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Les soins médicaux au Canada : prudence dans les comparaisons

Le système de soins de santé canadien a été une source de préoccupation et de débat rigoureux au cours de la dernière décennie. Certaines enquêtes internationales récentes laissent entendre que le Canada pourrait avoir besoin de repenser fondamentalement son système de soins de santé. Mais comme l'a souligné le premier John Lydgate dans son Debate between the horse, goose, and sheep, vers 1440, « les comparaisons sont odieuses ». La prudence est de mise, car il est notoirement difficile de comparer la performance des systèmes de soins de santé. Par exemple, une étude de 2000 publiée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) classait le système de santé français au premier rang dans le monde, et le système canadien, au trentième. Ce résultat est souvent utilisé par les tenants de la privatisation pour démontrer à quel point le système canadien est médiocre comparativement aux régimes à deux vitesses (c.-à-d. qui permettent aux gens d'utiliser des fonds privés pour éviter les files d'attente ou acheter de meilleurs soins) de certains pays. Toutefois, un examen rapide des résultats de santé dans les deux pays soulève des questions au sujet de cette performance en apparence abyssale du Canada. Par exemple, la France et le Canada affichent des résultats de santé similaires et, de fait, le Canada fait meilleure figure pour de nombreux indicateurs importants, comme l'espérance de vie chez les hommes et la mortalité maternelle et infantile.

Alors pourquoi le Canada s'est-il aussi mal classé dans l'étude de l'OMS? Selon l'explication d'un analyste, le mauvais classement du Canada découle en grande partie du fait que l'étude de l'OMS n'a pas tenu compte de la performance du Canada pour ce qui est des résultats de santé parce que nous consacrons plus d'argent à l'éducation, et l'argent consacré à l'éducation est considéré comme un déterminant de la santé. Autrement dit, parce que la France consacre moins d'argent à l'éducation, ses résultats de santé positifs sont plus directement attribuables à son système de soins de santé, selon l'étude de l'OMS.

Ce genre de méthodologie est hautement suspect et prête le flanc à la critique, mais la plupart des journalistes ou des experts en matière de politiques ont peu de chances d'avoir le temps ou les ressources nécessaires pour décortiquer ces débats méthodologiques complexes sur la performance comparative des systèmes de santé.

Un certain nombre d'études du Fonds du Commonwealth ont aussi cherché à comparer la performance des systèmes de santé. Une enquête de 2007 sur les expériences de soins de santé des adultes classe le Canada au septième rang sur sept pays pour ce qui est des temps d'attente pour la chirurgie non urgente. Une étude plus récente, toutefois, place le Canada au sixième rang, sur 19 pays, en ce qui concerne la mortalité maîtrisable (c.-à-d. les décès évitables causés par des affections traitables), un indicateur de performance utile qui peut faire ressortir des faiblesses possibles dans le système de soins de santé d'un pays. Dans cette étude, le Canada se classe devant le Royaume-Uni (18e), les États-Unis (15e), la Nouvelle-Zélande (14e), l'Allemagne (11e) et les Pays-Bas (8e). En fait, il fait meilleure figure que tous les pays, sauf l'Australie, qui ont participé à l'enquête antérieure sur les temps d'attente. En fin de compte, de nombreux facteurs influent sur la performance d'un système de soins de santé, et lorsque vient le temps de prendre des décisions pour améliorer le système canadien, nos décideurs seraient bien avisés d'examiner soigneusement l'ensemble des données de recherche.

Bien qu'une meilleure compréhension des données de la recherche comparative fasse voir le système canadien sous un meilleur jour, le statu quo ne saurait être la voie de l'avenir. Selon l'enquête de 2007 du Fonds du Commonwealth, 60 % des Canadiens ont indiqué que le système de soins de santé avait besoin d'une refonte en profondeur. Toutefois, les gouvernements canadiens ont une consolation lorsqu'ils cherchent des solutions pour assurer l'avenir du système public de soins médicaux : les préoccupations quant à la pérennité et à l'accès ne sont pas propres au Canada. Une leçon claire qui se dégage des comparaisons entre pays est que, contre-intuitivement, recourir davantage au financement privé ne règle pas les préoccupations plus générales liées à la pérennité et à l'accessibilité. Tous les pays, quelle que soit la part de financement privé dans leur système, sont aux prises avec les mêmes problèmes et leurs dépenses publiques sont soumises à des pressions semblables (il faut se souvenir que les États-Unis consacrent à la santé plus de fonds publics par habitant que le Canada malgré le fait qu'au moins 47 millions de citoyens n'ont pas d'assurance-santé).

La recherche financée par les IRSC et leurs partenaires nous oriente vers un changement constructif et positif, et les expériences fructueuses se multiplient rapidement. À cet égard, la contribution de la recherche financée par les IRSC à l'établissement des premiers points de repère nationaux au Canada pour les temps d'attente en 2005 est un exemple éloquent. La recherche financée par les IRSC donne également à penser que, dans le contexte canadien, l'innovation initiée par les médecins dans le domaine de la gestion des temps d'attente est une condition essentielle du succès. Nous avons besoin de plus de recherche sur la façon de réduire et de gérer avec succès les temps d'attente, ainsi que sur la manière de déterminer, de transférer et d'appliquer les mesures fructueuses d'un système provincial à l'autre.

Enfin, nous ne devons pas perdre de vue que les problèmes de temps d'attente sont le reflet de problèmes globaux plus importants dans le système de soins de santé : ressources humaines insuffisantes en santé, système d'information sur la santé pancanadien inexistant, montée des maladies chroniques et nécessité d'une réforme des soins primaires. Les IRSC et leurs partenaires investissent dans tous ces champs de recherche critiques, parce que cette recherche est essentielle pour que les responsables des politiques puissent prendre des décisions éclairées qui conduiront à une meilleure santé pour les Canadiens et à un système de soins de santé renforcé et durable.

Dre Colleen Flood
Directrice scientifique
Institut des services et des politiques de la santé des IRSC