Comportements à risque et prévention

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Lorsqu'il s'agit de prévention du cancer, les principaux sujets d'étude possibles sont le tabagisme, les agents cancérigènes dans l'environnement (p. ex. amiante, exposition aux UV, aflatoxines), l'obésité, l'alimentation et l'activité physique. De nombreux facteurs comme l'obésité, la nutrition et l'activité physique sont intimement liés. De ces facteurs, le tabagisme représente, de loin, la plus grande menace connue pour la santé. Chaque année, le tabagisme tue plus de 45 000 Canadiens, et on estime que les maladies attribuables au tabagisme pèsent pour plus de 3,5 milliards de dollars sur le budget annuel de la santé, somme qui grimpe à 15 milliards de dollars lorsqu'il est tenu compte des coûts extra-sanitaires, comme l'absentéisme et la perte de revenu futur. En 2001, le gouvernement du Canada a établi la Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme, initiative multipartite dans laquelle plus de 500 millions de dollars ont été investis. Comme le tabagisme a diminué plus rapidement que prévu au Canada, le but révisé de la Stratégie est de faire baisser la prévalence globale du tabagisme de 19 % (en 2006) à 12 % (d'ici à 2011). Un investissement aussi considérable exige que les programmes et les politiques de lutte contre le tabagisme reposent sur une assise scientifique solide au Canada; il a aussi permis la réalisation de projets de recherche à fort impact reposant sur des études d'intervention dans la population où la recherche se greffe sur les « expériences naturelles » réalisées par le gouvernement. De plus, la recherche relative au tabac est financée par l'Initiative canadienne de recherche pour la lutte contre le tabagisme (ICRCT), partenariat d'organismes de financement canadiens qui se sont engagés à financer la recherche coordonnée pour résoudre les problèmes de santé liés au tabagisme et à la dépendance à la nicotine.

Partenaires actuels de l'ICRCT (2008)

  • Société canadienne du cancer
  • Instituts de recherche en santé du Canada
  • Santé Canada
  • Institut national du cancer du Canada

L'ICRCT a lancé plusieurs initiatives pour combler les écarts dans la lutte contre le tabagisme/abus de tabac et la dépendance à la nicotine. Les objectifs sont entre autres les suivants :

  • soutenir le transfert des connaissances et l'engagement des décideurs des programmes et des politiques dans la recherche;
  • déterminer les pratiques exemplaires pour guider la prise de décision relative aux politiques et aux programmes;
  • élaborer des approches communes de la surveillance et de l'évaluation;
  • planifier l'orientation future de la recherche sur la lutte contre le tabagisme;
  • créer des mécanismes pour appuyer la collaboration internationale en matière de recherche;
  • développer une capacité de recherche au niveau international.

L'Institut du cancer (IC) des IRSC a fait des comportements à risque et de la prévention l'une de ses six priorités de recherche. Après une série de réunions et de consultations, dirigées par le Dr Roy Cameron, il a été recommandé que l'IC profite des possibilités de partenariat offertes par l'ICRCT pour se pencher sur le tabagisme, et explore les possibilités d'études d'intervention dans la population et de partenariats dans le cadre d'initiatives connexes dirigées par d'autres. En 2002, l'ICRCT a réuni un groupe de chercheurs et d'intervenants dans la lutte contre le tabagisme afin d'élaborer un programme de recherche stratégique pour le Canada couvrant la période de 2002 à 2012. Lors de ce sommet, les huit grands thèmes de recherche suivants ont été établis :

  • l'usage et l'abus du tabac chez les Autochtones;
  • les déterminants de la consommation;
  • les aspects économiques de la lutte contre le tabagisme;
  • la réduction des méfaits;
  • les pratiques de l'industrie;
  • l'intervention intégrée;
  • la dépendance à la nicotine;
  • les différences selon le sexe biologique et l'influence du sexe social.

Initiative : Faire progresser les connaissances scientifiques en vue de réduire le tabagisme et la dépendance à la nicotine

Pour donner suite aux thèmes de recherche ci-dessus, l'ICRCT, en partenariat avec l'Association pulmonaire canadienne et la Fondation des maladies du coeur du Canada, a lancé en 2003 l'initiative « Faire progresser les connaissances scientifiques en vue de réduire le tabagisme et la dépendance à la nicotine » . Six instituts des IRSC ont pris part au lancement de cette initiative, dont l'IC. Plusieurs éléments de programme différents étaient prévus dans l'initiative, pour répondre à la gamme de besoins en matière de recherche.

Programmes prévus dans l'initiative Faire progresser les connaissances scientifiques en vue de réduire le tabagisme et la dépendance à la nicotine

  • Équipes interdisciplinaires de renforcement des capacités (EIRC)
  • Subventions de recherche sur les politiques
  • Subventions sur la synthèse des connaissances
  • Subventions de recherche communautaire
  • Subventions de recherche aux étudiants
  • Subventions de planification de recherche
  • Subventions IDÉE
  • Subventions de voyage aux chercheurs
  • Subventions pour atelier et possibilité d'apprentissage

Dans le cadre de cette initiative, l'IC a contribué au financement de 76 subventions et bourses de voyage, et a engagé au total 2,8 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2004. Suivent quelques exemples des premiers résultats des programmes financés.

Résultats et issues

Subventions d'EIRC

L'IC finance en partie trois subventions de cinq ans pour des EIRC. Ces subventions aident les groupes transdisciplinaires engagés dans le mentorat de chercheurs débutants ou établis ayant encore peu travaillé en santé.

Un projet dirigé par le Dr Paul Clarke, de l'Université McGill, La dépendance à la nicotine : les mécanismes comportementaux et cérébraux, des rongeurs aux humains, a permis de créer un nouveau modèle où la nicotine parvient peu à peu au cerveau. Selon les résultats préliminaires, la nicotine, lorsqu'elle est administrée d'une manière qui simule davantage l'action de fumer, peut enclencher différents mécanismes de récompense dans le cerveau. L'équipe a aussi utilisé la neuroimagerie fonctionnelle pour mieux comprendre l'état de manque qui semble jouer un rôle important dans la rechute des fumeurs. Ces études donnent à penser que des différences déterminées génétiquement dans le métabolisme de la nicotine peuvent influer sur la réponse neuronale aux appels à fumer.

Subventions IDÉE

Les subventions IDÉE ont pour but d'encourager la recherche unique ou originale susceptible de faire progresser les connaissances en matière de lutte contre le tabagisme. Les subventions permettent aux chercheurs ayant des idées et des observations novatrices d'effectuer des études pilotes et des analyses secondaires, de recueillir des séries de données secondaires ou de collecter de nouvelles données nécessaires pour déterminer la viabilité d'axes ou d'hypothèses de recherche. Les subventions IDÉE peuvent atteindre une valeur de 50 000 $ pour un an. L'IC a financé 20 subventions IDÉE depuis 2004, ce qui représente un investissement total de plus de 900 000 $. L'équipe de la Dre Cynthia Callard, Vers une nouvelle stratégie de l'industrie sur le tabac, située à Médecins pour un Canada sans fumée, a étudié le marché du tabac sous l'angle des fournisseurs et a conclu qu'il était possible de changer le comportement de l'industrie du tabac, à condition de transformer la structure juridique des fournisseurs, c'est-à-dire de troquer le modèle de société par actions pour un modèle de société sans but lucratif. Les médias canadiens ont beaucoup parlé de cette étude, qui a fait l'objet d'un livre et d'un article.

Subventions sur la synthèse des connaissances

Le programme de subventions de synthèse des connaissances a pour objectif d'aider les équipes interdisciplinaires de chercheurs, de praticiens et de décideurs à procéder à des examens concertés des données disponibles pour des interventions spécifiques de lutte contre le tabagisme. Il s'agit de subventions d'un an d'une valeur maximale de 120 000 $. Les conclusions de la synthèse des connaissances effectuée par la Dre Candace Nykiforukm, de l'Université de l'Alberta, Des espaces sans fumée : un examen des pratiques exemplaires pour cerner les leçons tirées de l'action de la recherche, ont été incorporées dans le « rapport de rétroaction sur les politiques pour les écoles » préparé dans le cadre de l'Enquête sur le tabagisme chez les jeunes (financée par Santé Canada) et le Système d'action, de planification et d'évaluation pour la santé en milieu scolaire (SHAPES). Les pratiques exemplaires en ce qui concerne l'élaboration et la mise en oeuvre de politiques antitabac dans les écoles sont incluses dans ces outils afin que les écoles puissent étayer leurs politiques à l'aide de données factuelles.

Subventions de recherche sur les politiques

Les subventions de recherche sur les politiques visent à stimuler la recherche qui influencera, guidera ou aura un impact direct sur les décisions stratégiques dans la lutte contre le tabagisme. La valeur des subventions peut atteindre 80 000 $, et les projets peuvent s'étaler sur deux ans. Le projet de la Dre Sylvia Kairouz, de l'Université Concordia, Effets de l'interdiction du tabac dans les endroits publics au Québec sur les attitudes et les comportements des fumeurs dans les endroits publics et privés chez les fumeurs et les non-fumeurs récents, montre les résultats, en ce qui a trait aux politiques, d'un projet financé dans le cadre du Programme de subventions de recherche sur les politiques de l'IC. Cette étude dresse plusieurs constats au sujet de l'impact de l'interdiction de fumer dans les lieux publics au Québec; des attitudes et des comportements des fumeurs dans les lieux publics; et de l'effet de contagion possible de l'interdiction sur les règles et le tabagisme au foyer et dans les véhicules privés. Les informations, ainsi que les recommandations qui ont été faites par la suite, ont été présentées à des décideurs nationaux influents lors de la révision de deux politiques publiques : 1) le programme national de santé publique et 2) le programme de prévention/intervention en matière de santé publique du Québec.

Recherche sur les dépendances - Approches novatrices de la recherche en santé — subventions aux équipes en voie de formation (EVF)

Cette initiative a été lancée par l'ICRCT et les partenaires pour appuyer la création d'équipes de recherche entièrement nouvelles ou le développement de petites équipes de recherche existantes composées de chercheurs qui entreprennent des activités de recherche multidisciplinaires, activités qui permettront de mieux comprendre les dépendances croisées entre le tabagisme, l'alcoolisme et le jeu pathologique, et à partir desquelles pourront être élaborées des stratégies d'intervention à l'intention des professionnels de la lutte contre la dépendance, des responsables des politiques et du public canadien. L'IC contribue au financement des deux subventions d'EVF suivantes, pour un investissement total de 170 000 $ de 2006 à 2010 :

  • La série d'études réalisées par le Dr Usoa Buston du Centre de toxicomanie et de santé mentale et dont l'objectif est d'isoler les facteurs qui contribuent à ce qu'une personne puisse développer en même temps une maladie mentale et un problème d'alcool ou de tabagisme, et qui, par conséquent, détermineront de nouveaux traitements;
  • Le projet réalisé par le Dr Thomas Kerr, Collaboration multidisciplinaire des chercheurs sur l'utilisation de drogues par injection de Vancouver, au Centre d'excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique, dont le but est d'harmoniser six importantes études de cohorte auprès des toxicomanes de Vancouver et de contribuer à la mise en place de systèmes et de personnel pour encourager la collaboration entre les chercheurs ainsi que les liens entre les chercheurs et les décideurs.

Autres projets financés par l'IC sur les comportements à risque et la prévention

En plus de son investissement considérable pour financer la recherche sur le tabagisme, et conformément aux recommandations du groupe de travail sur les comportements à risque et la prévention, l'IC s'est également associé à d'autres initiatives menées par différentes organisations, dont :

Objectif obésité

L'initiative Objectif Obésité a été lancée par la Fondation des maladies du coeur du Canada, en partenariat avec l'Association canadienne du diabète ainsi que l'Institut du cancer, l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète, l'Institut de la santé des femmes et des hommes, l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite et l'Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents des IRSC. Le but de l'initiative Objectif Obésité consiste à appuyer et à former des chercheurs en recherche sur l'obésité. L'IC s'est engagé à contribuer au financement de quatre bourses de recherche et de trois bourses de recherche au doctorat. La recherche financée par l'IC dans le cadre de cette initiative comprend une étude des substances chimiques du cerveau qui régulent la consommation alimentaire et le gain de poids corporel, et une étude visant à déterminer les gènes en cause dans l'obésité ainsi que leurs déclencheurs environnementaux.

Initiative sur l'obésité et le poids santé - Excellence, innovation et progrès dans l'étude de l'obésité et du poids corporel sain

En 2003, l'IC s'est associé à l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète pour financer, dans le cadre de l'appel de demandes « Excellence, innovation et progrès dans l'étude de l'obésité et du poids corporel sain - Programme de subventions aux équipes en voie de formation » , l'équipe Fruits, légumes et grains entiers : intervention communautaire de réduction de l'obésité, dirigée par le Dr David Jenkins, de l'Université de Toronto. L'étude d'intervention, d'une durée de cinq ans et financée à hauteur de 1,5 million de dollars, visait à examiner si le changement de poids est lié à la consommation de fruits, de légumes et de grains entiers, et à déterminer l'intensité d'intervention requise.

Exposition « La santé à petites bouchées »

Il existe de nombreux liens entre les aliments et la santé, y compris l'incidence de l'alimentation et des autres aspects du mode de vie sur la vulnérabilité à différentes maladies chroniques comme le diabète, les cardiopathies et le cancer. En mars 2007, l'exposition itinérante La santé à petites bouchées s'est ouverte au Musée de l'agriculture du Canada. Cette exposition a été créée en partenariat avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Santé Canada, le Partenariat canadien pour la salubrité des aliments et cinq instituts des IRSC, dont l'IC. S'appuyant sur des stands interactifs, la présentation des dernières conclusions de la recherche, des programmes destinés aux écoles, des programmes d'interprétation pour le public et des expositions-mallettes, La santé à petites bouchées vise à convaincre un segment de la population canadienne, y compris les jeunes, que le fait de manger sainement et de surveiller son poids, combiné à l'activité physique, peut grandement améliorer la santé d'une personne et réduire le risque de maladies chroniques et de cancer. L'exposition, qui comprend des activités pratiques, des stands multimédias, des artefacts historiques et des graphiques, a son propre site Web, très complet, et pourra être vue dans de nombreux musées partout au Canada jusqu'en 2011.

Le Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC, et des invités lors de l'ouverture de l'exposition La santé à petites bouchées à Ottawa.

Cohorte de cancer canadienne

L'IC continue de financer la recherche sur les comportements à risque et la prévention, et il a joué un rôle important de conseiller et de facilitateur dans la formation, par le Partenariat canadien contre le cancer, d'une cohorte de cancer canadienne. Cette cohorte servira de laboratoire pour des études sur la population et des initiatives de recherche fondamentale et translationnelle, tout en permettant d'obtenir des informations sur les interactions entre les facteurs environnementaux, socio-économiques et génétiques et les facteurs relatifs au mode de vie qui contribuent au développement de maladies chroniques et du cancer.

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