Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Réponse de la recherche à l’éclosion de la grippe H1N1

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8 juillet 2009
Hôtel Sheraton Gateway
Toronto (Ontario)

Table des matières

Résumé
Aperçu de la réunion
Contexte
Mot de bienvenue et d’ouverture
Séance plénière

Ateliers
Discussion ouverte : Favoriser la recherche
Mot de la fin
Évaluation de la réunion par les participants
Annexes

Résumé

En avril 2009, les premiers décès attribuables au virus H1N1, une nouvelle souche de la grippe A, ont été signalés au Mexique et aux États-Unis. Le virus s’est rapidement propagé à d’autres pays, dont le Canada. En juin 2009, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a émis une alerte de grippe pandémique de niveau 6, qui signale une pandémie de grippe. En juillet 2009, l’OMS avait recensé dans le monde près de 100 000 cas d’infection humaine confirmés et presque 500 cas de décès, dont 25 au Canada. Cependant, le nombre réel d’infections pourrait être de plusieurs millions, étant donné que peu de gens ont subi un test de dépistage du virus.

Le virus, maintenant connu sous le nom de virus pandémique H1N1 2009, continue de se propager sur la planète. Bien que la plupart des personnes infectées manifestent des symptômes mineurs, certaines développent des problèmes respiratoires graves qui nécessitent un séjour prolongé aux soins intensifs et le branchement à un respirateur. Dans les pays de l’hémisphère Sud, où la saison de la grippe vient de débuter, les unités de soins intensifs commencent à atteindre les limites de leurs capacités. On craint que la hausse des cas d’infection l’automne et l’hiver prochains dans l’hémisphère Nord excède les capacités des ressources. Il y a aussi le risque que le virus subisse une mutation et devienne plus pathogène qu’il ne l’est déjà.

Les fournisseurs de soins de santé et les décideurs subissent de fortes pressions pour que leurs décisions dans le domaine des soins de santé et de la santé publique soient judicieuses et fondées sur des données scientifiques. Pour faciliter ce processus, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Fondation pour la recherche en santé de la Rx&D et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ont parrainé une réunion de recherche d’une journée rassemblant plus de 180 spécialistes canadiens dans les domaines de l’influenza et de la grippe pandémique, le 8 juillet 2009, à Toronto. La réunion avait pour but :

  • de faciliter l’échange d’information entre les chercheurs et d’autres spécialistes dans le domaine de la grippe;
  • de stimuler la création de réseaux et de collaborations pour mieux cibler la réponse de la recherche canadienne à la pandémie;
  • de discuter des lacunes des connaissances scientifiques sur le virus pandémique H1N1 2009.

La réunion a comporté trois volets : une séance plénière, deux séances de travail en ateliers simultanés et une discussion ouverte.

Le Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC (IMII des IRSC), a ouvert la réunion par un survol de l’Initiative de recherche stratégique sur la capacité d’intervention en cas de pandémie (IRSCIP), qui a été créée en 2006 à l’aide de fonds du gouvernement du Canada. L’Initiative a pour but de soutenir et de promouvoir la recherche sur la capacité d’intervention en cas de pandémie. Bien que sa principale préoccupation ait été jusqu’ici la grippe aviaire H5N1 — qui demeure une menace —, l’Initiative a permis de développer considérablement les capacités de recherche et devrait permettre au Canada de mieux répondre à la grippe pandémique et saisonnière. Pour coordonner les efforts actuels à ce chapitre, l’IMII des IRSC a intégré des spécialistes sur le H1N1 au groupe de travail de l’IRSCIP. Depuis avril, les membres du groupe de travail sur l’éclosion du H1N1 se réunissent régulièrement par conférence téléphonique et consultent les milieux de la recherche et de la santé publique.

Au cours de la séance plénière qui a suivi, le Dr Frank Plummer, directeur scientifique général de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), au Laboratoire national de microbiologie, a présenté un survol de l’épidémiologie de l’éclosion actuelle et des particularités cliniques de l’infection humaine. Le virus pandémique H1N1 2009 est constitué d’une combinaison unique de séquences génétiques, similaire à celle des virus de la grippe porcine, humaine et aviaire. Tandis que les personnes de plus de 51 ans semblent bénéficier d’une certaine protection contre le virus, les adolescents et les jeunes adultes sont plus nombreux à développer d’importants problèmes respiratoires dès leur contamination. Le Dr Plummer a présenté un sommaire des principales lacunes des connaissances scientifiques sur le virus pandémique H1N1 2009, y compris les raisons expliquant pourquoi un certain nombre de personnes infectées tombent gravement malades et décèdent.

Le Dr John Pasick, du Centre national des maladies animales exotiques de l’ACIA, a ensuite renseigné l’auditoire sur la grippe porcine et l’interface humain-animal. Chez les porcs, les symptômes de la grippe, y compris de celle causée par le virus pandémique H1N1 2009, sont généralement légers. Il a souligné que les infections se transmettent du porc à l’humain par la voie nasopharyngienne, et non par la consommation de viande.

Le Dr Ross Upshur, directeur du Centre conjoint de bioéthique de l’Université de Toronto, a décrit plusieurs défis éthiques posés par la pandémie, y compris pour la recherche. À ce chapitre, nous avons un urgent besoin d’idées et d’approches innovatrices pour accélérer l’approbation des essais cliniques, permettre la recherche concertée et faciliter le partage des tissus et des données entre chercheurs.

Le Dr Scott Halperin, directeur du Centre canadien de vaccinologie, a parlé du nouveau Réseau de recherche sur l’influenza ASPC-IRSC. Le Réseau, qui réunit des chercheurs de 30 établissements canadiens, mettra au point et à l’essai des méthodes pour évaluer l’efficacité et l’innocuité des vaccins contre la grippe. On avait initialement prévu développer les capacités sur une période de trois ans, mais le RRGAI accélère maintenant ses activités afin de devenir pleinement opérationnel cet automne, lorsqu’on devrait avoir besoin d’un vaccin contre le virus pandémique H1N1 2009.

Selon la Dre Danuta Skowronski, médecin épidémiologiste au Centre de lutte contre les maladies de la Colombie-Britannique à l’Université de la Colombie-Britannique, il est urgent de faire de la recherche en santé publique afin de guider les interventions en réponse à la pandémie. Elle a donc proposé que la seule question de recherche prioritaire à l’heure actuelle soit celle ci : qui sont les personnes le plus à risque de devenir gravement malades et quel est leur niveau de risque en comparaison avec le reste de la population? Pour vraiment analyser le risque, nous ne devons pas nous limiter uniquement à l’information obtenue grâce à la surveillance, nous devons entreprendre des travaux de recherche sur les interventions rapides qui incluent des groupes témoins.

Dans le cadre des ateliers, qui ont porté sur plusieurs thèmes, les participants à la recherche sur le virus pandémique H1N1 2009 ont présenté leurs résultats provisoires et leurs plans de recherche. Les participants ont ensuite discuté de questions nécessitant plus de recherche et de moyens possibles de travailler ensemble pour concentrer leurs efforts de recherche sur la pandémie actuelle. Voici les thèmes abordés dans les ateliers :

  • populations autochtones et H1N1
  • biologie du virus, réponse immunitaire et antiviraux
  • pathogenèse clinique et prévention des infections
  • diagnostic
  • particularités épidémiologiques de la propagation, interventions en santé publique et services de santé
  • éthique de la recherche et questions éthiques
  • modélisation mathématique
  • vaccins et adaptation de la réponse immunitaire de l’hôte.

Les stratégies de recherche clés issues de chaque atelier ont ensuite été présentées en plénière dans le cadre d’une discussion ouverte animée par le président de la réunion, le Dr Earl Brown de l’Université d’Ottawa.

Le Dr Singh a conclu la réunion par l’annonce d’une nouvelle possibilité de financement des IRSC pour la création de réseaux et de collaborations entre équipes de recherche sur le virus pandémique H1N1 2009. L’objectif premier de cette possibilité de financement est de catalyser la mobilisation des équipes de recherche sur la pandémie de grippe H1N1 2009 en fournissant aux équipes d’experts des fonds de démarrage pour les activités de planification et de mise au point afin de faire avancer la recherche dans les secteurs prioritaires déterminés par le groupe de travail sur l'éclosion du H1N1. Ces nouveaux fonds s’ajoutent aux investissements antérieurs des IRSC dans la capacité d’intervention en cas de pandémie. La date limite pour présenter une demande dans le cadre de la possibilité de financement « Subvention Catalyseur : Intervention de recherche en cas d’éclosion pandémique » est le 10 août 2009.

Aperçu de la réunion

Plus de 180 experts dans les domaines de la grippe et des pandémies ont participé à la Réunion canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Réponse du milieu de la recherche à l'éclosion du H1N1, qui a eu lieu le 8 juillet 2009, à Toronto. La réunion avait pour but d’aider les chercheurs à coordonner leurs travaux pour faire face à l’éclosion récente d’une nouvelle souche du virus de la grippe A, qui a pris des proportions de pandémie mondiale en juin 2009. Elle visait plus précisément à aider les experts :

  • à communiquer les résultats et les plans de recherche
  • à faire du réseautage et à établir des collaborations
  • à cerner les lacunes dans les connaissances scientifiques.

La réunion était parrainée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Fondation pour la recherche en santé de la Rx&D et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). La journée a débuté par une séance plénière au cours de laquelle des experts de différents domaines (épidémiologie, science animale, éthique, vaccins et immunisation, santé publique) ont présenté un survol de la pandémie actuelle.

Les participants se sont ensuite réunis en petits groupes pour prendre part aux ateliers sur des thèmes de recherche précis. Au cours de ces ateliers, on a effectué de brèves présentations sur les résultats de recherche récents et les plans de recherche en ce qui concerne la pandémie; on a en outre donné aux participants la possibilité de discuter des besoins de recherche et des moyens de travailler ensemble. La réunion s’est terminée par une discussion ouverte au cours de laquelle on a abordé les aspects importants de la réponse du milieu de la recherche du Canada.

Contexte

En avril 2009, les premiers décès attribuables au virus (virus pandémique H1N1 2009) une nouvelle souche de la grippe A, ont été signalés au Mexique. Le virus s’est rapidement propagé à d’autres pays, dont le Canada. En juin 2009, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a émis une alerte de grippe pandémique de niveau 6, qui signale une pandémie de grippe. En juillet 2009, l’OMS avait recensé dans le monde près de 100 000 cas d’infection humaine confirmés et presque 500 cas de décès, dont 25 au Canada. Cependant, le nombre réel d’infections pourrait être de plusieurs millions, étant donné que peu de gens ont subi un test de dépistage du virus. La pandémie du virus H1N1 2009 continue de se propager dans de nombreux pays du monde.

Même si, à l’heure actuelle, la maladie est bénigne chez la plupart des personnes infectées, les experts craignent que le virus subisse une mutation et devienne plus virulent ou pathogène qu’il ne l’est déjà. De plus, il arrive que des personnes infectées présentent des problèmes respiratoires graves qui nécessitent une hospitalisation prolongée aux soins intensifs et le branchement à un respirateur. Dans les pays de l’hémisphère Sud, en pleine saison de grippe, les unités de soins intensifs commencent à atteindre les limites de leurs capacités. On craint que la hausse des cas d’infection au cours de la prochaine saison de grippe, c’est-à-dire à l’automne et à l’hiver, dans l’hémisphère Nord ne vienne surcharger les ressources ici aussi.

Mot de bienvenue et d’ouverture

Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique, IMII des IRSC
Le Dr Singh a d’abord souhaité la bienvenue aux participants à cette réunion, très attendue, qui a eu lieu le 8 juillet à Toronto. En effet, c’était la première fois depuis le début de la pandémie que des experts canadiens travaillant dans les domaines de l’influenza et des pandémies se rencontraient pour faire du réseautage, établir des collaborations et discuter des résultats de recherche préliminaires et des nouvelles questions de recherche.

Le Dr Singh a présenté un aperçu de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie (IRSCIP), qui a été établie en 2006 grâce au financement du gouvernement du Canada et dont le but est d’appuyer et de promouvoir la recherche sur la capacité d’intervention en cas de pandémie. Bien que sa principale préoccupation ait été jusqu’ici la grippe aviaire H5N1 — qui demeure une menace —, l’Initiative a permis de développer considérablement les capacités de recherche et devrait permettre au Canada de mieux répondre à la grippe pandémique et saisonnière. Par exemple, le nombre de chercheurs travaillant actuellement dans le domaine de la grippe et des pandémies dépasse maintenant 80 alors qu’avant l’Initiative, on en comptait environ cinq.

Afin de coordonner et d’appuyer les travaux de recherche sur la pandémie actuelle, l’IMII des IRSC a intégré des experts de la grippe H1N1 au groupe de travail de l’IRSCIP. Depuis avril, les membres du groupe de travail sur l’éclosion du H1N1 se réunissent régulièrement par conférence téléphonique et consultent les milieux de la recherche et de la santé publique. Les priorités de recherche établies sont les suivantes :

  • épidémiologie, histoire naturelle, santé publique et services de santé
  • biologie du virus et réponse antivirale
  • réponse immunitaire au virus et cofacteurs contributifs
  • questions éthiques
  • mise au point et évaluation de vaccins.

Le groupe de travail a soulevé d’autres points, notamment la nécessité d’avoir, au Canada, un dépôt d’échantillons et de réactifs associés à des données cliniques et la nécessité d’élaborer des méthodes pour la transmission des données et la communication entre les chercheurs.

En terminant, le Dr Singh a remercié les membres du groupe de travail sur l’éclosion du H1N1 ainsi que les membres du comité organisateur et du secrétariat de la réunion (annexe 1), en particulier mesdames Carol Richardson et Michelle Hume, qui ont préparé le programme de la réunion et organisé la rencontre en moins de cinq semaines.

Dr Earl Brown, professeur, Université d’Ottawa
En tant que président de la réunion, le Dr Brown a souhaité la bienvenue aux participants et leur a présenté le programme de la réunion (annexe 2). Veuillez consulter l’annexe 3 pour consulter la liste des participants et l’annexe 4 pour obtenir un sommaire des travaux de recherche des participants dans le domaine des pandémies. Le Dr Brown a aussi souhaité la bienvenue aux membres des médias qui ont été invités à assister aux deux premières présentations de la séance plénière.

Séance plénière

Le virus H1N1 : état actuel de l’éclosion

Dr. Frank Plummer, Conseiller scientifique principal et directeur général scientifique du Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada
Le Dr Plummer a d’abord remercié les IRSC pour l’organisation de la réunion. Il a ensuite présenté un aperçu de l’épidémiologie de l’éclosion actuelle et des particularités cliniques de l’infection chez les humains. Le virus pandémique H1N1 2009 est un mélange nouveau et inhabituel de séquences génétiques du virus de la grippe provenant de quatre sources distinctes : les humains en Amérique du Nord, les porcs en Amérique du Nord et en Eurasie, et les oiseaux en Amérique du Nord. Sur le plan phylogénétique, le virus H1N1 2009 est plus étroitement lié aux précédents virus de la grippe porcine H1N1 qui ont infecté les humains qu’au virus H1N1 de la grippe saisonnière humaine. Le personnel du Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada a participé au séquençage des virus pandémiques H1N1 2009 qui ont été isolés chez des sujets différents et a observé une grande similarité de la séquence entre les isolats viraux, mais a aussi constaté quelques variantes intéressantes.

Les infections au virus pandémique H1N1 2009 semblent avoir deux tableaux cliniques différents. Dans la grande majorité des cas, les symptômes sont bénins, et les taux de complications prévues sont fonction des maladies chroniques sous-jacentes. Plus de la moitié de ces personnes ne présentent pas de fièvre élevée. Il arrive beaucoup moins fréquemment qu’une pneumonie virale se développe et soit accompagnée de symptômes graves comme des difficultés respiratoires et nécessite le soutien précoce d’un respirateur. Cette forme est plus souvent observée chez de jeunes sujets qui ne présentent pas les facteurs de risque habituels de complication de la grippe et est associée à des taux de mortalité élevés. On craint que la forme grave cause un engorgement dans les unités de soins intensifs, car de nombreuses personnes pourraient avoir besoin d’un respirateur pendant une période prolongée.

Selon l’ASPC, la recherche devrait porter sur les points suivants : prévention des infections, épidémiologie, recherche sur l’opinion publique, biologie du virus et hôte, vaccination, médicaments antiviraux, modélisation mathématique et éthique. En ce qui concerne la biologie du virus et l’hôte, l’ASPC travaille avec de nombreux partenaires pour mener une importante étude avec les unités de soins intensifs afin de déterminer les réponses des cytokines humaines et les facteurs génétiques qui contribuent à la forme grave de la maladie observée chez une minorité de personnes infectées par le virus H1N1 2009.

Le Dr Plummer a conclu en précisant qu’il fallait se préparer pour la prochaine saison de grippe, même si la vague initiale du virus pandémique H1N1 2009 n’était pas terminée. Il est d’avis que le milieu de la recherche au Canada peut apporter une importante contribution et aider le Canada et le monde entier à faire face à une pandémie. Il croit aussi que cette réunion est une étape importante pour mobiliser le milieu de la recherche canadien afin de répondre aux besoins en santé publique de la population, au Canada et dans le monde entier.

La grippe porcine et l’interface animal-humain

Dr John Pasick, Centre national des maladies animales exotiques de l’ACIA
Le Dr Pasick a présenté un bref exposé sur la grippe porcine. Dans le monde, il existe trois types de virus de la grippe A chez les porcs : H1N1, H3N2 et H1N2, qui diffèrent génétiquement des virus de la grippe humaine. La grippe chez les porcs, bien que saisonnière, peut se manifester tout au long de l’année en raison du confinement associé aux méthodes d’élevage et du renouvellement d’une population susceptible. La grippe porcine, y compris la maladie causée par le virus pandémique H1N1 2009, est habituellement bénigne, et les personnes touchées se rétablissent dans un délai de un à trois jours.

Le gibier d’eau est le réservoir naturel des virus de la grippe A, mais les virus de la grippe aviaire sont parfois capables d’infecter d’autres espèces comme les porcs ou les humains. C’est cette capacité qui, en partie, permet le réassortiment (réarrangement) des composantes génétiques des sous-types viraux. La transmission du porc à l’humain se produit à cause d’expositions professionnelles ou environnementales, non par la consommation de viande. La transmission de l’humain au porc a aussi été observée. En fait, le Dr Pasick et son équipe ont récemment dépisté un cas de transmission du virus pandémique H1N1 2009 de l’humain au porc, dans une ferme de Leslieville, en Alberta.

Le Dr Pasick a terminé son exposé en précisant que l’apparition récente du virus pandémique H1N1 2009 a fait ressortir le besoin constant d’examiner les virus de la grippe A chez les porcs afin de découvrir leur potentiel pathogène pour les humains. Il a aussi suggéré que des stratégies pourraient être mises au point pour réduire le risque de transmission entre les espèces, notamment la construction de porcheries à l’épreuve des oiseaux, l’utilisation d’eau traitée et la mise en œuvre de politiques concernant la maladie et la vaccination des personnes travaillant dans les porcheries.

Enjeux éthiques liés à la réponse du milieu de la recherche à une pandémie

Dr Ross Upshur, directeur, Centre conjoint de bioéthique de l’Université de Toronto
Le Dr Upshur a donné un aperçu des enjeux éthiques et des questions non résolues en ce qui concerne l’actuelle pandémie de grippe. Puisqu’il faut avoir un cadre de travail éthique qui guide les décideurs au moment d’une crise dans le domaine de la santé, le Dr Upshur et ses collègues ont produit un rapport intitulé Stand on Guard for Thee qui est actuellement adapté par des organismes nationaux et internationaux, dont l’OMS et les Centers for Disease Control and Prevention (É.-U.). Plus récemment, le Dr Upshur et son équipe ont mis sur pied le programme CanPREP (anglais seulement), qui est fondé sur le rapport. Une partie du programme consiste à recueillir les opinions du public sur les enjeux éthiques qui accompagnent une pandémie, notamment le devoir de diligence du personnel soignant; les mesures restrictives pour protéger le bien général; l’établissement de priorités et l’allocation des ressources limitées; ainsi que la gouvernance générale.

Le Dr Upshur a ensuite parlé de l’éthique en recherche – un autre domaine important qui nécessite une attention immédiate et des solutions novatrices. À l’heure actuelle, il n’existe aucun document d’orientation concernant l’éthique de la recherche lorsqu’il y a une urgence en santé publique. Voici certains des enjeux liés à la recherche en cas d’urgence : la nécessité d’accélérer l’approbation des comités d’éthique de la recherche, le besoin d’établir les différences entre la recherche et les activités en santé publique, l’échange de tissus et de données, les risques pour les chercheurs et la protection de la propriété intellectuelle. Le Dr Upshur a ensuite donné un aperçu des moyens possibles pour remédier à ces problèmes. Voici certains de ces moyens : examen centralisé, équipes d’intervention rapide, modèles de gouvernance, délégation de l’examen, protocoles pré-approuvés, « approbation par étapes » (rolling ethics approval), utilisation de technologies électroniques et recours à des ressources non évidentes.

En terminant, le Dr Upshur a rappelé aux participants que l’humanité entière était menacée au cours d’une pandémie. Il est donc essentiel que les chercheurs travaillent en étroite collaboration et échangent gratuitement des idées et des réactifs afin d’atténuer les conséquences de la pandémie actuelle.

Réseau de recherche sur l’influenza de l’ASPC et des IRSC

Dr Scott Halperin, directeur du Centre canadien de vaccinologie, Université Dalhousie
Le Dr Halperin a pour sa part présenté le nouveau Réseau de recherche sur l’influenza ASPC-IRSC, qui a été créé en mai 2009. Ce réseau vise à mettre au point et à l’essai des méthodes pour évaluer l’innocuité et l’efficacité des vaccins contre l’influenza, ainsi qu’à mettre en œuvre et évaluer des programmes. Il y a cinq principaux thèmes de recherche (rapidité des essais, rapidité de la mise en œuvre, couverture vaccinale, innocuité du vaccin et efficacité du vaccin) et trois groupes de soutien (soutien aux laboratoires, gestion des données ou de l’information, ainsi que formation et application des connaissances). Chaque thème ou groupe est dirigé par un chercheur principal différent. La recherche sera effectuée dans plus de 30 établissements au Canada. Même si le plan original visait le renforcement des capacités sur une période de trois ans, le Réseau de recherche sur l’influenza accélère ses activités afin d’être entièrement opérationnel à l’automne, moment où l’on attend un nouveau vaccin contre le virus pandémique H1N1 2009.

Le Dr Halperin a ensuite décrit les activités et les plans de recherche particuliers pour chaque thème de recherche. Par exemple, le groupe travaillant sur la rapidité des essais prévoit effectuer une étude sur les vaccins saisonniers dans quatre centres afin de vérifier la gestion des données, la capacité du laboratoire et la rapidité avec laquelle on peut faire les analyses et produire des rapports, alors que d’autres centres travailleront avec GlaxoSmithKline Inc. sur les essais avant homologation du vaccin contre le virus pandémique H1N1 2009. Le groupe sur l’innocuité du vaccin travaille à la création d’un réseau de spécialistes médicaux qui surveilleront l’innocuité des vaccins contre la grippe. Le groupe sur la rapidité de la mise en œuvre prévoit établir des mécanismes pour surveiller et évaluer la mise en œuvre des programmes d’immunisation dans les régions urbaines, rurales et éloignées.

Recherche en santé publique

Dre Danuta Skowronski, médecin épidémiologiste, Centre de lutte contre les maladies de la Colombie-Britannique à l’Université de la Colombie-Britannique
La Dre Skowronski a brièvement passé en revue plusieurs questions qui touchent la recherche en santé publique et qui nécessitent une attention immédiate afin d’orienter les interventions en réponse à la pandémie. Elle a proposé que la seule question de recherche prioritaire à l’heure actuelle soit celle-ci : qui sont les personnes le plus à risque de devenir gravement malades et quels sont leurs risques en comparaison avec d’autres personnes? Cette information est essentielle, car elle permet de cibler les stratégies d’intervention et les traitements de façon efficace et efficiente. Répondre à cette question nécessite de la recherche ciblée d’intervention rapide qui ne se limite pas uniquement à la surveillance, mais qui inclut aussi le recours à des groupes témoins.

Lorsqu’un vaccin contre le virus pandémique sera disponible, il faudra en surveiller l’innocuité et l’efficacité. Depuis 2004, dans les quatre plus grandes provinces du Canada, les chercheurs ajoutent une étude cas-témoins (test négatif) au système de surveillance sentinelle afin d’évaluer l’efficacité d’un vaccin, et cela sera aussi utilisé pour évaluer le vaccin contre le virus pandémique H1N1 pour la saison prochaine.

En terminant sa présentation, la Dre Skowronski a mis l’accent sur le fait que la grippe est un problème de santé grave et récurrent puisque de nouveaux virus de la grippe saisonnière font leur apparition chaque année et que ces derniers sont parfois accompagnés de nouvelles souches pandémiques à quelques décennies d’intervalle. Par conséquent, il faut un institut national d’évaluation et de prise en charge de la grippe pour établir à l’échelle nationale une responsabilité à l’égard de programmes de prévention et de traitement de la grippe stratégiques et fondés sur des données probantes et pour mettre en place l’infrastructure et les préparatifs nécessaires aux activités de recherche d’intervention rapide. Si l’infrastructure, la capacité et la responsabilité ne sont pas déjà bien établies, il sera difficile de les créer et de les coordonner durant une crise.

Ateliers

Les participants se sont ensuite réunis en petits groupes afin de participer aux ateliers qui se déroulaient simultanément et portaient sur des sujets précis. Dans chaque atelier, les résultats et les plans actuels ont été passés en revue grâce à de brèves présentations faites par trois ou quatre experts faisant actuellement de la recherche sur le virus H1N1. Les présentateurs et les participants ont ensuite discuté de questions nécessitant de la recherche et des façons de travailler ensemble pour orienter leurs travaux sur la pandémie actuelle. Le lecteur trouvera dans les pages qui suivent un résumé des besoins de recherche et des stratégies de collaboration définis dans chaque atelier.

Populations autochtones et H1N1

Animateurs de l’atelier : Dr Alan Kendal et Dr Malcolm King

Besoins de recherche

  • Détermination du résultat à long terme des cas survenus dans les communautés des Premières nations, ainsi que dans les communautés inuites et métisses et qui ont nécessité une hospitalisation aux soins intensifs;
  • Risques relatifs de maladie chez ces populations et les autres populations.

Stratégies

  • Améliorer la collaboration et l’échange d’information entre les organismes et les autorités qui travaillent auprès de ces communautés;
  • Il faudrait s’efforcer de former davantage de chercheurs issus de ces communautés.

Biologie du virus, réponse immunitaire et antiviraux

Animateurs de l’atelier : Dr Earl Brown et Dre Eleanor Fish

Besoins de recherche

  • Mise au point de nouveaux antiviraux et utilisation des interférons;
  • Élaboration de nouveaux modèles d’infection;
  • Meilleure compréhension des corrélats immunitaires de protection;
  • Détermination de la durée de la réplication virale;
  • Meilleure compréhension de la propagation de la grippe humaine/animale (porcine);
  • Modélisation mathématique de l’effet des antiviraux sur la valeur sélective des virus.

Stratégies

  • Plusieurs secteurs de collaboration ont été mis en évidence; on a suggéré notamment de combiner la recherche clinique et la recherche fondamentale sur l’utilisation de l’interféron antiviral pour traiter les infections au virus pandémique H1N1 2009.
  • Une base de données accessible permettant aux chercheurs d’échanger des réactifs et des données faciliterait la recherche et favoriserait la collaboration.

Recherche clinique

Animatrice de l’atelier : Dre Allison McGeer

Besoins de recherche

  • Mise au point de méthodes permettant de prédire qui aura une atteinte pulmonaire grave, qui aura besoin d’un respirateur et qui succombera malgré les soins optimaux;
  • Détermination de la durée de la période de contagion;
  • Mise au point de méthodes pour réduire les besoins en ressources de certains patients;
  • Détermination du risque pour les travailleurs de la santé.

Stratégies

  • On pourrait plus facilement répondre à ces questions si l’on pouvait intégrer les données cliniques, les données sur la virologie et les données sur la réponse de l’hôte.

Diagnostics

Animateur de l’atelier : Dr Martin Petric

Besoins de recherche

  • Mise au point d’essais quantitatifs normalisés et d’algorithmes de tests optimaux;
  • Mise au point d’un test génomique à haut rendement pour étudier l’évolution du virus au fil du temps, notamment les mutations et leur rôle dans la résistance antivirale et/ou des changements dans la pathogenèse.

Stratégies

  • Création d’un réseau afin de normaliser des tests rapides et fiables qui seront utilisés pour l’établissement du pronostic, l’épidémiologie, le traitement, l’évaluation des vaccins, les essais cliniques et la prévention de l’infection.

Particularités épidémiologiques de la propagation, interventions en santé publique et services de santé

Animateurs de l’atelier : Dr David Fisman, Dr Jeff Kwong et Dr Tom Wong

Besoins de recherche

  • Détermination rapide des groupes (p.ex. Autochtones, femmes enceintes) et des facteurs de risque (p. ex. asthme, obésité) associés aux infections à H1N1 graves;
  • Détermination de méthodes pour rationner les ressources pour les patients hospitalisés en raison du virus H1N1 (en particulier, ceux qui sont aux soins intensifs);
  • Détermination des raisons pour lesquelles la transmission persiste dans certains milieux;
  • Détermination de méthodes pour améliorer l’acceptation des vaccins contre la grippe;
  • Détermination des attitudes envers les interventions non pharmacologiques pour prévenir la propagation de la maladie.

Stratégies

  • Selon les participants, l’ASPC et les IRSC peuvent aider à établir des collaborations entre les chercheurs.

Éthique de la recherche et questions éthiques

Animateur de l’atelier : Dr Ross Upshur

Besoins de recherche

  • Meilleures méthodes pour la perception du risque et la communication des risques;
  • Mise au point de méthodes pour accélérer l’approbation de la recherche;
  • Meilleure compréhension des perceptions et des dispositions des travailleurs de la santé;
  • Établissement des priorités en matière d’interventions.

Stratégies

  • Travailler ensemble pour organiser des groupes de discussion avec de jeunes adultes.
  • Établir des collaborations entre les comités d’éthique de la recherche, les établissements et les organismes.
  • Créer un comité d’éthique de la recherche centralisé qui pourrait cerner les principaux thèmes de recherche et favoriser les liens entre les chercheurs.
  • Favoriser les liens entre les membres des comités d’éthique de la recherche et les experts en maladies infectieuses.

Modélisation mathématique

Animateur de l’atelier : Dr Babak Pourbohloul

Besoins de recherche

  • Intégration de la surveillance et de la modélisation;
  • Meilleure compréhension de l’effet des mesures de distance sociale prises au Mexique;
  • Modèles de validation croisée;
  • Incorporation appropriée de l’incertitude;
  • Données démographiques et épidémiologiques récentes et appropriées pour guider les modèles et répondre rapidement aux circonstances changeantes.

Stratégies

  • Les chercheurs sont invités à participer au réseau de modélisation CanPan; cela inclut l’utilisation d’un système de téléconférence que le réseau est actuellement en train d’établir;
  • Favoriser la collaboration au sein des groupes de modélisation et entre ces derniers pour renforcer les foyers d’expertise et réduire la redondance.
  • Établir la priorité des questions de modélisation (gravité, caractérisation, caractère saisonnier, interventions non pharmaceutiques, vaccination, antiviraux, etc.).
  • Création d’un simulateur à grande échelle sur l’ordinateur.

Vaccins et adaptation de la réponse immunitaire de l’hôte

Animateur de l’atelier : Dr Scott Halperin

Besoins de recherche

  • Surveillance des événements indésirables, dont le syndrome de Guillain-Barré chez les personnes infectées et vaccinées;
  • Méthodes de communication des risques;
  • Nouvelles plateformes pour les vaccins;
  • Justification de l’utilisation des vaccins existants et identification de nouveaux corrélats immunitaires de protection.

Stratégies

  • Une collaboration internationale pourrait être établie afin d’évaluer plus rapidement l’incidence du syndrome de Guillain-Barré chez les personnes vaccinées.

Discussion ouverte : Favoriser la recherche

Les principaux besoins de recherche cernés au cours des ateliers ainsi que les stratégies proposées ont été présentés par le Dr Brown, d’après les résumés fournis par les porte-parole des ateliers. Après cette présentation, les participants ont pris part à une discussion sur des sujets variés qui sont résumés ci-dessous.

  • Nécessité d’établir un grand réseau de communication afin que les chercheurs et les personnes concernées, notamment les professionnels de la santé et les gestionnaires, puissent facilement échanger de l’information sur les données et les réactifs. L’échange d’information pourrait être facilité au moyen du site Web consacré à la réunion.
  • Besoin urgent de faire des études afin de déterminer pourquoi les taux d’infection sont plus élevés chez les Autochtones et pourquoi la maladie est plus grave chez ces derniers. Pour réaliser cette recherche, il est essentiel d’établir des liens avec les communautés autochtones.
  • Besoin de leadership et de coordination afin d’établir l’ordre de priorité des besoins de recherche qui ont été désignés lors de la réunion de Toronto.
  • Les chercheurs financés dans le cadre de l’IRSCIP entreprennent la révision de leur plan de recherche, mais ils ont un urgent besoin de financement pour entreprendre de nouveaux travaux portant expressément sur le virus pandémique H1N1 2009. En fait, il est essentiel de maintenir une base de financement pour la recherche sur l’influenza parce que la grippe saisonnière est une menace récurrente pour la santé.
  • Les cliniciens des soins intensifs qui ont traité des cas graves d’infection au virus pandémique H1N1 2009 ne disposent pas actuellement des ressources humaines nécessaires pour analyser les données recueillies auprès de leurs patients.
  • Les aspects vétérinaires en ce qui a trait à la pandémie actuelle ont été grandement négligés lors de la réunion de Toronto. L’industrie du porc au Canada représente des milliards de dollars. Il faut absolument étudier l’interface humain-animal, surtout parce que les animaux sont des réservoirs des virus de la grippe.
  • La pandémie de grippe H1N1 2009 s’est propagée dans le monde entier; cependant, aucun pays ne présente un nombre élevé de cas graves. Ainsi, il faudrait établir des liens à l’échelle internationale surtout afin de comprendre ce qui cause une maladie grave chez les sujets infectés.

Mot de la fin

Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique de l’IMII des IRSC
Le Dr Singh a conclu la réunion en remerciant les conférenciers et tous les participants pour leurs efforts soutenus et leur contribution à la réunion. Il a annoncé une nouvelle possibilité de financement des IRSC pour appuyer le réseautage et la collaboration des équipes de recherche sur l’éclosion de la grippe H1N1. L’objectif premier de cette possibilité de financement est de mobiliser des équipes de recherche sur la pandémie de grippe H1N1 2009 en fournissant des fonds de démarrage pour les activités de planification et de développement d’équipes d’experts, afin de faire avancer la recherche dans les secteurs prioritaires déterminés par le groupe de travail sur l'éclosion du H1N1. Cette nouvelle possibilité s’ajoute aux investissements déjà engagés par les IRSC pour la capacité d’intervention en cas de pandémie. La date limite pour présenter une demande dans le cadre de la possibilité de financement « Subvention Catalyseur : Intervention de recherche en cas d’éclosion pandémique » est le 10 août 2009.

Évaluation de la réunion par les participants

Les participants sont d’avis que la réunion leur a donné un bon aperçu de la pandémie de grippe H1N1 2009 et leur a permis d’en apprendre davantage sur la recherche en cours dans ce domaine. Beaucoup ont aimé avoir eu l’occasion de faire du réseautage et d’établir des collaborations. Vous trouverez à l’annexe 5 un résumé détaillé des réponses des participants au questionnaire qui sollicitait leurs commentaires au sujet de la réunion.

Annexes

Annexe 1 : Comité organisateur et Groupe de travail sur l’éclosion de la grippe H1N1
Annexe 2 : Programme
Annexe 3 : Liste des participants
Annexe 4 : Recherche liée à la pandémie menée par les participants
Annexe 5 : Résumé de l’évaluation de la réunion par les participants