Profil de recherche - Mettre les blessures professionnelles sur la carte

Dr Curtis Breslin
Un chercheur canadien localise les points chauds du pays pour ce qui est des blessures professionnelles
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Qu'est-ce qui cause les blessures professionnelles comme les chutes, les brûlures et les coupures? La réponse est surprenante : les raisons qui expliquent les conditions de travail dangereuses et les pratiques professionnelles non sécuritaires peuvent ne pas être les mêmes à Vancouver et à St. John's, même pour les travailleurs qui occupent des emplois identiques, de dire le Dr Curtis Breslin.
Le chercheur de l'Institut de recherche sur le travail et la santé de l'Ontario est un chef de file lorsqu'il s'agit de repérer les différences géographiques et liées au genre dans les taux de blessures professionnelles partout au Canada. Selon lui, ces différences sont des indices importants des causes locales sous-jacentes aux blessures subies en milieu de travail.
En bref
Qui - Dr Curtis Breslin, Institut de recherche sur le travail et la santé de l'Ontario
Question - Les taux de blessures professionnelles pour les hommes et les femmes varient aux différents endroits du Canada, et ces variations pourraient nous aider à comprendre les causes de ces blessures.
Approche - À partir d'une analyse géographique de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, l'équipe du Dr Breslin localise les points chauds en matière de blessures professionnelles au Canada.
Impact - Les gouvernements et les industries vont utiliser les résultats de la recherche pour créer des programmes d'amélioration de la sécurité au travail.
« On attribue souvent les blessures professionnelles au seul comportement du travailleur. Pourtant, il y a habituellement des causes systémiques liées à des conditions de travail non sécuritaires, affirme le Dr Breslin. Ces causes peuvent différer d'une région à l'autre d'une province, ou du pays, et entre les hommes et les femmes. »
Dans une étude de 2007, la première en son genre, le Dr Breslin a constaté des différences géographiques considérables dans les taux de blessures chez les Canadiens âgés de 15 à 24 ans. Par exemple, les jeunes travailleurs de la Saskatchewan ont les taux les plus élevés de blessures subies au travail alors que ceux de l'Ontario ont les taux les plus bas. Cette situation s'applique même dans des industries identiques, comme le secteur des services. L'étude a révélé que ces différences ne sont pas seulement influencées par les conditions de travail. En effet, dans certains cas, les taux de blessures professionnelles plus faibles seraient liés à une plus grande stabilité résidentielle – la fréquence à laquelle les travailleurs changent de lieu de résidence.
En explorant les variations géographiques, le Dr Breslin a aussi tenu compte du genre.
« Le marché du travail est grandement segmenté selon le genre et cela a une influence majeure sur les types de blessures subies par les Canadiens », affirme-t-il. Les femmes sont surreprésentées dans les postes de commis et administratifs, alors que les emplois industriels et manuels sont principalement occupés par des hommes. Les postes à prédominance féminine impliquent souvent le risque de microtraumatismes répétés, tandis que les emplois des hommes présentent un risque accru de coupures, de brûlures et de chutes.
Toutefois, même pour les hommes et les femmes qui font le même travail, le genre peut jouer un rôle important pour ce qui est des personnes subissant les blessures. Par exemple, le Dr Breslin a constaté que le genre a des répercussions sur la façon dont les gens perçoivent le risque au travail.
Il a en effet découvert ce qui suit dans le cadre d'une étude : alors que les femmes ont mis l'accent sur le fait que leurs supérieurs faisaient peu de cas de leurs plaintes, les hommes plus jeunes – et certaines femmes dans des milieux majoritairement masculins – ont dit réprimer leur envie de porter plainte pour paraître mûrs aux yeux de leurs camarades de travail plus âgés.
« L'évaluation du risque est un concept très compliqué parce qu'il dépend des normes culturelles et, en partie, des normes liées au genre qui définissent ce qu'est un risque acceptable et inacceptable », de conclure le Dr Breslin.
L'étude
Avec le soutien de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC, le Dr Breslin met les blessures subies au travail sur la carte – littéralement. Il crée des cartes détaillées des taux de blessures professionnelles dans l'espoir de repérer les points chauds régionaux.
« L'image d'une carte et les différentes couleurs utilisées vous disent ce qui se passe et communiquent quelque chose que les chiffres des tableaux ne peuvent pas tout à fait saisir », affirme le Dr Breslin.
Selon le Dr Breslin, les critères de demande d'indemnisation des accidentés du travail, le point de départ habituel de l'évaluation des taux de blessures, varient beaucoup d'un endroit à l'autre du Canada. Par conséquent, cette étude, qui sera terminée en 2011, utilise des données plus homogènes de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes combinées à de l'information socioéconomique provenant de Statistique Canada. L'équipe de recherche comprend des chercheurs du domaine de la santé, des géographes et un statisticien.
Les taux de blessures seront ensuite comparés à une vaste gamme de facteurs dont les taux régionaux de syndicalisation et de chômage, et même à des composantes comme le lien existant ou non entre les blessures et le nombre d'enfants qu'ont les travailleurs.
Les résultats de l'étude suscitent déjà un vaste intérêt dans l'industrie où travaille le Dr Breslin, au gouvernement et chez les partenaires non gouvernementaux.
« Les organismes de santé et sécurité au travail ont très hâte de disposer du type de renseignements de surveillance que nous recueillons, puisqu'ils les aideront à mettre au point un plan stratégique pour réduire les blessures subies au travail, explique le Dr Breslin. Il est donc stimulant pour nous de travailler à une étude qui se penche tant sur les questions théoriques que sur celles qui ont de réelles répercussions pratiques. »