Profil de recherche - Un simple rinçage pour prévenir les dommages

Dr Michael Glogauer
Un test sans douleur effectué au cabinet du dentiste peut permettre de prédire le développement d’une maladie chronique associée à des problèmes cardiovasculaires et un risque de cancer
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C'est le problème de santé le plus répandu dans le monde, mais la plupart des gens affichent une profonde insouciance de son existence et des dommages qui peuvent en résulter.« De 90 % à 95 % des gens présentent probablement une forme quelconque de maladie parodontale (MP) à un moment où l'autre de leur vie », affirme le Dr Michael Glogauer, de la Faculté de dentisterie de l'Université de Toronto. « On parle ici d'affections allant de la gingivite jusqu'à la parodontite aiguë. »
En bref
Qui – Dr Michael Glogauer, professeur agrégé, Université de Toronto, Faculté de dentisterie.
Question – La maladie parodontale (MP), une inflammation des tissus qui entourent et supportent les dents, est une affection commune qui passe souvent inaperçue. Outre les dommages qu'elle inflige aux dents, la MP fait passer des produits chimiques dans la circulation sanguine, ce qui peut causer de nouvelles infections ou aggraver des maladies existantes comme le diabète, les affections cardiovasculaires ou la polyarthrite rhumatoïde.
Approche – Le Dr Glogauer a mis au point un test de rinçage à l'eau qui permet de détecter, au cabinet même du dentiste, des comptes élevés de cellules inflammatoires dans la bouche, un indicateur de la MP.
Impact – Les dentistes et les patients seront en mesure de détecter et de traiter la MP plus tôt, ce qui préviendra les dommages à long terme. Le Dr Glogauer s'est allié à une société canadienne pour commercialiser le test.
La maladie parodontale, l'inflammation des tissus qui entourent et supportent les dents, passe souvent inaperçue, pendant qu'elle détruit tranquillement l'os et les ligaments de soutien des dents. En plus des problèmes dentaires causés, le passage de produits chimiques dans la circulation sanguine risque d'entraîner de nouvelles infections ou d'aggraver des maladies existantes comme le diabète et la polyarthrite rhumatoïde. Selon un nombre croissant d'études, la MP, parfois appelée maladie des gencives, fait augmenter les risques d'AVC, de crise cardiaque et d'athérosclérose; elle a même été mise en corrélation avec un risque accru de certains cancers.
« Il ne se passe pas une journée sans que je voie un article qui établit un lien entre la MP et d'autres problèmes de santé systémiques », dit le Dr Glogauer. « La maladie en soi, par contre, ne cause à peu près pas de douleur et progresse lentement, si bien que les gens ne la prennent souvent pas au sérieux. »
Jusqu'à maintenant, votre dentiste devait chercher des signes de dommages ou d'inflammation au niveau des tissus bucco‑dentaires pour diagnostiquer la MP.
« Le problème, c'est que nous recherchons la maladie une fois qu'elle a déjà causé d'importants dommages », fait remarquer le Dr Glogauer. « Je voulais mettre au point un test dont les résultats serviraient de système de détection rapide, pour que nous n'ayons plus à attendre que le mal soit fait comme maintenant. »
Le Dr Glogauer a donc créé un test simple qui peut être effectué au cabinet du dentiste pour détecter un nombre élevé de cellules inflammatoires dans la bouche, une indication de la présence de la MP longtemps avant que des symptômes cliniques n'apparaissent.
« Il s'agit essentiellement d'une réaction de coloration, comme c'est le cas pour un test de grossesse. Le patient se rince la bouche avec de l'eau pendant 30 secondes et crache dans un gobelet, dans lequel un réactif spécial est ajouté. On met un bouchon sur le gobelet et on l'agite; si le mélange vire au bleu, c'est que vous avez – ou aurez bientôt – une maladie des gencives. »
« C'est le changement de couleur qui impressionne le patient », dit le Dr Glogauer.
« Vous allez chez le dentiste, on donne de petits coups ici et là et on vous dit : « Vous avez peut‑être un problème de gencive ici ». Vous répondez que vous ne sentez rien d'anormal. Par contre, si comme patient vous voyez le changement de couleur, l'effet est plus percutant. Ce peut être une très bonne façon d'aider les patients à prendre conscience du problème. »
La détection précoce de la MP peut être suivie d'un traitement précoce – rendez‑vous de nettoyage plus fréquents, application locale d'antibiotiques ou rinçages antibactériens – avant que les dents ne soient perdues ou que des produits chimiques potentiellement infectieux ne s'infiltrent dans la circulation sanguine.
Le Dr Glogauer a fait breveter le test aux États‑Unis (brevet en instance au Canada), et il travaille avec une société canadienne, CHX Technologies, pour commercialiser son invention. La prochaine étape est un essai clinique cet été, financé en partie par les Instituts de recherche en santé du Canada, pour démontrer que le test permet de pronostiquer l'apparition de la maladie.
Pour Ross Perry, propriétaire de CHX Technologies, la génération du baby-boom constitue le plus important marché potentiel du test de rinçage pour la MP.
« La commercialisation du test nous réjouit parce que nous savons que ces personnes s'intéressent beaucoup à la médecine préventive et veulent garder leurs dents intactes le plus longtemps possible. »
L'étude
Le Dr Glogauer a essayé, sur une période de plusieurs années, diverses formules de son test de dépistage de la MP auprès de participants à la Faculté de dentisterie de l'Université de Toronto. Il s'emploie maintenant à l'affiner en vue d'un essai clinique prospectif auquel participeront 450 patients à compter de l'été.
« Si nous obtenons les valeurs prédictives que nous espérons et que nous attendons de la prochaine étude, ce sera le dernier essai clinique avant la commercialisation », dit le Dr Glogauer.
Des patients seront recrutés, et le test de rinçage leur sera donné. Les chercheurs les suivront ensuite pendant plusieurs mois pour voir si le test a permis de prédire avec exactitude lesquels éprouvent des problèmes gingivaux.
« Pour CHX, l'intérêt est de pouvoir prédire chez qui apparaîtra la maladie parodontale. La société veut suivre les patients qui, au début de l'étude, ont une bonne santé bucco‑dentaire, mais qui développent un problème », explique le Dr Glogauer. « Elle veut montrer que le changement de couleur permet de prédire qui aura des problèmes. »
« En tant que chercheur, je serais fort heureux de voir les résultats passer du laboratoire à un produit qu'utilisent des patients. J'y travaille depuis à peu près sept ans. Ce que j'ai appris, c'est qu'il est incroyablement compliqué de prendre une idée au laboratoire et d'en faire un produit. »
Dr Michael Glogauer