Profil de recherche - Les facteurs de décision

Dre Lynda Balneaves
Dre Lynda Balneaves

Les personnes atteintes du cancer optent de plus en plus pour les traitements complémentaires, et une chercheuse de la C.-B. les aide à faire des choix éclairés

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La Dre Lynda Balneaves se souvient d'une entrevue avec une femme atteinte du cancer du sein qui prenait une tisane particulièrement mauvaise, qui lui avait été offerte par une amie, comme l'explique la Dre Balneaves, détentrice d'une bourse de nouveau chercheur des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Lorsque nous lui avons demandé son appréciation, elle a répondu : « C'est infect, mais je continue pour mon amie, car elle a besoin de se sentir utile envers moi. »

En bref

Qui – Dre Lynda Balneaves, Université de la C.-B., chercheuse principale du programme Complementary Medicine Education and Outcomes (CAMEO).

Question – Les personnes atteintes du cancer vivent souvent des conflits et de l’anxiété lorsqu’elles doivent faire des choix par rapport aux médecines complémentaires et parallèles (MCP).

Approche – La Dre Balneaves explore les processus personnels et sociaux traversés par les personnes souffrant du cancer qui ont à faire des choix par rapport aux MCP.

Impact – Son équipe élabore des stratégies d’aide à la décision, y compris le modèle de 2007 financé par une subvention pour réduire les écarts et fondé sur des entrevues avec des femmes atteintes du cancer du sein. Elle se livre aussi à une synthèse des évaluations scientifiques des MCP afin que les patients et les fournisseurs de soins puissent y avoir accès.

La Dre Balneaves se sert de cette anecdote pour illustrer que les choix thérapeutiques des personnes atteintes peuvent être aussi compliqués que la maladie elle-même. Et lorsqu'on ajoute les médecines complémentaires et parallèles (MCP) aux traitements usuels, le risque de confusion augmente.

« Nos recherches nous ont appris que pour conseiller les patients et les aider à faire des choix, nous devions tenir compte de tout le contexte de leur vie », explique la Dre Balneaves, professeure agrégée à l'Université de la Colombie-Britannique. « Certaines personnes consomment des produits de santé naturels (PSN) dans l'espoir de prévenir une rechute ou de guérir du cancer, tandis que d'autres utilisent ces thérapies pour donner de l'espoir à leurs familles ou à leurs amis. »

La Dre Balneaves, chercheuse principale du programme de recherche UBC/BC Cancer Agency Complementary Medicine Education and Outcomes (CAMEO), élabore une « stratégie d'aide à la décision » à l'intention des personnes souffrant d'un cancer qui envisagent des MCP. Et en ce qui concerne le cancer, les MCP constituent maintenant la règle plutôt que l'exception. Selon des sondages récents, près de 80 % des femmes souffrant du cancer du sein recourent à une forme ou une autre de MCP. On retrouve en tête de liste les produits de santé naturels, comme les vitamines, les minéraux et les plantes médicinales, ainsi que les thérapies du corps et de l'esprit comme la relaxation, la visualisation assistée et la méditation. Les thérapies orientales comme l'acupuncture et le qi gong gagnent aussi en popularité.

Bien que l'utilisation des MCP augmente, les personnes atteintes du cancer ignorent souvent où trouver de l'information pertinente à ce sujet.

« Nous savons que de nombreux patients sont conseillés par leur famille et leurs amis, ce qui n'est pas en soi une mauvaise chose, mais l'information obtenue n'est souvent pas fondée sur des données probantes, souligne la Dre Balneaves. Certains se tournent vers les magasins d'aliments santé, où le jeune commis à qui ils s'adressent, malgré toutes ses bonnes intentions, n'est pas nécessairement qualifié pour conseiller les clients sur les suppléments potentiellement utiles contre le cancer. Enfin, un grand nombre de gens consultent Internet, où ils sont souvent submergés d'information et ignorent comment séparer le bon grain de l'ivraie. »

Grâce en partie à la qualité de sa recherche financée par les IRSC, la Dre Balneaves a reçu une subvention d'un million de dollars de la Lotte and John Hecht Memorial Foundation de la C.-B. pour entreprendre le programme CAMEO et commencer à concevoir des programmes d'aide à la décision. Elle est aussi détentrice d'une subvention de 560 000 $ de l'Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer du sein, qui vise la création d'un outil d'aide à la décision destiné aux femmes souffrant de symptômes de ménopause après un cancer du sein.

« Nous sommes un des rares programmes de recherche pouvant exercer un impact immédiat sur les soins aux personnes souffrant du cancer. Nous fournissons des services et nous les soumettons à une évaluation scientifique afin de combler un manque dans les soins de santé. »

Près de 500 patients ont contribué au programme CAMEO en participant aux enquêtes, en prenant part aux activités éducatives de groupe ou en rencontrant en tête à tête des chercheurs en sciences infirmières. Pour sensibiliser les fournisseurs de soins de santé classiques aux MCP factuelles, on présente des exposés à des conférences et on organise des ateliers dans le cadre du programme.

« Étant à la fois un programme d'aide à la décision et une source d'information, notre rôle consiste à répertorier l'information scientifique sur les MCP, à en faire la synthèse et à la transmettre aux patients, aux familles et aux fournisseurs de soins de santé. »

Comment fonctionne l'aide à la décision sur les MCP

Les stratégies d'aide à la décision mises au point par la Dre Balneaves et son équipe visent à :

  • aider les patients à comprendre les données scientifiques qui existent – ou n'existent pas – sur des MCP particulières;
  • montrer aux patients comment trouver de l'information crédible sur les MCP;
  • aider les patients à faire des choix par rapport aux MCP qui cadrent avec leurs croyances et leurs valeurs.

La Dre Balneaves explique que « les stratégies aident les patients à répondre aux questions qu'ils se posent le plus, selon nos recherches : Est-ce que cela va marcher? Est-ce sans danger? À quel stade de la maladie devrais-je intégrer les MCP? »

Avoir quelque part où aller

Lorsque Robin Fried a découvert qu'elle avait le cancer du sein il y a quatre ans, elle était sûre que la médecine moderne arriverait à détruire ses cellules cancéreuses.

Cependant, elle était aussi curieuse de savoir comment les MCP pouvaient l'aider à guérir. Il y avait beaucoup d'information disponible, mais comment trouver la bonne?

« Dès la réception du diagnostic, vous êtes inondé de conseils qui se veulent tous utiles », déclare Mme Fried, urbaniste à la retraite de 63 ans qui habite Vancouver. « Par contre, il est plus difficile de trouver un endroit où aller pour obtenir de l'information fiable et parler à quelqu'un de son cas particulier. C'est quelque chose dont nous avons désespérément besoin depuis des années. »

Par l'entremise de la BC Cancer Agency, Mme Fried a trouvé des cours sur le toucher thérapeutique et la pleine conscience méditative, et s'est depuis inscrite à des cours de yoga. Mais elle a dû se débrouiller seule. C'est pourquoi elle se réjouit que les personnes qui reçoivent un diagnostic de cancer disposent aujourd'hui de CAMEO pour les guider.

« Cela veut dire qu'il existe de l'information fiable », ajoute Mme Fried, qui a accepté une invitation à siéger au comité de direction du programme CAMEO à titre de représentante des patients. « C'est un point de départ pour explorer ses propres intérêts et un endroit où poser des questions. »

Pour Mme Fried, les MCP font partie intégrante du processus de guérison.

« Comme vous pouvez l'imaginer, un diagnostic de cancer cause énormément de stress et d'anxiété. Tout ce qui peut aider à relaxer et à ne pas paniquer favorise la guérison. »

« On estime que seulement la moitié des patients parlent des MCP qu'ils utilisent à leur oncologue ou à leur fournisseur de soins primaires. En même temps, nous reconnaissons que de nombreux médecins et infirmières reçoivent très peu de formation, ce qui complique les discussions avec les patients sur les thérapies potentiellement sûres et utiles. Nous tentons de créer des programmes qui abordent le problème des deux côtés, celui du patient et celui du fournisseur de soins. »
-- Dr. Lynda Balneaves