L'initiative canadienne du microbiome – rapport de l'atelier 2008

16 et 17 juin, 2008
Fairmont Royal York Hotel, Toronto

[ Table des matières ]

Rédigé par: Dre Judith Bray, PhD, Directrice Adjointe, IMII
Plans de conception graphique et l'image de couverture par : David Hartell, Associé, Initiatives stratégiques de l'institut, IMII

Instituts de recherche en santé du Canada
160 rue Elgin, 9e étage
Indice de l'adresse 4809A
Ottawa (Ontario) K1A 0W9

Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC
Siebens-Drake Research Institute, bureau 214
The University of Western Ontario
1400 Western Road
London (ON) N6G 2V4
Tél : 519-661-3228
Télé : 519-661-4226
iii@uwo.ca

© Sa Majesté la Reine en Chef du Canada (2008)
Cat. No.: Mr21-132/2008f
Isnb: 978-0-662-04831-2

Table des matières

Rapport de l'atelier Résumé
Contexte
Exposés
Présentations des partenaires
Séance en petits groupes no 1
Séance en petits groupes no 2
Conclusions et prochaines étapes
Évaluation de l'atelier
Annexe 1 - Ordre du jour
Annexe 2 - Séance en petits groupes - distribution
Annexe 3 - Liste des participants


Résumé

Rapport de l'atelier sur l'Initiative canadienne du microbiome (ICM)

Les 16 et 17 juin 2008, l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires (IMII) des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), en partenariat avec Génome Canada, a organisé un atelier sur invitation pour planifier les orientations futures de l'Initiative canadienne du microbiome (ICM). L'ICM est une vaste initiative de l'IMII sous le theme de recherche prioritaire « infections émergentes » qui vise à permettre aux chercheurs canadiens de contribuer aux efforts internationaux d'élucidation du rôle du microbiome humain dans la santé et la maladie. L'atelier a pour but de réunir d'éminents chercheurs et d'importants organismes de financement pour contribuer à la conception et à la création d'une stratégie canadienne pour la recherche sur le microbiome humain.

L'être humain est bien plus que la somme de ses cellules et abrite en fait littéralement des billions de microbes. On estime que les microbes sont au-delà de 10 fois plus nombreux que les cellules hôtes, leur nombre total avoisinant les 1014 par individu. On sait relativement peu de choses sur ces bactéries, virus et protistes, mais ils semblent travailler de façon très étroite au maintien de l'équilibre à l'intérieur du corps humain, et les perturbations du microbiome ont été associées à des changements dans l'état de santé et à l'apparition de maladies. Grâce au séquençage du génome humain et aux rapides progrès technologiques enregistrés, on dispose maintenant des moyens pour séquencer des communautés entières de microbes isolées dans leur environnement naturel et pour explorer l'impact de ces communautés microbiennes sur la santé humaine. Les National Institutes of Health (NIH) des É. U. ont déjà consacré des sommes importantes au séquençage du microbiome central humain, et plusieurs autres pays ont lancé leurs propres projets connexes. Le Canada est bien placé pour tirer parti de ces initiatives et se tailler une place dans le domaine en s'appuyant sur ses forces particulières. L'IMII, de concert avec d'autres, ouvre la voie en lançant l'ICM à l'aide de fonds de démarrage fournis par les IRSC et en créant des partenariats pour poursuivre sur cette lancée. L'IMII, en partenariat avec l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète (INMD), a lancé le programme de subventions Catalyseur pour permettre aux chercheurs de se préparer en prévision d'initiatives de plus grande envergure que l'IMII entend lancer au cours des prochaines années.

L'atelier sur l'ICM a duré un jour et demi et a réuni plus de 60 chercheurs et représentants d'organisations partenaires. Les chercheurs provenaient des domaines de la génétique/bioinformatique et de l'immunologie/maladies infectieuses, et l'atelier a offert de nombreuses possibilités de réseautage en plus de donner un aperçu des recherches effectuées actuellement dans le domaine à l'échelle nationale et internationale. Les participants ont été invités à mettre en commun leurs connaissances et leur expertise pour formuler des recommandations à l'IMII et à ses partenaires en ce qui concerne la meilleure façon de faire avancer l'ICM et de permettre au Canada de se tailler une place au sein du Consortium international sur le microbiome humain (CIMH).

Les participants s'entendaient en général pour dire que la voie à suivre pour le Canada était de se concentrer sur « ce qu'il fait de mieux », c. à d. le travail en équipes multidisciplinaires qui met à profit les forces particulières au Canada, à savoir : une population diversifiée sur le plan ethnique, un système public de santé et les infrastructures existantes comme les centres de séquençage génomique et des études de cohortes en développement. Le Canada dispose également d'un excellent bassin de chercheurs qui travaillent en microbiologie, notamment en microbiologie environnementale et dans le domaine des maladies infectieuses. On estimait que pour que l'ICM soit couronnée de succès, il fallait être capable d'identifier pour le Canada des créneaux particuliers qui permettront aux chercheurs canadiens d'exceller et de se distinguer au sein du CIMH par leurs connaissances scientifiques rigoureuses et des stratégies innovatrices de collaboration. Voici quelques uns des domaines de recherche qui ont été proposés à cet égard :

Études du microbiome oral, gastro intestinal et urogénital

C'est un domaine où le Canada dispose d'une bonne expertise et d'une bonne capacité de recherche, appuyée par une infrastructure, dont plusieurs études de cohortes. Le Canada a déjà une expertise solide dans certains domaines de recherche : maladies inflammatoires de l'intestin; allergies et intolérances alimentaires; développement du système immunitaire muqueux et effets de l'âge et du sexe; rôle du microbiome dans le cancer; microbiome en développement, de la naissance au troisième âge et transfert des microbes de la mère à l'enfant; rôle du microbiote dans la progression des maladies transmises sexuellement, telles que l'infection à VIH/sida.

Études du microbiome associé aux voies nasopharyngées et respiratoires

Une des principales priorités dans ce domaine serait d'établir des valeurs de base pour la flore normale chez les personnes en santé et d'uniformiser les techniques de prélèvement qui pourraient être appliquées à l'ensemble des voies respiratoires, notamment la cavité buccale et les dents. En mettant au point des techniques permettant d'étudier la dynamique clonale avec le temps, il devrait être possible de suivre les fluctuations ou les adaptations de la microflore dans le contexte des maladies respiratoires. Le Canada dispose d'une capacité de recherche dans les domaines de la grippe, de la fibrose kystique du pancréas, de la pneumonie chez les personnes âgées et des phages.

Le microbiome et ses liens avec la neuro immunologie

La neuro immunologie est un domaine relativement nouveau qui suscite de plus en plus d'intérêt et dans lequel le Canada accumule de l'expertise. Des données récentes indiquent une association possible entre les altérations du microbiome normal et des troubles psychiatriques comme la dépression, les troubles bipolaires et les troubles du spectre autistique. Plusieurs pays manifestent également un intérêt grandissant pour ce domaine, en particulier l'Allemagne, le R. U., le Japon, la Suède et l'Irlande, ce qui fait miroiter des possibilités de collaborations internationales. C'est un domaine où les chercheurs canadiens pourraient rapidement se tailler une place et mettre sur pied un réseau canadien innovateur en rassemblant les petits groupes de recherche existants.

Études du virome humain et du rôle des virus commensaux dans la santé et la maladie

Bien que la plupart des études actuelles portent particulièrement sur les bactéries, des recherches sur le virome humain risquent de devenir une partie importante de toute initiative relative au microbiome. C'est un domaine où le Canada possède une force et une capacité considérables en recherche et qui pourrait constituer un véritable créneau pour le pays. Grâce aux techniques mutagénomiques actuelles, il est maintenant possible d'évaluer la flore virale normale à différents endroits, notamment dans le sang, le liquide rachidien, l'urine, les selles et les ganglions lymphatiques, et d'étudier le rôle des phages comme réservoirs potentiels de pathogénicité.

Bien que le Canada possède d'autres forces, les participants ont mis l'accent sur l'importance de tirer parti au maximum des infrastructures existantes, telles que les centres de séquençage génomique du Canada, les réseaux de centres d'excellence (RCE) pertinents et les diverses cohortes de sujets qu'on est en train de constituer. L'utilité des études sur le microbiome normal chez les humains en santé a été soulignée de même que la nécessité d'une bonne communication et collaboration entre les chercheurs qui travaillent sur différentes régions du corps. Les partenariats seront un élément clé du succès de l'ICM entre différents groupes de chercheurs comme entre les organisations qui ont des intérêts complémentaires. Pour ce qui est de sources futures de financement pour assurer la croissance de l'ICM, divers programmes, allant de petits projets pilotes ou de subventions pour la validation de principe à de grandes équipes multidisciplinaires, ont été proposés et varieraient en fonction des capacités et des forces relatives qui existent dans différents domaines de recherche. Dans les domaines où il faut renforcer les capacités, p. ex. en neuro immunologie, un atelier de concertation a été proposé comme première mesure. Les participants ont recommandé qu'on rédige un énoncé de position à l'attention de Génome Canada, qui décrirait l'utilité des projets multidisciplinaires de grande envergure pour faire avancer le domaine, ce qui pourrait attirer d'autres fonds fédéraux à l'ICM.

Quant aux questions d'ordre social, juridique et éthique, on a d'abord recommandé de s'efforcer à sensibiliser les chercheurs à l'importance du microbiome humain, à son impact sur la santé humaine et la maladie et à la nécessité de demeurer vigilant en ce qui concerne les questions de propriété, de vie privée et des répercussions éthiques et sociales potentielles de la manipulation du microbiome humain.

À la lumière des recommandations des participants à l'atelier, l'IMII et ses partenaires prévoient de promouvoir le développement d'une solide collectivité de recherche sur le microbiome au Canada. L'IMII jouera un rôle de premier plan au sein du CIMH et collaborera avec des partenaires dans les mois qui viennent pour lancer des initiatives de recherche ciblées d'envergure, développer la capacité, acquérir de nouvelles connaissances et multiplier les découvertes dans le domaine du microbiome humain.

Contexte

Le corps humain abrite des billions de microbes, notamment des bactéries, des virus et des protistes. Ces microbes forment le « microbiome humain » qui vit à la surface et dans les profondeurs de nombreuses parties de notre corps. On estime que le nombre de cellules microbiennes dépasse celui des cellules hôtes par un facteur d'au moins 10 et que les premières codent environ 100 fois plus d'information génétique que le génome humain. La composition du microbiote d'une personne dépend de plusieurs facteurs : gènes, âge, alimentation, mode de vie, facteurs environnementaux et géographie. Dans la plupart des cas, l'effet de ces microbes sur la santé humaine et les maladies demeure obscur, bien que des associations aient été établies entre des microbes colonisant le corps et diverses maladies chroniques telles que le cancer, les maladies gastro intestinales, le diabète, l'obésité et les maladies cardiovasculaires. Les communautés microbiennes innées jouent sans aucun doute un rôle important dans le développement humain normal, la physiologie, l'immunité et la nutrition. L'absence de données factuelles est due non seulement au nombre considérable d'espèces microbiennes, mais également à la difficulté d'appliquer des techniques microbiologiques standard, comme la culture cellulaire, à l'étude d'espèces particulières, ainsi que de leurs interactions entre elles et avec leurs hôtes.

Depuis le projet du génome humain, les techniques de séquençage génomique et les capacités en bioinformatique ont évolué rapidement, au point où il est dorénavant possible d'examiner des communautés complètes de microbes extraites de leur environnement naturel. Des études métagénomiques sont de plus en plus faciles à réaliser, car on est maintenant capable de traiter des milliards de paires de bases d'ADN en quelques jours, produisant des mégabits de données, avec l'appui de l'infrastructure et des logiciels informatiques actuels qui sont devenus extrêmement puissants. Les projets initiaux d'étude du microbiome humain portent particulièrement sur la production de librairies de référence des génomes de quelques centaines de microbes qui représenteront en quelque sorte un microbiome central commun. À l'aide de cette base de données de référence, on espère pouvoir prédire les capacités génétiques d'espèces inconnues à partir des similitudes avec des gènes connus. Une bonne part du travail de séquençage initial est effectuée par les NIH dans le cadre de son Human Microbiome Project (HMP), mais pour recueillir l'énorme quantité de données nécessaires, il faut adopter une approche internationale concertée faisant appel à des techniques communes pour le prélèvement d'échantillons, l'extraction d'ADN et l'annotation des données. C'est la raison pour laquelle le Consortium international sur le microbiome humain (CIMH) a été créé récemment, dans l'espoir de coordonner le grand nombre d'initiatives relatives au microbiome qui voient le jour un peu partout dans le monde, notamment aux É. U., en Chine, au Japon, à Singapour, en Australie et au Canada. Le projet le plus important sur le plan financier est le HMP des É. U. (115 millions $), suivi du Metagenomics of the Human Intestinal Tract (MetaHIT) de l'UE et de la Chine (31 millions $), puis l'investissement proposé de 10 millions $ du Canada, sous les auspices des Instituts canadiens de recherche en santé (IRSC). Les approches adoptées diffèrent, le HMP des É. U. mettant l'accent initialement sur le séquençage génomique et la création d'une base de données de référence (600 génomes) ainsi que sur la mise au point des nouveaux outils technologiques et bioinformatiques requis. Même si le programme MetaHIT de l'UE prévoit initialement de séquencer 100 génomes de référence, il mettra l'accent d'entrée de jeu sur le rôle du microbiote intestinal dans l'obésité et les maladies inflammatoires de l'intestin. C'est le Dr Bhagi Singh, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires (IMII) des IRSC, qui a piloté l'entrée du Canada dans le CIMH. L'IMII et Génome Canada représentent conjointement le Canada au sein du comité directeur du CIMH.

Pour le compte des IRSC, l'IMII travaille à l'élaboration du cadre conceptuel d'une stratégie canadienne sur le microbiome et mobilise les chercheurs canadiens en vue de l'établissement de stratégies et de priorités de recherche liées au HMP. En septembre 2007, l'IMII a organisé une rencontre de consultation à Vancouver pour discuter de la création de l'Initiative canadienne du microbiome (ICM). Le point saillant de cette rencontre a été la recommandation de tabler sur les forces uniques du Canada et de mettre l'accent sur l'exploration expérimentale à haut rendement du rôle du microbiome dans des pathologies ciblées et certains aspects de la santé.

À la suite de cette réunion, l'IMII des IRSC a convié des partenaires potentiels à une conférence téléphonique en mars 2008, au cours de laquelle on a décidé que l'IMII des IRSC et Génome Canada organiseraient et coparraineraient un atelier canadien sur le microbiome humain. Un groupe de travail a été chargé de déterminer l'ampleur, la logistique et le programme de l'atelier (voir les annexes I et II). Cet atelier a eu lieu les 16 et 17 juin à Toronto.

Membres du groupe de travail

  • Jane Aubin, IALA des IRSC, Université de Toronto
  • Judith Bray, IMII des IRSC
  • Ford Doolittle, Université Dalhousie
  • Brett Finlay, Université de la Colombie Britannique
  • Karen Kennedy, Génome Canada
  • David Hartell, IMII des IRSC
  • Allison McGeer, Université de Toronto
  • Bhagi Singh, IMII des IRSC, Université de Western
  • Ontario
  • Mike Surette, Université de Calgary
  • George Tolomiczenko, Fondation canadienne des
  • maladies inflammatoires de l'intestin

Au cours de cet atelier d'une journée et demie, plus de 60 chercheurs et représentants d'organisations partenaires potentielles ont assisté à une série d'exposés « préparatoires » et participé à des discussions non structurées en petits groupes qui ont mené à la formulation d'une série de recommandations concernant la façon dont l'IMII et ses partenaires pourraient faire avancer l'ICM.

Jour 1

Durant la première journée, un certain nombre de survols ont été présentés par des conférenciers invités, experts dans le domaine, pour s'assurer que les participants étaient « sur la même longueur d'onde » pour les discussions interactives prévues le lendemain.

Exposés

On trouvera dans les paragraphes qui suivent une brève description des faits saillants et des « messages à retenir » de chacun des neuf exposés. Les coordonnées de chacun des conférenciers sont fournies à l'annexe 1, pour ceux qui voudraient plus de détails.

Initiative canadienne du microbiome

Dr Bhagi Singh, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC

L'Initiative canadienne du microbiome (ICM) s'inscrit dans le cadre d'une des cinq priorités stratégiques établies par l'IMII dans son Plan stratégique pour 2007-2012, « Infections émergentes et résistance microbienne ». Les études sur le microbiome humain suscitent de plus en plus d'intérêt, des articles sur le sujet ayant paru dans des numéros récents des revues Nature et Science. Dans le HMP dirigé par les NIH, on prévoit de séquencer et d'analyser les génomes du microbiome humain présent dans certaines régions du corps afin de déterminer s'il existe un microbiote central commun à tous les humains et d'évaluer le rôle de la microflore humaine dans la santé et la maladie. Pour y parvenir, de nouveaux outils technologiques et bioinformatiques seront mis au point et les aspects éthiques, juridiques et sociaux seront explorés. L'ICM s'alignera sur le HMP tout en exploitant les forces uniques du Canada (p. ex. habitudes de recherche en collaboration, centres établis de génomique, compétences scientifiques dans les sciences en « omique » et les maladies infectieuses, système public de santé) et en réunissant des fonds pour la recherche sur le microbiome au Canada. L'IMII des IRSC a déjà obtenu des sommes importantes pour financer l'ICM et des fonds additionnels seront recueillis dans le cadre de partenariats, dont certains ont déjà été identifiés. En outre, l'IMII, de concert avec l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète (INMD) des IRSC, a déjà lancé en juin 2008 un mécanisme de financement pour l'octroi de subventions Catalyseur d'un an, qui permettra aux chercheurs de se préparer afin de pouvoir profiter des possibilités de financement plus élaborées qui sont prévues.

Perspective de Génome Canada

Karen Kennedy, Génome Canada

Génome Canada est une société privée sans but lucratif qui a reçu, depuis 2000, 840 millions $ en fonds du gouvernement fédéral. Par l'entremise de ses six centres (C. B., Alberta, Prairies, Ontario, Québec et Atlantique), Génome Canada soutient financièrement plus de 2 000 scientifiques et techniciens qui gèrent des projets d'envergure en génomique et les plates formes scientifiques et technologiques connexes. Jusqu'à présent, Génome Canada a organisé six concours et financé plus de 100 grands projets (moyenne de 10 millions $ sur 3 4 ans), dont jusqu'à la moitié des coûts peuvent être assumés par Génome Canada et le reste par des fonds de contrepartie. De plus, trois consortiums dotés d'un budget de plus de 50 millions $ sur trois ans ont été financés, jusqu'à 25 % de ces fonds provenant de Génome Canada. Les domaines de recherche stratégique sont déterminés à partir d'exposés de position. Les auteurs des exposés retenus présentent ensuite une demande de financement au gouvernement fédéral pour obtenir d'autres fonds ciblés. Génome Canada veut particulièrement voir quelles sont les questions de recherche importantes dans ce domaine, dans quelle mesure une collaboration à grande échelle en génomique et en protéomique contribuera à faire avancer rapidement le domaine et quelles sont les possibilités de partenariat à l'échelle internationale dans le cadre du CIMH. Génome Canada coparraine avec l'IMII cet atelier qui vise à déterminer l'expertise canadienne, les domaines de recherche prioritaires et la capacité d'établir des partenariats à l'échelle internationale. Génome Canada ne dispose pas actuellement de fonds pour financer une initiative dans ce domaine : des arguments stratégiques devront être présentés pour obtenir des fonds du gouvernement fédéral.

NIH Roadmap 1.5 – Human Microbiome Project

Jane Peterson, NHGRI, NIH, É. U.

Selon son énoncé de mission [Traduction] « le HMP des NIH est une étude de faisabilité qui vise à déterminer l'utilité de la métagénomique microbienne pour la recherche biomédicale en caractérisant les microbes qui colonisent le corps humain et en examinant si des changements dans le microbiome influent sur la santé et la maladie ». Ce projet quinquennal est doté d'un budget de 115 millions $ réparti en trois tranches – septembre 2007, septembre 2008, mars 2009. On reconnaît que le HMP dirigé par le NHGRI est loin d'être le seul projet dans le domaine, car en plus des efforts déployés à l'échelle internationale, plusieurs autres instituts des NIH participent à des projets connexes. On espère que les résultats des premiers projets pilotes encourageront des investissements plus importants dans le HMP et permettront aux chercheurs d'intégrer des études métagénomiques dans leurs recherches. Le programme HMP Jumpstart (lancé en 2007) financera le séquençage génomique de 200 microbes associés aux humains et le prélèvement d'échantillons chez environ 250 sujets pour le séquençage de gènes marqueurs standard comme ceux qui codent l'ARN ribosomique 16S (ARNr 16S). Les responsables du programme ont déjà établi des normes de fonctionnement, ont convenu d'une liste initiale de souches et ont exploré des mécanismes d'échange de données. Des volontaires sont recrutés au moyen de publicités, et des échantillons sont prélevés à des sites multiples sur le champ et un an plus tard. Au départ, on s'intéressera principalement aux bactéries, mais les virus ont bien des chances d'être étudiés par certains groupes dans un proche avenir. Voici quelques unes des initiatives prévues :

Initiative 1: Production de données – séquençage de 400 souches de microbes procaryotes provenant de différentes régions du corps; recrutement de donneurs; prélèvement d'échantillons; analyse des séquences métagénomiques;

Initiative 2: Projets de démonstration – lien entre les changements dans le microbiome humain et la santé ou l'apparition de maladies;

Initiative 3: Développement technologique – mise au point de techniques améliorées de culture; séquençage de microbes particuliers;

Initiative 4: Recherche sur les aspects éthiques, juridiques et sociaux – répercussions cliniques et sanitaires; médecine légale, utilisation des nouvelles technologies; propriété du microbiome;

Initiative 5: Centre d'analyse des données et de coordination – suivi, conservation et distribution des données; outils d'extraction des données; coordination des analyses et des normes relatives aux métadonnées; création d'un portail pour les activités internationales;

Initiative 6: Mise au point d'outils informatiques – élaboration de nouveaux outils; plates formes de séquençage de nouvelle génération; données de séquençage volumineuses et complexes; données fonctionnelles et métadonnées.

De plus, on créera une banque de ressources pour permettre aux chercheurs d'avoir accès à du matériel et à des réactifs à un coût raisonnable, et le NCBI gérera une banque centrale de données de séquençage et de données cliniques. On espère que la création du CIMH permettra de coordonner, d'uniformiser et de promouvoir la production d'une source de données robustes et gratuites sur le HMP. Tout groupe qualifié adhérant aux principes du CIMH peut participer au consortium, qui est dirigé par un comité directeur international, ce dernier étant appuyé par des groupes de travail spéciaux au besoin. Le CIMH sera créé en bonne et due forme en octobre 2008 à Heidelberg.

Les microbes en nous

Brett Finlay, Laboratoires Michael-Smith, Université de la Colombie Britannique

Le microbiome humain vit principalement sur les surfaces du corps qui sont exposées à l'environnement extérieur comme les yeux, les voies respiratoires/nasopharingées, la peau, le tube digestif (en particulier le gros intestin) et l'appareil génito urinaire. La flore et les concentrations de microbes dans les divers sites et à l'intérieur d'un même site varient grandement. Même si de nombreuses espèces sont représentées (environ 500), la plupart appartiennent à seulement trois des quelques douzaines de phyla (ou embranchements) bactériens (Firmicutes, Bacteroidetes, Proteobacteria) et au niveau des phyla, la composition de la flore bactérienne est similaire chez les humains et les souris. Dans le tube digestif humain, plus de 90 % des bactéries appartiennent à seulement deux phyla et semblent jouer un rôle protecteur, exerçant des fonctions structurales dans les systèmes immunitaires et dans le développement de l'épithélium, ainsi que des fonctions métaboliques dans le métabolisme et la synthèse des vitamines. Malgré le grand nombre de microbiotes et leur rôle protecteur, ceux ci ne semblent pas essentiels à la vie, ou à tout le moins à la vie dans un environnement stérile, comme le démontrent des modèles animaux et des cas rares d'humains élevés dans des conditions aseptiques (p. ex. David Vetter, « l'enfant bulle », qui a vécu jusqu'à l'âge de 12 ans).

L'impact du microbiote humain sur la santé et la maladie a fait l'objet de longs débats; de plus en plus de données, même si elles sont souvent circonstancielles, militent en faveur d'un lien direct. Citons par exemple les données croissantes à l'appui d'une composante microbienne possible de l'obésité. Des études animales viennent appuyer cette théorie en montrant que le transfert du microbiote d'animaux gras à des animaux maigres entraîne un gain de poids chez ces derniers. On sait également que les microbes jouent un rôle dans les maladies inflammatoires ou la rectocolite hémorragique, une différence significative ayant été observée entre la flore microbienne de patients et celle de sujets témoins. De même, le microbiote peut jouer un rôle dans les maladies atopiques telles que l'asthme et les allergies. Certains pensent que l'augmentation de la prévalence de ces deux maladies en Occident (mais pas dans les pays en développement) pourrait être due à un « mode de vie trop aseptisé » où l'exposition aux microbes tôt dans la vie est réduite. Plusieurs études semblent indiquer qu'une fois développée, la microflore d'une personne demeure constante jusqu'à ce qu'elle soit perturbée par une force externe telle que l'invasion d'un pathogène comme dans la maladie diarrhéique, par exemple. Des études animales montrent que bien que le microbiote de l'hôte soit altéré par un pathogène envahisseur, ce ne sont pas tous les phyla qui sont touchés au même degré, et le pathogène n'envahit pas toute la population microbienne de l'hôte. Une fois que le pathogène a été éliminé, la microflore se rétablit rapidement. De façon similaire, le microbiote humain est modifié par les traitements antibiotiques, mais redevient vite normal une fois que la prise d'antibiotiques a cessé. Ce phénomène pourrait avoir des répercussions importantes sur certaines maladies comme les infections causées par Clostridium difficile (C. difficile).

Les communautés microbiennes : les défis et les zones inexplorées du microbiome humain

Mike Surette, Université de Calgary

Bien que la plupart des études actuelles sur le microbiome portent sur les bactéries, il importe de rappeler que le microbiote humain comprend également des champignons, des protistes et des virus, qui ont tous un impact sur la santé et la maladie. Le caractère polymicrobien du microbiome humain et l'interaction de la génétique de l'hôte, de l'environnement et du hasard sont d'importants facteurs à considérer lorsqu'on veut comprendre la relation entre la maladie et la santé. Quand le microbiote s'installe pour la première fois, il oriente le développement du système immunitaire, qui à son tour influe sur le développement d'un microbiote spécifique de l'hôte. Une fois établi, le microbiote d'une personne semble être relativement stable, mais il est probable qu'il y a constamment des changements et des adaptations à un niveau plus fin.

Il existe souvent une relation étroite entre la flore commensale et les pathogènes, et de nombreuses maladies infectieuses résultent d'interactions complexes entre le pathogène, le microbiote commensal, l'hôte et l'environnement. Dans les infections polymicrobiennes, la distinction entre la flore pathogène et la flore normale est souvent floue, et la maladie peut être causée tout autant par une perturbation de la flore naturelle que par le pathogène lui même. Il y a de nombreux exemples où des microbes qui font partie de la flore normale asymptomatique chez certaines personnes causent des maladies chez d'autres et même des cas où la flore fluctue avec le temps chez une même personne. Pour cette raison, la recherche sur les systèmes humains, par opposition aux modèles animaux, est très importante si l'on veut comprendre les interactions complexes et les fluctuations dans les communautés microbiennes avec le temps.

Les microbes se comportent souvent comme des populations coordonnées de cellules plutôt que comme des microorganismes individuels, et les interactions entre bactéries peuvent faire intervenir des mécanismes physiques et chimiques. La dynamique et la stabilité d'une communauté dépendent en grande partie des interactions entre les petites molécules, allant de relations neutres ou coopératives à des relations compétitives (actives et passives). Le profil génétique peut ne pas nécessairement rendre compte du comportement de communautés entières et donne un piètre aperçu des interactions dynamiques qui s'opèrent dans un corps sain ou malade. Il existe de nombreuses techniques moléculaires et de séquençage ainsi que des méthodes à haut débit pour la cartographie du phénotype et du génotype de souches cultivables et pour le traitement de vastes collections de souches, p. ex. le microbiome associé à la fibrose kystique du pancréas. On a besoin cependant de méthodes et d'outils d'analyse pour établir le profil phénotypique de communautés microbiennes entières (comme la transcriptomique, la métabolomique) si l'on veut comprendre les phénomènes biologiques sous jacents du microbiome humain. Il faut en outre améliorer les méthodes d'étude de microorganismes actuellement non cultivables et trouver de nouvelles façons de « cultiver l'incultivable ». Les données de séquençage ne suffisent pas lorsqu'on veut examiner la dynamique et la variation des souches de communautés entières avec le temps. On a également besoin de plus de données microbiologiques quantitatives pouvant être corrélées avec des données cliniques pour de grands ensembles de données, ce qui permettrait d'explorer les modes d'interaction à l'intérieur des communautés microbiennes et entre ces communautés et d'étudier le microbiote de base normal.

Séquençage et métagénomique de la prochaine génération

Ken Dewar, Université McGill et Génome Québec

Le Canada dispose déjà de plusieurs centres de séquençage génomique sur son territoire qui sont dotés de matériel ultraperfectionné (p. ex. Illumina/Solexa, Roche/454 GS-FLX, ABI SOLiD) et d'un personnel bien formé. Les nouveaux appareils sont relativement bon marché mais demeurent coûteux à implanter dans les laboratoires, de sorte que l'infrastructure tend à être centralisée dans les grandes plates formes financées par Génome Canada et la Fondation canadienne pour l'innovation. La production de vastes quantités de données de séquençage en peu de temps impose le recours à des techniques informatiques très performantes et l'accès à des installations d'archivage. Ces nouveaux systèmes de séquençage de l'ADN ont entraîné une révolution dans le séquençage à haut débit, en augmentant beaucoup le rendement; dans le cas de certaines techniques, la longueur de lecture atteint presque maintenant la longueur du gène. Bien que la technologie évolue constamment, les systèmes les plus récents peuvent produire déjà 3 gigabits de données de séquences (ce qui équivaut à la taille du génome humain) en environ une semaine et à un coût inférieur à 10 000 $. Le séquençage du génome de bactéries peut maintenant se faire en à peine quatre jours entre la réception de l'ADN et l'assemblage d'une séquence. Ces nouvelles techniques sont idéales pour étudier le microbiome, en particulier les souches plus rares et les variations dans les souches. Des chercheurs utilisant un matériel ultraperfectionné au Centre d'innovation de Génome Québec à Montréal ont récemment séquencé 10 génomes d'isolats de souches épidémiques et non épidémiques de C. difficile, révélant ainsi des séquences diagnostiques et des cibles vaccinales potentielles et donnant un aperçu de la pathogenèse de la maladie. La mise au point de nouvelles techniques encore plus rapides a permis d'effectuer des études avancées de l'expression et de la régulation des gènes (p. ex. travaux de Ken Hastings à l'Université McGill), de séquençage métagénomique, de protéomique, et des études sur la biodiversité. Malheureusement, des questions comme l'accès, la propriété et le transfert du matériel et l'échange de souches et d'isolats à l'échelle nationale et internationale peuvent venir entraver la production relativement facile et rapide de ces grandes quantités de données.

Le microbiome oral : état de la situation et orientations futures

Dennis Cvitkovitch, Dental Research Institute, Université de Toronto

Les pathogènes de la cavité buccale sont par nature opportunistes et, dans des conditions normales, ne causent pas de problèmes de santé. La plaque dentaire offre un excellent exemple de formation de biofilms microbiens (colonies de bactéries qui prolifèrent à la surface d'un milieu humide non stérile). On estime que les biofilms jouent un rôle dans 65 % des infections bactériennes humaines et que 95 % des infections systémiques ont une origine bucco dentaire. La plaque dentaire constitue un environnement dynamique et très diversifié où l'on retrouve plus de 800 espèces déjà identifiées. Les maladies dentaires, comme les caries ou les parodontopathies, surviennent lorsque l'équilibre microbien normal est perturbé par suite de changements dans les conditions environnementales, p. ex. excès de sucre, chute du pH. Des études du microbiome oral offrent donc un excellent modèle pour étudier l'écologie et la diversité microbienne des biofilms. Josh Neufeld, de l'Université de Waterloo, a grandement contribué à l'établissement de collaborations pour examiner la diversité et le fonctionnement des microbes en relation avec l'environnement, et son laboratoire est en train de mettre au point de nouvelles méthodes moléculaires pour l'identification et la caractérisation des espèces microbiennes peu abondantes.

Grâce à l'arrivée de nouvelles techniques de séquençage de l'ADN et à l'essor de la métagénomique, il est maintenant possible d'étudier des communautés entières de microbes et d'examiner les interactions microbe hôte et interspécifiques. Le projet sur le microbiome humain arrive à point nommé pour l'étude du microbiome oral; la construction d'une base de données sur le microbiome oral humain est déjà en cours et l'on prévoit recueillir des données sur 600 espèces de procaryotes. Il existe maintenant de nombreuses méthodes pour étudier la diversité microbienne, mais il reste un défi à relever, soit la taille d'échantillonnage. Pour évaluer de façon rigoureuse l'association entre certaines espèces ou certains phylotypes et la santé bucco dentaire, il sera nécessaire d'analyser un nombre extrêmement important d'échantillons cliniques afin de détecter tous les microbiotes présents, en particulier ceux qui sont faiblement abondants. Parmi les techniques actuellement disponibles, l'analyse sériée d'étiquettes de séquences ribosomiques (SARST), qui cible la région la plus variable de l'ARNr 16S, semble la meilleure pour établir le profil de communautés microbiennes complexes, permettant d'obtenir jusqu'à 20 séquences par réaction de séquençage Sanger. Parmi le matériel de séquençage disponible, l'appareil Illumina Solexa semble être le plus efficace et celui qui peut être le plus facilement adapté aux protocoles existants de SARST, fournissant rapidement des inventaires presque complets de la diversité microbienne et ce, à un coût raisonnable. Il comporte cependant certains inconvénients, p. ex. des séquences courtes, ce qui peut empêcher d'effectuer certaines analyses, et la production rapide de grandes quantités de données, ce qui requiert des ressources informatiques et des capacités de manipulation des données bioinformatiques assez avancées.

Symbiose dynamique entre la flore intestinale commensale de l'hôte et le système immunitaire muqueux

Andrew Macpherson, Université McMaster

La partie inférieure de l'intestin humain est colonisée par une multitude de microbes – dont le nombre oscille autour de 1 000 milliards de bactéries par mL de contenu ou peut atteindre 1014 par personne. La seule barrière entre ces microbes et le corps est une mince couche de cellules et de mucus qui tapisse la paroi intestinale. Tant et aussi longtemps que la population microbienne de l'intestin ne franchit pas la barrière intestinale, ces voisins coexistent dans une harmonie relative et jouent en fait un rôle utile dans la digestion et la transformation des nutriments essentiels. On croit que le système immunitaire muqueux extrêmement actif de la tunique intestinale maintient, en partie, la population intestinale commensale du corps humain. Si cette barrière protectrice cesse de fonctionner et que les bactéries pénètrent dans la muqueuse intestinale, des lésions entériques importantes et des maladies graves peuvent en résulter, p. ex. maladies inflammatoires de l'intestin, maladie de Crohn, rectocolite hémorragique. Les dommages peuvent être souvent de longue durée; par exemple, 30 % de ceux qui ont souffert d'une gastro entérite lors de l'éclosion de Walkerton ont été atteints d'un syndrome du côlon irritable post infectieux secondaire à une perturbation de la flore bactérienne et à une augmentation de la perméabilité intestinale.

Chez les animaux et humains nouveau nés, l'intestin est colonisé presque immédiatement après la naissance, et ce microbiote naturel exerce un effet important sur le développement et la maturation du système immunitaire de l'hôte. Le Farncombe Gnotobiotic Facility à l'Université McMaster a permis l'étude d'animaux gnotobiotiques qui n'hébergent aucun microorganisme ainsi que l'examen des interactions entre le système immunitaire et la flore commensale chez la souris adulte et nouveau née. Étant ainsi capable de contrôler spécifiquement les espèces présentes dans la flore de souris gnotobiotiques modifiées, on a pu recueillir des renseignements utiles sur la façon dont le système immunitaire est influencé par la présence de bactéries intestinales commensales. Par exemple, il a été démontré que les cellules dendritiques échantillonnent les microbes commensaux et induisent la production de lymphocytes B et la formation d'IgA plasmatiques. Les anticorps produits se lient aux bactéries, les empêchant de franchir la paroi intestinale. Des données font également ressortir que le microbiote intestinal peut influer sur les interactions intestin cerveau, contribuant à modifier la perception de la douleur et le comportement. À son tour, le système immunitaire s'adapte en réaction à la présence de microbes. Des travaux récents faisant appel à des librairies de transposons et à des insertions de transposons ont permis d'analyser de près la colonisation par le microbiote et sa fonction dans différents systèmes chez des souris de type sauvage et présentant un déficit immunitaire.

Probiotiques : Que savons nous et que faut il savoir?

Karen Madsen, Université de l'Alberta

Les probiotiques sont des monocultures ou des cultures mixtes de microorganismes vivants non pathogènes qu'on croit être bénéfiques pour l'hôte. Parmi les souches courantes de probiotiques figurent les lactobacilles, les bifidobactéries et les streptocoques. Les probiotiques ont été utilisés en clinique pour le traitement de troubles gastro intestinaux, tels que les maladies inflammatoires de l'intestin, la pancréatite, la diarrhée, la constipation, l'entérocolite nécrosante de même que de troubles immunitaires systémiques, comme l'asthme et la dermatite atopique, et d'autres problèmes, comme la perte de poids et l'halitose. Certaines données tirées d'études humaines et animales ainsi que d'études in vitro démontrent les effets bénéfiques des probiotiques.

Les probiotiques oraux interagissent avec les cellules immunitaires, les cellules épithéliales et la microflore tout le long du tractus intestinal et peuvent susciter des réponses tant anti inflammatoires que pro inflammatoires. Les effets dépendent de l'hôte, de la dose et de la souche et peuvent varier grandement, allant de l'absence de réponse à la suppression ou à l'amplification d'une réponse immunitaire. Les probiotiques peuvent également exercer une activité antimicrobienne. Ils peuvent renforcer la fonction de barrière intestinale au niveau de la jonction serrée entre les cellules épithéliales, ainsi que la régulation de la production de mucus. Ils ne colonisent pas l'hôte et disparaissent habituellement trois à trente jours après qu'on cesse de les utiliser, bien qu'ils puissent persister plus longtemps s'ils sont administrés à un nouveau né. Ils exercent plusieurs effets immunomodulateurs, notamment l'induction de lymphocytes T régulateurs.

Les recherches futures devraient porter sur les questions suivantes : l'indication thérapeutique idéale des probiotiques; les espèces de bactéries ou de souches ainsi que la concentration à utiliser; l'opportunité d'utiliser une souche ou un mélange de souches, ou d'avoir recours à des bactéries vivantes plutôt qu'à des produits bactériens. Pour que leur utilisation soit efficace, il faut probablement être capable d'apparier la bonne souche de probiotique au problème clinique approprié. On en est encore à l'étape où l'on recommande aux consommateurs d'être prudents avec les préparations et les aliments probiotiques en vente libre.

Jour 2

La 2e journée a commencé par de brefs exposés non structurés présentés par des représentants de quatre organisations partenaires potentielles qui assistaient à l'atelier, lesquels ont été suivis de deux séances en petits groupes et d'une discussion plénière finale.

Présentations des partenaires

Chaque orateur a décrit en quelques mots son organisation et la raison pour laquelle celle ci s'intéresse à l'Initiative canadienne du microbiome. Tous se sont dits intéressés à travailler avec l'IMII à l'élaboration de partenariats potentiels. D'autres renseignements sur les organisations sont fournis sur les sites Web indiqués ci dessous.

Klaus Fiebig
Institut de génomique de l'Ontario

Thomas Tompkins
Lallemand – Institut Rosell

George Tolomiczenko
Fondation canadienne des maladies inflammatoires de l'intestin

Dean Befus
AllerGen NCE

Séance en petits groupes no 1

Pour la séance en petits groupes no 1, les participants ont été répartis dans l'un des quatre groupes selon leur expertise afin que chaque groupe comprenne des membres issus d'horizons variés, allant du séquençage ou de la bioinformatique à la biologie du microbiome. On a remis à chaque groupe une série de trois questions, des lignes directrices possibles pour la discussion et un modèle de rapport. Un résumé des points saillants des discussions ainsi que des conclusions finales est fourni ci dessous.

Question 1

On dispose maintenant des systèmes, de la technologie et des laboratoires pour identifier et séquencer rapidement les microbes. Comment le Canada peut il exploiter au maximum les ressources et l'infrastructure existantes pour faire avancer notre connaissance du rôle joué par les microbiotes dans la santé et la maladie?

  • Les forces du Canada sont les suivantes : diverses cohortes (cancer, IMII, enfants) et biobanques dans tout le pays qui permettent d'avoir accès à des échantillons de patients et de personnes en santé; un système public de santé intégré; des réseaux cliniques solides; une grande expertise dans les sciences en « omique » et une culture existante de collaboration; des installations stériles (p. ex. McMaster), des forces en recherche sur les probiotiques; une société multiculturelle qui permet d'avoir accès à des populations d'une grande diversité ethnique; et plusieurs réseaux de centres d'excellence (RCE) pertinents et ONG.
  • À mesure que les techniques perfectionnées de séquençage deviennent plus accessibles et moins coûteuses, des bouchons se forment à l'étape de l'analyse des données et de la conception d'expériences. Un soutien accru en bioinformatique, informatique, statistique, épidémiologie et écologie mathématique est nécessaire pour qu'on puisse manipuler les grandes quantités de données produites grâce à ces nouvelles techniques. Pour ce faire, il faudra renforcer grandement la formation et les capacités dans ces domaines si l'on veut tirer parti au maximum des renseignements produits tant au Canada qu'à l'échelle internationale.
  • Le Canada peut exploiter de façon optimale les ressources et les infrastructures existantes en sélectionnant les domaines qui constituent un véritable créneau au Canada; en établissant de bons liens de collaboration basés sur notre expertise; en soutenant les équipes multidisciplinaires par divers mécanismes de financement, allant de petites subventions de démarrage ou de validation de principe à de grosses subventions pluriannuelles pour des équipes ou des consortiums. Les partenariats entre organisations joueront également un rôle clé dans la création au Canada d'un créneau durable dans ce domaine.

Question 2

Quels sont les plus importants domaines de recherche sur le microbiome humain où une collaboration de grande envergure en génomique et en protéomique contribuera de façon cruciale à faire avancer rapidement les connaissances?

  • À cause de notre base solide de recherche en microbiologie, y compris en microbiologie environnementale, la biologie du microbiome et la « culture de l'incultivable » sont un domaine où les chercheurs canadiens peuvent exceller. Il sera important de mettre l'accent sur la diversité au sein du microbiome, sur les fluctuations avec le temps chez les individus et dans diverses populations, ainsi que sur les changements dans le microbiome qui sont associés à la santé et à la maladie. Il sera particulièrement crucial d'établir des mesures de base dans des populations en santé plutôt que de se concentrer exclusivement sur des maladies bien que la relation entre les pathogènes et la flore saine normale constitue un important domaine d'étude.
  • Il sera bon de concentrer l'attention sur les domaines où le Canada possède une expertise et des capacités de recherche, p. ex. microbiome oral, tube digestif, flore vaginale, voies respiratoires (fibrose kystique du pancréas), immunité muqueuse. Des études sur le microbiome vaginal peuvent constituer un bon créneau, car il y a actuellement moins d'études dans ce domaine et cet environnement est moins compliqué que celui du tube digestif. D'autres possibilités s'offrent également, notamment en rapport avec la grossesse, l'accouchement, le développement néonatal avec le temps et les effets de l'allaitement maternel. La collaboration et l'appui d'équipes multidisciplinaires capables d'adopter une approche axée sur la biologie des systèmes contribueront de façon importante à faire avancer le programme canadien.
  • La métagénomique des virus pour la découverte de nouveaux pathogènes ou d'un déclencheur de la maladie est un domaine qui est actuellement peu étudié comparativement à la métagénomique des bactéries; or, le Canada a beaucoup de forces à cet égard et il pourrait donc s'agir d'un créneau potentiel où le pays pourrait exercer le rôle de chef de file à l'échelle internationale.
  • L'implication d'agents environnementaux et le rôle de la microflore normale dans des maladies complexes, comme le cancer et les maladies cardiovasculaires, et également dans les éclosions d'infections, p. ex. le SRAS, les infections à C. difficile, constituent également un domaine où le Canada pourrait exercer une influence.
  • L'étude de l'impact de la nutrition sur le microbiome de sujets en santé et malades offre également des avenues prometteuses pour les chercheurs canadiens, et plusieurs entreprises alimentaires et un RCE (AFMNet à Guelph) pourraient être des partenaires potentiels dans ce domaine de même que plusieurs centres agricoles.
  • La diversité ethnique du Canada permet d'étudier le microbiome d'individus qui changent de lieu de résidence ou de comparer la microflore d'immigrants récents et de ceux qui sont restés dans le pays d'origine. La population autochtone unique au Canada ouvre également des perspectives originales d'étude.

Question 3

Y a t'il d'importants obstacles éthiques, juridiques, sociaux ou réglementaires qui peuvent empêcher d'aller de l'avant et, le cas échéant, quels sont ils et comment peut on les surmonter?

  • Bien que bon nombre des écueils potentiels soient déjà à l'étude dans d'autres domaines, des problèmes réglementaires peuvent surgir en ce qui concerne la PI du microbiome, en particulier parce que le microbiome est unique à chaque individu et que l'identification de nouveaux microbes ou de nouveaux liens entre les microbes et la maladie peut créer des problèmes de déclaration et de confidentialité.
  • Des problèmes peuvent également apparaître si l'on commence à manipuler le microbiome, par exemple, avec des probiotiques. Des lignes directrices réglementaires sont en train d'être élaborées au sein de l'UE, mais pour le moment, la plupart des préparations probiotiques ne sont pas réglementées. Il sera important de connaître les effets exercés par ces produits sur la microflore normale et leur capacité d'exercer des effets indésirables en perturbant les communautés microbiennes normales.
  • La création de biobanques demeure un dossier névralgique qui soulève la question de la propriété des échantillons.
  • L'échange interprovincial des données demeure problématique au Canada.

Séance en petits groupes no 2

Pour la deuxième séance en petits groupes, les participants ont été regroupés grosso modo en fonction de leur domaine d'expertise, mais ont été autorisés à changer de place s'ils pensaient que le principal sujet d'intérêt correspondait davantage au domaine abordé par un autre groupe. On a encouragé les participants à former leurs propres groupes s'ils estimaient que leur domaine était sous représenté à l'atelier et que leur sujet était important. Chaque groupe a été invité à examiner quelles seraient les questions de recherche spécifiques dans leur domaine, quel type d'approche permettrait le mieux de résoudre ces questions et quelles pourraient être les prochaines étapes, du point de vue des IRSC, de Génome Canada et d'autres parties intéressées, pour faire avancer l'Initiative canadienne du microbiome.

Groupe sur le microbiome gastro intestinal, oral et uro génital

Ce groupe s'est penché sur les forces considérables en recherche et les infrastructures qui existent déjà au Canada et sur la façon optimale de les utiliser pour appuyer l'ICM. De nombreuses questions et de nombreux thèmes de recherche potentiels ont été cernés, notamment :

  • maladies inflammatoires de l'intestin;
  • allergies et intolérances alimentaires;
  • développement du système immunitaire muqueux et effets de l'âge et du sexe;
  • rôle du microbiome dans le cancer;
  • microbiome en développement de la naissance au troisième âge et transfert microbien de la mère à l'enfant;
  • rôle du microbiote dans la progression des maladies transmises sexuellement telles que l'infection à VIH/sida.

Le groupe a souligné qu'une communication et qu'une collaboration étaient nécessaires entre les chercheurs travaillant sur diverses zones du corps, car bon nombre d'entre elles sont liées, p. ex. la cavité buccale fait partie du tractus GI, mais leur flore est très différente. De plus, la flore intestinale et les perturbations de cette flore ont probablement un impact à distance (p. ex. axe intestin cerveau, développement du cancer, de l'arthrite et du diabète). Le groupe était en faveur d'une harmonisation avec les platesformes existantes telles que le projet GEM (Gènes, environnement et microbes), d'une étude prospective multidisciplinaire et multicentrique portant sur des sujets en santé qui courent un grand risque de développer la maladie de Crohn. Dans cette étude de cohorte, les chercheurs prévoient recruter 5 000 sujets en santé (âgés de 6 à 35 ans), qui présentent un risque élevé de développer une maladie inflammatoire de l'intestin. Une fois que ces sujets auront été recrutés, des données biographiques et environnementales seront recueillies, des mesures de base de la perméabilité intestinale seront effectuées et des échantillons de selles et de sang seront prélevés et conservés.

De même, l'étude CHILD, cofinancée par les IRSC et le RCE AllerGen, suivra 5 000 enfants canadiens, à partir de leur gestation et tout au long de leur petite enfance, et examinera les rôles de l'exposition à l'environnement intérieur et extérieur, des infections, de la nutrition et de la génétique dans le développement de l'asthme et des allergies. Plusieurs provinces canadiennes sont en train de lancer ou ont déjà entrepris une campagne nationale de dépistage du cancer colorectal qui comportera, dans la plupart des cas, le prélèvement répété d'échantillons de selles. Comme certaines données semblent indiquer un lien entre la flore intestinale normale et le cancer de l'estomac et le cancer colorectal, cette étude pourrait fournir des renseignements utiles pour des études sur le microbiome.

Le groupe a également souligné la nécessité d'avoir des études animales et humaines bien alignées et de pouvoir évaluer rapidement en milieu clinique l'information fournie par les systèmes modèles expérimentaux. On prône la prudence en ce qui concerne les applications commerciales potentielles, telles que les probiotiques, les interventions alimentaires, le diagnostic et les biomarqueurs, car les bases scientifiques doivent être très rigoureuses.

Pour ce qui est des prochaines étapes, le groupe estimait que la structure la plus souple serait de petites équipes multidisciplinaires étudiant des questions bien ciblées et que ces équipes devraient être appuyées par des programmes de formation et par des subventions pour la tenue de symposiums et d'ateliers. Les partenariats étaient considérés comme un élément essentiel pour renforcer les capacités et permettre une harmonisation avec les projets en cours; on a insisté sur la nécessité d'effectuer des recherches sur la flore normale de personnes en santé plutôt qu'uniquement sur la flore de personnes malades.

Neuro-immunologie

Ce groupe a désigné la neuro immunologie comme un domaine de recherche émergent. On dispose de données d'observation à l'appui d'un lien bidirectionnel entre, d'une part, le microbiome et ses produits (p. ex. neurotransmetteurs, acides gras) et, d'autre part, les systèmes immunitaire et nerveux. Certains pensent que des changements dans le microbiome peuvent entraîner des modifications du comportement et vice versa et qu'il existe une relation entre la microflore et des troubles psychiatriques majeurs, comme la dépression, les troubles bipolaires et les troubles du spectre autistique. Dans des systèmes animaux, il a été démontré qu'une perturbation du microbiote cause des modifications du comportement par suite de changements chimiques dans le cerveau. Le stress influe également sur le microbiote dans des systèmes expérimentaux. Chez les humains, des études ont montré que le profil intestinal des femmes atteintes de dépression est anormal et que les probiotiques peuvent avoir un effet thérapeutique. Il est probable que la colonisation précoce joue un rôle important dans la maturation et le développement des réponses tant immunitaires que neurologiques. Comme le système nerveux est le pivot de l'organisme humain, on peut considérer qu'il lie toutes les parties du corps, de sorte qu'une multitude de domaines pourraient être étudiés. Ce domaine suscite beaucoup d'intérêt à l'échelle internationale, notamment en Allemagne, au R. U., au Japon, en Suède et en Irlande, ce qui offre la possibilité de collaborations internationales.

Vu que ce domaine en est encore à ses premiers balbutiements, le groupe a recommandé d'organiser, dans un premier temps, un atelier pour réunir les experts canadiens et internationaux. On a suggéré que l'IMII et l'Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies (INSMT) des IRSC organisent une telle rencontre. L'un des objectifs serait de donner une certaine crédibilité scientifique à ce domaine et de renforcer les capacités pour des projets futurs de recherche. On pensait que des subventions individuelles de fonctionnement ou des subventions de validation de principe seraient la meilleure solution au départ, de petites subventions d'équipe pouvant être envisagées à plus long terme.

Ce groupe considérait les domaines de recherche suivants comme prioritaires :

  • Établir des cadres d'échantillonnage (p. ex. échantillons d'expectorations, de salive, bronchoscopiques) pour les personnes en santé, notamment pour la cavité buccale et les dents;
  • Établir des valeurs de base pour les voies respiratoires, par exemple la façon dont la flore normale des sinus se compare à une flore symptomatique anormale;
  • Mettre au point des techniques permettant d'effectuer dans le temps de vastes études de séries chronologiques;
  • Mettre au point des techniques pour étudier la dynamique clonale à l'intérieur d'une même espèce;
  • Déterminer la pathogenèse d'infections/exacerbations respiratoires mal diagnostiquées actuellement et suivre les fluctuations ou les adaptations de la flore du point de vue des maladies respiratoires;
  • Déterminer la contribution des phages et du transfert de gènes au microbiome, en effectuant entre autres des études sur l'antibiorésistance.

Les membres ont cité des exemples d'infections respiratoires qui sont déjà bien étudiées au Canada et pour lesquelles on dispose d'une capacité de recherche, soit : la grippe, le SRAS, la fibrose kystique du pancréas et la pneumonie chez les personnes âgées. Le groupe a également souligné l'utilité des cohortes existantes pour les études sur le microbiome, par exemple l'étude sur la fibrose kystique et l'étude CHILD mentionnées précédemment.

Le groupe a recommandé un mélange varié de possibilités de financement, à peu près comme la série de programmes lancés dans le cadre de l'initiative de lutte contre la pandémie d'influenza. Il pourrait s'agir de subventions pour de courtes périodes, de possibilités de formation et de plus grosses subventions d'équipe – qui pourraient toutes être offertes graduellement pour permettre aux chercheurs de développer davantage leurs forces.

Virus

Ce groupe était quelque peu sous représenté à l'atelier, mais estimait néanmoins que la recherche sur le virome humain devrait faire partie intégrante de toute initiative sur le microbiome et que le Canada est bien placé pour tirer parti de nos forces considérables en recherche dans ce domaine. Les scientifiques découvrent constamment de nouveaux virus et de plus en plus de liens sont établis entre les virus et des maladies comme le cancer, p. ex. le virus du papillome et le cancer du col utérin, le virus de l'hépatite et le cancer du foie, et certaines maladies auto immunes, comme la sclérose en plaques. Les premières études sur le métagénome de virus ont été effectuées sur des virus trouvés dans l'océan, et les chercheurs se tournent maintenant vers l'espace. Le virome humain est encore très mal caractérisé et peut représenter un véritable créneau pour le Canada, car la création d'une « carte » virale a bien des chances d'aider à comprendre la santé et la maladie humaines. Des études sur les phages et leur rôle comme réservoirs potentiels de pathogénicité entreraient aussi dans cette catégorie. Selon le groupe, le temps est maintenant venu d'effectuer des études métagénomiques pour découvrir des virus et évaluer la concentration de base des virus dans le sang, le liquide rachidien, l'urine, les selles et les tissus. Vu que trois personnes ont contracté une infection virale mortelle après avoir reçu des greffons d'un seul donneur, le domaine de la transplantation peut être un bon point de départ; on pourrait prélever de l'urine et de la bile chez les patients avant et après la transplantation. Les ganglions lymphatiques de drainage sont également un bon endroit où on pourrait étudier les virus. C'est un domaine naissant où l'on devra au départ renforcer les capacités et il faudra peut être des fonds ciblés pour la recherche axée sur la découverte.

Aspects éthiques, juridiques et sociaux

Ce petit groupe s'est penché sur des questions qui pourraient concerner particulièrement les recherches sur le microbiome humain et méritent donc une attention spéciale. On s'entendait pour dire que, dans un premier temps, on devrait éduquer les éthiciens et leurs collègues au sujet du projet sur le microbiome humain car jusqu'à présent, cette question n'a pas beaucoup retenu l'attention de ces professionnels. On aura peut-être à débattre de la différence entre le prélèvement de tissus humains et de déchets humains, p. ex. échantillons de selles, et des répercussions que cela pourrait avoir sur la notion de propriété. Le groupe a également discuté de l'impact possible de la recherche sur la perception de l'identité – ce qui pourrait mener au scénario « ce n'est pas moi, ce sont mes microbes » et avoir des ramifications juridiques. Le groupe a également mentionné que la recherche comportant l'exposition de nouveau nés à des microbes peut engendrer des problèmes éthiques et que les effets psychiatriques potentiels des microbes peuvent également soulever des questions éthiques et sociales. On s'interrogeait également sur les répercussions éthiques de la collecte d'énormes quantités de données de séquençage qu'on ne peut encore utiliser et se demandait s'il s'agissait d'une utilisation éthique de ressources rares. En général, le concept du microbiome humain peut avoir de profondes répercussions sur le plan juridique.

Conclusions et prochaines étapes

Après avoir résumé les recommandations émanant de la deuxième séance en petits groupes, Brett Finlay a dirigé une brève discussion au sujet des prochaines étapes. La recommandation primordiale était la suivante: offrir un éventail de possibilités de financement ciblé qui répondrait aux besoins variés des divers groupes, tout en établissant des liens entre eux. L'accent a été mis sur l'identification des domaines de recherche qui représentent un créneau unique pour le Canada et qui peuvent mettre à profit l'expertise, les capacités et l'infrastructure existantes. On estimait que le Canada devrait jouer davantage un rôle dans le domaine de la biologie du microbiome plutôt que dans le séquençage comme tel, bien que le Canada dispose de plusieurs installations excellentes de séquençage au pays. Le programme de subventions Catalyseur lancé en juin par l'IMII et ses partenaires devrait donner un premier coup de pouce aux chercheurs et permettre à ceux ci et aux équipes de recherche de se préparer en vue du lancement futur d'autres sources de financement destinées à des équipes multidisciplinaires plus grosses. Karen Kennedy a répété que des arguments stratégiques à l'appui de ce domaine devraient être présentés à Génome Canada, un peu à l'image d'un exposé de position, et elle a encouragé les participants à songer à travailler ensemble pour rédiger un tel document. Si une telle initiative est couronnée de succès, Génome Canada pourrait financer dans l'avenir des projets à grande échelle.

L'IMII, en consultation avec son Conseil consultatif de l'Institut et ses partenaires et à la lumière des recommandations émanant de l'atelier, décidera dans les mois qui viennent de la meilleure approche à adopter pour faire avancer l'initiative et ménager une place au Canada dans le projet international sur le microbiome.

Évaluation de l'atelier

L'atelier a été évalué de façon extrêmement positive, la majorité des participants indiquant que l'événement avait été utile et un franc succès. Selon eux, les séances en petits groupes ont permis d'établir des liens et de présenter de nouvelles idées, et les exposés ont donné un bon aperçu du domaine. De nombreux participants ont également attribué le succès de l'atelier à la qualité, à la diversité et à l'expertise variée des participants. L'atelier a été considéré comme une « très bonne occasion d'établir des liens avec d'autres chercheurs dans ce domaine » et la majorité des participants ont indiqué qu'ils prévoient donner suite aux possibilités de collaboration avec des collègues qu'ils ont rencontrés à l'atelier.

Date de modification :