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Dr Allan Becker
Dr Allan Becker

Une étude menée auprès de centaines d'enfants, du ventre de leur mère à leur septième anniversaire, a montré qu'une « intervention à multiples facettes » au cours de la première année de vie peut aider à prévenir l'asthme.

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Les études de cohortes, au cours desquelles on suit un segment de la population pendant de nombreuses années, sont un investissement dans la recherche en santé qui ne cesse de rapporter des dividendes.

Les travaux du Dr Allan Becker, de l'Université du Manitoba, en sont un bon exemple. Il y a 15 ans, il a entrepris une étude visant à suivre l'évolution d'environ 500 enfants de Winnipeg et de Vancouver, du dernier trimestre de la grossesse jusqu'à leur septième anniversaire.

En bref

Qui – Le Dr Allan Becker, professeur et directeur, Section des allergies et de l’immunologie clinique, Département de santé pédiatrique et de l’enfant, Université du Manitoba

Question – L’asthme commence durant l’enfance et est souvent associé à des réactions allergiques aux stimuli environnementaux. Est-il possible d’en prévenir l’apparition en limitant l’exposition aux allergènes?

Approche – Le Dr Becker a mené une étude au cours de laquelle il a suivi un groupe d’enfants allaités et moins exposés à des allergènes au cours de leur première année de vie. Il a pu noter une diminution de près de 60 % de la prévalence de l’asthme chez les sujets âgés de sept ans de ce groupe par rapport à ceux du groupe témoin.

Impact – L’étude a démontré que la première année de vie constitue une fenêtre d’intervention critique pour protéger les enfants contre l’asthme.

Prochaine étape – Le Dr Becker a entrepris une nouvelle étude ayant pour objectif de vérifier si la diminution de la prévalence de l’asthme demeure importante à l’adolescence, lorsque les filles sont plus à risque d’être atteintes de la maladie.

Dans le cadre de cette étude, entreprise avant la création des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), une partie des enfants ont été soumis à une « intervention à multiples facettes » au cours de leur première année de vie : ils ont été allaités et ont été exposés le moins possible à des allergènes comme les acariens, les squames animales et la fumée du tabac. On a obtenu des résultats remarquables.

« À l'âge de sept ans, les enfants du groupe de l'intervention couraient un risque presque 60 % plus faible de développer l'asthme, indique le Dr Becker. Ces enfants couraient le même risque que les autres d'être atteints d'une allergie, un facteur souvent précurseur de l'apparition des symptômes d'asthme, et avaient la même probabilité d'être physiologiquement prédisposés à souffrir d'asthme. »

Les résultats de la Canadian Childhood Asthma Primary Prevention Study (Étude canadienne sur la prévention primaire de l'asthme chez les enfants) ont été publiés en 2005 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology; l'étude de cohortes a mené à la publication de plus de deux douzaines d'articles.

Bien que le Dr Becker ne sache pas avec certitude quelles interventions précises sont à l'origine des résultats obtenus, son étude de cohortes a montré que la première année de la vie représente une fenêtre importante d'intervention pour prévenir l'asthme chez les enfants. « De toute évidence, il se passe quelque chose d'essentiel au cours de cette première année. »

Pour le Dr Becker, la prochaine étape est d'effectuer un autre suivi auprès des enfants de l'étude, qui sont maintenant adolescents.

« Grâce à notre subvention actuelle des IRSC, nous avons une occasion extraordinaire d'évaluer l'état immunitaire et physiologique de ces adolescents ainsi que leur état clinique en ce qui concerne les allergies et l'asthme, afin de vérifier si l'intervention qu'ils ont reçue au début de leur vie a continué à exercer une influence sur leur risque de souffrir d'asthme au cours de leur vie. »

Il croit qu'il pourrait exister une autre fenêtre d'intervention au cours de l'adolescence, et que les filles en particulier pourraient bénéficier d'interventions effectuées durant cette période.

« Grâce à d'autres études, nous savons qu'il survient une inversion de la prévalence relative de l'asthme selon le sexe. En effet, au cours des premières années d'école, le fait d'être un garçon est un facteur de risque majeur; puis, à la puberté, le risque d'asthme devient équivalent chez les deux sexes. Cependant, à partir de l'adolescence, le fait d'être une fille devient un facteur de risque plus important : la probabilité d'être atteintes d'asthme est de 20 à 25 % pour les adolescentes, et le risque de souffrir d'asthme sévère est trois fois plus élevé chez les jeunes femmes au début de l'âge adulte. »

En évaluant l'état de santé de ces enfants à l'orée de l'adolescence, le Dr Becker espère mieux comprendre ce qui se passe « au cours de la préadolescence, lorsque le risque commence à s'inverser et que les garçons ont tendance à se débarrasser de l'asthme, alors que l'incidence de la maladie chez les filles augmente. »

Le Dr Becker est aussi chercheur principal pour l'Étude longitudinale nationale sur le développement des enfants en santé, qui est financée par les IRSC et le Réseau des allergies, des gènes et de l'environnement des Réseaux de centres d'excellence du Canada. Cette étude sera menée auprès d'une cohorte de 5 000 enfants de Vancouver, d'Edmonton, de Winnipeg et de Toronto, de la naissance à l'âge de cinq ans, afin d'examiner l'effet de facteurs environnementaux sur la santé des enfants.

« Des études de ce genre sont absolument essentielles si nous voulons comprendre les origines de maladies comme l'asthme, ajoute le Dr Becker. Lorsque nous avons commencé l'étude de prévention au début des années 1990, nous pensions savoir tout ce qu'il fallait faire pour contribuer à prévenir l'asthme chez les enfants, mais nous avons besoin de comprendre notre environnement d'une façon beaucoup plus globale. Nous en avons encore beaucoup à apprendre. »

« Nous savons depuis des décennies que si une personne est sensibilisée à des allergènes communs, comme les acariens, les chats, les chiens et les champignons appartenant au genre Alternaria (moisissure retrouvée à l'extérieur), le risque qu'elle soit éventuellement atteinte d'asthme devient substantiellement plus élevé. La corrélation entre les deux facteurs est très claire : 75 % des enfants atteints d'asthme sont aussi allergiques à ces substances. Notre hypothèse était qu'en réduisant l'exposition aux allergènes, nous serions capables d'empêcher que la personne soit sensibilisée, et donc qu'elle devienne asthmatique. »
-- Dr Allan Becker