Profil de recherche - Vaincre l'asthme à l'aide d'une bactérie?

Dr Tobias Kollmann
Dr Tobias Kollmann

Un nouveau projet de recherche de l'Université de la Colombie‑Britannique financé par les IRSC montre qu'un vaccin mis au point à partir de la bactérie à l'origine de la listériose prévient l'asthme chez les souris.

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À l'aide d'une souche affaiblie de Listeria monocytogenes, une bactérie d'origine alimentaire qui cause la listériose, un chercheur de l'Université de la Colombie‑Britannique a mis au point un vaccin qui prévient l'asthme chez les souris.

« La différence est tellement absolue et qualitativement évidente que nous avons d'abord pensé que c'était trop beau pour être vrai. Nous avons donc répété l'expérience à de nombreuses reprises pour nous assurer que rien ne nous avait échappé, fait remarquer le Dr Tobias Kollmann, dont les travaux sont financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Mais non, le vaccin est parfaitement préventif. Il fonctionne à 100 %. »

En bref

Qui – Dr Tobias Kollmann, clinicien‑chercheur au Child & Family Research Institute à Vancouver, professeur adjoint, Département de pédiatrie, Division des maladies infectieuses et immunitaires, Vaccine Evaluation Centre, Université de la Colombie-Britannique

Question – Des études ont établi un lien entre le développement de l'asthme et l'exposition en très bas âge à des allergènes. Jusqu'à maintenant, la meilleure méthode de prévention de l'asthme à notre disposition était d'empêcher l'exposition aux allergènes.

Approche – Le Dr Kollmann a mis au point un vaccin à partir d'une souche atténuée du microbe qui cause la listériose. Le vaccin semble empêcher la réaction allergique chez la souris nouveau-née, ce qui permet de prévenir l'asthme chez le sujet pour le reste de sa vie.

Impact – Bien que le vaccin n'ait été testé pour l'instant que sur des souris, il pourrait prévenir – voire guérir – l'asthme. De plus, il pourrait aussi être appliqué à la prévention de réactions allergiques à des substances comme les arachides, ainsi qu'à la prévention de la coqueluche et d'autres infections.

Le Dr Kollmann et ses collègues ont administré à des souris nouveau‑nées un vaccin préparé à partir d'une souche de la bactérie Listeria inoffensive pour les souriceaux.

« Nous avons choisi des souris nouveau‑nées parce que des données probantes laissent entendre que le risque de développer l'asthme est à son plus haut en très bas âge, ajoute le Dr Kollmann. La raison n'est pas encore tout à fait claire, mais le système immunitaire du nouveau-né, s'il est exposé à des allergènes, semble être plus susceptible de développer une réaction allergique semblable à l'asthme. Si vous avez été exposé à des allergènes au tout début de votre vie, vous courez donc un risque plus élevé de développer l'asthme. »

Le Dr Kollmann pense que son vaccin amène le système immunitaire du nouveau-né à abandonner la réaction allergique pour une réponse antiallergique qui perdure pendant toute la vie de la souris. « Une piqûre à la naissance, et on est protégé contre l'asthme. »

Les résultats préliminaires de l'étude ont été publiés en décembre dans la revue Vaccine, et d'autres articles paraîtront sous peu. En attendant, le Dr Kollmann procède à des tests pour déterminer si le vaccin est capable de guérir l'asthme chez les souris qui en sont déjà atteintes.

« Il s'agit probablement de l'approche la plus réaliste pour évaluer d'autres applications potentielles, et les données préliminaires semblent prometteuses », ajoute le Dr Kollmann. Il pense aussi que le vaccin pourrait être utilisé pour la prévention des allergies aux arachides ou d'infections par divers pathogènes.

Le vaccin, qui peut être administré par voie orale et n'a pas besoin d'être réfrigéré, se comporte un peu comme un « cheval de Troie » : après avoir fait son travail, il meurt doucement et disparaît de l'organisme.

« Le seul signe résiduel de sa présence, c'est que la souris ne peut plus devenir asthmatique, continue le Dr Kollmann. C'est là la beauté de la chose. »

Le Dr Kollmann envisage aussi la possibilité de produire une version synthétique du vaccin, qui ne présenterait aucun des risques associés à une bactérie Listeria « vivante ». « Une particularité du mécanisme de réplication de Listeria semble être à l'origine de l'effet du vaccin. C'est ce que nous tentons de déterminer en ce moment. »

Bien que ses collègues et lui « travaillent littéralement jour et nuit pour obtenir des résultats et les publier », il appelle à la prudence dans l'interprétation des résultats.

« Nous parlons ici de souris néonatales représentant un seul modèle d'asthme. Je ne veux absolument pas dire que le principe va fonctionner chez tous les humains ou pour tous les déclencheurs de crise d'asthme. C'est un projet qui doit être élargi jusqu'à ce qu'il puisse être appliqué à des études sur de plus gros animaux, et éventuellement testé dans le cadre d'études chez l'humain. »

Le Dr Volker Gerdts, directeur associé (Recherche) à la Vaccine & Infectious Disease Organization de l'Université de la Saskatchewan, considère que les travaux du Dr Kollmann sont très importants pour la lutte contre l'asthme.

« Considérant la somme de travail et le calibre des recherches [du Dr Kollmann], j'ai beaucoup d'espoir, confie le Dr Gerdts. Ses recherches portent aussi sur la compréhension du système immunitaire du nouveau‑né. Il travaille à la mise au point de toute une plateforme vaccinale à partir de la bactérie Listeria, et il espère pouvoir créer des vaccins contre des maladies courantes qui causent encore chaque année la mort de millions de jeunes enfants. Son approche est très prometteuse. »

« Nous sommes enthousiasmés par les résultats que nous avons obtenus jusqu'à maintenant. Mais ce sont évidemment des résultats préliminaires. Il y a tant d'histoires sensationnalistes publiées à propos de découvertes qui ne mènent finalement nulle part et dont on n'entend plus jamais parler. Ce n'est pas ce que nous voulons. Tant que nous n'aurons pas de données qui vont au-delà d'un système artificiel comme le modèle murin, il serait dans l'intérêt de personne de parler de nos découvertes comme d'un remède pour tous. »
-- Dr Tobias Kollmann