Profil de recherche - La vérité sur le rhume

Dr Richard Leigh
Un chercheur de Calgary a établi un lien entre le développement de l'asthme et les rhumes fréquents.
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Au cours de l'année, le Dr Richard Leigh, de l'Université de Calgary, espère recruter quelques volontaires assez braves pour mettre leur nez au service de la science.
« Nous allons donner à nos volontaires une infection expérimentale, en plaçant une petite quantité de rhinovirus dans leur nez, ce qui garantit presque à 100 % qu'ils auront le rhume dans les 24 heures suivant l'intervention », explique le Dr Leigh.
En bref
Qui – Dr Richard Leigh, titulaire de la chaire GlaxoSmithKline-IRSC en maladie pulmonaire à l'Université de Calgary
Question – Des études menées par le Dr Leigh et par d'autres ont établi un lien entre le rhinovirus (le virus qui cause le rhume) et l'apparition de l'asthme. Bien que des changements apportés au mode de vie puissent réduire l'exposition des asthmatiques à des antigènes comme la poussière et la fumée de cigarette, il est presque impossible d'éviter d'attraper un rhume.
Approche – Le Dr Leigh et ses collègues étudient l'effet du rhinovirus sur les cellules et les molécules des poumons pour déterminer comment la réaction à l'infection a une incidence sur l'asthme.
Impact – Cette approche pourrait mener à la mise au point de nouveaux traitements visant à empêcher le virus du rhume de créer des conditions propices à l'apparition de l'asthme ou de déclencher des crises chez les asthmatiques.
Le défi des nez bouchés aidera le Dr Leigh et ses collègues dans leurs recherches pour démontrer le lien entre le rhinovirus et le développement de l'asthme. Le chercheur a déjà montré dans d'autres études que du tissu cicatriciel se forme dans les bronches des personnes fréquemment enrhumées, ce qu'on appelle le « remodelage des voies aériennes ».
Ce tissu cicatriciel est typique de l'asthme, et on croit qu'il constitue un facteur important dans la constriction excessive et trop rapide des voies aériennes en réaction à des allergènes comme les poils et squames de chat, les acariens ou les irritants comme la fumée de cigarette ou l'air froid. Le remodelage des voies aériennes survient souvent en bas âge, parfois même avant qu'un diagnostic clinique d'asthme ne soit établi.
« La cicatrisation est un processus naturel impliqué dans la réparation de toutes les lésions », explique le Dr Leigh, dont les travaux sont financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Toutefois, d'après lui, une cicatrisation un peu trop « rapide » en réaction au rhinovirus semble prédisposer à l'apparition de l'asthme persistant. « Cette rapidité mène à un remodelage et cause des changements structurels et un rétrécissement des voies aériennes. »
Titulaire de la chaire GlaxoSmithKline-IRSC en maladie pulmonaire, le Dr Leigh étudie la façon dont les poumons réagissent aux infections par le rhinovirus afin de mieux comprendre comment le développement de l'asthme peut résulter de ces infections.
« Nous pourrions alors commencer à étudier les interventions thérapeutiques, ajoute-t-il. Deux approches sont possibles : renforcer la réponse de l'hôte afin de limiter l'impact de l'infection virale sur les voies aériennes ou calmer cette réaction afin d'éviter la formation trop rapide de tissu cicatriciel. »
Le Dr Leigh est en attente de l'approbation d'une demande qu'il a présentée à Santé Canada pour effectuer son expérience de rhume volontaire, mais l'industrie a déjà démontré de l'intérêt pour son approche novatrice dans la lutte contre l'asthme, une maladie qui affecte environ un Canadien sur 12 âgé de 12 ans et plus.
Alors qu'on encourage couramment les asthmatiques à modifier leurs habitudes de vie pour prévenir les crises, en évitant d'être en contact avec des antigènes comme les poils et squames de chat et de chien, la fumée secondaire, le pollen ou la poussière, il n'est pas vraiment réaliste de penser qu'on peut prendre des mesures pour éviter d'attraper un simple rhume.
« On ne peut pas vraiment leur dire « vivez dans une bulle ». On peut par contre mettre au point une intervention qui permettrait d'empêcher le virus d'entrer dans les cellules des poumons et des voies aériennes. »
Le Dr Leigh aura donc besoin de 15 à 18 personnes qui se porteront volontaires pour attraper un rhume : certains devront souffrir d'asthme ou être prédisposés à en souffrir, et d'autres non. Le chercheur ne pense pas qu'il aura du mal à recruter des participants. « Les gens souhaitent toujours contribuer au progrès en sciences biomédicales. Et de toute manière, on parle ici d'un type de rhume assez bénin. »
« Le rhinovirus en lui-même est plutôt inoffensif. Il ne cause pas de destruction cellulaire importante dans les voies aériennes comme, par exemple, le virus de l'influenza. Mais l'organisme déclenche une riposte si énergique qu'elle peut exacerber les symptômes d'asthme et mener à un remodelage des voies aériennes. »
-- Dr Richard Leigh