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Dr Sean Barrett
Dr Sean Barrett

Les consommateurs de drogue prennent souvent deux substances à la fois, créant ainsi parfois une troisième substance psychoactive qui peut augmenter les risques de surdose

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« En matière de drogue, le tout est définitivement plus grand – et plus dangereux – que la somme de ses parties », soutient le Dr Sean Barrett de l'Université Dalhousie.

Prenons par exemple quelqu'un qui boit de l'alcool et qui consomme ensuite de la cocane.

« L'organisme crée à partir des deux drogues une toute nouvelle substance appelée cocaéthylène », explique le Dr Barrett. « Ces sous-produits peuvent être plus dangereux que leurs composants pris séparément. »

En bref

Qui - Dr Sean Barrett, Université Dalhousie, Département de psychologie.

Question - Les modèles traditionnels de diagnostic et de traitement des toxicomanies tendent à se limiter aux problèmes propres à chaque substance. Or de nombreux consommateurs de drogues prennent plus d'une substance à la fois.

Approche - Le Dr Barrett a mis au point une technique d'entrevue pour évaluer les cas de polytoxicomanie simultanée .

Impact - Ses travaux feront avancer la recherche sur la dépendance aux drogues en faisant la lumière sur les effets de la polytoxicomanie. Ils aident déjà des intervenants en toxicomanie de première ligne à détecter et à traiter les cas de polytoxicomanie.

La prise de plus d'une drogue, qu'il nomme « polytoxicomanie simultanée », est un comportement qui serait loin d'être rare selon ses données. Son étude de 2005 sur des jeunes participant à des raves a révélé que 80 % d'entre eux consommaient plusieurs substances, comparativement à 17 % qui ne prenaient qu'une drogue et à moins de 3 % qui n'en prenaient aucune.

« Dans bien des cas, les consommateurs de drogue se livrent à des « mini-expériences » pour maximiser l'effet positif de certaines drogues et en limiter les effets négatifs. Ils se prennent pour des pharmaciens en faisant différentes combinaisons de drogues. »

C'est pour cette raison – et à cause des risques accrus de surdose associés au mélange de drogues – qu'il croit que les chercheurs du secteur de la santé doivent étudier l'alcoolisme et la toxicomanie d'une façon plus globale : en se concentrant sur les mélanges que font les consommateurs et sur les effets que cela produit sur eux.

« Beaucoup de ce que nous savons sur les drogues découle de la recherche sur des substances prises seules », souligne le Dr Barrett. « Nous sommes très renseignés sur les effets de l'ecstasy ou de la cocane sur le cerveau, mais nous connaissons mal les effets du mélange des substances, telles qu'elles sont utilisées par les consommateurs de drogue. »

En contribution au développement des connaissances dans ce domaine, le Dr Barrett a mis au point une technique d'entrevue structurée pour détecter les cas de polytoxicomanie. Il effectue ses recherches en collaboration avec des centres de traitement des dépendances à Halifax.

« Pour comprendre comment les consommateurs de drogues prennent leurs drogues, il faut le leur demander directement », précise le Dr Barrett. « Notre objectif est de comprendre exactement ce que font les gens et de concevoir des modèles expérimentaux reflétant fidèlement la réalité des problèmes. »

En plus d'aider le Dr Barrett dans sa recherche, la collaboration avec les centres de désintoxication permet à des cliniciens de première ligne d'obtenir les tout derniers résultats de la recherche.

« Nous travaillons actuellement avec des responsables d'un programme de traitement à la méthadone pour les personnes souffrant de dépendance aux opiodes. Les taux de polytoxicomanie sont aussi très élevés dans cette population. À mesure que nous découvrons comment les gens prennent ces drogues, nous pouvons dire aux praticiens : voilà comment vos patients combinent différentes substances. Dans certains cas, l'application des connaissances est donc immédiate. »

Cindy MacIsaac, directrice des programmes de la clinique Direction 180 à Halifax, déclare que le travail du Dr Barrett est « absolument » utile.

« En tant qu'organisme sans but lucratif, nous n'avons pas les ressources ni les capacités voulues pour faire autre chose que répondre aux crises quotidiennes, » explique-t-elle. « Le milieu universitaire et la communauté peuvent s'unir pour aider à changer les mentalités et à orienter le financement ou les politiques. Surtout, cela nous aide à trouver des solutions pour mieux réagir face aux cas que nous rencontrons dans notre travail. »

L'étude

Financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, l'équipe de recherche du Dr Barrett se livre à des entrevues avec des consommateurs de drogue dans des centres de traitement des dépendances.

Bien que les gens tendent à oublier les détails de leur consommation de drogue en général, le Dr Barrett a constaté qu'ils peuvent être remarquablement précis lorsqu'on leur demande de décrire des expériences particulières de consommation, comme par exemple leur première ou leur dernière expérience, ou une mauvaise expérience marquée par un incident majeur – comme une surdose.

« Si nous attirons leur attention sur un élément particulier de leurs souvenirs – quand et où était-ce? qui était là? – ils peuvent fournir de l'information plus fiable. Nous les faisons revenir sur une expérience de consommation dans son entier, à commencer par la première substance consommée, sa quantité et la suite des événements. »

L'équipe du Dr Barrett valide ensuite l'information recueillie en vérifiant des biomarqueurs, par exemple dans l'urine, signalant la présence des drogues mentionnées.

« Les deux exceptions sont le cannabis et l'alcool, qui peuvent avoir des utilisateurs relativement exclusifs. Mais pour toutes les autres drogues – cocane, hallucinogènes ou autres classes de drogues utilisées illicitement – le mélange de plusieurs substances constitue la règle plutôt que l'exception. »
-- Dr Sean Barrett