POP nouvelles - numéro 19
Juin 2009
À l'intérieur de ce bulletin
- Message de la directrice scientifique
- Littératie au Canada et la santé
- Conférence annuelle de l'ACSP 2009
- Article sur les Chaires en santé publique appliquée : Dre. Pat Martens
- Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses
- Appel de propositions
- Bourses pour étudiants en santé publique et des populations
- Possibilités de financement
- Atelier d'été 2009 des Centres de collaboration nationale en santé
Message de la directrice scientifique
D'une certaine manière, il semble approprié de dire que les rappels quotidiens concernant le virus de la grippe H1N1 ont servi de toile de fond aux dernières étapes de notre processus de planification stratégique. Plusieurs raisons peuvent le justifier. En raison des communications quotidiennes sur cette menace pour la santé, la santé publique a été au premier plan plutôt qu'à l'arrière-plan de notre couverture médiatique. La vitalité de cette éclosion nous rappelle une fois de plus que nos méthodologies scientifiques doivent correspondre à la complexité inhérente aux problèmes de santé publique, et que notre travail de planification d'intervention en cas de pandémie effectué en coulisse au cours des cinq dernières années fait une différence notable. Ce contexte nous rappelle également la nécessité de conjuguer l'expertise de scientifiques, d'intervenants de première ligne, de dirigeants communautaires et de responsables de politiques afin de contrer les menaces pour la santé publique avec succès. Cela indique l'importance de la participation de partenaires à nos futurs travaux de recherche.
Nous remercions tous ceux qui ont répondu à notre demande de commentaires sur nos priorités de recherche provisoires. Nous avons porté une attention particulière à ces commentaires lorsque nous avons apporté des modifications aux priorités. En avril, les membres du conseil consultatif de l'Institut (CCI) ont indiqué à l'unanimité qu'ils appuyaient les priorités stratégiques. Depuis, nous avons finalisé le plan stratégique et nous procéderons à son lancement à l'occasion de la Conférence de l'Association canadienne de santé publique (ACSP) qui aura lieu prochainement.
Nous aimerions remercier les membres du conseil consultatif de l'Institut de leur précieuse contribution à l'élaboration des priorités stratégiques. Ils ont orienté de façon continue et remarquable le travail de l'Institut. Nous tenons à remercier particulièrement les membres du CCI dont le mandat se terminera à la fin du mois d'août pour leurs contributions. Gilles Paradis a assuré la présidence du conseil consultatif de main de maître. Les contributions de Gilles au conseil et au milieu de la santé publique sont exceptionnelles. Lors de la dernière réunion du conseil, Gilles et ses collègues ont discuté de l'impressionnant travail effectué par le Réseau de recherche en santé des populations du Québec. Gilles ne termine jamais une réunion du CCI sans rappeler la possibilité de publier des articles dans la Revue canadienne de santé publique. Le mandat de vice-présidente de Pat Martens prendra également fin. Nous sommes fiers de présenter une entrevue avec Pat dans ce numéro. Pat, tout comme Gilles, est titulaire d'une chaire en santé publique appliquée de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de notre institut. Elle est aussi la coprésidente scientifique du comité directeur de la conférence de l'ACSP. Elle est intelligente, elle a un esprit pragmatique et elle possède probablement la plus importante collection au Canada de panneaux de signalisation annonçant la traversée courante de chevreuils! Pat comprend très bien la manière de travailler avec des décideurs, comme elle le déclare avec justesse dans l'entrevue : « Les responsables des politiques et les planificateurs présentent les problèmes, et moi je propose des solutions ». David Mowat est l'un de ces responsables des politiques.
Comme il fait partie de l'arène des politiques et qu'il travaille depuis peu en première ligne de la santé publique en tant que médecin hygiéniste de la région de Peel, ses idées ont été extrêmement utiles. Elinor Wilson a grandement contribué au conseil grâce aux postes qu'elle a obtenus. Elle a d'abord été la directrice générale de l'Agence canadienne de santé publique et, récemment, elle est devenue la présidente de Procréation assistée Canada. Elle a fourni de précieux conseils à l'Institut sur les moyens à employer afin d'améliorer les relations entre la communauté scientifique et le domaine des politiques. Jason Robert a été notre représentant en matière d'éthique. Il a toujours apporté un point de vue intéressant sur différentes questions complexes relatives à la santé de la population, et ainsi, a permis d'enrichir les discussions du conseil. Finalement, Michael Wolfson, le plus ancien membre du CCI, a fait ses adieux. Il est difficile d'imaginer une réunion du CCI sans la participation de M. Wolfson. Il a une façon de penser qui sort des sentiers battus, ce qui nous force constamment à voir plus grand et à penser différemment. Une fois de plus, nous remercions tous les membres sortants du conseil pour leurs contributions remarquables. Leur vision, leur sagesse et leur expertise ont permis de façonner le domaine des sciences relatives à la santé publique et aux populations, au Canada et ailleurs.
En septembre, nous accueillerons de nouveaux membres au conseil. Nous aurons le plaisir de les rencontrer à Halifax lors de la réunion conjointe du CCI et du conseil consultatif de l'Institut de la santé des femmes et des hommes.
Entre-temps, nous nous réjouissons de voir bon nombre d'entre vous à l'occasion de la conférence qui aura lieu prochainement à Winnipeg. Le programme scientifique de cet événement est excellent. Ce sera certainement une conférence passionnante.
Littératie au Canada et la santé
Judith Maxwell
Présidente sortante et Agrégée principale
des Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques
À première vue, la récession mondiale semble faire basculer l'équilibre de la politique du marché du travail d'une pénurie de main-d'oeuvre vers une pénurie d'emplois.
En fait, le problème est bien plus complexe et inquiétant pour la santé des Canadiens. Les emplois perdus appartiennent avant tout aux secteurs de la fabrication et de la construction. La plupart nécessitent relativement peu de capacités de lecture et d'écriture. En revanche, les emplois qui exigent davantage de ces capacités sont plus stables et, pour certains, en hausse constante. Nous nous retrouvons donc dans une situation paradoxale où la pénurie de main-d'oeuvre pourrait se poursuivre dans certains métiers, et où le chômage bouleversera la vie de gens ayant un faible niveau d'alphabétisme.
Nous savons que l'accélération des inégalités de revenu va entraîner une détérioration de la santé de la population canadienne. Cela va se constater tout d'abord dans les collectivités que nous desservons, car l'augmentation de l'insécurité alimentaire, des sans-abri et du stress familial se répercute sur le bien-être des adultes et de leurs enfants.
Cette situation est d'autant plus inquiétante que les milliards de dollars annoncés depuis janvier pour stimuler l'économie ne règlent pas le problème sous-jacent, le fait que 42 % des adultes en âge de travailler au Canada n'ont pas les capacités voulues pour prétendre à un bon emploi stable. La plupart de ces personnes peuvent lire, mais elles n'arrivent pas à assimiler le contenu de textes denses afin de résoudre les problèmes – une exigence pour un niveau d'alphabétisme.
Le Conseil canadien sur l'apprentissage estime qu'il y a environ 4,4 millions de Canadiens qui pourraient atteindre le niveau 3 s'ils avaient accès à 40 heures d'enseignement.1 Cela pourrait beaucoup les aider à se qualifier pour un meilleur emploi!
Seulement voilà, le Canada n'a pas un système d'alphabétisation efficace à chaque stade de la vie, de la garderie jusqu'à l'éducation des adultes.2
Le gouvernement fédéral n'a jamais saisi l'importance de l'alphabétisation pour assurer la compétitivité, et les provinces font tout pour éviter l'ingérence d'Ottawa. Les programmes d'alphabétisation communautaires au Canada sont donc morcelés et sous-financés, et il leur manque les infrastructures de base comme un programme éducatif et des normes de perfectionnement professionnel.
La récession n'est pas la seule en cause. La situation va s'aggraver. Le Conseil canadien sur l'apprentissage prévoit également que le nombre de personnes ayant un faible niveau d'alphabétisme en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique va augmenter d'environ 40 % entre 2001 et 2031.3 Avec une telle perspective, tout pays ayant des ambitions économiques ferait de l'alphabétisation un projet national. Nous pouvons et devrions donc faire des pressions en ce sens.
Certaines provinces (la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse pour ne mentionner que ces deux-là) ont commencé à s'intéresser plus sérieusement à l'alphabétisation ces dernières années et ont mis sur pied d'excellents projets communautaires, notamment Passeport pour ma réussite, qui sont en train de transformer la vie des gens.
Pour l'heure, la mobilisation la plus forte contre la pauvreté et l'inégalité au Canada se passe au niveau local, entre autres par l'intermédiaire du réseau Vibrant Communities. Réfléchissons un instant à ce qui pourrait être accompli localement, dans les quartiers défavorisés où tendent à se concentrer les gens ayant un faible niveau d'alphabétisation.4 L'Association canadienne de santé publique et ses partenaires du secteur de la santé cherchent depuis longtemps à promouvoir une éducation en santé. Mais on peut aussi contribuer à relever le niveau d'alphabétisation des travailleurs vulnérables en mobilisant le milieu des affaires, les syndicats, les instances locales, les éducateurs, les philanthropes et les organismes sociaux de première ligne dans sa propre collectivité. Les personnes ayant besoin d'aide sont confrontées à des obstacles personnels qui freinent leur réussite. La plupart n'ont pas le sentiment d'avoir un problème d'alphabétisme et tendent à être rebutées par les ordinateurs.5
Mais elles veulent trouver du travail et elles savent qu'elles ont besoin d'aide. Le niveau d'alphabétisme peut être évalué en offrant des conseils sur l'emploi et un soutien pour la recherche de travail.
Pour inciter ces gens à se mettre à l'apprentissage, il faudra des conseillers bien préparés pour évaluer les besoins, déterminer la formation adéquate et donner aux élèves inquiets l'assurance voulue pour s'engager. Certains auront également besoin d'un soutien financier ou d'une autre forme d'aide comme des services de garde ou de transport.
L'amélioration de l'alphabétisation peut changer la vie des gens et donner de l'espoir à ceux qui sont désespérés. Il s'agit assurément du meilleur investissement qu'une collectivité puisse faire.
Oui, tout est possible!
- Conseil canadien sur l'apprentissage, Lire l'avenir : Pour répondre aux besoins futurs du Canada en matière de littératie, juin 2008
- Judith Maxwell et Tatyana Teplova, Canada's Hidden Déficit: The Social Cost of Low Literacy Skills, Réseau canadien de recherche sur le langage et l'alphabétisation, Stratégie nationale d'alphabétisation précoce, juillet 2007
- Conseil canadien sur l'apprentissage, Lire l'avenir.
- Judith Maxwell, Strategies for Social Justice: Place, People and Policy, Fondations communautaires du Canada, septembre 2006 (anglais seulement)
- Conseil canadien sur l'apprentissage, Lire l'avenir.
Conférence annuelle de l'ACSP 2009
Debra Lynkowski
Chef de la direction
Association canadienne de santé publique
Depuis les années 1800, la santé publique au Canada aide les individus à prendre soin d'eux-mêmes, de leurs familles et de leurs collectivités. « Depuis 1900, l'espérance de vie moyenne des Nord-Américains a augmenté d'une trentaine d'années. Des initiatives de santé publique ont permis de gagner plus de 25 de ces années, et les avancées médicales n'y ont été que pour moins de quatre ans. » (B. J. Turnock, « Public Health: What it is and How it Works »)
La recherche a été à la base de ces avancées, et elle joue un rôle crucial à la conférence annuelle de l'Association canadienne de santé publique (ACSP).
La conférence annuelle de l'ACSP est le plus grand rassemblement national canadien de chercheurs, de praticiens, de responsables des politiques, d'universitaires, d'étudiants et d'intervenants d'une gamme de disciplines et de secteurs. Depuis quelques années, l'ACSP tient la conférence en collaboration avec l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada, l'Initiative sur la santé de la population canadienne et l'Agence de la santé publique du Canada. La conférence est également organisée avec le concours de l'association de santé publique locale (cette année, l'Association de santé publique du Manitoba) et, depuis peu, les Centres nationaux de collaboration en santé publique. Cette collaboration continue offre une possibilité unique d'échange de connaissances, ancrée dans un programme scientifique de haut calibre.
Un des principaux objectifs de la conférence est de fournir une tribune pour présenter la recherche, les politiques et les pratiques innovantes, et apprendre d'elles. C'est aussi une occasion de mettre en avant des stratégies et des programmes qui renforcent la capacité en matière de santé des populations et de santé publique à tous les échelons, et de tirer parti du potentiel des partenariats et de la collaboration intersectoriels.
Du point de vue du chercheur, la conférence est le forum idéal pour un dialogue instructif. Les responsables de politiques et les praticiens sont impatients de connaître les plus récentes avancées en recherche, et les preuves qui sous-tendent leurs efforts au niveau de la politique ou des interventions concrètes sur le terrain. En même temps, c'est une occasion unique pour les chercheurs d'être mis au courant des défis et des succès dans la pratique et la politique actuelles, ce qui aide à éclairer et à guider la recherche future.
À la base de sa réussite, la santé publique au Canada a créé et renforcé nombre de partenariats avec le secteur de la santé et au-delà de celui-ci. À son mieux, la santé publique comble les manques au niveau de la communication et de l'action. La conférence annuelle est le forum idéal pour éliminer les cloisonnements qui peuvent empêcher une réponse intégrée, coordonnée et éclairée aux défis critiques d'aujourd'hui en matière de santé publique. Et, ce qui n'est pas moins important, la conférence est un lieu de rencontre où amis – anciens ou nouveaux – partagent leurs succès et leurs luttes. C'est une occasion de réfléchir et de se renouveler.
En renforçant encore les liens entre la recherche, la politique et la pratique, les soins cliniques et la santé publique, nous créerons une approche en mosaïque de la santé et du bien-être des populations, au profit des Canadiens. Voilà ce qu'a toujours été la santé publique et ce que nous faisons de mieux.
Article sur les Chaires en santé publique appliquée : Dre Pat Martens
La Dre Patricia Martens (PM) est récipiendaire d’une des 15 chaires de recherche appliquée en santé publique financées par l’Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada (ISPP des IRSC), l’Agence de la santé publique du Canada et d’autres partenaires. Elle est également directrice du Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba, chercheuse scientifique principale et professeure agrégée à l’Université du Manitoba. Steven Lewis (SL) l’a interrogée sur ses activités de recherche et d’application des connaissances.
SL : Le Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba est très connu pour ses travaux de recherche sur les services de santé. Qu’est-ce qui vous a incitée à poser votre candidature pour une chaire de recherche appliquée en santé publique?
PM : On pense, à tort, que le Centre du Manitoba s’occupe uniquement de recherche sur les services et les politiques de la santé (SPS); mais il traite également de questions ayant trait à la santé publique et aux populations (SPP), et met notamment l’accent sur les déterminants sociaux de la santé. Cette optique « hybride » caractérise le travail que j’effectue auprès des autorités régionales de la santé et des autres parties prenantes. Je me perçois comme un point de jonction entre SPS et SPP. Les données dont nous disposons au Centre permettent de faire des analyses qui couvrent tous ces domaines. J’ai aussi été attirée par l’optique « appliquée », qui a des implications directes pour la politique et la mise en pratique de la santé publique. Elle fait partie intégrante de ma conscience et s’inscrit dans ma mission personnelle comme chercheuse. Je pense qu’il s’agit d’une optique commune à toutes les chaires de santé publique. Il doit y avoir eu un processus d’autosélection chez les candidats à ce concours car un grand nombre de mes collègues qui sont titulaires d’une chaire étaient déjà naturellement en contact avec les décideurs. Notre centre est aussi connu depuis longtemps pour collaborer avec les autorités régionales de santé et pour intégrer l’application des connaissances dans ce que nous faisons. L’Équipe qui a besoin de savoir est un bon exemple. Nous tenons compte des besoins des décideurs pour formuler nos questions de recherche, et pour analyser et interpréter les données que nous recueillons.
SL : Vous êtes titulaire d’une des 15 chaires. Parlez-moi de ce réseau et des avantages que vous en avez tirés jusqu’à maintenant.
PM : J’avais la chance de connaître déjà environ la moitié des chaires grâce aux contacts favorisés par l’Institut de la santé publique et des populations, notamment son conseil consultatif et les ateliers des étés précédents. Le pays est petit et un certain nombre d’entre nous a déjà collaboré d’une façon informelle et continue à le faire. Par exemple, je vais sans doute travailler avec Jim Dunn une fois que le Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba aura validé nos nouvelles données sur le logement social. Il y aura beaucoup d’occasions d’enquêter sur le rôle du logement et de la santé, et de concevoir des méthodes permettant de répondre à une foule de questions. Pourquoi y a-t-il de la résilience dans certaines régions et pas ailleurs? Que peut-on tirer des données longitudinales afin d’étudier les effets des interventions au niveau du logement sur les résultats à long et à court terme pour la santé ou l’éducation?
SL : Qu’est-ce qui vous a le plus étonnée dans votre travail jusqu’à présent?
PM : J’ai été étonnée de constater combien il est important de faire ressortir les différences entre les effets sur la population et au niveau individuel et par le besoin d’améliorer les connaissances en la matière. Nous ne devrions pas négliger les petits effets s’ils peuvent entraîner un changement dans la population comme l’a conçu [le célèbre chercheur Geoffrey] Rose. Mais comme la plupart des effets sont mesurés au niveau individuel, l’optique tend à se situer là. Les risques relatifs et les rapports de cotes sur le plan individuel peuvent sembler modestes mais être dramatiques au niveau de la population. La chaire de recherche appliquée en santé publique me donne la crédibilité voulue pour parler de ces questions à un large éventail d’auditoires dans les milieux de la recherche et des politiques.
SL : Ces 20 dernières années, de nombreux rapports ont appelé à délaisser les soins de santé en aval – une optique évidente du « travail de jour » – au profit des facteurs en amont qui affectent la santé. Comment pour faire en sorte que les choses se déroulent davantage en amont?
PM : C’est moi qui négocie les résultats attendus pour le Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba et je peux confirmer que Santé et vie saine Manitoba s’intéresse aux questions en amont. Une fois que les données sur le logement social ont été versées dans la logithèque de référence, le ministère a vraiment cherché à connaître l’impact des différentes formes de logement sur les personnes qui souffrent de maladies mentales. Les chercheurs du Centre, comme Mar-ni Brownell et Noralou Roos, ont été les premières à mener des recherches avant-gardistes sur les effets que l’éducation pendant l’enfance et l’adolescence a sur la santé.
SL : Quand pensez-vous que notre compréhension des déterminants sociaux de la santé va se traduire par des mesures concrètes?
PM : Je pense que mon rôle en tant que titulaire d’une chaire de santé publique va consister notamment à être très visible dans des secteurs en dehors de la santé et à poser des questions sur la santé et les impacts économiques des interventions sur la santé publique. Les politiciens finissent par être touchés par l’opinion publique. Quels sont donc les messages sur la santé de la population qui trouvent un écho dans le public? Comment faisons-nous pour que le public comprenne l’importance d’observer la réalité en amont pour réduire les inégalités? Malheureusement, les gouvernements sont souvent plus à l’aise avec des approches intermédiaires comme l’éducation (brochures, annonces publicitaires, etc.), qui mettent l’accent sur le changement de comportement individuel. Nous devons mettre le public à l’aise, en mettant en commun la recherche, pour montrer que les grands changements de politiques (comme le fait d’adopter des lois interdisant de fumer dans les lieux publics plutôt que de se contenter de dire aux gens que fumer est mauvais pour la santé) sont vraiment nécessaires pour avoir une population en santé. J’ai lu dernièrement Nudge: Improving decisions about health, wealth and happiness (Thaler et Sunstein, 2008), qui se veut une approche américaine du paternalisme libertaire. Les auteurs laissent entendre que nous devons aider le système. Il s’agit d’un excellent livre qui permet aux personnes plus conservatrices de comprendre ce qui est admis depuis longtemps dans le milieu de la santé publique : c’est en amont que les choses se passent et nous devons intégrer dans nos systèmes ce qui permet aux gens et à la société de faire facilement le bon choix. Nous devons en finir avec notre vision courte, être créatifs et avoir pour cela de bonnes données.
SL : Sans doute, mais les avantages à long terme sont nettement dévalorisés. Nous semblons davantage vouloir obtenir un IRM rassurant que mener des interventions dont la population pourrait bénéficier par la suite. Que répondez-vous à cela?
PM : C’est la raison pour laquelle nous devons faire une bonne recherche sur les services de santé pour montrer à la population quels sont les facteurs socioéconomiques. Nous avons montré dans notre étude de 2002 sur les Premières nations que le revenu des ménages moyens avait un lien réel avec les taux de diabète, mais que l’accès à des soins de santé permettait mieux de prédire les conséquences négatives du diabète, c.-à-d. l’amputation des membres inférieurs. Je travaille actuellement avec la Manitoba Métis Federation (MMF) à la préparation d’un « atlas » similaire consistant à relever les différences au niveau de la population. Ce travail donne des résultats non intuitifs sur les zones géographiques cruciales et les lieux de résilience. La MMF mène des consultations communautaires afin de planifier des interventions adaptées à différents contextes sociaux. Cet exemple permet d’illustrer l’intérêt d’utiliser des données épidémiologiques en lien avec la planification des interventions.
SL : Avec quel spécialiste de la santé de la population aimeriez-vous particulièrement partager un repas?
PM : Avec Geoffrey Rose et John McKinlay, ce dernier ayant admirablement bien écrit sur les travaux de G. Rose. Les deux ont profondément influencé ma réflexion. En ce qui concerne les autres sommités, j’ai eu le plaisir de partager un repas avec le professeur Sir Michael Marmot et il se pourrait que nous collaborions à une étude sur les inégalités en matière de santé. J’aimerais beaucoup m’entretenir avec ces personnes à propos de l’arme à double tranchant qu’on crée en voulant changer les populations, car certaines parties de la population s’améliorent plus vite et il en résulte une distribution bimodale avec des « laissés pour compte ».
SL : Pourquoi devrait-on se préoccuper de ceux qui se situent dans le quintile supérieur? Ne devrait-on pas axer nos dans les deux quintiles inférieurs grâce à des programmes ciblés? N’est-ce pas en fait une question de redistribution de la richesse?
PM : Il s’agit d’obtenir l’appui des gens, y compris les riches. Il y a aussi les stratégies que nous employons pour obtenir des avantages sociétaux. En ce qui concerne l’interdiction de fumer dans les endroits publics, cette mesure visait tous les citoyens. Nous savons également que les hausses de taxes ont eu plus d’impact sur la population que les campagnes d’éducation de masse. Mais je ne prétends pas avoir réponse à toutes les grandes questions de pol-tiques. Par exemple, nous venons de terminer une étude intitulée « What Works ». Dans un des chapitres, nous avons examiné les taux d’initiation de l’allaitement afin de voir ce qui influençait véritablement la diminution des inégalités à Winnipeg. Curieusement, nous avons constaté que le lancement de l’intervention nationale et provinciale auprès des femmes à faibles revenus (Programme canadien de nutrition prénatale en milieu urbain) a entraîné une nette augmentation qui a réduit les inégalités dans les taux d’initiation. Nous avons aussi analysé les taux d’allaitement en utilisant la modélisation de la régression pour contrôler les facteurs de risque individuels, question de voir s’il y avait un effet régional ou hospitalier. Dans le cas de deux autorités de la santé régionales et de trois hôpitaux, nous avons constaté un impact sur les taux d’allaitement (il se trouve que ces régions et hôpitaux étaient les plus proactifs au chapitre des activités visant à promouvoir, à soutenir et à protéger l’allaitement, et s’alignaient sur l’OMS et l’UNICEF ainsi que leurs initiatives Allaiter votre bébé). Les politiques peuvent faire une différence au niveau de la population! Je me demande parfois quel est mon domaine d’expertise. J’ai décidé que j’étais une généraliste qui fournit le coffre à outils de l’épidémiologie pour la prise de décisions. Vous pouvez avoir les outils pour l’épidémiologie, les perspectives sur la santé de la population et une volonté réelle d’écouter les décideurs et les planificateurs afin de décider des questions importantes à aborder (comme nous le faisons avec le gouvernement provincial et le Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba, ou les autorités régionales de la santé dans l’Équipe qui a besoin de savoir). J’apporte mon coffre à outils et eux donnent le contexte. Il s’agit d’un formidable modèle de collaboration.
SL : Quel endroit dans le monde vous semble idéal en ce qui touche la santé publique et des populations?
PM : Le Manitoba
SL : Sérieusement, n’y a-t-il pas des pays qui donnent l’exemple pour ce qui est de la lutte contre les inégalités? N’est-ce pas le cas des pays scandinaves?
PM : En effet, mais en partie seulement pour ce qui est des initiatives en matière d’allaitement. J’ai été très impressionnée par le travail sur les inégalités en matière de santé mené au Royaume-Uni. Au Canada, nous sommes doués pour lancer des initiatives mais nous ne semblons pas les mener à bien. Je pense que cette chaire va nous permettre de mettre davantage l’accent sur les solutions étayées par des preuves au niveau de la population.
SL : Mais est-ce que nous n’en savons pas assez pour avoir une bonne politique sociale?
PM : Peut-être que oui, mais nous avons tous un travail à accomplir. Le mien, en tant que chercheuse, consiste non seulement à fournir des preuves mais aussi à faire en sorte que ces preuves soient utilisées pour l’élaboration des politiques et pendant la planification. Je dois donc m’assurer que nos recherches sont compréhensibles et pertinentes, et que nos interlocuteurs peuvent s’en servir. Nous devons tous appuyer systématiquement les politiques basées sur des preuves.
SL : Est-ce que les établissements universitaires récompensent ce genre de recherches?
PM : Je ne peux parler pour tous les établissements du pays, mais les choses changent à l’Université du Manitoba où l’interdisciplinarité et l’application intégrée des connaissances sont reconnues comme étant d’égale importance. Bien entendu, je fais partie d’un département formidable (Sciences de la santé communautaire) qui a compris cela depuis longtemps. Ce genre de recherches est assurément récompensé au sein de notre faculté de médecine.
SL : Quels sont vos projets immédiats?
PM : J’attends une réponse à une demande de bourse de la Fondation canadienne pour l’innovation, qui nous permettrait d’ajouter des données sur la justice dans la logithèque de référence et d’offrir des possibilités intéressantes au chapitre des déterminants sociaux de la recherche sur la santé. Je fais aussi beaucoup pour améliorer l’accès à la logithèque qui est hébergée dans celle du Centre d’élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba.
Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses
Dre Margaret Fast
Directrice scientifique
Le personnel du CCNMI
Quand le gouvernement fédéral a créé l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) en 2004, il a également mis sur pied six centres de collaboration nationale (CCN) en santé publique. Le rôle de ces centres consistait à promouvoir et à soutenir l’utilisation des connaissances et des preuves par les praticiens de la santé publique partout au Canada en développant la collaboration dans et entre les établissements, les disciplines et les territoires, le tout s’inscrivant dans une vaste stratégie pour doter le pays de compétences en santé publique.
Situé à Winnipeg, le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses (CCNMI) est hébergé par le Centre international des maladies infectieuses. Il existe au Canada un certain nombre de personnes, d’organisations et d’organismes qui s’intéressent aux différents aspects des maladies infectieuses et qui possèdent une expérience et un savoir-faire considérables dans ce domaine. L’apport unique du CCNMI réside dans son approche par la santé publique des maladies infectieuses dans un contexte de synthèse et d’application des connaissances. Le CCNMI fait appel à l’expertise régionale, nationale et internationale, et il complète l’apport de nombreux autres particuliers et organismes du système de santé publique, notamment l’ASPC, les gouvernements provinciaux et territoriaux, des universités, des organisations non gouvernementales et des professionnels de la santé publique.
Les liens avec les cinq autres CCN – déterminants de la santé, santé des Autochtones, politiques publiques de santé, santé environnementale, et méthodes et outils – et le CCNMI de même que le soutien de ces entités fournissent également des occasions uniques d’adopter des approches innovatrices pour la prévention et le contrôle des maladies transmissibles.
Le processus de définition et de sélection des sujets pour l’application des connaissances consiste à faire des analyses de l’environnement, à consulter des leaders et des praticiens de la santé publique, et à avoir des entretiens avec le conseil consultatif du CCNMI. On s’intéresse surtout à l’importance des sujets pour la santé publique, aux lacunes dans les connaissances et leur application, et à la valeur ajoutée par le CCNMI.
Principaux sujets reliés à l’application des connaissances :
- Prévention des infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS), en particulier le VIH/sida
- Diminution du fardeau de la résistance antimicrobienne associée à la collectivité
- Soutien des compétences en santé publique dans les régions septentrionales et éloignées
- Intégration des nouvelles technologies en santé publique
Le CCNMI reconnaît également que les agents pathogènes émergents et réémergents (p. ex. zoonose, tuberculose) sont particulièrement menaçants au Canada, et il essaie de voir si et comment le Centre peut jouer un rôle pour combattre ces maladies. Le modèle d’application des connaissances utilisé par le CCNMI met l’accent sur la synthèse des connaissances, qui comprend un examen des preuves – explicites et tacites – et la consultation de spécialistes; l’échange de connaissances grâce à des tribunes et des réseaux hébergés par le CCNMI; et le renforcement des capacités qui se fait actuellement au moyen d’un site d’apprentissage du CCNMI. Les approches stratégiques pr-ses en compte dans ce modèle sont la politique, le programme, la pratique et le partenariat.
Initiatives récentes :
- Les produits sur les connaissances créés par le CCNMI comprennent huit examens des preuves résumant les dernières preuves disponibles sur des sujets spécifiques ayant trait à la prévention du VIH. D’autres examens des preuves sont en cours de conception. En réponse à une recommandation formulée dans le cadre d’une tribune et en partenariat avec un comité consultatif représenté à l’échelle nationale, le CCNMI est en train de préparer un guide de sensibilisation à la prévention du VIH et des ITSS au sein des populations vulnérables. Le Centre facilite également l’élaboration de trois vastes examens commandés qui sont reliés aux interventions menées dans la population relativement à la santé publique humaine et vétérinaire pour réduire la résistance antimicrobienne (hors du contexte hospitalier) au Canada.
- Quatre tribunes nationales ont été tenues avec des partenaires et des parties prenantes sur différents sujets reliés aux VIH/sida et aux ITSS, en mettant l’accent sur les programmes de prévention. Le CCNMI a également organisé une consultation et une tribune dans les Territoires afin de faciliter l’échange de connaissances sur les priorités associées aux maladies transmissibles et les stratégies en termes de nouveaux programmes pour les communautés nordiques et éloignées. Plusieurs réseaux en ligne ont été créés à la suite de ces rencontres et sont en cours d’évaluation.
- Ces tribunes ont également permis de mettre sur pied le site d’apprentissage pour la prévention du VIH et des ITSS, en collaboration avec le personnel du Boyle McCauley Public Health Office d’Edmonton. L’évaluation et les améliorations permanentes de ce site seront propices à une synthèse et un échange de connaissances visant à améliorer les programmes de prévention du VIH et des ITSS partout au Canada.
Le CCNMI soutient plusieurs initiatives de l’ASPC, en particulier des mesures s’inscrivant dans la prévention des ITSS et une approche nationale de la résistance antimicrobienne. Il continue également de participer à l’Atelier d’été annuel des CCN en santé publique, et tous les CCN vont collaborer à un projet associé aux petits réseaux aquatiques au Canada.
Finalement et bien que le CCNMI s’intéresse surtout aux maladies infectieuses, nous reconnaissons qu’il faut nous préoccuper des forces sociales, culturelles et économiques qui contribuent à créer de profondes disparités sociétales en minant la santé des sous-populations vulnérables. Il s’agit sans doute du plus important défi pour tous ceux et celles d’entre nous qui se soucient de la santé de la population.
Appel de propositions
L'Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM) appuie l'exécution de recherches en santé ainsi que l'utilisation de leurs résultats dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI). Le programme CIII2-Ha? soutient les activités de recherche opérationnelle dans le but de renseigner le processus décisionnel, produire des évidences scientifiques, favoriser une meilleure compréhension des questions relatives à la vaccination, encourager et soutenir des approches novatrices pour vacciner les groupes difficiles à toucher, renforcer les partenariats de recherche et développer des capacités de recherche. Le but de cet appel à propositions est de subventionner des recherches opérationnelles sur les thèmes suivants:
- Aspects liés à l'offre de services
- Aspects liés à la demande de services
- Modélisation économique/épidémiologique/statistique
Les questions d'éthique, d'équité et de genre font partie intégrante de ces subventions et doivent être prises en considération par tous les candidats. Dépôt des lettres d'intention : 29 juin 2009
S.V.P. visitez leur site Web pour obtenir de plus amples renseignements sur ce programme.
Bourses pour étudiants en santé publique et des populations
L'ISPP, en partenariat avec l'Association canadienne de santé publique (ACSP), l'Initiative sur la santé de la population canadienne (ISPC) et l'Agence de santé publique du Canada (ASPC) sont heureux d'annoncer les résultats de 2008 du Programme de bourses pour étudiants Dr John-Hastings de l'ACSP, du Programme de bourses pour étudiants en santé publique et des populations (SPP) et du Programme de bourses de déplacement pour étudiants. Les résumés de recherche retenus abordent divers aspects de la recherche en SPP, des politiques et de la pratique, en relation notamment avec le thème de la conférence : « Vers une réduction des inégalités en santé par la recherche et l'action », et les volets de la conférence portent sur les gens, les lieux et la modification des systèmes.
Bourse pour étudiant Dr John-Hastings: Mme Marianne Paquet, étudiante au doctorat à l'université de Montréal. La bourse d'études Dr John-Hastings de l'ACSP est offerte à un candidat retenu pour le meilleur résumé.
Bourses pour étudiants au doctorat en SPP: Mme. Amanda Ritchie, Université de Toronto et Mme Jennifer Cushon, Université de Saskatchewan.
Bourses pour étudiants à la maîtrise en SPP: Mme. Ashley Heaslip, Université de Toronto et Mme. Tamara Cohen, Université McGill.
Il s'agit de la sixième année du programme de bourses, qui vise à reconnaître l'excellence dans la recherche en santé publique et des populations au niveau de la maîtrise et du doctorat au Canada. En plus de recevoir un prix en argent, les récipiendaires auront la possibilité de présenter leur recherche à la conférence annuelle et de voir leur recherche publiée dans un cahier spécial de la Revue canadienne de santé publique.
Bourses de déplacement pour étudiants à la conférence de 2009 de l'ACSP: Pour la troisième année, l'ISPP et ASPC ont cocommandité le programme de bourses de déplacement pour étudiant à la conférence de l'ACSP. Un total de 15 bourses de déplacement ont été offert cette année.
Possibilités de financement
Venez visiter le site Web de l'ISPP en juin pour une liste des nouvelles possibilités de financement offertes par l'Institut.
Atelier d'été 2009 des Centres de collaboration nationale en santé
Des connaissances pour du changement
Du 7 au 9 juillet 2009 - Château Mont-Sainte-Anne, Québec
L'Atelier d'été 2009 présente un programme intéressant qui allie ateliers pratiques, conférences plénières et occasions de réseautage. Vous y ferez le plein de connaissances et d'outils pratiques pour les praticiens, les décideurs et les chercheurs en santé publique.
Parmi les conférenciers invités, nous retrouvons Marleen Bekker, Jacques Bourgault, Roz Lasker, Brint Milward, Mathieu Ouimet, André Picard, Janice Popp, Louise Potvin et Kelly Skinner. Ces derniers se joindront à plusieurs personnes-ressources affiliées avec les Centres de collaboration nationale afin de partager leur expertise liée à l'utilisation des réseaux et à la compréhension des interactions entre la recherche, les politiques et la pratique en santé publique.
Ils traiteront aussi des diverses façons de rendre accessible la recherche au public.
L'inscription en ligne est présentement ouverte. Les places sont limitées et la date limite pour s'inscrire à la préconférence est le 1er juin, faites vite!
L'Atelier d'été sera un événement bilingue. La traduction simultanée sera disponible pour tous les ateliers et toutes les plénières. Pour en apprendre plus sur l'événement, visitez leur site Web.