Réunion canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Réponse du milieu de la recherche à l'éclosion du H1N1

Toronto (Ontario)
8 juillet 2009

Contexte
En avril 2009, les premiers décès attribuables au virus H1N1, une nouvelle souche de la grippe A, ont été signalés au Mexique et aux États-Unis. Le virus s'est rapidement propagé à d'autres pays, dont le Canada. En juin 2009, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a émis une alerte de grippe pandémique de niveau 6, qui signale une pandémie de grippe. En juillet 2009, l'OMS avait recensé près de 100 000 cas d'infection humaine confirmés et presque 500 cas de décès, dont 25 au Canada. Cependant, le nombre réel d'infections pourrait être de plusieurs millions, étant donné que peu de gens subissent un test de dépistage du virus. Le virus, maintenant connu sous le nom de virus pandémique H1N1/09, continue de se propager sur la planète.

Bien que la plupart des personnes infectées manifestent des symptômes mineurs, certaines développent des problèmes respiratoires graves qui requièrent un séjour prolongé aux soins intensifs et le branchement à un respirateur. Dans les pays de l'hémisphère Sud, où la saison de la grippe vient de débuter, les unités de soins intensifs commencent à atteindre les limites de leurs capacités. Cela fait craindre que la hausse des cas d'infection l'automne et l'hiver prochains dans l'hémisphère Nord n'entraîne une surutilisation des ressources.

La réunion en chiffres
Nombre de participants : 185
Nombre d'organismes représentés : 75
Nombre de présentations : 6 en plénière et 40 dans les ateliers
Fonds disponibles pour la recherche sur le virus pandémique H1N1/09 : 1,2 M $
Total du financement pour la recherche sur la grippe pandémique : 40 M

Survol de la réunion
Les fournisseurs de soins de santé et les décideurs subissent de fortes pressions pour que leurs décisions dans le domaine des soins de santé et de la santé publique soient judicieuses et fondées sur des données scientifiques. Pour faciliter ce processus, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Fondation de recherche en santé Rx&D et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) ont parrainé une réunion de recherche d'une journée avec plus de 180 spécialistes canadiens dans les domaines de l'influenza et de la grippe pandémique, le 8 juillet 2009 à Toronto. La réunion avait pour but :

  • de faciliter le partage d'information entre les chercheurs et d'autres spécialistes dans le domaine de la grippe;
  • de stimuler la création de réseaux et de collaborations pour mieux cibler la réponse de la recherche canadienne à la pandémie;
  • de discuter des lacunes des connaissances scientifiques sur le virus pandémique H1N1/09.

La réunion a comporté trois volets : une séance plénière, deux séances de travail en ateliers simultanés et une discussion ouverte.

Sommaire de la réunion
Le Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires
(IMII des IRSC) a ouvert la réunion par un survol de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie (IRSCIP), qui a été créée en 2006 à l'aide de fonds du gouvernement du Canada et d'autres partenaires. L'Initiative a pour but de soutenir et de promouvoir la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie. Bien que sa principale préoccupation ait été jusqu'ici la grippe aviaire H5N1 - qui demeure une menace - l'Initiative a grandement développé les capacités de recherche et devrait permettre au Canada de mieux répondre à la grippe pandémique et saisonnière. Pour coordonner les efforts actuels, l'IMII des IRSC a intégré des spécialistes sur le H1N1 au Groupe de travail de l'IRSCIP. Depuis avril, le Groupe de travail sur l'éclosion du H1N1 se réunit régulièrement par conférence téléphonique et consulte les milieux de la recherche et de la santé publique.

Au cours de la séance plénière qui a suivi, le Dr Frank Plummer, directeur scientifique général de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), au Laboratoire national de microbiologie, a présenté un survol de l'épidémiologie de l'éclosion actuelle et des particularités cliniques de l'infection humaine. Le virus pandémique H1N1/09 est constitué d'une combinaison unique de séquences génétiques similaire à celle des virus de la grippe porcine, humaine et aviaire. Tandis que les personnes de plus de 51 ans semblent bénéficier d'une certaine protection contre le virus, les adolescents et les jeunes adultes sont plus nombreux à développer d'importants problèmes respiratoires dès leur contamination. Le Dr Plummer a présenté un sommaire des principales lacunes des connaissances scientifiques sur le virus pandémique H1N1/09, y compris les raisons expliquant pourquoi un certain nombre de personnes infectées tombent gravement malades et décèdent.

Le Dr John Pasick, du Centre national des maladies animales exotiques de l'ACIA, a ensuite renseigné l'auditoire sur la grippe porcine et l'interface humain-animal. Chez les porcs, les symptômes de la grippe, y compris de celle causée par le virus pandémique H1N1/09, sont généralement légers. Il a souligné que les infections se transmettent du porc à l'humain par la voie nasopharyngienne, et non par la consommation de viande.

Le Dr Ross Upshur, directeur du Joint Centre for Bioethics à l'Université de Toronto, a décrit plusieurs défis éthiques posés par la pandémie, y compris pour la recherche. À ce chapitre, nous avons un urgent besoin d'idées et d'approches innovatrices pour accélérer l'approbation des essais cliniques, permettre la recherche concertée et faciliter le partage des tissus et des données entre chercheurs.

Le Dr Scott Halperin, directeur du Centre canadien de vaccinologie, a parlé du nouveau Réseau de recherche sur la grippe ASPC-IRSC (RRGAI), qui sera chargé de concevoir et de mettre à l'essai des méthodes d'évaluation de vaccins antigrippaux. En particulier, le Réseau s'intéressera à l'efficacité et à l'innocuité des vaccins ainsi qu'à la mise en oeuvre et à l'évaluation des programmes. Il se compose de chercheurs venus de 30 établissements de tout le pays. On avait initialement prévu de développer les capacités sur une période de trois ans, mais le RRGAI accélère maintenant ses activités afin de devenir pleinement opérationnel cet automne, lorsqu'on aura besoin d'un vaccin contre le virus pandémique H1N1/09.

La Dre Danuta Skowronski, médecin épidémiologiste au BC Centre for Disease Control à l'Université de la Colombie-Britannique, a abordé plusieurs questions de recherche en santé publique qui nécessiteront des réponses pratiques à l'usage des travailleurs de la santé dans la gestion de la pandémie. Pour nous attaquer à ces questions, nous devrons aller au-delà de la simple surveillance pour étendre nos efforts aux études cliniques ciblées portant sur des cas témoins. La Dre Skowronski a signalé que la question de recherche actuelle la plus importante est de savoir s'il y a moyen de repérer les personnes les plus à risque de complications sérieuses et de déterminer leur niveau de risque comparatif. Ces connaissances permettraient de cibler efficacement et rapidement les stratégies d'intervention et les traitements.

Dans le cadre des ateliers, qui ont couvert plusieurs thèmes, les participants engagés dans la recherche sur le virus pandémique H1N1/09 ont présenté leurs résultats provisoires et leurs plans de recherche. Les participants ont ensuite discuté de questions requérrant plus de recherche et de moyens possibles de travailler ensemble pour concentrer leurs efforts de recherche sur la pandémie actuelle. Voici les thèmes abordés dans les ateliers :

  • Populations autochtones et H1N1;
  • Biologie du virus, réponse immunitaire et antiviraux;
  • Pathogenèse clinique et prévention des infections;
  • Diagnostic;
  • Particularités épidémiologiques de la propagation, interventions en santé publique et services de santé;
  • Éthique de la recherche et questions éthiques;
  • Modélisation mathématique;
  • Vaccins et adaptation de la réponse immunitaire de l'hôte.

Les stratégies de recherche clés issues de chaque atelier ont ensuite été présentées en plénière dans le cadre d'une discussion ouverte animée par le président de la réunion, le Dr Earl Brown de l'Université d'Ottawa.

Le Dr Singh a conclu la réunion par l'annonce d'une nouvelle possibilité de financement des IRSC pour la création de réseaux et de collaborations entre équipes de recherche sur le virus pandémique H1N1/09. Il est prévu que cet investissement ciblé permettra aux équipes de recueillir des données, de valider des méthodes ou des outils et d'explorer de nouvelles pistes de recherche qui contribueront à combattre et à gérer le virus pandémique H1N1/09. Ces fonds s'ajoutent aux investissements antérieurs des IRSC dans la capacité d'intervention en cas de pandémie. La date limite pour présenter une demande dans le cadre de la possibilité de financement « Subvention Catalyseur : Intervention de recherche en cas d'éclosion pandémique » est le 10 août 2009.