Profils de recherche - Médecine parallèle : c’est le résultat qui compte

La notion de « médecine parallèle » peut être déconcertante pour certains. L'expression est parfois utilisée – ou, plus exactement, utilisée abusivement – pour englober les thérapies qui, au mieux, sont inefficaces ou, au pire, peuvent être dangereuses. On a eu beaucoup tendance, y compris parmi dans le domaine des soins de santé, à marginaliser les médecines complémentaires et parallèles (MCP), en les considérant comme des traitements qui procurent des bienfaits négligeables à une minorité de Canadiens.
La réalité, cependant, est encore une fois tout autre. Les MCP ne sont plus cantonnées en marge du système de soins de santé. Elles font partie du courant principal, à côté des services de santé classiques. Presque les trois quarts des Canadiens ont déjà acheté des produits ou services de médecine parallèle, et près de 40 % indiquent qu'ils en ont fait un usage quotidien. Ces produits peuvent aller de l'échinacée, prise pour prévenir le rhume, au millepertuis, pris dans le but de calmer l'anxiété. Il peut aussi s'agir de méditation consciente en guise de complément à une chimiothérapie, d'acupuncture pour favoriser la guérison ou de l'ajout de bleuets à son alimentation pour augmenter son taux d'antioxydants.
Et les bienfaits? Voilà un domaine où les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont beaucoup à apporter. Le Dr Pierre Haddad, par exemple, travaille de près avec les Cris du nord du Québec pour étudier les propriétés thérapeutiques des remèdes traditionnels. Son histoire, « Les aînés, source de savoir », raconte comment son équipe en est venue à se rendre compte de ce que la médecine moderne peut apprendre de savoirs anciens.
Les traitements de MCP ne sont pas faciles à évaluer. Ils sont souvent adaptés à la maladie de chaque patient, ce qui en rend difficile, voire impossible, l'évaluation par la pratique standard des essais contrôlés randomisés. C'est pourquoi la Dre Sunita Vohra dirige une campagne visant à évaluer les traitements de MCP par des essais cliniques – appelés essais à effectif unique – auxquels est soumis un seul patient à la fois. Vous en saurez davantage sur ses efforts en lisant l'article « Une approche individualisée ».
La Dre Heather Boon s'est fixé comme but de faire en sorte que les pharmaciens puissent répondre aux questions de leurs clients à la recherche d'informations au sujet de traitements de MCP. L'article « Un intérêt tout naturel » résume ses efforts. De même, la Dre Lynda Balneaves est fort active pour diriger les patients atteints de cancer vers des sources d'information fiables lorsqu'ils désirent savoir ce que les MCP peuvent leur apporter. Son histoire est racontée dans « Les facteurs de décision ».
En matière de MCP, les divers intervenants de la recherche en santé doivent se rappeler que ce sont les résultats qui comptent. Nous devons penser davantage à évaluer n'importe quel traitement d'après son impact – y compris, par exemple, les résultats de santé et la satisfaction du patient – plutôt qu'en fonction de la manière ou du lieu où il est prodigué. Nous devons chercher à déterminer si un traitement parallèle ou un remède traditionnel procure un meilleur résultat qu'un traitement classique, et nous assurer qu'il existe de solides preuves justifiant son utilisation, pour que plus de gens se portent mieux. L'exigence que les soins de santé reposent sur des données probantes s'applique autant à la médecine classique qu'aux MCP.
Dre Colleen M. Flood
Directrice scientifique
Institut des services et des politiques de la santé