écriteau que j'ai fait et que j'ai posé au mur. « L'avenir appartient à ceux qui ont des rêves ». J'ai fini par commencer à dire que l'avenir m'appartient maintenant. »

Le soulagement de la douleur - Une affaire de nerfs

La recherche sur la stimulation du cerveau a commencé il y a plus de 40 ans, et les chercheurs canadiens y ont joué un rôle clé. La présente forme de traitement par stimulation cérébrale, par exemple, a été mise au point sur la base du travail de pionnier des Drs Ronald Tasker et Jonathan Dostrovsky, à l'Université de Toronto, sur les zones de traitement de la douleur dans le cerveau. La recherche a démontré que la stimulation de régions du cerveau peut avoir une incidence sur la sensation de douleur, soit en aidant à activer les systèmes de contrôle de la douleur ou en interférant avec la transmission des signaux de douleur. La recherche donne à penser qu'environ un tiers des patients qui ont une lésion de la moelle épinière souffrent de douleur chronique. « La moelle épinière est responsable d'une grande partie du traitement sensoriel. Lorsque des changements se produisent au niveau de la moelle épinière, les nerfs deviennent souvent plus hyperactifs, transformant les légères sensations en sensations douloureuses », explique le Dr Michael Salter, chercheur financé par les IRSC.

Ce chercheur expérimenté dans le domaine mentionne aussi certaines difficultés importantes que soulève le traitement de la douleur chronique, et particulièrement le fait que celle-ci n'est pas prise au sérieux. « Nombre de personnes qui éprouvent une douleur chronique ont l'air complètement normales. À moins de finir par voir la bonne personne, elles peuvent ne pas trouver de soulagement et être stigmatisées », dit-il. Pour l'avenir, le Dr Salter et d'autres chercheurs dans le domaine essaient de trouver des façons d'améliorer le diagnostic de la douleur chronique afin d'aider les personnes qui en souffrent à obtenir le traitement dont elles ont besoin. « De nouveaux traitements sont essentiels, mais des méthodes de diagnostic sont cruciales aussi parce qu'elles aideront à établir objectivement qu'il y a bel et bien un problème. »

Des chercheurs canadiens font leur marque dans la recherche sur la douleur. Ils font parler d'eux aussi bien dans la section financière que dans les pages consacrées à la santé.

Le Dr Terry Snutch, de l'Université de la Colombie-Britannique, est en train de mettre au point un nouveau médicament pour soulager la douleur chronique et neuropathique (douleur sans cause physique apparente). Sa compagnie, Neuromed Pharmaceuticals, a signé une entente record de 475 millions de dollars US avec Merck inc. - le plus important accord de licence dans l'histoire canadienne - afin de poursuivre le développement du médicament.

Le Dr Michael Hayden, également de l'Université de la Colombie-Britannique, faisait partie d'une équipe internationale qui a mis en évidence une mutation génétique qui fait qu'au moins 17 personnes dans le monde sont incapables de ressentir la douleur. Avec son équipe, il espère mettre au point de nouveaux médicaments qui imitent les effets de cette mutation pour venir en aide aux millions de personnes dans le monde qui souffrent de douleur chronique incontrôlable. Xenon Pharmaceuticals inc., une société cofondée par le Dr Hayden, sera maître d'oeuvre du développement du nouveau médicament en devenir.


Toutes les histoires et photos du présent rapport sont publiées avec l'autorisation des personnes concernées.

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