Profil de recherche - Sous pression

Dre Judith MacIntosh
Une chercheuse de l'UNB étudie comment les femmes prennent soin de leur santé après avoir subi du harcèlement en milieu de travail
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Même l'emploi le plus gratifiant peut être stressant par moment. Imaginez quand, jour après jour, votre patron vous réprimande ou vous menace constamment. Que feriez-vous? La Dre Judith MacIntosh, chercheuse de l'Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton, étudie comment les femmes prennent soin de leur santé quand elles vivent du harcèlement au travail.
En bref
Qui – La Dre Judith MacIntosh, Université du Nouveau-Brunswick, Fredericton
Question – Les personnes victimes de harcèlement en milieu de travail vivent des conséquences négatives pour leur santé et leur vie sociale. Les chercheurs et les employeurs ne comprennent pas très bien comment prévenir l’intimidation et aider les personnes visées.
Approche – La Dre MacIntosh et ses collègues ont interrogé un groupe de femmes victimes de harcèlement professionnel. Certaines d’entre elles avaient aussi été victimes de violence familiale. Elles ont évalué comment les femmes se soucient de leur santé après le harcèlement.
Impact – Les chercheuses ont constaté un processus en trois étapes suivi par les femmes quand elles tentent de prendre soin de leur santé après du harcèlement professionnel. Elles ont mis au point une ressource en ligne pour accroître la sensibilisation au harcèlement en milieu de travail et aux façons de le prévenir.
Le terme harcèlement au travail couvre une vaste gamme de comportements. Il peut notamment consister à exclure une personne des activités professionnelles, à prendre le mérite pour le travail effectué par quelqu'un d'autre ou à faire preuve de violence verbale et physique. Selon la Dre MacIntosh, ces comportements sont persistants et visent généralement à faire du tort. Ils peuvent d'ailleurs avoir des effets dévastateurs sur la santé à long terme.
« Nous sommes tous conscients des répercussions que peut avoir une violence extrême en milieu de travail, comme en témoignent parfois les incidents que l'on voit aux informations en soirée. Mais, à l'autre extrémité de l'éventail, il y a ce comportement insidieux, souvent très subtil qui sape avec le temps l'estime de la personne visée et entraîne des effets sur la santé auxquels il peut être très difficile de remédier », explique la Dre MacIntosh.
Le harcèlement en milieu de travail entraîne une vaste gamme d'effets néfastes sur la santé, dont l'augmentation du stress, l'insomnie et une mauvaise digestion. Dans les cas plus graves, les victimes de harcèlement au travail peuvent devenir déprimées ou manifester des symptômes du trouble de stress post-traumatique. Ces problèmes de santé peuvent envahir la vie sociale et professionnelle de la personne.
« Beaucoup de gens ayant vécu du harcèlement se sentent obligés de quitter le milieu de travail quand le problème ne se règle pas et n'ont pas l'impression de pouvoir demander une référence en raison de la situation, de dire la Dre MacIntosh. Il leur est donc souvent très difficile de postuler un autre emploi. »
La Dre MacIntosh et ses collègues ont voulu examiner de plus près l'incidence du harcèlement au travail sur la vie des femmes et comment les femmes tentent de s'adapter à la situation de harcèlement. Grâce à un financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), elles ont interrogé un groupe de femmes ayant vécu du harcèlement au travail pour en savoir plus sur leurs expériences et sur la façon dont elles ont remédié au problème. Certaines femmes ayant pris part à l'étude avaient aussi été victimes d'autres types de violence physique ou psychologique, comme la violence familiale.
« Nous voulions comprendre si les femmes prenaient soin de leur santé de façons similaires lorsqu'elles vivaient un "niveau additionnel" de mauvais traitement », explique la Dre MacIntosh.
Les entrevues ont permis aux chercheuses de constater que les femmes victimes de harcèlement en milieu de travail trouvaient difficile de rester en santé. Elles arrêtaient souvent de faire de l'exercice, cessaient d'avoir une saine alimentation et augmentaient les comportements malsains comme l'usage du tabac.
Les chercheuses ont aussi constaté un processus en trois étapes que suivaient les femmes lorsqu'elles tentaient de faire face au mauvais traitement : subir, se mobiliser et reconstruire.
À l'étape durant laquelle elle subit, la femme n'a pas encore pris conscience du fait qu'elle est victime de harcèlement, mais elle commence à éviter le « tyran ». Par exemple, elle peut modifier son horaire ou se tenir loin des endroits où elle est susceptible de rencontrer la personne qui la harcèle.
À l'étape de la mobilisation, la femme reconnaît, souvent avec l'aide d'un collègue ou d'un ami, que le comportement du « tyran » est inacceptable. Elle demande alors de l'aide auprès des ressources humaines ou de son syndicat, ou prend un congé autorisé pour se ressaisir.
À l'étape finale, celle de la reconstruction, la femme prend des mesures pour rétablir son identité comme employée, recommence à prendre soin de sa santé et réfléchit à ce qui s'est passé et aux manières de prévenir de telles situations à l'avenir. Ce processus de reconstruction varie légèrement d'une femme à l'autre, selon la façon dont la situation de harcèlement a été réglée.
Chez les femmes ayant vécu du harcèlement avant, il n'y avait pas de grande différence au niveau des effets sur la santé et des façons par lesquelles elles ont tenté de faire face au harcèlement. Les sentiments négatifs ressentis lorsqu'elles étaient victimes de violence conjugale resurgissaient.
« Certaines des femmes qui avaient été victimes de violence conjugale utilisaient le même genre de stratégies d'évitement en milieu de travail. Elles ont toutes dit que le harcèlement en milieu de travail suscitait le même sentiment de ne pas être à la hauteur et de mériter en quelque sorte ce mauvais traitement, puisqu'elles en étaient de nouveau victimes », affirme la Dre MacIntosh.
Les chercheuses ont constaté que le fait d'avoir un réseau de soutien, particulièrement au travail, aidait les femmes à gérer le problème et à surmonter les effets du harcèlement sur la santé. Malheureusement, beaucoup d'employeurs n'ont pas de politiques pour aider les employés victimes de harcèlement, et les politiques existantes ne sont souvent pas mises en application ou ne traitent pas des comportements courants d'intimidation.
À partir des conclusions d'une autre étude, la Dre MacIntosh et son équipe ont mis au point un site Web (en anglais seulement) qui offre du soutien aux employés victimes de harcèlement et une orientation aux employeurs qui tentent de créer un milieu de travail offrant davantage de soutien. Les chercheuses ont obtenu une réaction positive tant de la part d'hommes que de femmes ayant visité le site et l'ayant trouvé utile.
« Nous devons sensibiliser davantage le public au harcèlement en milieu de travail, à son caractère inacceptable et à ce que nous pouvons faire à ce chapitre », conclut la Dre MacIntosh.
L'étude
La Dre MacIntosh et ses collègues de l'UNB, Marilyn Merritt-Gray et la Dre Judith Wuest, ont interrogé 40 femmes recrutées au moyen d'annonces dans des journaux communautaires. Les femmes, âgées entre 20 et 60 ans, avaient toutes vécu du harcèlement en milieu de travail. Elles provenaient de diverses professions, de la restauration aux finances, en passant par les soins de santé.
Un peu plus de la moitié des femmes ont dit avoir été victimes du harcèlement d'autres femmes et environ 70 % avaient été harcelées par un supérieur. Vingt-cinq femmes ont dit avoir été victimes de violence familiale, de violence faite aux enfants, ou des deux, avant d'avoir été harcelées au travail.
À la prochaine étape de ses recherches, la Dre MacIntosh aimerait étudier les expériences des hommes victimes de harcèlement au travail.