Des vaccins pour le 21e siècle : Une ère nouvelle pour le Canada
Rapport préparé pour l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC par Michelle French, Communication scientifique
Table des matières
Liste d’abréviations
Sommaire
Le rapport
Information générale
Aperçu de la vaccination
Étapes dans la recherche et développement liés aux vaccins
Raisons du regain d’intérêt pour les vaccins et de la nécessité d’appuyer la recherche
Modes de collecte de données
Résultats de l’enquête
Organisations s’intéressant aux vaccins au Canada
Certaines réalisations clés
Points forts de la recherche
Défis liés aux vaccins et recommandations
Financement
Possibilités existantes de financement
Nouvelles possibilités de financement
Progrès récents liés aux vaccins
Conclusion
Prochaines étapes
Annexe 1 : Représentants d’organisations s’intéressant aux vaccins qui ont été interrogés
Annexe 2 : Questions posées aux représentants d’organisations s’intéressant aux vaccins
Annexe 3 : Questions de sondage sur le Web à l’intention des chercheurs
Annexe 4 : Organismes de financement et organisations qui ont été contactés
Annexe 5 : Questionnaire destiné aux représentants d’organisations de financement
Annexe 6 : Membres du sous comité du CCI sur les vaccins pour le 21e siècle
Annexe 7 : Principales organisations s’intéressant aux vaccins au Canada : projets actuels et liens internationaux
Annexe 8 : Principales réalisations des organisations s’intéressant aux vaccins
Annexe 9 : Principales réalisations d’un chercheur s’intéressant aux vaccins
Liste d'abréviations
| ACDI |
Agence canadienne de développement international |
| ACIA | Agence canadienne d'inspection des aliments |
| ASPC | Agence de la santé publique du Canada |
| BCG | bacille de Calmette-Guérin |
| BPF | Bonnes pratiques de fabrication |
| BSL 3 | niveau de biosécurité 3 |
| CAIRE | Association canadienne pour la recherche et l'évaluation en immunisation |
| CCI | Conseil consultatif de l'Institut |
| CCI | Comité canadien sur l'immunisation |
| CCNI | Comité consultatif national de l'immunisation |
| CDC | Centers for Disease Control and Prevention |
| CIV | Comité de l'industrie des vaccins |
| CMH | complexe majeur d'histocompatibilité |
| CNRC | Conseil national de recherches du Canada |
| CRDI | Centre de recherches pour le développement international |
| CRSNG | Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie |
| CTA | antigène testiculaire du cancer |
| DL | dose létale |
| FDA | Federal Drug Administration |
| FRSQ | Fonds de recherche en santé du Québec |
| HDP | peptides de défense de l'hôte |
| ICII2 | Phase 2 de l'Initiative canadienne d'immunisation internationale |
| ICVV | Initiative canadienne de vaccin contre le VIH |
| IMII-IRSC | Institut des maladies infectieuses et immunitaires (IMII) des IRSC |
| IMPACT | Programme canadien de surveillance active de l'immunisation |
| INCC | Institut national du cancer du Canada |
| IRSC | Instituts de recherche en santé du Canada |
| IRSM | Initiative de recherche en santé mondiale |
| LPS | lipopolysaccharide |
| LTC | lymphocyte T cytotoxique |
| NIAID | National Institute of Allergy and Infectious Diseases |
| NIC | néoplasie intra-épithéliale cervicale |
| NIH | National Institutes of Health |
| OHASIS | Occupational Health And Safety Information System |
| OMS | Organisation mondiale de la Santé |
| PREVENT | Pan-Provincial Vaccine Enterprise |
| PUVG | Programme universel de vaccination contre la grippe |
| RDDC | Recherche et développement pour la défense Canada |
| RI | rétro-inversé |
| SARM | Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline |
| SC | Santé Canada |
| SCP | Société canadienne de pédiatrie |
| SRAS | syndrome respiratoire aigu sévère |
| TB | tuberculose |
| TLR | récepteurs de type Toll |
| TN | cellules tueuses naturelles |
| UCB | Université de la Colombie-Britannique |
| UNICEF | Fonds des Nations Unies pour l'enfance |
| VHC | virus de l'hépatite C |
| VHS | virus de l'herpès simplex |
| VIDO | Vaccine and Infectious Disease Organization |
| VIH | virus de l'immunodéficience humaine |
| VPH | virus du papillome humain |
| VPI | virus parainfluenza |
| VRS | virus respiratoire syncytial |
Sommaire
Le rapport
Dans son Plan stratégique pour 2007-2012, l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des Instituts de recherche en santé du Canada (IMII-IRSC) a ciblé les vaccins pour le 21e siècle comme une priorité de recherche. L'Institut a effectué une enquête auprès de représentants des organisations s'intéressant aux vaccins, de chercheurs et de représentants d'organismes de financement. On leur a demandé de :
- Résumer leurs réalisations ou leurs investissements en recherche;
- Cerner les défis à relever;
- Formuler des suggestions pour faciliter et appuyer la recherche et faire en sorte que les connaissances acquises mènent à de nouveaux produits et services.
Le présent rapport s'appuie sur les réponses reçues, qui orienteront les activités dans ce domaine stratégique prioritaire de l'Institut.
Comme la portée du rapport est assez générale, il pourra aussi être utile aux responsables de la politique publique, aux personnes qui financent la recherche et développement, aux chercheurs et aux « utilisateurs finals » des vaccins, par exemple les professionnels de la santé et les gouvernements.
Moment opportun
La priorité accordée à la recherche stratégique sur les vaccins pour le 21e siècle arrive à point nommé. Plusieurs facteurs convergents suscitent un regain d'intérêt pour la recherche et le développement dans ce domaine :
- L'absence de nouveaux antibiotiques pour lutter contre les infections;
- Le manque de vaccins contre plusieurs maladies importantes;
- Les menaces que présentent les maladies infectieuses émergentes, la pandémie de grippe et le bioterrorisme;
- De nouvelles applications pour les vaccins (p. ex. pour prévenir et traiter le cancer);
- Un regain d'intérêt pour la santé mondiale;
- La nécessité pour le Canada de demeurer capable de mettre au point, de fabriquer et de tester des vaccins.
Recherche fondamentale sur la vaccination
Un certain nombre d'organisations exercent des activités liées aux vaccins, allant de la recherche fondamentale à la mise en oeuvre de programmes d'immunisation. Les universités, les instituts de recherche, les gouvernements et les fabricants de vaccins au Canada effectuent tous des recherches fondamentales. Des essais cliniques sont menés par des fabricants de vaccins et à des centres d'évaluation des vaccins. D'autres intervenants jouent un rôle dans l'approbation des vaccins et formulent des recommandations à l'intention des professionnels de la santé et des gouvernements.
Succès passés
Le Canada a contribué de façon importante dans le passé aux activités de recherche et développement axées sur les vaccins. Voici quelques-unes de ses réalisations au cours de la dernière décennie :
- Travaux menant à la mise au point d'un vaccin acellulaire contre la coqueluche – de la recherche fondamentale jusqu'à la fabrication du vaccin par sanofi pasteur;
- Mise au point d'une technologie vaccinale pour prévenir la méningite par le Dr Howard Jennings, du Conseil national de recherches du Canada;
- Travaux préparatoires en vue de l'administration du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) et évaluation de son impact au Canada, par le Dr Babak Pourbohoul, du BC Centre for Disease Control, le Dr Marc Brisson, de l'Université Laval, et le Dr Eduardo Franco, de l'Université McGill;
- Évaluation des programmes de vaccination antigrippale et formulation de recommandations par la Dre Noni Macdonald, du Centre canadien de vaccinologie, Université Dalhousie, et le Dr Jeff Kwong, de l'Institut des sciences de l'évaluation clinique;
- Mise au point d'un vaccin candidat contre le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) dans le cadre de la SARS Accelerated Vaccine Initiative (SAVI) dirigée par le Dr Brett Finlay et le Dr Robert Brunham, du Centre for Disease Control de l'Université de la Colombie-Britannique (UCB);
- Mise au point et homologation d'un vaccin pour les bovins contre E. coli O157:H7 par le Dr Andrew Potter, de la Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO), et le Dr Brett Finlay, du Centre for Disease Control de l'UCB;
- Mise au point de vaccins candidats contre des fièvres hémorragiques par le Dr Heinz Feldmann et le Dr Steven Jones, du Laboratoire national de microbiologie de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC);
- Étude et mise au point d'adjuvants, qui sont ajoutés aux vaccins pour accroître les réponses immunitaires, par GlaxoSmithKline Inc. et plusieurs chercheurs universitaires;
- Mise au point de vaccins thérapeutiques contre le cancer par des fabricants et des chercheurs universitaires, notamment le Dr Jonathan Bramson, de l'Université McMaster.
Les réalisations scientifiques décrites par les représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins et les chercheurs font ressortir les forces du Canada en recherche. Le pays excelle dans la recherche sur les nouveaux adjuvants et méthodes d'administration d'antigènes et sur les moyens de susciter certains types de réponses immunitaires. L'épidémiologie, les vaccins destinés à des populations particulières et les études d'évaluation sont d'autres points forts. Plus de 25 agents infectieux différents sont à l'étude, les agents ou vaccins les plus étudiés étant le vaccin contre la grippe, les vaccins thérapeutiques contre le cancer, les vaccins contre le VPH et le virus de l'immunodéficience humaine (VIH).
Défis et recommandations
Les répondants à l'enquête ont cité les défis à relever et formulé des suggestions quant à la façon dont les IRSC et leurs partenaires pourraient faciliter les activités de recherche et développement portant sur les vaccins. Les voici :
| Défis | Recommandations |
|---|---|
| Les efforts de recherche doivent être mieux coordonnés. | Organiser et animer des ateliers de recherche sur les vaccins et faciliter la communication. Promouvoir des liens entre tous les intervenants. Mettre sur pied un réseau de recherche sur les vaccins. |
| Les activités de recherche et développement liées aux vaccins sont coûteuses. | Créer des partenariats avec les organismes de financement, l'industrie, les établissements d'enseignement et le gouvernement pour stimuler la recherche et le développement. |
| Il n'existe pas encore de vaccins contre plusieurs maladies importantes. En outre, on a besoin de meilleures méthodes pour formuler et administrer les vaccins. | Continuer de financer la recherche fondamentale. Élaborer et appuyer également des initiatives de recherche stratégique. |
| La population n'est pas assez bien informée sur l'innocuité et l'efficacité des vaccins. | Appuyer la recherche sur les aspects comportementaux, sociaux et éthiques. |
| Il y a un fossé entre la recherche fondamentale et les essais cliniques de phase I/II. | S'associer avec l'industrie pour combler le fossé entre la recherche fondamentale et les essais cliniques. Offrir des installations et des lignes directrices pour permettre aux chercheurs de faire avancer leurs découvertes jusqu'aux essais cliniques. Créer de nouveaux mécanismes de financement. |
| Des fonds publics sont requis pour l'étude de nombreuses questions en recherche clinique. | Fournir une aide additionnelle et continue pour financer les essais pré-cliniques de vaccins et les essais post-homologation. |
Autres défis non expressément liés à la recherche
- Il manque souvent de données à jour et standardisées sur l'épidémiologie et le fardeau de la maladie.
- L'industrie a de plus en plus de difficulté à effectuer des essais cliniques au Canada.
- L'industrie a besoin d'un mécanisme d'approbation des vaccins plus rapide et plus transparent.
- Le Canada doit conserver et agrandir ses propres installations de production de vaccins.
- Il faut harmoniser les programmes d'immunisation à l'échelle du pays.
Recommandations additionnelles non expressément liées à un défi
- Améliorer le processus de demande de subvention, raccourcir les délais d'évaluation et d'approbation.
- Former un plus grand nombre de vaccinologistes et développer une expertise additionnelle dans les domaines scientifique et réglementaire.
Financement et annonces récentes
La recherche sur les vaccins est financée par plusieurs organismes et organisations à l'échelle provinciale, nationale et internationale. Plusieurs possibilités de financement nouvelles pour la recherche sur les vaccins ont été signalées par des représentants d'organismes de financement. Citons entre autres le Réseau de recherche sur l'influenza créé par l'ASPC et l'IMII-IRSC ainsi que l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH.
En outre, plusieurs annonces très intéressantes concernant la recherche et développement liés aux vaccins ont été faites au début de 2008. Par exemple, un nouveau centre d'excellence pour la commercialisation et la recherche appelé Pan-Provincial Vaccine Enterprise (PREVENT) effectuera des essais pré-cliniques et des essais cliniques de validation de principe pour les vaccins candidats prometteurs qui en sont au stade initial. Un réseau canadien pour la prévention de l'infection à VPH, géré par le Centre international pour les maladies infectieuses, est en train d'être mis sur pied. En outre, l'Alberta Heritage Foundation for Medical Research (AHFMR) a accordé une subvention d'équipe interdisciplinaire pour la conception et l'administration de vaccins qui devrait permettre d'étudier comment les bactéries évoluent au sein de la population humaine et faciliter la mise au point de produits immunisants contre différentes souches et espèces.
Conclusion
Le Canada continue de contribuer de façon importante aux activités de recherche et développement liées aux vaccins. Ces réalisations ont aidé à sauver des vies, à réduire la souffrance humaine et le coût des soins de santé. De nouvelles initiatives de financement très intéressantes et un regain d'intérêt pour les vaccins créent un climat propice au lancement de cette priorité de recherche stratégique de l'IMII-IRSC. Ce nouvel enthousiasme ne doit pas cependant se dissiper, et un grand nombre de personnes, d'organisations et de pays devront collaborer pour que cette initiative soit couronnée de succès.
Prochaines étapes
L'IMII-IRSC utilisera le présent rapport – qui sera distribué aux intervenants dans les domaines de la recherche et développement liés aux vaccins et de l'immunisation – pour élaborer un plan d'action et créer des partenariats en faveur « Des vaccins pour le 21e siècle » . Les objectifs de cette priorité de recherche seront d'aider à coordonner les efforts de recherche, de promouvoir des liens, de faciliter la recherche et développement liés aux vaccins et appuyer le transfert des connaissances scientifiques aux gouvernements, aux dispensateurs de soins et à la population.
Ces activités contribueront à faire avancer la recherche et développement liés aux vaccins au Canada et, en bout de ligne, amélioreront la santé et le bien-être de la population au Canada et dans le reste du monde.
Le rapport
Le présent rapport vise à aider l'IMII-IRSC à planifier une initiative stratégique relative aux vaccins pour le 21e siècle, une des cinq priorités de son Plan stratégique pour 2007-2012. Comme la portée du rapport est plutôt générale, il sera également utile aux responsables des politiques, aux organisations qui financent la recherche et développement, aux chercheurs qui travaillent sur des vaccins ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent aux vaccins et aux programmes d'immunisation et peuvent en retirer des bienfaits.
Le rapport donne un aperçu des activités de recherche et développement relatives aux vaccins au Canada et se fonde sur des enquêtes effectuées auprès de chercheurs et de représentants d'organisations et d'organismes de financement dans le domaine de la vaccination. Un résumé des activités de recherche et des réalisations récentes met en lumière les points forts de la recherche au Canada. Le rapport traite des défis actuels à relever en ce qui concerne la recherche et développement liés aux vaccins et l'immunisation et présente des recommandations sur la façon de s'y prendre. On y trouvera également un résumé des investissements récents et prévus en recherche des organismes de financement. La section Information générale donne un aperçu des vaccins, des étapes de la recherche et du développement liés aux vaccins et des raisons du regain d'intérêt pour les vaccins.
Information générale
Aperçu de la vaccination
Au cours du vingtième siècle, la vaccination a sauvé plus de vies que toute autre intervention dans le domaine des soins de santé. Son efficacité et son faible coût en ont fait une stratégie essentielle pour préserver la santé publique. La variole a été éradiquée, et les souffrances et les décès causés par plus de 30 autres maladies infectieuses, dont la typhoïde, la diphtérie, la poliomyélite, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l'hépatite A, l'hépatite B, l'infection à pneumocoque, à méningocoque et le tétanos, ont été considérablement réduits.
La vaccination consiste à administrer un agent particulier (p. ex. une bactérie, un virus, une toxine) pour stimuler le système immunitaire, incitant ce dernier à acquérir une mémoire immunologique. Tout agent qui stimule une réponse immunitaire, naturelle ou acquise grâce à la vaccination, est appelé antigène. Les personnes vaccinées produisent une réponse immunitaire plus forte si elles entrent de nouveau en contact avec l'agent et courront alors un moins grand risque de développer la maladie.
Il existe deux principaux types de réponses immunitaires : celles à médiation cellulaire, où des cellules spécifiques appelées lymphocytes T cytotoxiques s'attaquent aux cellules de l'organisme qui sont devenues infectées, et celles à médiation humorale, où l'organisme développe des anticorps qui neutralisent et aident à éliminer les antigènes dans le sang, sur les surfaces épithéliales et dans le liquide entourant les tissus.
On compte plusieurs classes de vaccins. Dans certains cas, les bactéries ou virus sont inactivés par la chaleur ou détruits par des produits chimiques (vaccins inactivés) ou encore mis en culture (vaccins atténués), afin qu'on puisse neutraliser leurs propriétés virulentes. Dans d'autres cas, seule la toxine produite par une bactérie ou la fraction protéique d'un agent (vaccins sous-unitaires) est utilisée dans le vaccin. Il arrive parfois qu'une sous-unité soit attachée à une toxine (vaccin conjugué) pour susciter une réponse immunitaire plus forte. Les vaccins renferment habituellement des adjuvants, tels que des sels d'aluminium ou des émulsions d'huile et d'eau. Ces substances amplifient la réponse immunitaire ou provoquent un type particulier de réponse immunitaire, soit à médiation cellulaire ou humorale. De nouvelles méthodes utilisent le codage de l'ADN ou de l'ARN pour l'insertion d'un constituant de l'agent dans le vaccin. De l'ADN ou de l'ARN peuvent être transférés à l'aide d'un vecteur viral composé d'une forme non pathogène d'un virus.
Les vaccins sont généralement administrés par injection ou par voie orale, et des doses de rappel sont parfois nécessaires pour développer et maintenir la mémoire immunologique. Les vaccins peuvent être employés à des fins préventives (prévenir la survenue d'une maladie) ou thérapeutiques (administrés après l'apparition d'une infection ou d'une maladie pour stimuler l'immunité naturelle).
Étapes dans la recherche et développement liés aux vaccins
Les activités de recherche et développement liées aux vaccins forment un continuum, allant de la recherche fondamentale aux essais cliniques (figure 1). La recherche commence par l'identification d'un agent infectieux ou d'une maladie infectieuse. Il est nécessaire de disposer de méthodes pour détecter l'agent afin de comprendre l'étiologie et la transmission de la maladie et pour pouvoir effectuer par la suite des essais cliniques. Il est utile pour identifier des antigènes candidats de connaître la biologie de l'agent et la façon dont il transmet l'infection et cause des pathologies. De même, pour formuler un vaccin efficace et effectuer ensuite des essais cliniques de vaccins, il est bon de savoir quels types de réponses immunitaires confèrent une protection contre l'infection.
Une fois que les antigènes ont été choisis, des méthodes de formulation et d'administration du vaccin sont mises au point et testées dans des modèles animaux. Les vaccins produits pour des essais sur les humains doivent être fabriqués conformément aux bonnes pratiques de fabrication (BPF). Ces essais cliniques chez les humains comportent quatre phases. Les essais de phase I examinent l'innocuité du vaccin chez un petit nombre de sujets en santé (20-100). Les essais de phase II portent sur l'innocuité et l'immunogénicité (la capacité de stimuler le système immunitaire) du vaccin chez un plus grand nombre de sujets (100-300). Dans les essais de phase III, le vaccin est administré à un grand nombre de personnes (2 000-10 000) et de l'information est recueillie sur son innocuité et son immunogénicité. Si le vaccin candidat est jugé efficace dans les essais cliniques de phase III, une demande d'homologation est alors présentée aux organismes réglementaires comme Santé Canada (SC) et la Federal Drug Administration (FDA). Des essais post-homologation (pour l'évaluation du vaccin) sont souvent effectués afin d'évaluer l'efficacité à long terme du vaccin, de même que ses effets socio-sanitaires et économiques.

Figure 1 : Le continuum de la recherche et développement liés aux vaccins. Adaptation des figures tirées du site Web de SARS Accelerated Vaccine Initiative (SAVI) et du site Web des IRSC.
Raisons du regain d'intérêt pour les vaccins et de la nécessité d'appuyer la recherche
Seules cinq multinationales mettent au point et fabriquent actuellement la plupart des vaccins utilisés de nos jours, comparativement à 30 il y a environ 35 ans. Cette concentration de l'industrie s'explique par l'introduction des BPF pour la production de vaccins dans les années 80, qui a grandement contribué à accroître les coûts de production, ainsi que par les faibles marges de profit dans le passé, vu que les gouvernements achètent en vrac les vaccins. La menace de poursuites judiciaires a également joué un rôle. On assiste cependant à un regain d'intérêt au cours des dernières années pour les raisons suivantes :
Antibiorésistance et absence de nouveaux antibiotiques
Les microorganismes, notamment les bactéries, développent une résistance aux antibiotiques avec le temps. Au cours des cinq à dix dernières années, on a observé une diminution du nombre de nouveaux antibiotiques mis au point et homologués. Il faut donc de toute urgence avoir accès à des solutions de remplacement, comme les vaccins.
Pour plusieurs maladies infectieuses importantes, il n'existe pas encore de vaccins
On ne dispose pas de vaccins contre plusieurs maladies infectieuses importantes, dont l'infection à VIH, l'hépatite C et le paludisme. Ces maladies ont des effets dévastateurs sur la santé, l'économie et la société. La vaccination constituerait une méthode efficace et relativement peu coûteuse pour lutter contre ces maladies.
Maladies infectieuses émergentes et menaces possibles comme une pandémie de grippe
L'apparition du SRAS et sa propagation rapide d'un pays à l'autre par les voyageurs internationaux ont fait prendre conscience du danger potentiel des maladies émergentes. En outre, de nombreux experts reconnaissent qu'une nouvelle pandémie de grippe est à prévoir, et les décès récents causés chez les humains par une souche hautement pathogène d'influenza aviaire a intensifié ces craintes.
Menace bioterroriste
Préoccupés par les risques d'attentats bioterroristes, les gouvernements ont renouvelé leur appui à la recherche et développement pour trouver des méthodes de lutte contre les agents biologiques qui menacent la sécurité nationale et publique.
Nouvelles applications pour les vaccins
Des vaccins sont maintenant mis au point et commercialisés pour prévenir et traiter le cancer. Au nombre des vaccins à visée préventive figurent les vaccins contre l'hépatite B pour prévenir le cancer du foie et les vaccins contre le VPH pour prévenir le cancer du col utérin. De nombreux vaccins thérapeutiques contre le cancer sont en train d'être mis au point, dont un pour le traitement du cancer du rein qui a été approuvé en Russie en avril 2008. Ces vaccins ont ouvert une nouvelle avenue pour la recherche et développement.
Regain d'intérêt pour la santé mondiale
Des organisations philanthropiques privées, telles que la Fondation Bill et Melinda Gates, ont ciblé comme domaines d'investissement le paludisme, la tuberculose, l'infection à VIH et d'autres maladies infectieuses et évitables par la vaccination. Un plus grand nombre de chercheurs travaillent par conséquent dans ces domaines de recherche.
Nécessité pour le Canada de demeurer capable de mettre au point, de fabriquer et de tester des vaccins
Compte tenu des menaces qui planent et des possibilités d'obtenir de nouveaux vaccins thérapeutiques, on sent une volonté plus grande de maintenir et d'accroître la capacité de mettre au point, de fabriquer et de tester les vaccins au Canada afin de mieux protéger et traiter la population canadienne.
Modes de collecte de données
La Dre Michelle French, Communication scientifique, a effectué les recherches et rédigé le présent rapport. L'information a été recueillie en trois étapes. Durant la première étape, plus de 20 entrevues téléphoniques ont été menées auprès de représentants clés d'organisations s'intéressant aux vaccins et possédant une vaste expertise (annexe 1). Les questions d'entrevue sont présentées à l'annexe 2. Dans un deuxième temps, environ 240 chercheurs travaillant sur des vaccins ont été invités par courriel à remplir un questionnaire sur le Web (voir les questions à l'annexe 3). En dernier lieu, plus de 40 représentants d'organismes de financement (annexe 4) ont été contactés par courriel et invités à remplir un questionnaire (annexe 5). Toutes les questions et listes ont été préparées en consultation avec le sous-comité sur les vaccins pour le 21e siècle du Conseil consultatif de l'IMII-IRSC (Sous-comité du CCI, annexe 6).
Une ébauche de ce rapport a été distribuée à toutes les personnes qui ont été initialement contactées. Les erreurs et omissions détectées ont été corrigées dans la version finale. Bien qu'on ait tenté de recueillir des données auprès du plus grand nombre d'organisations et de chercheurs possible, certaines recherches et certains renseignements ne figurent pas dans le rapport parce que les chercheurs ont refusé de participer ou n'ont pu être joints par courriel. Le rapport contient un maximum de commentaires et de suggestions formulés par les participants.
Le rapport traite des programmes de recherche sur les vaccins et d'autres sujets liés à la vaccination, mais non de l'immunothérapie, p. ex. l'immunisation passive par des anticorps.
Les opinions exprimées dans le rapport ne représentent pas nécessairement les vues de tous les répondants, de l'IMII-IRSC ou de l'auteur (Michelle French). Une bonne part des données ont été recueillies à la fin de février 2008.
Résultats de l'enquête
Organisations s'intéressant aux vaccins au Canada
Il existe un certain nombre d'organisations au Canada qui travaillent dans le domaine de la vaccination, allant de la recherche fondamentale à la mise en oeuvre et à l'évaluation de programmes de vaccination. On trouvera au tableau 1 une liste des organisations et de leurs principales activités liées aux vaccins. Plus de détails, notamment sur les activités actuelles de chaque organisation et leurs liens internationaux sont fournis à l'annexe 7. L'information contenue dans cette section est tirée des réponses de représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins qui ont été invités à décrire brièvement leurs programmes de recherche sur les vaccins.
La recherche fondamentale (p. ex. microbiologie, immunologie, vaccinologie) se fait dans les universités et les instituts de recherche, les organismes gouvernementaux et le secteur privé. Les essais cliniques sont effectués par les fabricants de vaccins et par des équipes dans des centres d'évaluation des vaccins à Vancouver, Montréal, Québec et Halifax. Une fois que les vaccins sont approuvés, des organisations comme le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) soumettent des recommandations aux provinces et aux travailleurs de la santé concernant les programmes et protocoles d'immunisation. La plupart des recherches menées dans les universités et instituts de recherche sont mentionnées ailleurs dans le rapport (voir « Certaines réalisations clés » ).
Tableau 1 : Organisations dans le domaine de la vaccination au Canada et leurs activités liées aux vaccins
| Organisation | Activités liées aux vaccins |
|---|---|
| Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) | A pour mission de protéger les aliments, les animaux et les végétaux au Canada. Elle finance entre autres la recherche sur les vaccins et la vaccination des animaux, afin de prévenir la propagation de maladies aux humains. |
| Association canadienne pour la recherche et l'évaluation en immunisation (CAIRE) | Association de plus de 100 chercheurs s'intéressant aux vaccins. Bon nombre d'entre eux évaluent de nouveaux vaccins, jettent les bases pour de nouveaux programmes publics et travaillent à améliorer les programmes publics d'immunisation. |
| BIOTECanada | Elle comprend des représentants de petites et moyennes entreprises (en biotechnologie) et de multinationales clés, notamment des formulateurs et producteurs de vaccins. Elle représente l'industrie auprès du gouvernement. |
| Centre canadien de vaccinologie /Clinical Trials Research Centre, Université Dalhousie | Regroupe des scientifiques et des experts dans divers domaines qui dirigent des programmes de recherche visant à mettre au point, à évaluer et à produire de nouveaux vaccins et de nouvelles technologies vaccinales. |
| Centre de l'immunisation et des maladies respiratoires infectieuses, ASPC | Collabore avec les provinces et les territoires, d'autres ministères fédéraux et d'autres intervenants afin de prévenir, de réduire ou d'éliminer les maladies respiratoires infectieuses et évitables par la vaccination; de réduire l'impact négatif des infections respiratoires et de maintenir la confiance de la population et des professionnels dans les programmes d'immunisation. |
| Coalition canadienne pour la sensibilisation et la promotion de la vaccination | Partenariat regroupant des organisations nationales non gouvernementales, professionnelles, sanitaires, de consommateurs et issues du secteur public et privé qui cherchent particulièrement à faire en sorte que les dispensateurs de soins et la population connaissent et utilisent mieux les vaccins. |
| Comité canadien d'immunisation (CCI) | Regroupement d'organisations provinciales, territoriales et fédérales dans le domaine de l'immunisation qui offrent des conseils pour la mise en oeuvre d'une stratégie nationale d'immunisation. |
| Comité consultatif national de l'immunisation - (CCNI) | Est constitué d'experts reconnus dans le domaine de la pédiatrie, des maladies infectieuses, de l'immunologie, de la microbiologie médicale, de la médecine interne et de la santé publique. Formule des recommandations concernant l'utilisation des vaccins destinés aux humains qui sont couramment utilisés ou qui viennent d'être homologués au Canada. |
| Comité de l'industrie des vaccins (CIV) | Sous-comité de BIOTECanada formé de représentants de l'industrie qui vise à créer un environnement favorisant l'atteinte des objectifs des services de santé publique et des fabricants de vaccins. |
| GlaxoSmithKline Inc. | Société pharmaceutique internationale qui étudie, met au point et fabrique des vaccins au Canada. Elle fait notamment des recherches cliniques sur de nouveaux vaccins et des recherches épidémiologiques sur le fardeau des maladies. Fournisseur du Canada pour le vaccin annuel contre la grippe. |
| Initiative canadienne de vaccin contre le VIH (ICVV) | Partenariat entre l’Agence canadienne de développement international (ACDI), l’ASPC, Industrie Canada, les IRSC et Santé Canada (SC) dont l’objectif est de mettre au point un vaccin contre le VIH sûr, efficace, peu coûteux et accessible à l’échelle internationale. Contribution du Canada à l’Entreprise mondiale pour un vaccin contre le VIH. |
| Institut des sciences biologiques du Conseil national de recherches du Canada - (CNRC) | Effectue des recherches sur les maladies infectieuses, les vaccins contre le cancer, les thérapies immunitaires et les maladies neurodégénératives. Environ 60 % des recherches portent sur la découverte de nouvelles stratégies vaccinales. |
| Laboratoire national de microbiologie de l’ASPC | Offre des services de référence en microbiologie et en surveillance, un soutien aux programmes d’épidémiologie et effectue des recherches appliquées et axées sur la découverte, notamment des recherches sur les vaccins contre des virus et des bactéries pathogènes. |
| McMaster Centre for Gene Therapeutics | Effectue des recherches et met au point des vaccins génétiques et cellulaires pour des traitements contre le cancer et des maladies infectieuses. S’intéresse principalement aux vaccins qui confèrent une immunité muqueuse. Créé en 1998, ce centre sert d’infrastructure pour les essais de vaccins cellulaires contre le cancer au Canada. |
| Merck Frosst Canada ltée | Société pharmaceutique internationale qui étudie, met au point et fabrique des vaccins. Au Canada, elle effectue des essais cliniques (la plupart étant de phase III, certains de phase I/II). Déterminée à travailler avec les chercheurs universitaires et cliniciens dans des projets de collaboration portant sur des maladies évitables par la vaccination afin d’aider les décideurs canadiens (p. ex. recherche épidémiologique, étude des résultats). |
| Recherche et développement pour la défense Canada, ministère de la Défense nationale | Effectue des recherches et met au point des techniques pour promouvoir la sécurité nationale. Étudie et achète entre autres des vaccins contre des microorganismes qui pourraient être utilisés comme armes biologiques. |
| Réseau canadien pour les essais VIH (RCE) | Partenariat regroupant des chercheurs cliniciens, des médecins, des infirmières, des personnes vivant avec le VIH/sida, des sociétés pharmaceutiques et d’autres qui appuient les essais cliniques sur le VIH/sida, notamment les essais de vaccins. |
| sanofi pasteur | Société pharmaceutique internationale qui étudie, met au point et fabrique des vaccins. Au Canada, elle effectue des recherches fondamentales, des études épidémiologiques et des essais cliniques. Met au point et fabrique également des vaccins. |
| Société canadienne de pédiatrie | Association de pédiatres qui œuvrent dans les domaines de l’éducation des professionnels et de la population, la défense des intérêts des malades, la surveillance et la recherche. Elle surveille les maladies infectieuses infantiles évitables par la vaccination et les effets secondaires liés aux vaccins. |
| UBC Centre for Disease Control | Effectue des recherches sur les vaccins, allant de la découverte d’antigènes à des études pré-cliniques, et évalue l’impact des vaccins. |
| Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO) | Effectue des recherches et met au point des vaccins et des techniques de simulation de l’immunité chez les humains et les animaux. Veille à ce que les découvertes soient commercialisées. |
| Vaccine Evaluation Centre, Hôpital pour enfants de la C.-B. | Effectue des recherches pour déterminer l’innocuité et l’efficacité des vaccins; évalue de nouveaux vaccins; étudie les infections évitables par la vaccination et améliore les programmes publics d’immunisation. A été créé en 1988, ce qui en fait le premier centre officiel de recherche indépendante sur les vaccins au Canada. |
| Wyeth Canada | Wyeth est une société pharmaceutique internationale qui étudie, met au point et fabrique des vaccins. Wyeth Canada effectue des essais cliniques de phase I-III. |
Certaines réalisations clés
Les chercheurs canadiens qui travaillent dans les universités, les instituts de recherche, les organisations gouvernementales, l'industrie et le milieu clinique ont de nombreuses contributions importantes à leur actif dans le domaine de la recherche et du développement liés aux vaccins. Les renseignements présentés dans cette section sont tirés des réponses transmises par les représentants d'organisations et de chercheurs s'intéressant aux vaccins.
Les questions suivantes ont été posées aux représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins :
- Quelles sont les principales réalisations de votre organisation dans le domaine des vaccins et des programmes d'immunisation au cours des cinq dernières années?
- Quelles ont été ou quelles seront les répercussions des réalisations scientifiques de votre organisation?
Les chercheurs ont été invités à :
- Résumer un à trois de leurs principaux projets de recherche ou réalisations scientifiques au cours des cinq dernières années.
Certaines des principales réalisations sont décrites ci-dessous. On trouvera à l'annexe 8 un résumé de toutes les réalisations décrites par les représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins et, à l'annexe 9, un résumé de toutes les principales réalisations décrites par les chercheurs.
Mise au point d'un vaccin acellulaire contre la coqueluche : de la recherche fondamentale à la fabrication
À la fin des années 90, sanofi pasteur a commercialisé le premier vaccin acellulaire contre la coqueluche dans le monde. Ce vaccin a été étudié, mis au point et fabriqué au Canada. Il contient des constituants antigéniques purifiés de la bactérie Bordetella pertussis. En plus de protéger contre la coqueluche, il renferme d'autres antigènes qui assurent une protection contre la diphtérie, le tétanos, la polio et Haemophilus influenzae de type B.
Le vaccin acellulaire (PentacelMC) a remplacé les vaccins anticoquelucheux à germes entiers introduits dans les années 40. Même si les anciens vaccins ont considérablement réduit l'incidence des infections coquelucheuses, des réactions locales et générales fréquentes et parfois sévères ont été signalées. De même, de petites éclosions sont survenues tous les trois à cinq ans parce que certaines personnes n'étaient pas protégées. Le vaccin acellulaire est plus sûr et plus efficace que le vaccin à germes entiers, a pratiquement prévenu les petites éclosions de coqueluche chez les enfants de plus de deux mois et a virtuellement éliminé les infections à Haemophilus influenzae de type B.
Le Dr Scott Halperin, du Canadian Center for Vaccinology de l'Université Dalhousie, et son équipe ont participé aux essais cliniques associés à l'homologation du vaccin. Le vaccin est maintenant homologué dans 52 pays, y compris les États-Unis et le Royaume-Uni.
Mise au point d'une technologie vaccinale contre Neisseria meningitidis de type C
Une équipe de scientifiques du CNRC dirigée par le Dr Harold Jennings a mis au point une technologie novatrice qui fixe un polysaccharide de la bactérie Neisseria meningitidis du groupe C à une forme non toxique d'anatoxine tétanique. Neisseria meningitidis du groupe C cause la méningite. Il y a quelques années, environ 10 % des Canadiens (bon nombre ayant moins de 5 ans) qui contractaient la méningite en mouraient, alors que ceux qui en survivaient souffraient de graves complications, comme la surdité ou des lésions cérébrales permanentes.
La technologie du CNRC a été cédée par licence à Baxter Healthcare Corporation qui l'a utilisée pour mettre au point un vaccin appelé NeisVac-CMC. Le vaccin a remplacé les vaccins antérieurs qui n'étaient pas très efficaces chez les enfants. NeisVac-CMC a été l'un des trois vaccins conjugués à être utilisés au Royaume-Uni à la fin des années 90 pour combattre les méningococcies, première cause de décès à l'époque chez les enfants de un à cinq ans. Ces vaccins ont contribué à réduire l'incidence de la maladie d'environ 75 %, prévenant quelque 500 cas et 50 décès sur une période de deux ans. Le vaccin a été homologué au Canada en 2002 et est fabriqué par GlaxoSmithKline Inc.
Travaux préparatoires à la vaccination contre le VPH et évaluation de son impact au Canada
En juillet 2006, le vaccin recombinant quadrivalent de Merck (GardasilMC), qui protège contre les types 6, 11, 16 et 18 du VPH, a été approuvé au Canada. Il s'agit du premier vaccin contre le VPH à être homologué. Les types 16 et 18 du VPH sont responsables de 70 % de tous les cancers du col utérin alors que les types 6 et 11 causent des verrues ano-génitales.
En 2005, en prévision de l'approbation prévue des vaccins contre le VPH au Canada, l'ASPC et CAIRE, en partenariat avec les IRSC, ont organisé un atelier sur les priorités de recherche pour le vaccin contre le VPH au Canada, auquel ont participé plus de 50 experts et chercheurs canadiens internationaux s'intéressant au VPH et spécialisés dans le domaine des vaccins, du cancer et des maladies transmises sexuellement. Cet atelier visait à élaborer des priorités nationales en matière de recherche et à déterminer les lacunes au niveau de l'infrastructure.
La recherche sur la mise en oeuvre de programmes était l'un des domaines jugés prioritaires. Pour faciliter cette recherche et évaluer l'impact potentiel des programmes d'immunisation, le Dr Babak Pourbohloul de l'UBC Centre for Disease Control, et le Dr Marc Brisson, de l'Université Laval, ont travaillé indépendamment à l'élaboration de modèles mathématiques de la transmission du VPH et de l'impact de la vaccination contre le VPH. Les résultats obtenus grâce à ces modèles ont aidé les responsables des politiques à prendre des décisions concernant la mise en oeuvre de programmes de vaccination contre le VPH au Canada.
GlaxoSmithKline a mis au point un vaccin recombinant bivalent contre les types 16 et 18 du VPH, qui en est aux derniers stades d'évaluation par la FDA. Le Dr Eduardo Franco, de l'Université McGill, a aidé GlaxoSmithKline durant la phase de développement clinique du vaccin en co-dirigeant un essai clinique comparatif randomisé. Sa recherche, qui a démontré l'efficacité du vaccin, a été sélectionnée par la revue médicale The Lancet comme l'une des plus importantes contributions en médecine en 2006.
Évaluation des programmes de vaccination contre la grippe et nouvelles recommandations
Des épidémies annuelles de grippe continuent d'entraîner une importante morbidité, des décès et des perturbations sociales dans le monde. En octobre 2000, l'Ontario a lancé le premier programme universel à grande échelle de vaccination contre la grippe afin d'offrir des vaccins gratuits contre la grippe à l'ensemble de la population âgée de six mois ou plus. Le Dr Jeff Kwong et son équipe de recherche à l'Institut des sciences de l'évaluation clinique ont évalué ce programme et relevé des diminutions dans la mortalité associée à la grippe, l'utilisation des soins de santé (hospitalisations et consultations aux services des urgences et dans les cabinets de médecin) et les ordonnances d'antibiotiques en Ontario comparativement à d'autres provinces. Les résultats obtenus aideront les responsables des politiques à élaborer des recommandations relatives à la mise en oeuvre des programmes de vaccination contre la grippe.
Les résultats de recherche obtenus par la Dre Noni Macdonald et son équipe au Centre canadien de vaccinologie, Université Dalhousie, ont inspiré un changement dans la politique vaccinale, le CCNI recommandant en 2007 que toutes les femmes enceintes reçoivent le vaccin contre la grippe. L'équipe a mené une étude d'envergure sur les femmes enceintes en utilisant des bases de données administratives afin de comparer leur risque d'hospitalisation ou de consultation d'un médecin pour une maladie respiratoire durant la saison grippale en cours avec leur risque durant la saison grippale ayant précédé leur grossesse. Les chercheurs ont observé une augmentation importante du risque de maladies graves dues à la grippe chez les femmes enceintes, en particulier durant le troisième trimestre.
Mise au point de vaccins candidats contre le SRAS
Le SRAS est une nouvelle maladie respiratoire qui est apparue en Chine à la fin de 2002 et s'est propagée rapidement à plusieurs pays, dont le Canada. Environ 8 000 personnes ont été infectées dans le monde et 800 personnes sont décédées durant l'épidémie de SRAS. Des cliniciens et scientifiques canadiens ont réussi les premiers à séquencer le virus du SRAS. Tablant sur ces connaissances, le Dr Brett Finlay et le Dr Robert Brunham, de l'UBC Centre for Disease Control, ont co-dirigé la SARS Accelerated Vaccine Initiative dans le but de mettre au point rapidement des vaccins contre le SRAS. Cette initiative réunit plus de 40 scientifiques, dont des chercheurs de l'UCB, de VIDO et de l'Université McMaster. En six mois, l'équipe a mis au point trois vaccins prototypes en utilisant le virus entier tué, un adénovirus exprimant des protéines de spicule du virus du SRAS et des protéines de spicule recombinantes. Heureusement, la transmission interhumaine du SRAS a cessé en juillet 2003 grâce à l'effort massif des autorités sanitaires, et il n'a pas été nécessaire de poursuivre la mise au point des vaccins. L'expérience a cependant permis aux chercheurs de trouver une nouvelle façon d'effectuer des recherches pour trouver rapidement un vaccin. Si le SRAS réapparaît, les vaccins seront perfectionnés.
Mise au point de vaccins contre les fièvres hémorragiques
En 2005, le Dr Heinz Feldmann et le Dr Steven Jones, du Laboratoire national de microbiologie de l'ASPC, en collaboration avec le Dr Thomas Geisbert, de l'U.S. Army Medical Research Institute of Infectious Diseases, ont annoncé qu'ils avaient mis au point des vaccins contre les virus Ebola et Marburg (souvent mortels), qui s'étaient révélés 100 % efficaces chez les singes. Ces virus constituent une menace potentielle tant pour la santé publique que comme armes de bioterrorisme. Les vaccins utilisent des vecteurs du virus recombinant atténué de la stomatite vésiculaire qui expriment soit des glycoprotéines du virus Ebola ou du virus Marburg. Des essais pré-cliniques de ces vaccins sont en cours. Une fois qu'ils seront complètement mis au point, les vaccins contre ces virus aideront à enrayer les éclosions de ces infections dans les pays d'origine et réduiront le risque de propagation de la maladie advenant un attentat bioterroriste.
Mise au point et homologation d'un vaccin pour les bovins contre Escherichia coli O157:H7
La transmission de maladies d'animaux aux humains est devenue une importante source d'infection au Canada, en particulier dans les populations à risque élevé. Il n'existe pour le moment que quelques méthodes de lutte contre ces maladies. La vaccination des populations humaines et animales aurait un impact important sur la sécurité environnementale (p. ex. éclosions comme à Walkerton), les maladies d'origine alimentaire et la diarrhée des voyageurs. Un des principaux objectifs de la recherche menée par le Dr Andrew Potter et son équipe de recherche à VIDO est de produire une famille complète de vaccins contre ces types de pathogènes qui peuvent être utilisés chez les animaux, de réduire la charge environnementale de ces microorganismes et, chez les humains, de prévenir la maladie dans les populations à risque élevé. Pour donner un exemple, l'équipe, en collaboration avec le Dr Brett Finlay de l'UBC, a mis au point un vaccin contre Escherichia coli O157:H7. La technologie a été transférée au secteur privé pour sa commercialisation. On prévoit que le vaccin contre Escherichia coli O157:H7 sera utilisé à grande échelle par les vétérinaires au Canada d'ici deux ans.
Recherche et développement portant sur les adjuvants vaccinaux
Les adjuvants sont des constituants critiques des vaccins : ils amplifient la réponse immunitaire à un antigène et jouent un rôle dans le déclenchement de types spécifiques de réponses immunitaires. Les chercheurs de GlaxoSmithKline ont passé plus de 20 ans à mettre au point des adjuvants qui produiront le type requis de réponse immunitaire à un antigène donné. Par exemple, ils ont testé trois différents adjuvants pour leur vaccin antipaludique, qui est en cours d'essais cliniques. Ils ont également mis au point de nouveaux adjuvants pour des vaccins contre la pandémie de grippe. Un nouvel adjuvant est aussi utilisé dans leur vaccin contre le VPH qui en est aux derniers stades d'évaluation par la FDA.
Au Canada, plusieurs chercheurs ont également travaillé à la mise au point de nouveaux adjuvants. Par exemple, le Dr Denis Leclerc, de l'Université Laval, a amélioré les propriétés adjuvantes intrinsèques de pseudo-particules du virus de la mosaïque de la papaye afin de mettre au point une nouvelle plate-forme vaccinale qui peut déclencher une immunité tant à médiation cellulaire qu'à médiation humorale. Son équipe de recherche et lui-même projettent actuellement d'entreprendre des essais de phase I de leur adjuvant chez les humains. Ils croient que lorsque le nouveau système sera entièrement mis au point, il pourrait être utilisé dans la fabrication d'un vaccin universel contre la grippe et faciliter la conception de vaccins qui déclenchent de fortes réponses immunitaires à médiation cellulaire, réponses qui seront nécessaires dans le cas des vaccins contre l'hépatite C, le VIH et le cancer.
Le Dr Girish B. Patel et ses collègues du CNRC ont mis au point un adjuvant et un système d'administration par voie muqueuse qui fait appel à des lipides polaires archaéaux. Le système réussit efficacement à produire des réponses immunitaires muqueuses et générales de longue durée après vaccination intranasale chez des souris. La technologie est en train d'être évaluée pour voir si elle pourrait être appliquée dans des vaccins pour les humains et les animaux.
Vaccins thérapeutiques contre le cancer
Le premier vaccin thérapeutique pour traiter le cancer humain a été approuvé en Russie en avril 2008, la société américaine de biotechnologie Antigenics ayant reçu l'autorisation de commercialiser Oncophage pour le traitement du cancer du rein. Toutes les entreprises s'intéressant aux vaccins qui ont été interrogées dans le cadre du présent rapport étaient en train de mettre au point des vaccins thérapeutiques contre le cancer, et bon nombre de ces vaccins en étaient au stade des essais cliniques, certains en phase III. Au Canada, sanofi pasteur a un programme de recherche sur les vaccins contre le cancer qui met l'accent sur le mélanome malin et le cancer colorectal, et des efforts sont également déployés contre le cancer du sein. L'entreprise a mis au point des vaccins utilisant des vecteurs modifiés du virus Canarypox (ALVAC) pour administrer des antigènes tumoraux ou d'autres molécules immunomodulatrices, et des essais cliniques de phase II sont en cours au Canada et ailleurs.
Des chercheurs indépendants au Canada effectuent également des études pour mettre au point des vaccins thérapeutiques contre le cancer. Le Dr Jonathan Bramson, de l'Université McMaster, travaille à des vaccins recombinants à base d'adénovirus qui produisent très efficacement une réponse immunitaire contre les antigènes du cancer chez la souris. Son équipe de recherche et lui-même sont également en train de mettre au point des vaccins contenant des cellules dendritiques (type de cellule immunitaire qui stimule l'immunité). Les cellules dendritiques sont prélevées chez des souris, sont génétiquement modifiées pour exprimer des antigènes des cellules tumorales, puis sont transférées chez des souris. Cette méthode déclenche une immunité médiée par les lymphocytes T auxiliaires (qui est nécessaire pour les réponses immunitaires tant à médiation cellulaire qu'à médiation humorale) et stimule une population particulière de cellules tueuses naturelles anti-tumorales. Fort du succès remporté par ces vaccins à base de cellules dendritiques dans des modèles pré-cliniques, le Dr Bramson a collaboré avec des collègues de l'Université McMaster (les Drs Yonghong Wan, Ronan Foley, Bindi Dhesy, Graeme Fraser et Mark Levine) à l'évaluation de vaccins à base de cellules dendritiques dans le cadre d'essais préliminaires chez les humains. Le groupe a mené à bien un essai de phase I/II pour le mélanome malin, démontrant la faisabilité de cette méthode, et un essai similaire a été entrepris pour le cancer du sein.
Points forts de la recherche
Les réalisations décrites dans le présent rapport mettent en lumière les forces actuelles du Canada en recherche. Nous excellons dans la recherche axée sur la découverte initiale, en particulier dans les domaines suivants : identification des meilleurs antigènes à utiliser dans les vaccins contre des agents infectieux et dans le traitement contre le cancer; découverte et mise au point de nouveaux adjuvants et méthodes pour l'administration d'antigènes; étude du système immunitaire afin de susciter certains types de réponses immunitaires et de mettre au point des tests pour évaluer les réponses immunitaires à la vaccination. Nous sommes également avancés dans le domaine de l'épidémiologie, des vaccins destinés à des populations particulières et dans l'évaluation des vaccins. Environ 25 agents infectieux ou maladies infectieuses ont été ciblés dans les réalisations décrites, notamment : grippe, vaccins thérapeutiques contre le cancer, VPH et VIH. Dans le cas de la grippe, du VPH et du VIH, d'importants progrès ont été accomplis, p. ex. découvertes en sciences fondamentales, observations épidémiologiques, mise au point de modèles mathématiques et évaluation de vaccins.
Défis liés aux vaccins et recommandations
La présente section vise à donner un aperçu des défis liés aux vaccins que devra relever le Canada et à présenter des suggestions sur la façon dont l'IMII-IRSC, ses partenaires et d'autres intervenants peuvent relever ces défis. Cette information est tirée des commentaires transmis par des représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins, des chercheurs et des représentants d'organismes de financement en réponse aux questions suivantes :
Questions posées aux représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins :
- Au Canada, sur quels défis scientifiques liés aux vaccins devrions-nous nous pencher?
- Comment l'IMII-IRSC peut-il faciliter les recherches sur les vaccins au sein de votre organisation ou en général à l'intérieur des programmes existants?
- Comment l'IMM-IRSC peut-il aider à convertir les découvertes scientifiques de votre organisation en nouveaux produits ou services de santé de façon à exploiter ces découvertes de façon optimale?
Questions posées aux chercheurs :
- Comment l'IMII-IRSC peut-il vous aider à obtenir plus de succès et à profiter des possibilités existantes?
Questions posées aux représentants d'organismes de financement :
- Au Canada, sur quels défis scientifiques liés aux vaccins devrions-nous nous pencher?
- Comment l'IMII-IRSC peut-il aider à mettre au point de nouveaux produits ou services de santé à partir des résultats de la recherche pour que les vaccins soient utilisés de façon optimale?
Les réponses ont été compilées et classées par catégorie. Comme bon nombre des recommandations ont trait directement aux défis qui ont été cernés, les deux sont présentés ensemble. Les défis et recommandations sont classés de façon à suivre la chronologie du continuum de la recherche et du développement liés aux vaccins (figure 1), les défis touchant la planification de la recherche et la recherche fondamentale figurant avant les défis relatifs à la mise au point de vaccins et aux essais cliniques. Les défis qui ne concernent pas directement la recherche, et les recommandations qui ne se rapportent pas à un défi particulier, viennent en dernier. Le nombre de répondants qui ont formulé un commentaire au sujet du défi ou de la recommandation figure entre parenthèses. (À noter que les chiffres ne sont pas similaires parce que les défis et recommandations ont été décrits dans des réponses à des questions distinctes.)
Défi : Les efforts de recherche doivent être mieux coordonnés (9 répondants)
On compte au Canada un certain nombre d'excellents chercheurs et spécialistes travaillant sur des vaccins dans un certain nombre d'organisations, mais leurs efforts sont fragmentés et il y a en général un manque de communication entre les différents groupes. La décision prise en 2005 de ne pas renouveler le financement accordé au Réseau canadien pour l'élaboration de vaccins et d'immunothérapies (CANVAC), un réseau de centres d'excellence composé de 75 chercheurs, a contribué à cette fragmentation. Elle a eu pour effet d'éliminer un mécanisme d'échange d'idées et de collaboration entre chercheurs. Parallèlement à la nécessité de coordonner les efforts de recherche, il faut déterminer les priorités de recherche pour les cinq à huit prochaines années.
La recherche et le développement liés aux vaccins se portent bien aux États-Unis. La recherche scientifique fondamentale est effectuée aux National Institutes of Health (NIH), et les essais de vaccins sont réalisés dans des unités connexes d'essais de vaccins et des centres d'évaluation de vaccins. De même, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) mènent des recherches sur l'épidémiologie des maladies infectieuses et l'efficacité des vaccins, qui viennent appuyer la recherche et développement liés aux vaccins.
Recommandation : Organiser et animer des ateliers de recherche sur les vaccins et faciliter la communication (13 répondants)
Les IRSC et leurs partenaires devraient organiser et animer des ateliers pour aider les chercheurs et les intervenants dans le domaine de la vaccination à déterminer les lacunes et à établir des priorités de recherche sur les vaccins, promouvoir la collaboration interdisciplinaire et faciliter l'élaboration de programmes de recherche. L'atelier portant sur l'Initiative pour la salubrité de l'eau et des aliments qui a été organisé par les IRSC et leurs partenaires pourrait servir de modèle. Cet événement, décrit comme un succès retentissant par les répondants, a rassemblé des personnes issues d'horizons variés.
Un atelier de recherche sur les vaccins devrait réunir des chercheurs en sciences fondamentales (microbiologistes, immunologistes, vaccinologistes, etc.), des représentants de l'industrie, des experts en santé publique, des cliniciens, des infirmières, des membres du Comité consultatif national de l'immunisation et des représentants gouvernementaux. Vu que l'usage de vaccins pour prévenir et traiter des maladies comme le cancer ne cesse de s'étendre, il faut faire participer aux ateliers et aux discussions des organisations et des personnes qui disposent d'une expertise dans les domaines pertinents.
Les IRSC et leurs partenaires devraient offrir également des occasions d'échange d'information durant les recherches. Une telle mise en valeur des chercheurs et de leurs résultats permettrait aux intervenants, notamment à l'industrie et à d'autres utilisateurs finals, d'en apprendre au sujet des recherches que les IRSC et d'autres organisations financent et les aiderait à identifier les Canadiens qui peuvent fournir des conseils scientifiques dans des domaines particuliers. La tenue d'une base de données qui décrit l'expertise des chercheurs/médecins canadiens et les recherches qu'ils ont effectuées faciliterait également la communication de résultats préliminaires de recherche aux intervenants intéressés.
Recommandation : Promouvoir les liens entre tous les intervenants (8 répondants)
Pour coordonner les efforts de recherche, les IRSC et leurs partenaires devraient promouvoir l'établissement de liens entre les chercheurs, les organisations en santé publique, l'industrie, les utilisateurs finals, les décideurs, les organismes de financement à l'échelle nationale et internationale et avec les organisations internationales qui effectuent des recherches. Par exemple, des groupes comme les IRSC, l'ASPC, SC, l'industrie et d'autres pourraient collaborer à l'identification des sources d'infection et de la morbidité et déterminer la meilleure façon de procéder pour chaque maladie ou menace potentielle. Cette collaboration pourrait prendre la forme d'un consortium s'inspirant de l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH, auquel participent les IRSC, l'ASPC, SC et l'industrie. La collaboration des IRSC et de l'ASPC aux travaux de préparation en vue d'une pandémie de grippe a bien fonctionné et pourrait servir de modèle de pratiques exemplaires pour l'établissement de collaborations. Un répondant a souhaité la résurrection et l'expansion de l'Initiative canadienne sur les vaccins.
On devrait soutenir de façon continue les collaborations scientifiques entre les universitaires et l'industrie, notamment pour les essais cliniques. L'industrie devrait participer aux discussions préliminaires concernant les priorités de recherche sur les vaccins et les besoins. Selon un participant, des discussions de haut niveau entre les directeurs scientifiques de l'IMII-IRSC et l'Institut de la santé de la population et de la santé publique des IRSC et un consortium du secteur public pourraient favoriser les collaborations avec les universitaires et l'industrie.
Recommandation : Créer un réseau de recherche sur les vaccins (3 répondants)
Des répondants ont proposé la création d'un réseau de centres d'excellence pour la recherche et développement liés aux vaccins. On pourrait procéder de façon informelle en fournissant des fonds pour permettre aux chercheurs dans des domaines complémentaires de se rencontrer pour discuter d'un projet. Si le projet est de grande envergure, on aura besoin d'un gestionnaire ou coordonnateur de projet.
La formule idéale serait un centre intégré plus officiel de recherche sur les vaccins qui travaillerait sur tous les aspects de la recherche, notamment la recherche fondamentale, la recherche clinique et la recherche sur la santé de la population et la santé publique, de même que les essais cliniques de phase I-III. Les principaux intervenants actuels, tels que les centres d'évaluation des vaccins à Halifax, à Québec, à Montréal et à Vancouver, le Laboratoire national de microbiologie de l'ASPC et VIDO, pourraient unir leurs forces pour faire avancer l'initiative. Le centre aurait deux mandats : découverte et application.
Défi : Les activités de recherche et développement liées aux vaccins sont coûteuses (4 répondants)
Il en coûte de 750 millions à 1 milliard $ pour mettre au point un vaccin. Même les recherches préliminaires, effectuées tant par les universitaires que par les chercheurs de l'industrie, requièrent l'investissement de millions de dollars et doivent être financées pendant une plus longue période que la subvention de recherche habituelle de trois à cinq ans.
Le marché des vaccins est très compétitif : les entreprises sont préoccupées par le financement, l'achat, la mise au point de vaccins et les délais d'homologation et les coûts. Le fait qu'il s'agisse d'entreprises multinationales fait en sorte que les besoins de pays particuliers, considérés comme une petite part du marché, peuvent ne pas être pris en compte. En outre, les prix des vaccins au Canada ont toujours été les plus bas au monde à cause des achats en vrac, de sorte qu'il est moins attrayant de vendre au Canada. Dans l'ensemble, des vaccins spécifiques sont mis au point par des entreprises en fonction du marché potentiel du vaccin et des profits escomptés. Ainsi, les priorités du Canada n'entrent souvent pas dans l'équation.
Les entreprises ont besoin d'incitatifs pour effectuer des travaux préliminaires de développement et des essais cliniques au Canada. Les crédits fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RSDE) sont utiles, mais insuffisants. Dans bien des cas, il faut l'encouragement d'autres intervenants à l'extérieur de l'industrie. Par exemple, dans le cas de maladies émergentes comme le SRAS, les entreprises peuvent hésiter à élaborer un programme robuste de recherche et de développement pour un vaccin à cause de l'incertitude du marché. De même, des vaccins pour les pays en développement ont plus de chances d'être mis au point s'il existe une collaboration au départ avec le gouvernement, les organismes de financement et l'industrie.
Recommandation : Créer des partenariats avec les organismes de financement, l'industrie, les établissements d'enseignement et le gouvernement afin de promouvoir la recherche et développement liés aux vaccins
Les IRSC ont financé et facilité la création de réseaux, dont le Réseau canadien pour les essais VIH, dans le but de soutenir la recherche, notamment des études cliniques. Les IRSC et d'autres intervenants devraient continuer d'établir des partenariats avec des organismes de financement, l'industrie, des établissements d'enseignement et le gouvernement pour stimuler la recherche et développement liés aux vaccins afin de répondre aux besoins des Canadiens. Par exemple, les IRSC pourraient promouvoir la recherche et développement liés aux vaccins dans le cadre d'initiatives scientifiques et technologiques plus vastes ou d'activités internationales de développement financées par le gouvernement du Canada. Les IRSC devraient également s'associer aux organismes provinciaux de recherche en santé pour le financement d'un programme de recherche concerté. À l'échelle internationale, on assiste à un regain d'intérêt pour la recherche et développement liés aux vaccins. Des initiatives internationales ont aidé à obtenir des fonds de sources nationales. Par exemple, il est peu probable que l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH aurait été lancée sans le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates. Les gouvernements devraient engager des fonds avant l'organisation de visites et l'établissement de partenariats internationaux. En outre, de nombreux chercheurs qui travaillent actuellement à la mise au point de nouveaux vaccins trouveraient grandement utile d'avoir des renseignements sur les réseaux existants et la façon dont ceux-ci pourraient contribuer à l'évaluation clinique de stratégies vaccinales prometteuses mises au point au Canada.
Toutes ces activités de partenariat permettraient d'obtenir des fonds et encourageraient les chercheurs universitaires et l'industrie à concentrer leurs activités de recherche. Elles contribueraient en bout de ligne à la mise au point de nouveaux vaccins et de nouvelles technologies pour le Canada et le reste du monde.
Défi : Il n’existe pas encore de vaccins contre plusieurs maladies importantes (8 répondants)
Les vaccins mis au point au cours du 20e siècle ont été en général assez faciles à fabriquer. Le plus difficile reste à faire. Les répondants ont identifié les maladies et agents infectieux suivants pour lesquels des vaccins sont nécessaires (le chiffre entre parenthèses indique le nombre de fois que la maladie ou l'agent infectieux ont été mentionnés) : virus du Nil occidental (4), Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (3), VIH (3), hépatite C (2), cancer (2), influenza aviaire (2), méningocoque du groupe B (2), virus respiratoire syncytial (1), encéphalite équine (1), peste (1), tuberculose (1), SRAS (1), dengue (1) et prions (1). Pour mettre au point des vaccins, il faut connaître les relations hôte-pathogène, l'immunologie et l'épidémiologie humaines de ces maladies infectieuses et d'autres en émergence.
Il faut également élaborer des modèles animaux adéquats pour tester les vaccins et effectuer des recherches sur les réservoirs animaux et les compétences des vecteurs. Le fait de concentrer l'attention des chercheurs sur l'interface animal-humain et la mise au point de vaccins à usage vétérinaire et de méthodes pour réduire les populations de vecteurs comme les insectes, les arthropodes et les tiques, aiderait à prévenir la propagation des maladies aux humains.
Défi : Des méthodes améliorées de formulation et d’administration des vaccins sont nécessaires (3 répondants)
La formulation et l'administration de vaccins constituent des défis majeurs. Par exemple, il faut effectuer des recherches pour mettre au point des méthodes permettant d'économiser les antigènes, de stimuler différents types d'immunité (p. ex. muqueuse), de vacciner des populations particulières (p. ex. nouveau-nés et personnes âgées) et d'administrer des antigènes (voie intranasale, microparticules ou timbres cutanés). Les nouveau-nés sont un groupe particulièrement important parce que les nourrissons et les enfants reçoivent la plupart des vaccins systématiquement administrés. Des techniques qui sont moins coûteuses et qui facilitent l'administration des vaccins seraient très utiles dans les pays en développement.
On a besoin de méthodes pour moduler la réponse immunitaire à un vaccin, notamment à l'aide de nouveaux adjuvants. Si l'on disposait de meilleurs moyens de déterminer les corrélats de la protection, il serait plus facile d'entreprendre la mise au point de vaccins et des essais cliniques. Des marqueurs indirects de la protection sont nécessaires lorsque des études cliniques d'efficacité ne peuvent être effectuées en raison du caractère hautement pathogène de l'agent infectieux.
La douleur associée à l'immunisation contribue à rendre l'expérience désagréable et ne favorise pas l'observance. On déplore un manque d'essais cliniques sur la douleur causée par les vaccins et sur les façons de moduler l'impact de différentes formulations et de divers anesthésiques locaux. Les connaissances sont en outre limitées en ce qui concerne la façon dont l'environnement physique (le cadre) influe sur la douleur ressentie durant l'immunisation et on connaît peu de choses de la prise en charge de la douleur dans les heures ou les jours qui suivent la vaccination. Il faut aussi élaborer des lignes directrices nationales pour la prise en charge de la douleur et du matériel d'éducation pour s'assurer que les vaccins administrés causent le moins de douleur possible.
Recommandation : Continuer de financer la recherche fondamentale (6 répondants)
Les IRSC doivent continuer de financer la recherche fondamentale, en particulier dans les domaines de la microbiologie, de l'immunologie et de la vaccinologie. La recherche sur les pathogènes est essentielle parce qu'elle permet d'identifier les voies biologiques critiques qui peuvent être ciblées par les vaccins. La recherche en immunologie aidera à déterminer les façons de moduler le système immunitaire et fournira également la technologie de base pour évaluer les corrélats de la protection. L'élaboration de modèles animaux est une tâche qui convient souvent aux chercheurs universitaires étudiant des maladies en particulier. La recherche devrait inclure également des études sur les réponses immunitaires humaines à l'infection. Selon un répondant, la recherche sur les vaccins devrait être incluse dans les offres récentes de financement en immunothérapie, avec un accent mis sur les adjuvants, lesquels sont maintenant reconnus comme aussi importants que les antigènes dans les vaccins. Par exemple, une approche axée sur la biologie des systèmes pourrait être utilisée pour comprendre comment les adjuvants réussissent à modifier la réponse immunitaire durant la vaccination. Des recherches doivent également être effectuées pour déterminer les façons optimales de prendre en charge la douleur durant la vaccination et la façon de communiquer les résultats aux professionnels de la santé de manière à permettre l'application des nouvelles données de recherche en milieu clinique. Un répondant a déclaré que les IRSC devraient concentrer leur attention sur la recherche fondamentale et laisser une bonne part de la recherche appliquée aux organismes bénévoles de santé et aux organismes provinciaux de recherche.
Recommandation : Élaborer et appuyer des initiatives stratégiques de recherche sur les vaccins (4 répondants)
Les répondants étaient heureux que l'IMII-IRSC ait intégré les vaccins dans son plan stratégique, car le financement de la recherche sur les vaccins était insuffisant. Selon un répondant, il faudrait affecter les fonds à deux ou trois domaines où le Canada peut jouer un rôle de chef de file international plutôt que d'accorder de petites subventions dans un vaste éventail de domaines. D'autres pensaient que les IRSC devraient offrir des possibilités de financement stratégique dont pourrait se prévaloir directement l'industrie. Un autre estimait que les IRSC pourraient utiliser les comités existants d'examen par les pairs, choisir les projets de vaccins qui ont obtenu une cote élevée mais ont raté le seuil de financement et offrir l'aide d'un institut (comme l'initiative du VIH/sida) ou demander l'aide de partenaires pour ces subventions. Des initiatives stratégiques des IRSC pourraient être axées sur la vaste infrastructure requise pour financer la recherche de qualité sur les vaccins et peut-être offrir un soutien du point de vue de l'infrastructure pour que des groupes d'application de la recherche dans différentes provinces puissent se rencontrer à des fins de planification stratégique. On pourrait ainsi réduire le dédoublement d'infrastructures coûteuses pour l'application des connaissances dans différentes provinces.
Défi : La population n’est pas assez bien informée sur l’innocuité et l’efficacité des vaccins (7 répondants)
La population s'est intéressée davantage à l'innocuité des vaccins au cours des dix à 15 dernières années. Paradoxalement, le succès remporté par les vaccins constitue une partie du problème. Un grand nombre de parents d'aujourd'hui n'ont jamais été témoins des graves dangers que faisaient courir les maladies infectieuses. Le changement d'attitude et de croyances à l'égard des vaccins s'est opéré en une seule génération. Comme l'a déclaré un des participants : « Mes parents étaient impatients de me faire vacciner contre la polio » . Les professionnels de la santé et les experts en santé publique doivent mieux éduquer la population et, dans certains cas, d'autres dispensateurs de soins en ce qui concerne l'innocuité et l'efficacité des vaccins. Une telle tâche est essentielle car, comme l'a souligné un répondant, « On peut avoir les meilleurs vaccins au monde, mais ils demeureront sur les tablettes si personne n'en veut ».
Recommandation : Appuyer la recherche sur les aspects comportementaux, sociaux et éthiques (8 répondants)
Les IRSC et leurs partenaires devraient financer la recherche portant sur les perceptions de la population en ce qui concerne les vaccins et visant à déterminer les meilleures méthodes pour informer la population. Le Guide canadien d'immunisation produit par le CCNI est un ouvrage très technique de 300 pages. Il faut effectuer des recherches pour transmettre l'information de façon qu'elle soit facile à comprendre et utile pour les professionnels de la santé. Des fonds devraient être offerts pour la diffusion des résultats de recherche. De même, il faut financer les recherches qui tentent de modéliser l'impact des vaccins sur la santé et l'économie et qui sont effectuées de façon indépendante par rapport aux fabricants de vaccins. Dans la même veine, les chercheurs qui étudient les vaccins ont besoin d'information à présenter aux critiques de la vaccination qui les accusent d'être à la solde de l'industrie. Cela suppose la promotion de messages scientifiques pertinents concernant les avantages et l'innocuité des vaccins et des efforts pour dissiper les mythes entourant les effets secondaires de la vaccination. Il faut aussi fournir un cadre éthique aux chercheurs qui effectuent des études sur les vaccins. Les IRSC devraient offrir des fonds aux organisations pour qu'elles puissent communiquer elles-mêmes l'information.
Défi : Il y a un fossé entre la recherche fondamentale et les essais cliniques de phase I/II (4 répondants)
De nombreux chercheurs universitaires restent bloqués assez tôt dans leurs activités de mise au point de vaccins parce qu'ils n'ont pas les ressources, l'expertise, les fonds et, dans certains cas, le goût pour appliquer leurs découvertes dans le cadre d'essais pré-cliniques. Par exemple, un chercheur peut prendre un antigène, l'insérer dans un système d'administration et obtenir une bonne réponse immunitaire chez des souris, mais que faire par la suite? Il reste à franchir un certain nombre d'obstacles parce que le vaccin doit être produit dans des conditions très strictes de BPF pour les essais sur les humains et il faut obtenir une approbation réglementaire. C'est une tâche redoutable.
Pour ce qui est des installations, de nombreux chercheurs n'ont pas accès à des laboratoires de niveau de biosécurité 3 (BSL 3) ou des installations conformes aux BPF. Bien qu'il existe des laboratoires de BSL 3, les chercheurs doivent parfois attendre un an avant d'y avoir accès. Un répondant a déclaré qu'on lui en avait refusé l'accès. Les vaccins pour lutter contre les maladies et les agents infectieux émergents, tels que le virus de l'influenza aviaire, les prions, le virus du SRAS et du Nil occidental doivent tous être manipulés dans des laboratoires de BSL 3, et il faudra probablement avoir recours à une approche multidisciplinaire mobilisant à la fois des chercheurs universitaires et l'industrie. Les chercheurs ont également de la difficulté à avoir accès à des primates non humains pour leurs études.
À ces difficultés s'ajoute l'absence actuelle de mécanismes de financement pour des stades ultérieurs de développement des vaccins. Les vaccins pour le 21e siècle seront difficiles à créer et extrêmement coûteux en raison des défis techniques et des exigences réglementaires rigoureuses avant l'homologation. Actuellement, les chercheurs doivent se rendre aux É.-u. ou ailleurs pour s'assurer que leurs découvertes sont commercialisées. La perte des installations de surveillance de la réponse immunitaire créées par CANVAC a également été un coup dur.
Recommandation : S'associer avec l'industrie pour combler le fossé entre la recherche fondamentale et les essais cliniques (13 répondants)
Si les chercheurs universitaires pouvaient avancer plus loin dans le continuum de la recherche et du développement liés aux vaccins et démontrer le potentiel de leurs découvertes, il y aurait plus de chances que les connaissances scientifiques soient utilisées par l'industrie pour mettre au point des vaccins. Des initiatives stratégiques appuyées par l'industrie pourraient être une solution. Les IRSC devraient permettre à l'industrie de financer une initiative stratégique afin d'accroître la participation de cette dernière à la mise au point de vaccins et faciliter ce processus. L'industrie devrait participer à l'étape de la demande de financement parce qu'elle sait ce qui est nécessaire aux étapes ultérieures.
Le CNRC établit des partenariats efficaces avec l'industrie pour commercialiser les découvertes. Il peut fournir une expertise aux IRSC à cet égard. Selon un répondant, il devrait y avoir une consultation avec les utilisateurs finals et le secteur privé au début des étapes de la recherche et développement. Si l'industrie participe tôt et qu'on peut avancer plus rapidement, il est probable qu'elle sera disposée à poursuivre le projet. Un autre répondant a déclaré que le Canada dispose d'une expertise et des installations nécessaires pour faire des essais pré-cliniques, mais les chercheurs et l'industrie doivent unir leurs forces pour avoir un impact.
Les IRSC devraient également envisager de participer aux phases pré-cliniques de la mise au point des vaccins. Dans le passé, les IRSC ont investi surtout dans la recherche fondamentale, bien avant l'étape où une découverte arrive au stade des essais cliniques de phases I et II.
Recommandation : Offrir des installations et des lignes directrices pour permettre aux chercheurs de faire avancer leurs découvertes jusqu'aux essais cliniques (2 répondants)
Un centre de transition devrait être mis sur pied pour faire passer les découvertes du laboratoire aux essais pré-cliniques. Ce centre devrait disposer de laboratoires de niveau 3 pour tester les vaccins dans des modèles animaux et du matériel pour fabriquer des vaccins conformément aux BPF. Il pourrait aller ainsi jusqu'à l'étape finale de mise au point de vaccins candidats, notamment les essais cliniques de phase avancée. Cette approche attirerait fort probablement des investissements, parce que les travaux auraient été effectués conformément aux BPF. Ces installations pourraient faire partie d'un centre de recherche sur la fabrication de vaccins, ce qui attirerait l'industrie.
Pour certains essais, on doit avoir accès à des installations de production de vaccins de niveau 2 respectant les BPF. Un accès limité existe (p. ex. McMaster) pour la fabrication à petite échelle de lots cliniques de vaccins destinés aux essais de phase I/II au Canada. Ces installations pourraient être intégrées dans un programme national, ce qui éviterait le dédoublement des efforts existants.
Les NIH et la FDA aux É.-U. ont élaboré des lignes directrices et procédures claires pour le lancement d'essais cliniques, et la plupart des essais cliniques de phase I de vaccins sont effectués par ces organismes. L'élaboration de lignes directrices claires et l'existence d'un organe central pour faire avancer l'évaluation clinique des vaccins candidats au Canada faciliteraient aussi grandement l'émergence de nouvelles technologies vaccinales et de nouveaux vaccins.
Recommandation : Créer de nouveaux mécanismes de financement pour combler le fossé entre la recherche fondamentale et les essais cliniques (2 répondants)
Si les IRSC devaient accroître leur aide financière à la recherche translationnelle, il est probable que cela compromettrait la recherche expérimentale fondamentale – ce qui n'est pas acceptable. Une enveloppe financière distincte devrait être créée pour un concours visant à financer les recherches translationnelles. Dans le cas des immunothérapies contre le cancer, par exemple, des partenariats pourraient être créés avec l'Institut national du cancer du Canada (INCC) et d'autres parties intéressées. Pour ces types de subventions, on devrait inviter les chercheurs à fournir dans la demande de subvention un plan d'application des connaissances qui décrit en détail le processus de commercialisation. Ce processus devrait être clairement pris en compte dans le budget et assorti des demandes de fonds nécessaires. Voici par exemple le personnel nécessaire pour commercialiser une recherche : un expert technique qui a de l'expérience dans la mise au point de produits, une personne pour faciliter le processus d'obtention de brevets et peut-être une autre ayant des connaissances en affaires pour gérer le processus.
Défi : Des fonds publics sont requis pour l’étude de nombreuses questions de recherche clinique (5 répondants)
Un grand nombre de questions de recherche clinique sur les vaccins intéressent davantage les services de santé publique et les gouvernements que l’industrie. Par exemple :
- Un moins grand nombre de doses de vaccins sont-elles efficaces?
- Pourquoi la couverture est faible dans certains groupes?
- Serait-il possible de mettre au point des méthodes pour l'administration combinée de vaccins?
- Pourquoi y a-t-il eu récemment un si grand nombre de cas d'oreillons chez les personnes vaccinées en Nouvelle-Écosse?
- Quelle entreprise fabrique le meilleur vaccin contre une maladie donnée?
- Quelle est la meilleure façon de vacciner des populations particulières comme les femmes enceintes, les Autochtones, les personnes infectées par le VIH, les très jeunes enfants et les personnes âgées?
- Quel est le rôle de l'exposition persistante à des agents infectieux présents à l'état naturel dans le maintien de l'immunité?
- Les vaccins sont-ils compatibles et les produits peuvent-ils être interchangés?
- Quel est l'effet à long terme de la vaccination contre le VPH sur les taux de cancer du col utérin?
Des fonds publics doivent être investis dans la recherche afin de répondre à ces questions et à d'autres. Les réponses obtenues aideront les gouvernements et d'autres intervenants à prendre des décisions éclairées concernant l'achat de vaccins et la mise en oeuvre de programmes de vaccination.
En outre, on suppose que le Canada dispose des ressources pour évaluer les vaccins, mais la situation économique de chacun des quatre grands centres d'évaluation est fragile et ceux-ci luttent chaque jour pour leur survie. Cette capacité pourrait disparaître du jour au lendemain. Par exemple, les personnes qui mettent au point des vaccins contre la pandémie de grippe croient qu'elles pourront faire évaluer leurs vaccins par des centres d'évaluation, mais rien n'est acquis. Les études d'évaluation de programme et d'évaluation de l'innocuité effectuées de façon indépendante par rapport aux fabricants de vaccins ont des chances d'être mieux acceptées par la population. Les vaccinateurs ont également besoin de ce type d'information.
Une autre difficulté tient au fait que les essais cliniques sont bien séparés. Les chercheurs ne peuvent passer d'un essai à l'autre sans obtenir un financement continu. Ces arrêts et redémarrages signifient que les équipes doivent être démantelées, puis reconstituées.
Recommandation : Fournir une aide additionnelle et continue pour financer les essais pré-cliniques de vaccins et les essais post-homologation (9 répondants)
Les IRSC devraient envisager de financer la recherche qui porte sur les questions cliniques énumérées. En outre, l'ASPC et les provinces devraient financer conjointement ce type de recherche clinique. Au Québec, par exemple, 1 % des fonds consacrés aux programmes d'immunisation servent à répondre à certaines questions cliniques touchant les vaccins et les programmes d'immunisation. Ce modèle fonctionne bien et devrait être envisagé par d'autres provinces. En fin de compte, c'est le gouvernement qui achète les vaccins et il doit disposer de renseignements exacts pour prendre de bonnes décisions.
Comme le Canada dispose d'excellentes bases de données sur les soins de santé et de bons services de dépistage, les organismes devraient faciliter l'utilisation de l'information ainsi recueillie pour des études de suivi à long terme sur l'efficacité des vaccins. Des centres d'évaluation des vaccins devraient recevoir des fonds pour payer leurs frais de fonctionnement de façon qu'on puisse continuer d'effectuer des essais cliniques. Le Canada devrait également promouvoir le développement des ressources pour la réalisation d'essais cliniques dans les pays en développement. Ceux-ci pourraient ainsi avoir la capacité d'effectuer des essais cliniques de grande qualité sur des vaccins contre le VIH.
Les IRSC (de concert avec l'ASPC) devraient envisager de financer un certain nombre de « centres » pour l'évaluation approfondie d'événements indésirables liés aux vaccins. On devrait pouvoir avoir accès à des fonds pour les imprévus afin d'étudier rapidement les nouvelles allégations d'événements indésirables.
Autres défis
Les répondants ont cité un certain nombre d'autres défis liés aux vaccins au Canada qui ne concernent pas spécifiquement la recherche et débordent donc le cadre du mandat de l'IMII-IRSC. Ils sont énumérés ci-dessous.
Il manque souvent de données à jour et standardisées sur l'épidémiologie et le fardeau de la maladie (2 répondants)
Il faut s'assurer que les méthodes de détection des agents pathogènes sont standardisées dans tous les laboratoires de santé publique et que les décideurs et l'industrie ont accès aux résultats rapidement. Par exemple, pour mettre au point des vaccins contre le méningocoque et la coqueluche, il faut connaître les sérotypes les plus répandus actuellement en circulation; or, il faut attendre trois ans avant que cette information ne soit communiquée. Des renseignements à jour devraient être fournis par le biais d'un registre national d'immunisation de qualité. Le registre du Manitoba/Québec est excellent et pourrait servir de modèle.
L'industrie a de plus en plus de difficulté à effectuer des essais cliniques au Canada (3 répondants)
Dans le passé, le Canada contribuait grandement aux essais sur les vaccins, mais le nombre d'essais a diminué à cause des délais d'approbation du caractère éthique, du temps qu'il faut pour recruter des sujets et des frais généraux. Les entreprises se tournent plutôt vers des pays où des essais de qualité peuvent être effectués à moindre coût et rapidement. Le Canada offre la qualité, mais ne répond pas aux deux autres critères. Par exemple, il a fallu à une entreprise de trois à quatre mois pour recruter au Canada 600 patients pour un essai de vaccin. En revanche, 300 à 400 sujets ont été recrutés en un jour en Pologne parce que les parents n'ont pas accès à des programmes universels de vaccination et veulent faire vacciner leurs enfants. Une façon de garder les essais sur les vaccins au Canada est de coordonner le travail des comités d'éthique pour tous les centres (c.-à-d. avoir un protocole commun). Les essais pourraient ainsi débuter plus rapidement. Il faut actuellement environ huit semaines pour obtenir l'approbation d'un comité d'éthique (dans certaines universités, cela peut prendre jusqu'à six mois). Une attente de quatre semaines serait préférable. Les délais sont cruciaux dans le cas de la grippe saisonnière. Pour accélérer le processus, tous les réseaux universitaires devraient s'adresser à un seul endroit pour faire approuver le caractère éthique de leurs recherches. Il faut attirer un plus grand nombre d'études cliniques, notamment des essais mondiaux sur les vaccins au Canada. Pour ce faire, il faudrait mettre l'accent sur la qualité de nos recherches cliniques, le caractère multi-ethnique de notre population, la robustesse de nos bases de données médicales et notre système universel de santé.
L'industrie a besoin d'un mécanisme d'approbation des vaccins plus rapide et plus transparent (3 répondants)
L'industrie a besoin que les organismes de réglementation effectuent des évaluations de bonne qualité et dans des délais raisonnables. Les recommandations formulées par le CCNI devraient être communiquées en temps opportun et être basées sur des données scientifiques. Le problème est dû en partie au fait que les groupes réglementaires sont sous-financés. De même, les fabricants doivent savoir pourquoi une demande a été rejetée, mais habituellement, aucune raison ne leur est donnée après un refus. Il faut obtenir l'approbation de plusieurs organismes comme le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés, le Programme commun d'évaluation des médicaments et SC, et les entreprises se demandent si cela vaut la peine de faire tant d'efforts pour la petite part de marché qu'elles obtiendront. Les représentants de l'industrie aimeraient également avoir de meilleures relations de travail avec les organismes de santé publique et les décideurs, en particulier les scientifiques et les cliniciens, de façon que l'industrie puisse mieux expliquer les raisons scientifiques sous-tendant les doses et les calendriers vaccinaux recommandés.
Le Canada doit conserver et agrandir ses propres installations de production de vaccins (2 répondants)
Nous ne devrions pas être à la merci d'autres pays pour notre approvisionnement en vaccins. L'autosuffisance sera essentielle en temps de crise lorsque les pays approvisionneront leurs propres citoyens avant d'expédier des stocks de vaccins à un autre pays. Une façon d'y parvenir serait de créer une masse critique de centres de production de vaccins pour attirer les fabricants de vaccins et les grandes sociétés pharmaceutiques.
Il faut harmoniser les programmes d'immunisation à l'échelle du pays (6 répondants)
Plusieurs répondants ont déclaré que les programmes d'immunisation au Canada sont fragmentés; l'éventail de vaccins offerts gratuitement, le calendrier vaccinal et les populations pour lesquelles les vaccins sont indiqués varient d'une province et d'un territoire à l'autre. La structure devrait être plus harmonieuse parce que l'approche actuelle est compliquée et source de confusion. Il est aussi difficile d'immuniser une personne qui déménage dans une autre région. Il serait bon d'élaborer une plate-forme nationale de financement pour les programmes d'immunisation. La Stratégie nationale d'immunisation doit être renouvelée. Le CCNI a besoin d'information à jour sur le fardeau de la maladie. Ses membres devraient avoir une expertise spéciale, notamment une bonne compréhension de l'immunologie, pour prendre des décisions éclairées concernant de nouvelles technologies vaccinales complexes (p. ex. nouveaux adjuvants). Par ailleurs, des efforts devraient être déployés pour garantir un accès équitable aux vaccins existants sous-utilisés.
Recommandations additionnelles
Les répondants ont formulé deux autres recommandations qui n'étaient pas directement liées aux défis concernant les vaccins qu'ils avaient mentionnés. En voici la liste :
Améliorer le processus de demande de subvention, raccourcir les délais d'évaluation et d'approbation (12 répondants)
Les IRSC devraient mettre en place un processus plus rapide de demande et d'évaluation des subventions pour que les recherches puissent être effectuées dans les meilleurs délais. Des réponses doivent être immédiatement fournies dans le cas de certaines questions de recherche, notamment celles qui sont de nature clinique. Selon un répondant, la demande de subvention elle-même devrait être uniformisée et plus conviviale. Par exemple, il lui a fallu beaucoup de temps pour remplir la section sur le CV commun. Un autre estimait que le système actuel de subventions devrait être plus souple, car il est difficile d'obtenir des fonds pour des recherches qui relèvent à la fois du mandat des IRSC et du CRSNG. Par exemple, les chercheurs qui travaillent sur des vaccins pour les animaux contre E. coli O157 ont eu de la difficulté à obtenir de l'argent de l'un ou l'autre organisme. Un répondant a suggéré que les IRSC créent un comité d'évaluation formé d'experts qui comprennent tous les aspects de la recherche sur les vaccins, y compris les projets de recherche transitionnelle. Il a déclaré que l'absence d'expertise au sein des comités existants constitue une source de frustration. Un autre a demandé que le processus d'évaluation soit plus transparent et qu'on s'efforce davantage de communiquer les priorités. Pour ce qui est des programmes particuliers, un répondant croyait que le programme de validation de principe était une bonne façon d'appuyer la recherche translationnelle, mais on devrait accroître le montant des subventions et leur durée pour augmenter les chances de réussite des chercheurs. Les répondants croyaient qu'on devrait éliminer l'exigence de faire approuver les grandes lignes de la demande dans le cadre du programme des essais cliniques des IRSC, car cela ajoute au moins six mois au processus d'approbation des subventions.
Former un plus grand nombre de vaccinologistes et développer une expertise additionnelle dans les domaines scientifique et réglementaire (3 répondants)
Les IRSC offrent un bon programme d'aide à la formation et devraient l'utiliser pour former des personnes dans les domaines de la vaccinologie, des maladies émergentes, de la gestion de la faune en rapport avec les vecteurs de maladies, et dans d'autres domaines liés aux vaccins et aux programmes d'immunisation. Un grand nombre de spécialistes actuels en vaccinologie ont plus de 50 ans, il faut donc former de nouveaux chercheurs et trouver des façons de garder en poste les chercheurs âgés. Pour ce faire, des partenariats pourraient être établis avec des fabricants de vaccins pour créer d'autres chaires dotées et pour payer le salaire d'étudiants, de chercheurs post-doctoraux et de chercheurs débutants. Il faut également former des scientifiques qui ont une bonne expertise dans le domaine réglementaire pour qu'ils puissent formuler des recommandations éclairées à l'intention des décideurs au sein du système de santé. Il faudrait également que des personnes ayant de grandes connaissances scientifiques et une connaissance approfondie des affaires réglementaires puissent faire partie des comités d'évaluation des vaccins, vu notamment que la technologie vaccinale ne cessera de progresser.
Financement
Un certain nombre d'organismes et organisations de financement qui appuient la recherche sur les vaccins ont été identifiés par les représentants d'organisations s'intéressant aux vaccins et les chercheurs (voir l'annexe 4). Nous avons communiqué avec un représentant de chaque organisme et organisation de financement pour lui demander de l'information sur les investissements de son organisation dans la recherche sur les vaccins. On trouvera au tableau 2 le nom des organismes et organisations qui ont répondu, leurs priorités de recherche dans le domaine des vaccins, les montants investis dans cette recherche au cours de l'année financière 2007-2008 et les engagements financiers futurs. Les renseignements présentés dans cette section sont tirés des réponses fournies aux questions suivantes :
- Veuillez fournir la liste des subventions et bourses de recherche sur les vaccins actuellement accordées par votre organisme, en indiquant le montant versé entre le 1er avril 2007 et le 31 mars 2008.
- Votre organisme s'est-il engagé à financer d'autres recherches sur les vaccins? Si c'est le cas, veuillez fournir les totaux annuels.
- Quelles sont les priorités de votre organisme en matière de recherche sur les vaccins?
Tableau 2 : Organisations qui financent la recherche et développement liés aux vaccins au Canada, leurs priorités de recherche, leurs investissements récents et leurs engagements futurs dans le domaine
| Organisme/organisation de financement | Priorités de recherche liées aux vaccins | Investissement pour l'année financière 2007-2008 | Fonds déjà engagés pour l'avenir |
|---|---|---|---|
| Fédéral | |||
| Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) (finance l'infrastructure de recherche dans les établissements, les collèges et les centres hospitaliers de recherche) | Le financement d'activités de recherche dans des disciplines particulières déborde le cadre du mandat de la FCI, mais la recherche en santé est actuellement une des premières priorités. | 684 877 $ (représente 40 % : un partenaire doit avancer une somme correspondante). |
Aucun, mais 440 000 000 $ seront versés au cours des deux prochaines années au Fonds des hôpitaux de recherche (une partie servira sans aucun doute à financer la recherche sur les vaccins). |
| Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) | Priorités stratégiques connexes : Capacité d'intervention en cas de pandémie de grippe, VIH/sida, vaccins pour le 21e siècle, infections émergentes et résistance microbienne |
20 032 276 $ | 2008-2012 : 21 640 858 $ |
| Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC), ministère de la Défense nationale | Nouvelles plates-formes pour une immunisation rapide post-exposition et des vaccins à large spectre. Travaux de perfectionnement, aide pour l'homologation au Canada et constitution de réserves initiales. | 4 040 000 $ | 2008-2010 : 8 500 000 $ |
| Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM), fruit de partenariat entre les IRSC, Santé Canada, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et l'Agence canadienne de développement international (ACDI) | Aucune priorité liée aux vaccins comme telle, mais finance des recherches novatrices qui visent à renforcer les systèmes de santé et à renforcer la capacité mondiale de recherche en santé. | 1 290 678 $ Programme de subventions lancé en 2006 pour renforcer la capacité d'effectuer des essais de prévention de l'infection à VIH. |
2008-2012 : 17 000 000 $ |
| Conseil national de recherches du Canada - (CNRC) | Priorités : adjuvants, immunomodulation et administration des vaccins; stratégies faisant appel à des vaccins glyco-conjugués contre les maladies infantiles; stratégies vaccinales contre les pathogènes intracellulaires. | 5 200 000 $ | 5 200 000 $ par année |
| Provincial | |||
| Alberta Heritage Foundation for Medical Research | Pas indiqué comme un domaine prioritaire. | 250 000 $ | 2008-2012 : 5 000 000 $ |
| Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) | Aucune en particulier. | 2 268 451 $ | Aucun |
| Génome Colombie-Britannique | La recherche sur les vaccins n'est pas une priorité particulière, mais les projets de recherche qui correspondent aux paramètres des concours organisés par Génome Canada ou Génome CB sont les bienvenus. | Non indiqué. | Non indiqué. |
| Conseil manitobain de la recherche en matière de santé | Aucun financement ciblant expressément la recherche sur les vaccins. | 228 930 $ | Aucun indiqué. |
| Fonds de recherche médicale du Nouveau-Brunswick | Aucun | Aucun | Aucun |
| Nova Scotia Health Research Foundation | Pas pour le moment. | 78 325 $ | Aucun |
| Institut ontarien de recherche sur le cancer (IORC) | Finance la recherche sur les vaccins ou d'autres méthodes immunologiques de lutte contre le cancer ainsi que les essais cliniques de vaccins contre le cancer. Les biothérapies constituent l'une des principales priorités de recherche stratégique. Ce programme, dirigé par le Dr John Bell à Ottawa, porte sur les virus oncolytiques et les méthodes d'immunothérapie adoptive du groupe à l'Université McMaster. Finance également un programme de commercialisation qui investit (jusqu'à concurrence de 5 000 $) dans de nouvelles thérapies prometteuses dans le but de créer soit un partenariat avec l'industrie ou une nouvelle entreprise en Ontario. |
1 653 804 $ (Subventions concurrentielles) 3 000 000 $- 4 000 000 $ (Priorité : biothérapies) |
Verse habituellement une ou deux subventions concurrentielles chaque année. Les subventions sont d'environ 500 000 $, étalées également sur trois ans. 3 000 000 $- 4 000 000 $ (Priorité : biothérapies) |
| Saskatchewan Health Research Foundation | La santé publique, incluant les maladies infectieuses, la salubrité de l'eau et des aliments, est l'un des cinq domaines prioritaires de la fondation. | 884 720 $ | Fonds futurs engagés pour la recherche sur les vaccins. La préséance est donnée aux recherches dans un domaine prioritaire, mais il n'y a pas de somme totale annuelle accordée à chaque domaine. |
| International | |||
| Fondation Bill et Melinda Gates | Infections aiguës des voies respiratoires inférieures, maladies diarrhéiques, VIH, paludisme, maladies tropicales négligées et tuberculose. | 4 510 133 $ (Canada) 214 969 511 $ (total) |
2008-2014 : 9 031 422 263 $ (total) |
| Secteur privé | |||
| Dow AgroSciences | Vaccins pour les animaux. Alliance stratégique avec le CNRC et collaborations de recherche avec Plantigen, SemBioSys et Agrisoma. | Confidentiel | Confidentiel |
| Merck Frosst Canada ltée. | Collaboration avec les chercheurs universitaires et cliniciens au Canada en vue de bâtir un corpus de données pour étayer le cycle complet de recherche et développement liés aux vaccins. Comprend des études épidémiologiques et des études de résultats pour établir le fardeau de la maladie au Canada et l'utilisation des ressources en santé ainsi que des études cliniques sur l'innocuité et l'efficacité et des programmes d'évaluation de l'immunisation et de surveillance post-homologation. | Au Canada, 2 125 000 $ et plus pour financer les collaborations scientifiques, les essais cliniques, les contributions en espèces et les projets de recherche dirigés par des chercheurs dans plusieurs domaines thérapeutiques différents liés aux vaccins. | 1 250 000 $ et plus par année |
| sanofi pasteur | 3 800 000 $ | ||
| Wyeth Canada | Au Canada : surveillance continue des pneumococcies invasives et non invasives, et participation continue à une étude mondiale portant sur un nouveau vaccin conjugué contre le pneumocoque. Dans le monde : Vaccins Wyeth met au point de nouveaux vaccins contre les infections à méningocoque du groupe B, Staphylococcus aureus, le VIH, l'hépatite C et Streptococcus ß-hémolytique. | 825 000 $ et plus (financement de chercheurs universitaires, notamment de projets proposés par des chercheurs, deux chaires sur les vaccins et une bourse de recherche). |
695 000 $ à 895 000 $ par année |
Possibilités existantes de financement
On a demandé à des chercheurs de décrire les sources existantes de financement qui leur permettraient de faire avancer leurs travaux de recherche jusqu'à la prochaine étape. La plupart des chercheurs ont déclaré qu'ils comptent présenter une demande aux IRSC pour obtenir une aide financière additionnelle. Ils ont énuméré plusieurs programmes et initiatives au sein des IRSC, notamment : validation de principe, application des connaissances, programmes de subventions d'équipe et Catalyseur, de même que des initiatives ciblées, notamment capacité d'intervention en cas de pandémie et VIH. Les chercheurs comptent également s'adresser à d'autres organismes de financement, notamment : NIH, INCC, CRSNG, Fondation Bill et Melinda Gates et ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec. D'autres chercheurs prévoient créer des partenariats avec le secteur privé. Quelques-uns ont déploré le fait qu'il n'était pas possible de pousser plus loin leurs travaux de recherche à cause de la maigre aide financière accordée à certains domaines comme les essais cliniques, la surveillance ou l'application des connaissances. Un répondant a déclaré que les provinces et les territoires ont décidé d'affecter 2 % des sommes fédérales destinées à la vaccination contre le VPH à la recherche et à l'évaluation de programme et a indiqué que les IRSC seraient l'organisation idéale pour gérer les appels de demandes.
Nouvelles possibilités de financement
Les représentants d'organismes de financement et d'organisations s'intéressant aux vaccins ont identifié de nouvelles possibilités de financement pour la recherche sur les vaccins. Elles sont décrites ci-dessous.
Capacité d'intervention en cas de pandémie de grippe
La préparation à une pandémie de grippe est une priorité de recherche stratégique des IRSC comme de l'ASPC. Ce deux organismes financent déjà des recherches essentielles dans ce domaine. Les IRSC et l'ASPC ont annoncé récemment une nouvelle initiative de financement pour appuyer un Réseau de recherche sur l'influenza. Le réseau effectuera des recherches appliquées en santé publique dans le but de mettre au point et de tester des méthodes permettant d'évaluer rapidement l'innocuité des vaccins candidats contre la pandémie de grippe et les méthodes d'évaluation en population de l'efficacité et de l'innocuité des vaccins après la mise en circulation d'un vaccin anti-pandémique destiné à l'ensemble de la population. L'échéance pour l'envoi de la lettre d'intention était le 1er mai 2008. Voir le site Web de l'IMII-IRSC pour plus de détails sur cette possibilité de financement.
Initiative canadienne de vaccin contre le VIH (ICVV)
Plusieurs possibilités de financement seront offertes dans le cadre de cette nouvelle initiative : l'ICVV mettra l'accent sur cinq domaines :
- découverte et recherche sociale (22 millions $);
- renforcement de la capacité d'effectuer des essais cliniques et réseaux (16 millions $);
- projet pilote de fabrication à petite échelle de vaccins en vue d'essais cliniques (89,1 millions $);
- questions stratégiques et réglementaires; dimensions sociale et communautaire (8,5 millions $);
- planification, coordination et évaluation (3,4 millions $).
Une possibilité de financement d'essais cliniques sur la fabrication pré-industrielle a été annoncée en avril 2008. La date limite pour l'envoi de la lettre d'intention était le 10 juin 2008. Voir le site Web de l'ICVV pour plus de détails sur cette initiative.
Initiative canadienne d'immunisation internationale (ICII2)
Cette initiative a été financée par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) en partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'Organisation panaméricaine de la santé et l'Association canadienne de santé publique. La phase 1 de l'ICII a été amorcée en 1998 et visait à accroître et à intensifier la vaccination systématique de tous les enfants dans le monde. La phase 2 de l'initiative vise à appuyer la recherche en vue d'accroître l'accès aux services d'immunisation et d'améliorer ces services dans des pays jugés prioritaires par l'ACDI. Le programme ICII2 est en train d'être élargi pour inclure Haïti (1 million $ sur cinq ans), et des négociations préliminaires sont en cours pour lancer une phase subséquente de financement, mais les détails concernant les domaines visés n'ont pas encore été dévoilés.
Progrès récents liés aux vaccins
Plusieurs annonces concernant la recherche, le développement et la fabrication de vaccins ont été faites au début de 2008, une fois la partie enquête du rapport terminée.
Pan-Provincial Vaccine Enterprise (PREVENT)
En février 2008, la création de PREVENT, un des 11 nouveaux centres d'excellence pour la commercialisation et la recherche, a été annoncée. Il s'agit d'un organisme sans but lucratif constitué en société qui mènera des essais pré-cliniques et cliniques de validation de principe pour des vaccins candidats prometteurs qui en sont encore à un stade peu avancé. Ce centre commencera à fonctionner au milieu de 2008 et tablera sur l'expertise de VIDO, à l'Université de la Saskatchewan, du Centre canadien de vaccinologie à Halifax et du Centre for Disease Control de l'UCB. En s'associant avec des intervenants canadiens et en assumant le risque lié aux premiers stades de mise au point de vaccins, PREVENT renforcera l'industrie canadienne des vaccins et ainsi favorisera la croissance, les investissements et améliorera notre pouvoir concurrentiel à l'échelle mondiale.
Human Vaccine Challenge Unit de sanofi pasteur au Centre canadien de vaccinologie
De même en février 2008, la Fondation du Centre de santé IWK a annoncé un don de 3,8 millions $ de sanofi pasteur au Centre canadien de vaccinologie : 1 million $ serviront à financer la fin de la construction de la Human Vaccine Challenge Unit de sanofi pasteur au Centre canadien de vaccinologie. On effectuera dans cet établissement des essais cliniques très préliminaires de vaccins candidats. Cette unité de 502 mètres carrés comptera dix lits d'hospitalisation et des chambres d'isolement et permettra le confinement complet de maladies et une surveillance physiologique intégrale. Les 2,8 millions restants serviront à financer une étude canadienne sur l'immunisation maternelle, qui examinera si la vaccination de femmes enceintes contre la coqueluche protégera les nouveau-nés de la maladie.
Réseau canadien de prévention de l'infection à VPH
On est en train de mettre sur pied un réseau canadien de prévention de l'infection à VPH, à l'intérieur du Centre international des maladies infectieuses (CIMI). Au nombre des activités du réseau qui ont été proposées figurent le financement de priorités de recherche sur le VPH, le renforcement des capacités des intervenants s'intéressant au VPH, une aide pour évaluer les stratégies de mise en oeuvre et faciliter l'application des connaissances dans la pratique clinique et au sein de la population. L'objectif général du réseau est d'améliorer la santé des Canadiens en optimisant les stratégies et techniques des maladies causées par le VPH.
Nouvelles installations de recherche de sanofi pasteur à Toronto
En avril 2008, sanofi pasteur a annoncé qu'elle investira 100 million $ dans un nouveau centre de recherche de pointe à son campus Connaught dans le nord de Toronto pour promouvoir l'innovation dans la recherche sur les vaccins afin d'améliorer la santé mondiale. Les sommes investies serviront à la construction d'un centre de 80 millions $, à l'achat de matériel spécialisé de recherche et développement et au financement de postes en recherche et développement au cours des cinq prochaines années.
Subvention à des équipes interdisciplinaires pour la conception et l'administration de vaccins
En avril 2008 également, l'Alberta Heritage Foundation for Medical Research (AHFMR) a annoncé qu'elle accordait une subvention d'équipe interdisciplinaire pour la conception et la mise en oeuvre de vaccins à des chercheurs de l'Université de Calgary, de l'Université de l'Alberta, de l'Université de la Saskatchewan et de l'Université de Toronto. Cette initiative, dirigée par les Drs Anthony Schryvers, Lorne Babiuk et James Kellner, permettra d'étudier la façon dont les bactéries évoluent au sein de la population humaine et par la suite de concevoir des vaccins capables d'assurer une protection contre différentes souches et espèces. Les chercheurs s'appuieront sur une connaissance détaillée de la biologie fondamentale pour cibler des processus essentiels à différentes bactéries pathogènes. Ils amélioreront parallèlement les stratégies d'évaluation des vaccins et mettront au point de nouvelles approches pour prédire l'impact des vaccins.
Conclusion
Le Canada continue d'apporter une importante contribution à la recherche et au développement liés aux vaccins. Ces réalisations ont permis de sauver des vies, de réduire la souffrance humaine, les coûts de soins de santé et à protéger la santé de collectivités tant au Canada qu'ailleurs dans le monde. Il reste encore plusieurs défis à relever dans le domaine des vaccins, mais de nouvelles initiatives de financement très intéressantes et un regain d'intérêt pour les vaccins font en sorte que le moment est bien choisi pour que l'IMII-IRSC lance son initiative de recherche « Des vaccins pour le 21e siècle ». Il est essentiel que le Canada conserve ce nouveau dynamisme en continuant de financer et de développer la recherche fondamentale et clinique sur les vaccins, de promouvoir la mise au point de vaccins et de veiller à ce que le pays maintienne sa capacité de fabrication de vaccins. De nombreux particuliers, organismes et pays devront unir leurs forces pour que cette initiative se concrétise.
Prochaines étapes
Le présent rapport sera largement distribué à tous ceux qui s'intéressent à la recherche et au développement liés aux vaccins ainsi qu'à l'immunisation. À partir de ce rapport, l'IMII-IRSC élaborera un plan d'action et des partenariats pour l'initiative de recherche stratégique « Des vaccins pour le 21e siècle ». Les objectifs de l'initiative sont d'aider à coordonner les efforts de recherche, à promouvoir des liens, à faciliter la recherche et développement liés aux vaccins et à appuyer le transfert des connaissances scientifiques aux gouvernements, aux dispensateurs de soins et à la population. Grâce à ces activités, la recherche et développement liés aux vaccins au Canada franchiront un nouveau pas et contribueront, en bout de ligne, à améliorer la santé et le bien-être des Canadiens et des habitants du reste de la planète.