Profil de recherche - Rappel à l’hygiène

Dr Geoff Fernie
Un chercheur qui a déjà réussi à commercialiser plusieurs produits pour le soin des patients a trouvé une façon hautement technologique d’aider le personnel médical à garder les mains propres
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Le Dr Geoff Fernie se souvient de sa première tentative, il y a une quinzaine d'années, pour améliorer l'hygiène des mains et endiguer la transmission des infections dans les hôpitaux.
« Ça ressemblait à une distributrice de boissons gazeuses sur le point d'accoucher » , se rappelle le Dr Fernie, vice‑président à la recherche de l'Institut de réadaptation de Toronto. « Elle avait un ventre qui s'ouvrait et vous pouviez vous y laver les mains. L'important, c'est qu'elle enregistrait qui vous étiez. Cependant, c'était une grosse machine qu'il n'a jamais été possible de commercialiser. »
En bref
Qui – Dr Geoff Fernie, vice-président à la recherche, Institut de réadaptation de Toronto, professeur à l’Université de Toronto.
Question – Une hygiène des mains déficiente est une importante cause de transmission des infections dans les hôpitaux. Bien que les distributrices et les sachets de gel hydroalcoolique favorisent la désinfection des mains, l’amélioration ne dure pas.
Approche – Le Dr Fernie a mis au point un dispositif portable qui signale au médecin ou à l’infirmière où et quand ils doivent se laver les mains et qui enregistre leur réponse. Ces données peuvent ensuite être téléchargées et examinées.
Impact – Le potentiel commercial du système est « énorme », selon un partenaire de l’industrie qui souligne que les 7 000 hôpitaux en Amérique du Nord pourraient avoir recours à un système de ce genre pour réduire les taux d’infection.
Elle arrivait aussi trop tôt pour résoudre un problème qui, avant le SRAS et les éclosions répétées d'infections à C. difficile et à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) dans les hôpitaux aujourd'hui, n'était pas encore devenu une préoccupation dominante en santé publique.
Depuis, le Dr Fernie, qui compte à son actif plusieurs produits efficaces de réadaptation et de soin des patients, a aidé un des membres de son équipe de recherche à mettre sur le marché un distributeur de gel portable.
« Geoff a joué un rôle clé en nous présentant à des partenaires dans le milieu clinique et en organisant des essais cliniques pour nous sur des prototypes à l'Institut de réadaptation de Toronto », affirme Gilad Shoham, aujourd'hui chef de la direction de Medonyx et inventeur de son produit phare, gelFAST. « Il a vraiment aidé à faire passer notre produit du laboratoire au monde réel. Des gens comme Geoff assurent la communication entre les deux mondes, celui de la recherche clinique et celui de l'application commerciale. »
Le Dr Fernie joue une nouvelle fois le rôle d'intermédiaire alors qu'il se penche à nouveau sur le problème persistant de la désinfection inadéquate des mains du personnel médical. Pour ce faire, il réintroduit un élément clé de son premier système d'hygiène des mains, la fonction d'enregistrement des personnes qui se sont lavé les mains.
« Nous sommes revenus, en fait, à nos idées initiales au sujet de la responsabilité individuelle, parce que partout dans le monde, des tentatives ont été faites pour améliorer l'hygiène des mains et, malgré les succès obtenus chaque fois, l'amélioration n'a pas duré. Les gens reviennent à leurs anciennes habitudes. »
Grâce à l’aide financière des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de la société Health Technology Exchange (HTX), le Dr Fernie et son équipe ont mis au point un distributeur portatif muni d'un oeil électronique intégré qui repère au plafond les zones d'infection potentielles – le lit d'un patient, par exemple – marquées par de minuscules balises infrarouges. Le distributeur enregistre la zone dans laquelle un médecin ou une infirmière entre ou en sort et note si la personne s'est lavé les mains. Si elle oublie, elle reçoit un faible signal sonore ou une vibration comme rappel. De plus, un voyant vert à DEL s'allume sur le distributeur une fois que la personne a les mains propres.
« Pour que l'effet dure, le dispositif contient un enregistrement de toutes les opérations d'hygiène des mains : si une personne a eu besoin d'un rappel, si elle y a donné suite, etc. », explique le Dr Fernie. « Toutes ces données peuvent être téléchargées, chaque semaine disons, afin que le chef de service puisse s'asseoir avec les employés et régler les problèmes, le cas échéant. »
Le Dr Fernie est en voie de faire breveter ce dispositif de pointe et, avec l'aide financière des IRSC, il entreprend un essai clinique où le système sera installé partout dans un secteur hospitalier de 50 lits.
« Nous avons un détenteur de licence – AJ Hart Group – qui travaille avec nous depuis le tout début. Mais étant donné l'ampleur du projet, nous préparons des plans d'entreprise pour nous associer à une plus grande organisation – une société mieux à même de mettre le produit sur le marché. »
Pour Andrew Hart, du groupe AJ Hart, le dispositif d'hygiène des mains est un produit qui, contrairement à la distributrice de boissons gazeuses enceinte, arrive à point nommé pour répondre à un besoin crucial.
« Le dispositif sera bien accueilli sur le marché, compte tenu du problème que les infections posent dans les hôpitaux. Le marché est énorme : de l'ordre de 7 000 hôpitaux en Amérique du Nord. Ils auront tous besoin d'un système de ce genre pour aider leur personnel. »
Pendant ce temps, au laboratoire...
Le Dr Fernie et son équipe de chercheurs et de concepteurs à l'Institut de réadaptation de Toronto ont à leur actif plusieurs produits de soins de santé qui facilitent la vie du personnel médical et de ses patients.
« Nous avons mis au point Staxi, un fauteuil de transport médical emboîtable, parce que les hôpitaux sont de plus en plus grands et que les distances à parcourir sont telles que les patients se fatiguent », explique le Dr Fernie. « Avant l'introduction de Staxi, on ne disposait que des fauteuils roulants bringuebalants, placés à l'entrée des hôpitaux, et qui ne semblaient jamais fonctionner convenablement. Il y a des fauteuils Staxi dans les stationnements et les corridors partout dans les hôpitaux. Ils sont utilisés dans les hôpitaux à la grandeur de l'Amérique du Nord. »
L'équipe a également mis au point le SlingSerter. Ce dispositif manuel aide à glisser un harnais sous les patients immobilisés pour les soulever de leur lit d'hôpital au moyen d'un lève‑personne suspendu.
« C'est une approche entièrement différente », explique le Dr Fernie. « Il s'agit d'une petite cartouche que l'on enfiche dans une source pneumatique portable et que l'on pointe vers le patient. Un tube est expulsé par la force de l'air comprimé et se fraie un chemin sous le patient. Il ressort de l'autre côté, et une courroie à l'intérieur peut ensuite être accrochée au lève‑personne. Vous en faites passer deux ou trois sous le patient, vous le soulevez un peu, et vous glissez le harnais sous lui sans le moindre problème. »
Le SlingSerter, qui est « presque prêt à être commercialisé », selon le Dr Fernie, a commencé par un projet de recherche financé par les IRSC il y a plusieurs années.
« Nous nous concentrons surtout sur la recherche appliquée. Et elle ne servirait à rien si elle n'était pas utilisée. Nous insistons beaucoup sur la dissémination des pratiques exemplaires. Nous avons aussi une unité qui travaille très étroitement avec les responsables des politiques au ministère de la Santé de l'Ontario. Néanmoins, la commercialisation demeure pour nous un moyen tout aussi important d'assurer l'application des connaissances. »
Dr Geoff Fernie