POP nouvelles - numéro 21

Février 2010

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À l'intérieur de ce bulletin


 

Message de la directrice scientifique : Dre Nancy Edwards

Dre Nancy Edwards

On se souviendra longtemps de l'automne 2009 pour les efforts sans précédent des praticiens de la santé publique afin d'acheminer le vaccin contre le virus H1N1 à la population canadienne. La pandémie nous a rappelé le rôle essentiel de ceux qui assurent la prestation des services de santé publique. Nous les remercions de leur contribution constante à la santé des Canadiens.

Les derniers mois ont été mouvementés pour l'Institut. Nous avançons sur plusieurs fronts en réponse à nos nouvelles priorités stratégiques. En collaboration avec des partenaires internes et externes, nous avons élaboré plusieurs nouveaux appels de demandes (AD) : appel de demandes à réponse rapide sur l'éclosion du H1N1, appel de demandes à réponse rapide pour la recherche interventionnelle et recherche programmatique (lancement prochain). Ces AD sont axés sur nos objectifs prioritaires : comprendre comment accéder à l'équité en santé; examiner l'impact des interventions complexes en santé des populations sur la santé et l'équité en santé; et examiner comment les systèmes de mise en oeuvre des interventions en santé publique peuvent accentuer ou atténuer les effets de ces interventions.

Pour étendre la portée de notre milieu de recherche, nous utilisons maintenant davantage la technologie de communication à distance. Nous avons tenu deux réunions virtuelles sur nos priorités stratégiques et nos possibilités de financement, et le club de la revue virtuelle sur l'éthique en santé des populations a vu le jour le 22 février. D'autres réunions virtuelles sont prévues sur la recherche programmatique après le lancement officiel de l'AD. Pour savoir comment s'inscrire, les intéressés pourront consulter le site Web de notre partenaire CHNET-Works! Nous accueillons avec plaisir vos commentaires sur ces réunions et sur les moyens d'étendre notre portée partout au Canada.

Les préparatifs entourant l'examen international prévu pour le 10e anniversaire des IRSC sont bien entamés, et nous évaluons un certain nombre d'initiatives financées par l'ISPP. Nous avons le plaisir d'accueillir Sarah Viehbeck, qui se joindra à nous en mars à titre d'associée principale de l'évaluation. Ghisline Bourque s'est aussi jointe à notre équipe en tant que directrice adjointe en remplacement de Julie Senécal durant son congé de maternité. Dans le cadre de nos préparatifs pour l'examen international, deux nouveaux recueils de cas sont prévus pour cette année. Le Recueil de cas sur les interventions en santé des populations sera préparé en partenariat avec l'Initiative sur la santé de la population canadienne et la Direction de l'application des connaissances des IRSC, tandis que le Recueil de cas sur la santé mondiale sera financé conjointement par l'Initiative de recherche en santé mondiale. Ces recueils mettront en lumière les réalisations importantes dans le domaine et les principales lacunes de la recherche. Une annonce sur les contributions aux deux recueils sera faite au cours des prochains mois.

Nous avons participé à la planification de la Conférence du centenaire de l'Association canadienne de santé publique (ACSP) qui aura lieu du 13 au 16 juin 2010. Cet événement sera l'occasion de célébrer un siècle de réalisations en santé publique. Nous sommes heureux de collaborer avec l'ACSP à une demande de contributions de haut niveau en recherche dans le domaine de la santé publique et des populations. Le processus de mise en candidature pour les recherches sera bientôt annoncé.

En terminant, nous espérons vous voir en grand nombre à la Conférence de l'ACSP à Toronto. Il s'agira d'un moment important pour réfléchir aux réalisations passées et aux nombreux défis futurs.

Critique de livre sollicitée - Textbook of International Health: Global Health in a Dynamic World (3e édition)

Textbook of International Health: Global Health in a Dynamic World (3e édition)
Anne-Emanuelle Birn, Yogan Pillay et Timothy M. Holtz
New York et Oxford: Oxford University Press, 2009

Par Ted Schrecker
Scientifique / Professeur agrégé
Département d'épidémiologie et de médecine sociale
L'Institute de la santé des populations, Université d'Ottawa

Sir Michael Marmot, qui a présidé la Commission des déterminants sociaux de la santé de l'Organisation mondiale de la santé, a défini la nécessité de rechercher une « politique publique fondée sur une vision du monde où les gens comptent et où la justice sociale est primordiale » . Dans cette troisième édition d'un manuel bien connu, les auteurs ont produit un argumentaire convaincant en faveur d'une approche de la santé mondiale. Cet outil sera précieux pour l'enseignement, comme ressource pour les professionnels de la santé mondiale, et comme ouvrage de référence pour les chercheurs hors du domaine qui veulent s'y retrouver dans les principaux concepts et les débats méthodologiques.

Les premiers chapitres relatent l'histoire de la santé internationale et présentent les nombreuses organisations internationales maintenant actives dans ce domaine. L'Organisation mondiale de la santé et divers autres organismes du système des Nations Unies ont souvent moins d'influence que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et une gamme d'organisations caritatives privées (la plus importante étant la Fondation Bill et Melinda Gates) et de partenariats publics‑privés (PPP). Dans le quatrième chapitre, le coeur conceptuel du livre, les auteurs distinguent les approches « biomédicales », « comportementales » et « fondées sur l'économie politique de la santé » pour comprendre la santé et la maladie, et peignent la toile de fond historique de ces compréhensions. Les approches biomédicales et comportementales dominent aujourd'hui la recherche et la pratique professionnelle. Tout en insistant sur le fait que chacune des approches s'explique et que celles‑ci ne sont pas mutuellement exclusives, les auteurs se rangent résolument du côté de l'économie politique de la santé. Ici et partout dans le livre, ils avancent cette perspective en citant abondamment la littérature scientifique pertinente; les références, utiles en tant que telles, ajoutent de la transparence pour les lecteurs qui pourraient ne pas partager l'analyse des auteurs.

La description détaillée au chapitre 6 de la répartition mondiale de la morbidité et de la mortalité sera particulièrement utile aux lecteurs sans antécédents en épidémiologie ou en sciences de la santé. Les auteurs insistent sur les limites du modèle de la transition épidémiologique et, en fait, donnent à penser que la division classique entre maladies transmissibles et maladies non transmissibles est moins utile qu'une typologie triple : maladies de la marginalisation et de la privation (diarrhée, maladies tropicales négligées, paludisme, infections respiratoires); maladies de la modernisation et du travail (maladies cardiovasculaires, cancer, accidents d'automobile); et maladies de la marginalisation et de la modernisation (diabète, maladie pulmonaire obstructive chronique, tuberculose et VIH/sida). Le chapitre 7 est consacré aux déterminants sociétaux de la santé qui contribuent aux inégalités en matière de santé, à la fois dans les pays riches et les pays pauvres, ainsi qu'à la comparaison succincte de modèles (encore une fois non mutuellement exclusifs) qui visent à expliquer ces disparités. Ces deux chapitres démontrent le caractère indispensable de la théorie, et la conscience de soi théorique : les explications scientifiques sont toujours construites à l'intérieur d'un cadre théorique, et trop souvent, les présomptions qui constituent ce cadre restent non examinées.

Sur cette toile de fond, le chapitre 5 traite de la disponibilité de données sur la santé et les nombreuses incertitudes pertinentes, et en particulier du caractère incomplet des données sur les inégalités sociales en santé; de la nature problématique des années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) utilisées dans les études du fardeau de morbidité dans le monde; et du besoin de porter attention aux variations intranationales des indicateurs de santé. La santé dans les crises, « naturelles » ou causées par l'homme, est le thème du chapitre 8. Les effets de catastrophes « naturelles » comme l'ouragan Katrina doivent être compris comme des conséquences de la manière dont les sociétés s'organisent pour intervenir en de telles circonstances. Les auteurs décrivent succinctement les principales conséquences sanitaires de la guerre et du militarisme; la guerre en Iraq et le conflit en République démocratique du Congo (le plus meurtrier depuis la Deuxième Guerre mondiale) sont parmi les études de cas. Une de ces conséquences, le déplacement forcé de populations humaines à l'intérieur et à l'extérieur des frontières nationales, crée de terribles obstacles à l'assurance de normes même minimales de soins pour le nombre croissant de réfugiés dans le monde.

Au chapitre 9, les auteurs situent ensuite nombre des influences sur les déterminants sociétaux de la santé par rapport à la « mondialisation néolibérale » : l'émergence d'un marché mondial. (Divulgation complète : le cadre analytique utilisé pour montrer les voies par lesquelles la mondialisation influe sur la santé est tiré d'un article dont je suis coauteur.) Selon eux, le régime commercial multilatéral actuel, les activités des multinationales, les façons dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international se sont attaqués au problème de l'endettement des pays en développement et la libéralisation financière ont souvent eu, ensemble, des conséquences négatives pour la santé. Une attention particulière est accordée aux conditions de travail dangereuses (y compris le travail des enfants) et à l'exportation de procédés et de déchets industriels dangereux. Dans le chapitre suivant, les auteurs poursuivent cette analyse en tenant compte de l'économie politique de la salubrité de l'environnement.

Les chapitres 11 et 12 traitent de l'économie de la santé et de l'organisation des systèmes de santé. Les auteurs explorent des questions comme les implications des frais d'utilisation du point de vue de l'équité, le rôle grandissant des organismes d'aide internationale dans le financement des services de santé dans les pays à faible revenu, et l'insistance accrue sur l'analyse coûts‑avantages et coûts‑efficacité. Une comparaison détaillée des systèmes de soins de santé en Allemagne, au Royaume‑Uni, en ex‑Union soviétique et aux États‑Unis est suivie d'une description aussi détaillée des initiatives de « réforme » de la santé dans les régions riches et pauvres, l'accent étant mis sur le fait que les systèmes de santé sont le reflet de choix politiques et d'ensembles de valeurs sous‑jacents, parfois concurrents. La conception des systèmes de santé – comme d'autres aspects de la santé internationale – apparaît donc comme bien plus qu'une question technique.

Le chapitre 13 résume les discussions antérieures des réussites et des limites des approches techniques de la santé internationale, offrant des études de cas de sociétés qui ont réalisé des améliorations générales de la santé, et une critique percutante des perspectives actuelles de la promotion de la santé. Le dernier chapitre, qui a pour thème « travailler en santé internationale », offre des conseils utiles aux personnes qui prévoient faire carrière dans le domaine, en faisant bien comprendre qu'une carrière semblable exige le besoin de combiner l'engagement politique avec une solide maîtrise des connaissances scientifiques nécessaires.

Un souci particulier a été apporté au manuel pour qu'il se prête bien à l'enseignement. De nombreuses études de cas sont présentées, clarifiant ainsi les aspects conceptuels et offrant des points de départ pour des sujets de travaux. Des tableaux et des listes de termes et de concepts rendent la matière accessible aux nouveaux venus dans le domaine. Ce manuel de première qualité est un incontournable pour tous les chercheurs, les praticiens et les étudiants sérieux en santé mondiale.

Sensibiliser les citoyens aux déterminants de la santé : regard sur les cafés scientifiques de l'ISPP-ASPC

Par Emma Cohen
Agente d'application des connaissances et de communication de l'ISPP

Un café scientifique est une occasion d'échange de connaissances entre des chercheurs, d'autres professionnels et le grand public sur une question d'intérêt mutuel, dans un cadre informel et intime. Généralement, les cafés mettent en vedette trois conférenciers qui présentent des points de vue différents sur un thème prédéterminé et ils comportent une période de questions avec modérateur.

L'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) et l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) organisent conjointement des cafés scientifiques dans le but d'échanger des connaissances, de sensibiliser les citoyens aux déterminants sociaux de la santé (anglais seulement) et de les inciter à s'engager à cet égard.

En octobre 2009, dans le cadre de la série de cafés scientifiques sur la santé mentale des IRSC, nous avons organisé un café en partenariat avec la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC). Étant donné que le café avait lieu à Toronto, la ville canadienne comptant la plus forte proportion d'immigrants, nous avons choisi un thème lié à l'immigration et à la santé mentale : En terre étrangère : l'immigration et son effet sur la santé mentale.

Glenn Thompson de la CSMC a déclaré : « Ce qui se passe ici peut être utile à la Commission. La série de cafés sur la santé mentale permet non seulement de faire connaître la CSMC et son mandat auprès du public, mais aussi d'écouter les commentaires et les questions de ce dernier. »

Peter Smith, de l'Université de Toronto et de l'Institut de recherche sur le travail et la santé, a souligné que les « immigrants » ne formaient pas un groupe homogène. Dans ses recherches, il a observé que la vie des immigrants récents au Canada était caractérisée par l'insécurité financière et la précarité d'emploi. Ceux-ci occupent souvent des emplois temporaires ou de nuit, qui sont exigeants physiquement et pour lesquels ils sont habituellement surqualifiés. Cette précarité d'emploi est étroitement liée à l'insécurité financière, deux facteurs de mauvaise santé mentale.

Laura Simich, de l'Université de Toronto et du Centre de toxicomanie et de santé mentale, a présenté les conclusions de ses recherches qualitatives sur les nouveaux Canadiens, en particulier les réfugiés tamouls. Pour les réfugiés, un emploi bien rémunéré peut être un déterminant majeur de la capacité à se remettre du traumatisme vécu dans leur pays d'origine. Malheureusement, leur santé mentale peut se détériorer avec le temps s'ils vivent de la discrimination et d'autres formes de stress. Un des participants aux recherches a déclaré : « Je ne savais pas ce qu'était le stress avant d'arriver au Canada ». Laura a souligné que la santé mentale n'était pas seulement la responsabilité du système de santé canadien, mais de la société tout entière.

Martha Ocampo a présenté une perspective communautaire sur la question et a parlé des programmes et des services offerts aux communautés racialisées de Toronto par le centre de santé mentale Across Boundaries, où elle occupe le poste de directrice de l'éducation et des ressources. Elle a tracé un portrait sombre de la santé mentale des immigrants découlant de la discrimination, du manque de soutien social et de l'itinérance, mais elle a terminé son intervention sur une note optimiste en parlant des différentes stratégies de promotion de la santé utilisées par Across Boundaries : sensibilisation et mobilisation communautaires, embauche de personnel ayant une expérience vécue, valorisation des cultures et collaboration avec les leaders communautaires.

À la suite du Forum mondial sur la recherche en santé, de la Conférence canadienne sur la santé internationale et d'autres événements liés à la santé mondiale en novembre 2009, nous avons organisé un café scientifique à Ottawa sur le thème de la violence en tant que problème de santé publique mondial : En temps de conflit et de paix : soutenir la santé des populations mondiales.

Valerie Percival, Affaires internationales, Université Carleton, a parlé en termes généraux du lien entre la santé et les conflits violents, mettant en évidence le rôle de la politique dans la santé et les interventions en santé. Plus tard, elle s'est dite surprise du peu de réflexion critique de l'auditoire sur les risques potentiels de la mise en oeuvre d'interventions en santé dans les zones de conflit; par exemple le risque que les interventions empirent involontairement les résultats sur le plan de la santé.

Janet Hatcher-Roberts, de la Société canadienne de santé internationale, a parlé des données troublantes qui ont finalement justifié la mise sur pied d'un projet de santé financé par l'ACDI destiné aux jeunes des Balkans aux prises avec les séquelles d'un conflit armé. Comme le salaire moyen dans les Balkans a chuté de presque 75 % par rapport à l'avant-guerre, il n'est pas étonnant que les taux de dépression soient élevés et en hausse chez les jeunes des Balkans, que ces derniers n'aient pas accès facilement à des services de santé et qu'ils soient sous-employés. En engageant ces jeunes au moyen du théâtre et d'histoires, le projet a contribué à les informer de leur droit à la santé.

Chris Rosene, de la Société canadienne de la Croix-Rouge, a parlé du travail international des sociétés de la Croix-Rouge, notamment dans le cadre du conflit au Sri Lanka (guerre civile de 1983 à 2009). La Croix-Rouge était présente au Sri Lanka avant, durant et après le conflit. Les services de santé offerts avant un conflit peuvent aider à bâtir la confiance entre la Croix-Rouge et les leaders nationaux. Les services de santé fournis durant un conflit peuvent créer des occasions de rapprochement entre les parties et les communautés rivales et mener à un cessez-le-feu. L'aide est encore nécessaire après un conflit, en raison des effets à long terme de la guerre sur la santé, notamment les déplacements à l'intérieur du pays. Chris a noté en terminant que « même les guerres ont des limites » et qu'il est toujours possible de préparer le terrain pour la paix.

Les présentations ont été suivies d'une discussion d'au moins une heure dans l'auditoire lors de chacun des cafés. Au café sur la santé mentale, on a surtout parlé de ce qui est faisable pour améliorer la situation. Au café sur la santé mondiale, on a discuté des qualités et de la formation requises pour le travail international en zone de conflit. Quelques personnes ont indiqué dans leur évaluation que les cafés étaient une « excellente initiative pour amorcer un dialogue » et que des gens de divers milieux pouvaient y participer.

Les divers auditoires qui ont assisté aux deux cafés ont nécessité l'aide de modérateurs compétents pour garder le cap sur le sujet de la discussion et soulever de nouvelles questions. Au café sur la santé mentale, les membres de l'auditoire et les experts invités ont noté l'excellente performance de Kwame McKenzie comme modérateur. Jim Chauvin, modérateur au café sur la santé mondiale, nous a quittés avec des questions sur le rôle du Canada en tant que promoteur de la paix dans le monde et sur la volonté des représentants élus et du grand public à promouvoir la paix.

Nous sommes toujours ouverts à vos idées de thèmes pour les futurs cafés scientifiques. Vous n'avez qu'à transmettre vos suggestions à Emma Cohen. Pour voir la liste des prochains cafés, consultez le calendrier dans le site Web de l'ISPP.

Café à venir : La pauvreté des enfants et la santé. Montréal (Québec). Avril 2010.

Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Carolyn Dewa

Carolyn S. DewaCarolyn S. Dewa, M.P.H, Ph.D., est économiste de la santé et titulaire d'une chaire en santé publique appliquée financée par l'Institut de la santé publique et des populations des IRSC et l'Agence de la santé publique du Canada. La Dre Dewa est spécialiste de la santé mentale et du milieu de travail. Elle dirige le Programme de recherche et d'évaluation sur le bien‑être au travail (WWREP) du Centre de toxicomanie et de santé mentale et est professeure agrégée à l'Université de Toronto.

Bien que nombre d'intervenants poursuivent le même but d'améliorer la santé mentale des travailleurs, ils ont peu d'occasions d'interagir. L'objectif du programme de recherche de la Dre Dewa est de mener des études et d'encourager l'échange de connaissances qui permet de jeter des ponts utiles entre tous les groupes d'intervenants nécessaires pour transformer la santé mentale en milieu de travail. La planification et l'élaboration du programme en vue de l'édition 2009 du Congrès canadien annuel pour la recherche sur la santé mentale et les toxicomanies en milieu de travail sont un exemple seulement de l'approche utilisée dans le programme de recherche de la Dre Dewa.

Le Congrès plus récent a offert aux délégués l'occasion d'échanger des renseignements sur la dernière recherche et les interventions fondées sur des données probantes (voir, par exemple, l'article de Mahée Gilbert‑Ouimet et coll. dans le présent numéro de POP nouvelles). Le congrès a aussi placé la recherche dans le domaine sous une plus vaste perspective de santé publique en facilitant les discussions sur les rôles de l'environnement physique, de la politique, de la loi, ainsi que sur les facteurs de risque biologiques et psychosociaux en santé mentale, avec pour objectif de briser le cloisonnement des disciplines. Des forums pour les médias, les syndicats, les employeurs, les commanditaires de la recherche et les responsables des politiques ont permis à ces intervenants d'offrir leurs perspectives sur leurs contributions à la santé mentale des travailleurs.

Emma Cohen (l'ISPP des IRSC: Qu'est-ce qui vous a motivé à présider le Congrès canadien annuel pour la recherche sur la santé mentale et les toxicomanies en milieu de travail de 2009?

Dre Dewa : Le congrès est le principal forum canadien consacré à l'amélioration de l'environnement de travail et de la santé mentale des employés. Je voulais créer un forum où les gens entendraient d'autres points de vue et interagiraient utilement avec différents intervenants.

EC : Qui a assisté au congrès?

Dre Dewa : La plupart des quelque 200 délégués canadiens et internationaux étaient des chercheurs, des administrateurs, des cliniciens, des étudiants ou des responsables des politiques. Les médias, les syndicats, les employeurs, les commanditaires de la recherche et les responsables des politiques ont aussi eu la possibilité d'offrir leurs perspectives.

EC : Avez-vous obtenu un retour d'information des participants au congrès?

Dre Dewa : Le congrès a connu un franc succès! D'après les évaluations, 96 % des répondants ont trouvé les sujets traités au congrès instructifs, et 87 % les ont jugés utiles. De plus, 90 % des délégués ont dit avoir acquis de nouvelles connaissances qu'ils pourraient appliquer dans leur propre milieu de travail ou recherche.

EC : Où les personnes qui ont raté le congrès peuvent‑elles en savoir plus à son sujet?

Dre Dewa : Un numéro spécial de HealthcarePapers (anglais seulement), consacré au programme du congrès, paraîtra à l'été 2010.

2009-2010 Guide de subventions et bourses des IRSC

Les IRSC annoncent le lancement du Guide de subventions et bourses révisé. Le guide a été profondément restructuré et de nombreux changements ont été apportés aux politiques. On vous encourage à lire le document en entier pour vous familiariser avec le guide révisé.

Consultation publique à propos des QFP sur la recherche interventionnelle en santé des populations

L'Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations du Canada (IRISPC) vise à accroître la recherche interventionnelle en santé des populations au Canada, sur les plans de la quantité, de la qualité et de l'utilisation, au moyen de l'harmonisation stratégique et mesurée des initiatives par les organismes clés responsables de la recherche, des politiques et des pratiques en matière de santé publique.

Le Comité des communications de l'IRISPC a produit une liste de questions fréquemment posées (QFP) et un sondage lié aux QFP pour une consultation publique. Le but des QFP est de s'assurer des messages cohérents sur les termes et les concepts associés à la recherche interventionnelle en santé des populations.

Voici quelques exemples :

Qu'est-ce que l'intervention?

Ce peut être une foule de choses. On pense souvent en premier à des politiques ou à des programmes conçus et mis en oeuvre pour améliorer la santé ou l'équité en matière de santé, ou pour s'attaquer à un comportement de santé particulier, par exemple une nouvelle intervention en milieu scolaire pour réduire l'obésité, une politique visant à bannir les gras trans ou une augmentation de la taxe sur les cigarettes.

Mais « l'intervention » peut aussi être une politique ou un programme conçu à une autre fin, comme des fonds injectés dans l'économie pour augmenter l'emploi et dont on étudie l'incidence sur la santé parce que le chercheur présente un argument théorique convaincant pour expliquer pourquoi les deux phénomènes pourraient être liés. L'expression « recherche interventionnelle » permet d'attirer l'attention sur l'intervention humaine dans la conception de ces politiques, dans le but qu'une recherche de qualité sur leur incidence puisse influencer les décisions au sujet de politiques semblables à l'avenir.

Selon cette définition, la RISP englobe des domaines comme la recherche en promotion de la santé, l'évaluation de programmes, l'analyse de politiques et l'évaluation de l'incidence sur la santé, pour n'en nommer que quelques-uns.

L'accent doit-il être mis sur les effets de l'intervention pour qu'on parle de recherche interventionnelle?

Non. La recherche interventionnelle concerne aussi tous les éléments du processus de conception et d'essai de solutions à des problèmes, et d'application de solutions, ou tout ce qui en fait partie. Elle peut consister en l'évaluation des processus d'intervention (évaluation de la portée, mise en oeuvre, satisfaction des participants, qualité). Elle peut aussi consister en l'évaluation de la contribution du contexte et de la manière dont les interventions s'adaptent à différents contextes. Elle s'étend à l'évaluation de la façon dont les interventions sont maintenues avec le temps ou deviennent enchâssées dans les établissements hôtes. Elle englobe aussi la recherche sur la diffusion, ou la compréhension de la façon dont les interventions sont étendues à de nouveaux centres ou adoptées différemment par différents groupes. Elle définit alors une intervention particulière en matière de santé des populations comme son objet d'enquête, en tant que variable dépendante ou indépendante. La RISP peut également se concentrer sur le perfectionnement des méthodes de RISP.

Cliquez ici pour répondre à notre sondage. Merci.

Résumé et présentation des principaux résultats d'une étude évaluant les effets d'une intervention implantée en milieu de travail sur la santé des employés

Mahée Gilbert-Ouimet, MSc ; Chantal Brisson, PhD ; Michel Vézina, PhD ; Alain Vinet, PhD ; Louis Trudel, PhD ; Renée Bourbonnais, PhD ; Benoît Masse, PhD ; Geneviève Baril-Gingras, PhD.

De 2000 à 2007, le Groupe Interdisciplinaire de Recherche sur l'Organisation et la Santé au travail (GIROST) a mené une étude en partenariat avec une entreprise publique québécoise du secteur de l'assurance comptant plus de 1300 employés. L'objectif de cette étude était d'évaluer les effets d'une intervention organisationnelle sur la santé des personnes.

L'intervention a été définie par l'ensemble des changements implantés dans le but explicite d'améliorer un ou plusieurs stresseurs de l'environnement de travail. Quatre stresseurs ont été ciblés : demande psychologique, latitude décisionnelle, soutien social, et reconnaissance. On donne les définitions suivantes des termes :

  1. demande psychologique : la quantité de travail, aux contraintes de temps, aux demandes contradictoires et aux interruptions,
  2. latitude décisionnelle : l'autonomie et la participation aux décisions concernant son travail, de même qu'à l'utilisation et au développement des compétences,
  3. soutien social : l'absence de l'aide et la coopération des collègues ainsi que des supérieurs et
  4. reconnaissance (trois dimensions) : une dimension sociale référant au respect et à l'estime; une dimension organisationnelle renvoyant aux perspectives de promotion et à sécurité d'emploi et une dimension financière (la rémunération).

Les indicateurs de santé évalués étaient les symptômes de détresse psychologique, la tension artérielle et les symptômes musculosquelettiques (douleurs au cou, épaules, dos, poignets, mains).

Une première mesure a consisté à dresser un portrait initial des stresseurs et des indicateurs de santé pour chacun des départements de l'entreprise participante. Ce portait a été l'occasion d'identifier des cibles d'action à prioriser. Dans un département donné, les cibles à prioriser correspondaient aux stresseurs pour lesquels le pourcentage d'employés exposés était plus élevé que dans le reste de l'entreprise ou que dans deux populations de travailleurs de référence.

Entre 2002 et 2004, les gestionnaires ont implantés différents changements organisationnels visant à améliorer l'environnement de travail. Une seconde mesure a été réalisée six mois après la période d'intervention afin d'en déterminer les effets à court terme. Lors de cette mesure, il a été possible d'observer que la plupart des changements mis en place correspondaient aux cibles d'action identifiées initialement.

Une troisième mesure, réalisées trente-six mois après l'intervention, a permis d'évaluer les effets observés à moyen terme. À la suite de la mise en place des changements, trois stresseurs de l'environnement de travail avaient significativement diminués : la demande psychologique élevée, le faible soutien social entre collègues ainsi que la faible reconnaissance sociale (respect et estime). De plus, les travailleurs présentaient moins de symptômes de détresse psychologique, avait amélioré leurs niveaux de tension artérielle et ressentaient moins de douleurs au cou-épaules et au bas du dos qu'au début de l'étude.

Les problèmes de santé mentale, les maladies cardiovasculaires et les troubles musculosquelettiques constituent les trois groupes de problèmes de santé les plus fréquents, coûteux et invalidants dans la population en âge de travailler. Cette étude a montré qu'intervenir dans le but d'améliorer certains stresseurs spécifiques de l'environnement de travail pouvait contribuer à prévenir ces problèmes de santé.

Santé mentale et résilience : un thème clé pour l'ISPC

Jean Harvey, Directrice et Andrew Taylor, Analyste principale, ISPC

L'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) recueille et analyse de l'information sur la santé et les soins de santé au Canada. L'Initiative sur la santé de la population canadienne (ISPC), une composante de l'ICIS, s'intéresse spécialement aux questions de santé des populations et vise à mieux comprendre les facteurs qui agissent sur la santé des personnes et des collectivités, ainsi qu'à contribuer à la création de politiques qui réduisent les disparités et améliorent la santé et le bien-être des Canadiens.

Depuis 2007, l'ISPC a produit trois rapports dans le domaine de la santé mentale et de la résilience. Ces rapports présentent une synthèse des principales conclusions de recherche, une analyse des nouvelles données et une démonstration de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas en matière de politiques et de programmes.

Dans le cadre d'une exploration des liens entre la santé mentale et des facteurs individuels, sociaux, économiques et culturels, les deux premiers rapports ont été consacrés aux groupes à risque, à savoir les personnes qui présentent un risque d'itinérance ou qui vivent déjà en situation d'itinérance, et les personnes qui présentent un risque d'activité criminelle ou qui sont mêlées au système canadien de justice pénale.

Le rapport intitulé Santé mentale et itinérance (publié en août 2007) présente un survol des dernières recherches, enquêtes et initiatives stratégiques dans les domaines de la santé mentale, de l'itinérance et des déterminants de la santé, et contient des données sur l'utilisation des services hospitaliers par les itinérants canadiens.

Le rapport intitulé Santé mentale, délinquance et activité criminelle (publié en avril 2008) examine les facteurs liés à la santé mentale qui encouragent ou découragent la délinquance chez les jeunes. Il explore aussi les caractéristiques des personnes possédant des antécédents criminels qui sont hospitalisées pour un problème de santé mentale, ainsi que des questions liées précisément à la santé mentale et au système de justice.

Un troisième rapport, Explorer la santé mentale positive (publié en mars 2009), se penche plus attentivement sur les déterminants de la santé mentale, en particulier sur ce qui favorise la bonne santé mentale. Le rapport s'éloigne du concept de la maladie mentale pour se rapprocher de celui de santé mentale positive; comment la mesurer, quelles sont ses caractéristiques et quels sont les éléments clés de la promotion de la santé mentale positive.

Plusieurs thèmes sont ressortis des rapports :

  1. Pour mieux comprendre et aborder les questions liées à la santé mentale, à la maladie mentale, à l'itinérance et à l'activité criminelle, tous les ordres de gouvernement et les secteurs à l'intérieur et à l'extérieur du secteur de la santé ont un rôle à jouer.
  2. Il est utile d'agir sur les besoins contextuels plus vastes des groupes à risque, en plus de s'attaquer aux symptômes ou aux facteurs individuels.
  3. Dans les contextes individuel, familial, scolaire ou des pairs, et communautaire, divers facteurs peuvent augmenter les risques d'itinérance et d'activité criminelle ou assurer une protection contre ces risques, ainsi que promouvoir ou entraver le développement d'une santé mentale positive.
  4. Les programmes ciblant de multiples facteurs de risque et de protection sont essentiels.
  5. Les approches en amont visant à promouvoir les aspects positifs et protecteurs sont souvent aussi nécessaires que les stratégies de gestion et de prévention des conséquences des facteurs de risque de maladie mentale.
  6. Les aspects de l'environnement social, y compris le soutien social, le sentiment d'appartenance à la communauté et la « connexité » , forment le facteur le plus souvent associé à la santé mentale.

Dans le domaine de la santé mentale et de la résilience, l'ISPC a aussi commandé un certain nombre d'articles sur les facteurs de santé mentale dans les communautés et a créé divers produits et activités, comme des ressources d'apprentissage en ligne et l'animation d'ateliers. Pour en savoir plus à ce sujet, veuillez visiter notre site Web.

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Le 9e atelier d'été annuel de l'ISPS et de l'ISPP des IRSC en 2010 : Revoir les fondements de la recherche sur les soins de santé primaires

Nottawasaga Inn, Alliston (Ontario). Du 20 au 23 juin 2010.

Un solide système de soins de première ligne constitue le fondement de tout système de santé efficient, viable et accessible, et est associé à des avantages tels que de meilleurs résultats sur le plan de la santé, une réduction des coûts de soins de santé et la diminution des disparités entre la santé et les services de santé au sein des populations. En dépit de ces avantages connus, le Canada demeure aux prises avec les questions de l'accès aux soins coordonnés, de la couverture universelle, des systèmes de soins axés sur les personnes, des politiques publiques favorisant la santé, du leadership et de la gouvernance efficace.

Les décideurs et les chercheurs dans le domaine de la santé au Canada reconnaissent de plus en plus le besoin de transformer les soins de santé primaires et de susciter l'innovation à grande échelle en s'appuyant sur des recherches primaires pertinentes, de grande qualité, et réalisées en temps opportun.

L'atelier d'été de 2010 traitera des nouveaux horizons de la recherche sur les soins de santé primaires, notamment des questions les plus pressantes, des lacunes dans les méthodes, et des préoccupations au chapitre de l'application des connaissances. Les sujets abordés pourraient comprendre la politique des soins de santé primaires, la qualité et la sécurité de la prestation des soins primaires, l'interface entre les soins de santé primaires et la santé publique au Canada, les questions éthiques dans la réalisation de la recherche sur les soins de santé primaire, la recherche comparative et la recherche sur les populations, l'application des connaissances dans les politiques et les pratiques, ainsi que d'autres nouveaux enjeux dans la recherche sur les soins de santé primaires.

L'appel de demandes sera lancé le mois de mars 2010. Veuillez vous abonner à la liste de diffusion électronique de l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) ou de l'Institut des services et des politiques de la santé (ISPS) pour recevoir un avis de cette possibilité de formation

Pour vous abonner à la liste de diffusion de l'ISPS, venez visiter le site Web de l'ISPS.
Pour vous abonner à la liste de diffusion de l'ISPP, envoyez un courriel à Ashley Page.

Possibilités de financement

Venez visiter le site web des IRSC pour une liste courrante des possibilités de financement offertes par l'Institut.

Communications

Veuillez aviser l'ISPP lorsque vous publiez. Nous voulons souligner vos contributions scientifiques dans nos prochains bulletins. Veuillez faire parvenir un courriel à Emma Cohen, Agente en application des connaissances et en communications de l'ISPP. Merci.

Articles en vedette:
Hanusaik N, O'Loughlin JL, Kishchuk N, Paradis G, Cameron R. (2009). Organizational capacity for chronic disease prevention: A survey of Canadian public health organizations. Euro J Public Health. [Epub ahead of print].
Hwang SW, Wilkins R, Tjepkema M, O'Campo PJ, Dunn JR. (2009). Mortality among residents of shelters, rooming houses, and hotels in Canada: 11 year follow-up study. Bmj. 26:339-47.
Fang R, Kmetic A, Millar J, Drasic L. (2009). Disparities in chronic disease among Canada's low-income populations. Prev Chronic Dis. 6(4):a115.

Conférence du centenaire de l'Association canadienne de santé publique

La santé publique au Canada : dessinons l'avenir ensemble.
Du 13 au 16 juin 2010, Sheraton Centre Toronto, Toronto (Ontario).
Séance de l'ISPP à propos de l'Action intersectorielle : le mercredi 16 juin de 9 h à 10 h 30.