L’initiative SRAS
Une évaluation des résultats et des impacts de la recherche coordonnée par les Instituts de recherche en santé du Canada au nom du Consortium canadien de recherche sur le SRAS
Groupe de travail sur les résultats et les impacts de la recherche sur le SRAS
- Carol Richardson, coprésidente
- Laura McAuley, coprésidente
- Bey Benhamadi
- Gwendoline Malo
- Stephen Rimac
- Julie Senécal
- Bruno Théorêt
Rédaction du rapport : Michelle French, Communication scientifique
Tables des matières
- Résumé sommaire
- Aperçu
- Emergence de la crise du SRAS
- Réponse des IRSC et de leurs partenaires
- Efficacité de la recherche sur le SRAS financée par les IRSC – cadre d'évaluation
- Résultats et impacts de la recherche sur le SRAS
- Leçons tirées du passé et regard vers l'avenir
- Conclusion
- Annexe 1 : Membres du Groupe de travail sur l'évaluation des résultats et de l'impact de la recherche sur le SRAS
- Annexe 2 : Organisation du Consortium canadien de recherche sur le SRAS et Objectifs de la recherche
- Annexe 3 : Bourses de recherche sur le SRAS financées par les IRSC et leurs partenaires
- Annexe 4 : Sondages en ligne pour évaluer les résultats et l'impact de la recherche
- Annexe 5 : Formulaire de saisie des projets de recherche
- Annexe 6 : Sommaires des projets de recherche
- Annexe 7 : Impact de la publication et indicateurs de citation
- Annexe 8 : Articles sur le SRAS ciblés par les chercheurs (publiés ou sous presse)
- Remarques
Résumé sommaire
Le présent rapport résume les conclusions d'une évaluation des résultats et des impacts de la recherche sur le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) coordonnée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) au nom du Consortium canadien de recherche sur le SRAS (CCRS) de 2003 à 2010. Cette analyse permet aux IRSC de rendre compte des investissements dans la recherche sur le SRAS, d'améliorer les initiatives stratégiques futures et de mettre en lumière l'impact de la recherche scientifique.
Le SRAS est une nouvelle maladie respiratoire qui a fait son apparition en Chine en novembre 2002. Cette maladie s'est rapidement propagée dans plusieurs pays et a continué de sévir jusqu'à la moitié de l'année 2003. Environ 10 % des personnes infectées en sont mortes; le taux variait selon les groupes d'âge, le plus touché (50 %) étant celui des plus de 65 ans. Le SRAS a fait 774 victimes, dont 43 au Canada. En plus d'avoir été un fardeau au plan de la santé, l'épidémie de SRAS a eu des répercussions négatives sur l'économie de plusieurs pays, incluant le Canada. Le produit intérieur brut du Canada a chuté de 3 à 6 milliards de dollars (US), et le taux de croissance a baissé de 1 %.
Le SRAS étant à l'époque une maladie infectieuse nouvelle, il fallait de toute urgence mettre au point des tests diagnostiques, trouver des traitements et élaborer des méthodes pour prévenir la transmission de la maladie. Pour l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC, il s'agissait de réagir en jetant des ponts entre les partenaires, en mobilisant le milieu de la recherche sur le SRAS et en coordonnant les efforts de recherche à l'échelle nationale et internationale. Des appels de demandes stratégiques et un concours ouvert de subventions et de bourses ont été lancés par les IRSC pour appuyer la recherche. Depuis 2003, plus de 6 millions de dollars ont été investis dans la recherche sur le SRAS; près du tiers de ces fonds ont été alloués durant l'exercice financier 2003-2004.
Pour évaluer les résultats et les impacts de ce financement de la recherche, l'information a été rassemblée et analysée par des membres des unités d'évaluation de l'impact et d'analyse des données des IRSC, du portefeuille des partenariats et de l'application des connaissances, de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires et de l'Institut de la santé publique et des populations. Plusieurs sources de données ont été utilisées, dont des sondages auprès des chercheurs et des bases de données sur les publications et le financement. Des 32 chercheurs invités à prendre part aux sondages, 24 y ont répondu. Cinq grandes catégories d'impact ont été retenues pour l'analyse : l'avancement de la connaissance, le renforcement de la capacité, la prise de décisions éclairées, les impacts sur la santé et sur les systèmes de santé, et les impacts économiques.
L'évaluation a révélé que les résultats générés par la recherche financée avaient eu un impact dans chacune des cinq catégories d'impact considérées. L'impact était particulièrement manifeste au plan de l'avancement des connaissances, mais la recherche a également donné lieu à des améliorations dans les systèmes de santé et les soins de santé et facilité la prise de décisions éclairées en matière de politiques. Les impacts économiques incluaient la création d'une entreprise dérivée, trois demandes de brevets, et un financement supplémentaire pour créer 30 emplois au Canada. Les résultats et les impacts, dans chacune des catégories examinées, sont décrits brièvement ci-après.
Avancement des connaissances
Des percées scientifiques ont été faites dans plusieurs domaines, notamment la lutte contre les épidémies, le traitement, la politique en matière de santé et les antiviraux. L'information nouvelle a été diffusée par la voie de plus de 100 publications et plus de 300 présentations lors de congrès. En général, les articles ayant trait au SRAS étaient publiés dans des revues de qualité supérieure et étaient cités plus souvent que les autres publications du chercheur. Ainsi, la revue Biological Chemistry a décerné son Paper of the Year Award 2006 au Dr François Jean pour son article sur l'utilisation d'un nouvel agent antiviral dans la lutte contre le SRAS. Parmi les autres avancements de la connaissance relevés :
- L'OMS a adopté un nouveau protocole thérapeutique pour le SRAS, qui utilise l'antiviral interféron alpha;
- On comprend maintenant mieux la biologie du virus du SRAS, ce qui orientera le développement de nouveaux antiviraux;
- On a découvert que l'agent antiviral ribovarine provoquait des effets indésirables chez les patients atteints de SRAS, et qu'il n'améliorait pas pour autant les résultats.
Renforcement de la capacité
Plus de 80 stagiaires, du niveau du baccalauréat à celui de boursier postdoctoral, ont bénéficié d'un financement pour leur recherche sur le SRAS. De ce nombre, neuf ont par la suite obtenu leur propre financement pour des travaux dans des domaines connexes. Un maillage de collaboration s'est par ailleurs mis en place parmi les chercheurs. Le renforcement de la capacité s'est notamment manifesté de la façon suivante :
- Une biobanque de sérum prélevé sur des patients atteints du SRAS a été mise sur pied et des protocoles et procédés éthiques ont été établis; les chercheurs de partout au monde pouvant désormais accéder aux ressources de cette banque;
- Un réseau de recherche a été mis sur pied au Canada, à Taïwan et en Thaïlande pour étudier les maladies respiratoires virales émergentes;
- De nouveaux outils de modélisation épidémiologique ont vu le jour; favorisant de nouveaux contacts avec des soignants et des patients dans les hôpitaux participants. Ces contacts peuvent être mis à profit dans de nouvelles études pour l'analyse de la prolifération des maladies infectieuses.
Prise de décisions éclairées
Les intervenants clés, tels que les professionnels de la santé, les organismes professionnels, les gestionnaires de systèmes de santé et d'autres chercheurs, non seulement étaient au courant des résultats de la recherche, mais aussi étaient influencés par ces derniers. Dans bien des cas, les intervenants participaient eux-mêmes aux projets de recherche, ce qui accélérait l'intégration des résultats de la recherche. Parmi les exemples de prise de décisions éclairées, mentionnons :
- La détermination des considérations éthiques soulevées durant l'épidémie de SRAS – obligations du travailleur de la santé, établissement des priorités, mesures de santé publique et gouvernance générale qui ont formé la base de l'élaboration d'un cadre de travail éthique pour la grippe pandémique. L'OMS a adapté ce cadre de travail et l'a incorporé dans les plans de préparation à la pandémie au Canada, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Europe.
- La découverte que la détresse psychologique chez les travailleurs de la santé en poste dans des hôpitaux qui comptaient des cas de SRAS était plus faible chez ceux qui se sentaient bien informés et bien soutenus. Cette découverte a contribué à éclairer davantage les plans de préparation à la pandémie de l'OMS, du Canada et de l'Australie.
Impacts sur les systèmes de soins et de soins de santé
La recherche sur le SRAS a mené à des percées dans la prévention, le diagnostic et le traitement du SRAS et d'autres maladies infectieuses, de même qu'à des améliorations dans les systèmes de santé. Certaines de ces découvertes, telles que la preuve, faite durant l'épidémie de SRAS, qu'un masque, peu importe sa forme, peut prévenir la transmission du SRAS, ont aidé à réduire la propagation de la maladie et à améliorer le traitement. D'autres découvertes seront utiles si le SRAS devait réapparaître ou si d'autres épidémies de maladies infectieuses devaient se survenir. Parmi les impacts relevés dans les catégories considérées, mentionnons :
- Les méthodes de repérage du virus du SRAS et d'autres virus causant des maladies respiratoires ont été améliorées;
- Des vaccins potentiels contre le SRAS sont parvenus aux derniers stades de la recherche et une stratégie de vaccination pancanadienne a été élaborée;
- Des analogues de l'interféron, faciles à conserver, ont été découverts et pourraient être utiles dans le traitement du SRAS ou d'autres infections virales.
Impacts économiques
La recherche sur le SRAS a eu des impacts économiques considérables – nouveaux outils et produits, demandes de brevets, économie de coûts directs, création d'une entreprise dérivée. Les chercheurs ont élaboré de nouvelles méthodes pour repérer de nouveaux agents antiviraux, ils ont découvert un certain nombre de composés importants ayant une activité antivirale, élaboré des outils de modélisation épidémiologique et établi une nouvelle technologie de diagnostique qui a suscité un investissement multinational et a abouti à la création de 30 emplois permanents au Canada. Parmi les impacts économiques relevés, mentionnons :
- L'élaboration d'un essai de repérage très poussé qui a été utilisé par la suite pour identifier de nouveaux agents antiviraux de l'hépatite C. Le marché de l'hépatite C devrait atteindre plus de 8 milliards de dollars en 2012.
- La découverte et la mise sous brevet de composés qui imitent le comportement de l'interféron. On s'attend à ce que ces molécules mimétiques de l'interféron permettent une vaste gamme d'applications en tant qu'agents antiviraux combattant différents virus, notamment dans le traitement de divers types de maladies infectieuses.
- La mise au point de modèles mathématiques permettant de prévoir avec précision la propagation des épidémies et l'efficacité des interventions.
En résumé, grâce à la connaissance créée par la recherche, le Canada et le reste du monde sont plus en mesure de réagir aux futures épidémies de SRAS ou d'autres maladies infectieuses. La connaissance créée offre un vaste spectre d'applications dans des domaines tels que la prévention et l'atténuation de la propagation d'autres maladies infectieuses, l'amélioration de la santé publique et des soins de santé en périodes d'épidémies, et la découverte de nouveaux antiviraux.
Outre les résultats et les impacts de la connaissance acquise grâce au financement de la recherche sur le SRAS, les épidémies de SRAS ont eu des répercussions profondes sur les systèmes de santé publique et de soins de santé du Canada ainsi que sur les organismes de financement de la recherche. Les lacunes du système de santé publique du Canada qui ont été mises en lumière durant l'épidémie de SRAS ont donné lieu à l'établissement de l'Agence de la santé publique du Canada et de l'Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé.
L'aide à la coordination d'une réponse de recherche et le financement de la recherche cruciale au cours de l'épidémie de SRAS ont été, pour les IRSC, l'occasion d'une première expérience à jouer un rôle proactif dans la planification et la réalisation d'une intervention visant à répondre à une épidémie de maladie infectieuse. En 2006, devant la menace d'une pandémie de grippe, les IRSC avaient créé l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, dans le but d'établir et de maintenir une capacité de préparation à la pandémie et de recherche sur la grippe. Des priorités de recherche stratégique ont été ciblées, on a encouragé la communication entre les chercheurs et les utilisateurs de la connaissance et des méthodes de recherche de financement novatrices ont été mises au point pour que les fonds destinés à la recherche sur les épidémies soient rapidement accessibles.
La propagation d'une nouvelle souche pandémique de la grippe à l'échelle mondiale, en 2009, a permis de constater l'efficacité de cette approche. Elle nous rappelle, une fois de plus, le besoin continu de recherche, d'efforts coordonnés et de collaborations pour améliorer la communication entre les chercheurs et les futurs utilisateurs de la connaissance générée par leur recherche.
En conclusion, cette évaluation des résultats et des impacts démontre que les investissements dans la recherche, ciblés ou faits par l'entremise de concours ouverts de subventions, permettent aux chercheurs de jouer un rôle crucial dans l'intervention en situation d'épidémies de maladies infectieuses. Les IRSC peuvent donc ainsi remplir leur mandat de mieux « appuyer la création de nouvelles connaissances et leur application en vue d'améliorer la santé de la population canadienne, d'offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé au Canada ».
Aperçu
Les Instituts de recherche en santé publique du Canada (IRSC) ont récemment étudié les résultats et les répercussions de leurs activités de recherche (et de celles de leurs partenaires) portant sur le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et réalisées grâce à des initiatives stratégiques, des concours ouverts de subventions ainsi que des programmes de formation. Une version modifiée du cadre d'évaluation des répercussions publiée en 20071, a été utilisée en vue de structurer cette étude. Le cadre comprend cinq grandes catégories, soit l'avancement de la connaissance, le renforcement de la capacité, la prise de décisions éclairées, les impacts sur la santé et sur les systèmes de santé, et les impacts économiques.
L'information a été recueillie et analysée par un groupe de travail des IRSC constitué des membres des unités d'évaluation des répercussions et d'analyse des données, du portefeuille de l'application des connaissances, de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires ainsi que de l'Institut de la santé publique et des populations (voir annexe 1).
Cette analyse a permis aux IRSC de rendre compte de leurs investissements dans l'initiative de recherche sur le SRAS (L'Initiative SRAS) et d'optimiser la prise de décision relative à de prochaines initiatives stratégiques. Elle permet également d'informer les parties concernées des retombées de la recherche scientifique. Le présent rapport vise à résumer les résultats de cette analyse.
Émergence de la crise du SRAS
Le SRAS est apparu pour la première fois en Chine en novembre 2002. Il s'agissait alors d'un nouveau syndrome respiratoire associé à des taux de morbidité et de mortalité importants. Les personnes atteintes souffraient d'abord de fièvre puis présentaient des symptômes respiratoires tels que de la toux, un essoufflement, une difficulté à respirer ainsi que d'autres symptômes pseudo grippaux. Environ 10 à 20 % des patients ont nécessité une ventilation artificielle. Le taux de mortalité général du SRAS a été d'environ 10 %, mais ce taux variait en fonction de l'âge, le groupe le plus touché (50 %) étant les personnes âgées de 65 ans et plus. Nous savons maintenant que le SRAS est causé par un coronavirus (coronavirus associé au SRAS) présent chez les chauves-souris fer à cheval de Chine2 et qu'il est transmis de personne à personne par contact étroit.
Au printemps 2003, le SRAS s'était répandu dans plusieurs pays et des cas étaient signalés d'abord au Canada, au Vietnam et à Singapour, puis en Mongolie et aux Philippines. Les premiers Canadiens touchés étaient des personnes s'étant récemment rendues à Hong Kong. Dans les autres cas qui ont suivi, il s'agissait de personnes qui avaient eu des contacts avec les premières personnes atteintes ou qui avaient elles mêmes voyagé dans les zones infectées.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 8 096 cas probables de SRAS et 774 décès sont survenus à l'échelle de la planète entre novembre 2002 et juillet 2003. De ce nombre, on compte 251 cas probables et 43 décès au Canada. L'éclosion de SRAS a également eu un impact financier important, particulièrement au Canada, en Chine, à Hong Kong et à Singapore3. Par exemple, on estime que le PIB du Canada a enregistré une baisse de 3,2 milliards de dollars, pour atteindre 6,4 milliard (US), et que le taux de croissance a diminué de 1 %. La figure 1 présente un résumé des principaux événements survenus durant l'éclosion.
Figure 1 : Suite des événements entourant le SRAS, de février à juillet 2003

Réponses des IRSC et de leurs partenaires
Un des rôles des IRSC est de relever les défis et de saisir les occasions qui s'offrent en matière de santé au Canada, et ce, grâce à des programmes de recherche appropriés et disponibles en temps utile4. Puisque le SRAS constituait une nouvelle maladie infectieuse qui touchait les Canadiens, il était impératif de pousser la recherche afin de mettre au point de nouveaux tests de diagnostic, des stratégies pour limiter la propagation de la maladie ainsi que des médicaments pour traiter les personnes infectées. Les IRSC ont su relever le défi et réagir à l'épidémie de SRAS, notamment :
- en aidant à coordonner les efforts de recherche à l'échelle nationale et internationale;
- en établissant des partenariats en vue d'accroître le fonds de recherche sur le SRAS;
- en finançant la recherche sur cette maladie.
La nature urgente de la crise a incité les IRSC à élaborer des approches novatrices en vue de s'assurer que la recherche puisse être financée dans les délais requis. L'Institut des maladies infectieuses et immunitaires a lancé sa première demande de proposition le 10 avril 2003, seulement quelques semaines après l'apparition des premiers cas de SRAS au Canada. En moins de trois semaines, les propositions avaient été examinées par des pairs et quatre projets avaient obtenu un financement5.
Coordination des efforts de recherches
L'Institut des maladies infectieuses et immunitaires a joué un rôle de premier plan dans la mise sur pied d'un programme de recherche cohérent en créant le Consortium canadien de recherche sur le SRAS en juin 2003 (voir tableau 1). Le mandat de ce dernier était de maximiser la répercussion des efforts de recherche sur cette maladie en élaborant un programme de recherche national durable. Les membres du Consortium se sont également associés aux IRSC pour financer les projets de recherche stratégiques nécessaires. L'annexe 2 présente la structure organisationnelle de ce groupe. Un rapport détaillé sur le Consortium et l'évaluation de ses activités sont disponibles.
Tableau 1 : Organisations membres du Consortium canadien de recherche sur le SRAS
- Association pulmonaire du Canada
- Réseau canadien pour l'élaboration de vaccins et d'immunothérapies contre le cancer et les infections virales chroniques
- IRSC
- Fonds de la recherche en santé du Québec
- GlaxoSmithKline Inc.
- Santé Canada
- Fondation Michael-Smith pour la recherche en santé
- Fonds ontarien d'encouragement à la recherche-développement
- Réseau de centres d'excellence en génie protéique
- Sanofi Pasteur Limited
Élaboration d'un programme stratégique de recherche sur le SRAS
Des secteurs de recherche stratégiques ont été ciblés et exploités par les IRSC et leurs partenaires, tant pendant qu'après l'éclosion du SRAS. Ces secteurs étaient les suivants : diagnostic, mise au point d'un vaccin, thérapeutique, épidémiologie et base de données, répercussions sur la santé publique et la collectivité.
Pour soutenir les efforts de recherche sur le SRAS dans ces domaines, les IRSC et leurs partenaires ont annoncé quatre appels de demandes stratégiques entre avril 2003 et avril 2005 (voir figure 2). Au tableau 2, on présente le titre de chacun de ces appels ainsi que le domaine d'intérêt visé. Certains projets de recherche ont également été financés par des concours ouverts de subventions et de bourses des IRSC.
Figure 2 : Étapes du financement de la recherche sur le SRAS

Tableau 2 : Appels de demandes stratégiques pour la recherche sur le SRAS
| Titre | Domaines d'intérêt |
|---|---|
| SRAS I : Réponse de l'hôte au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) | Soutenir la recherche sur les causes et les conséquences du syndrome respiratoire aigu sévère. |
| SRAS II : État de préparation du système de soins de santé et de santé publique et intervention en cas d'apparition du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) : Évaluation et leçons tirées | Soutenir les projets de recherche qui étudient et analysent les interventions récentes en santé publique et en soins de santé face à l'éclosion du SRAS au Canada, dans le contexte d'une épidémie mondiale. Une attention particulière est portée aux moyens permettant de faire en sorte qu'une pratique fondée sur des preuves et des stratégies rentables de gestion des épidémies soient utilisées de façon optimale lors d'éventuelles éclosions de ce genre. |
| SRAS III : Initiative - subventions pour des projets pilotes sur les petites molécules du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) | Appuyer des projets pilotes de recherche sur la biologie du SRAS et l'identification de petites cibles moléculaires comme agents antiviraux. |
| SRAS IV : Projet de collecte de matériel de patient et de base de données sur le SRAS | Créer une banque et un registre d'échantillons de SRAS pour répondre à des demandes pour du sang prélevé chez des patients en convalescence. |
Investissement dans la recherche sur le SRAS
L'investissement stratégique dans la recherche sur le SRAS par les IRSC et leurs partenaires et les concours ouverts de subventions et de bourses de formation des IRSC ont totalisé plus de 6,6 millions de dollars de l'exercice 2003-2004 à l'exercice 2009-2010 (figure 3). Près d'un tiers du financement total de la recherche sur le SRAS a été investi pendant l'exercice 2003-2004, démontrant ainsi la réaction rapide des IRSC à l'épidémie de SRAS. Comme il est montré dans la figure 3, le financement par l'intermédiaire des subventions SRAS I, SRAS II et SRAS IV a donné le coup d'envoi à la recherche en 2003-2004 et en 2004-2005, tandis que les subventions obtenues dans le cadre de concours ouverts ont été la principale source de financement de 2005-2006 à maintenant. Des précisions sur les subventions visant la recherche sur le SRAS sont présentées à l'annexe 3.
Figure 3 : Concours ouvert annuel et investissements stratégiques dans la recherche sur le SRAS, de l'exercice 2003-2004 à l'exercice 2009-2010

Globalement, la recherche financée par les IRSC et leurs partenaires portait sur tous les thèmes des IRSC6. La distribution du graphique montre que l'ensemble des secteurs de la recherche en santé a participé aux mesures prises pour contrer l'épidémie de SRAS. Le succès de cette approche est en soi un résultat qui mérite d'être souligné.
Figure 4 : Nombre de subventions et de bourses par thème du programme des IRSC

Efficacité de la recherche sur le SRAS financée par les IRSC – cadre d'évaluation
L'évaluation de l'efficacité de l'initiative des IRSC par rapport au SRAS a été structurée à partir du Cadre d'évaluation des répercussions des IRSC. Ce cadre, élaboré en partie à partir du réputé modèle « Payback »7, facilite la détermination des secteurs dans lesquels des initiatives particulières peuvent être évaluées. Il comporte cinq grandes catégories (tableau 3).
Tableau 3 : Cadre des IRSC pour l'évaluation de l'efficacité de la recherche en santé
| Catégorie | Description |
|---|---|
| Avancement des connaissances | des découvertes ou percées et des contributions à la littérature scientifique. |
| Renforcer la capacité | développement et amélioration des compétences en recherche des chercheurs indépendants et des équipes de chercheurs. |
| Prise de décision éclairée | impacts de la recherche dans le domaine des sciences et en ce qui touche la prise de décisions, la pratique ainsi que les politiques publiques, cliniques et administratives. |
| Impacts sur la santé et le système de santé | percées en matière de prévention, d'établissement des diagnostics, de soins thérapeutiques ou palliatifs, et percées quant au mode de fonctionnement du système de santé. |
| Impacts économiques | commercialisation des découvertes, économies sur les coûts directs et gains en matière de capital humain. |
Cette évaluation représente la deuxième étape de l'évaluation de l'initiative des IRSC par rapport à la recherche sur le SRAS. La première étape consistait en une analyse des activités du Consortium canadien de recherche sur le SRAS, qui a été mis sur pied pendant l'épidémie de SRAS sous la direction des IRSC. Cette première étape a aidé à orienter les initiatives stratégiques qui ont suivi, y compris l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie (IRSCIP).
Sources de données utilisées dans le cadre de l'évaluation
Plusieurs sources d'information ont été utilisées dans le cadre de l'analyse, y compris un sondage auprès des chercheurs financés, une étude des CV des chercheurs et des résumés de recherche, et des recherches pour trouver des publications, des bases de données sur le financement et des reportages des médias, ainsi que le rapport du CCRS et le rapport d'évaluation du CCRS. Les chercheurs financés ont été identifiés par une recherche effectuée dans la base de données des IRSC8 à l'aide des mots clés « syndrome respiratoire aigu sévère » et « SRAS ». Un total de 33 subventions (32 chercheurs principaux désignés) a été relevé.
Les IRSC ont communiqué avec le chercheur principal désigné de chaque subvention pour lui demander de soumettre des données sur les résultats de leur recherche sur le SRAS. Plus précisément, on leur a demandé de :
- répondre à un sondage en ligne sur les résultats de leur projet (annexe 4);
- préparer un résumé simplifié de leur projet de recherche et des résultats obtenus (annexe 5);
- soumettre un CV à jour dans lequel les publications et les sections liées au financement de la recherche sur le SRAS seraient surlignées.
Des 32 chercheurs contactés, 24 ont répondu au sondage et soumis un résumé simplifié ainsi que leur CV, tandis que deux autres chercheurs ont soumis uniquement le résumé simplifié et leur CV. Vous trouverez les résumés simplifiés à l'annexe 6. Des 32 chercheurs, 24 ont également fourni un rapport de fin de subvention. Comme nous avions à notre disposition les données complètes de seulement les deux tiers des chercheurs, il est probable que l'incidence de la recherche ait été plus grande que celle que nous rapportons dans la présente évaluation.
En plus de l'information fournie par les chercheurs, nous avons pu obtenir des données bibliométriques tirées de la base de données Web of Science de Thomson Reuters grâce à un contrat avec l'Observatoire des sciences et des technologies (OST) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Cette recherche a été effectuée en utilisant le nom des chercheurs principaux désignés sans limiter le sujet des articles. Les articles publiés par les 32 chercheurs de 1998 à 2007 ont été analysés. Cette période a été choisie pour permettre l'analyse des articles publiés avant et après l'épidémie de SRAS. Les articles liés au SRAS ont ensuite été récupérés manuellement.
Résultats et impacts de la recherche sur le SRAS
La recherche sur le SRAS a fait avancer les connaissances, renforcé les capacités, permis la prise de décisions éclairées et formé la base de meilleurs systèmes de soins de santé. La plus grande contribution a certes été l'avancement des connaissances, mais la recherche a également eu un impact économique qui a notamment suscité trois demandes de brevets et entrainé la création d'une société dérivée. Vous trouverez dans les sections suivantes des précisions sur les résultats obtenus et les incidences de la recherche sur le SRAS.
Avancement des connaissances
Durant et après les épidémies de SRAS, il y avait un besoin urgent d'acquérir des connaissances sur lesquelles s'appuyer pour prendre des décisions en matière de soins de santé et pour se préparer aux futures épidémies de SRAS ou d'autres maladies infectieuses. Les fonds accordés à la recherche ont permis de générer de nouvelles données dans des domaines tels que les sciences de base, la médecine clinique et la santé publique. La recherche a permis de nombreuses percées en ce qui concerne la lutte contre les poussées endémiques, la modélisation mathématique des épidémies de maladies infectieuses, l'éthique dans la gestion des épidémies/pandémies, la réponse de l'hôte au SRAS, les antiviraux et le diagnostic. Les nouvelles connaissances générées par la recherche ont été publiées dans des articles soumis à l'examen des pairs et présentées lors de conférences et d'ateliers.
Quelques exemples de percées scientifiques associées au SRAS :
- Les Drs James Dennis et Eleanor Fish ont établi un nouveau protocole thérapeutique pour le SRAS qui fait appel à l'interféron-alpha comme agent antiviral. L'OMS et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont adopté ce protocole, qui sera appliqué dans l'éventualité d'une autre éclosion du SRAS.
- Le Dr François Jean a mis au point un test de criblage à grande capacité qui a contribué à la découverte d'un agent antiviral novateur parmi une collection de composés à base marine. L'agent possède des capacités antivirales dans les cellules infectées par le virus du SRAS. Ces résultats ont été publiés dans la revue Biological Chemistry et l'article a reçu le Prix de l'article de l'année en 2006.
- Le Dr Michael James a déterminé la structure et le mode d'action catalytique de la peptidase du virus du SRAS, laquelle permet la maturation du virus dans les cellules infectées. Cette découverte mènera à la mise au point de nouveaux inhibiteurs du virus du SRAS.
- À l'aide d'une technique de dosage haute densité des peptides, le Dr William Jai a repéré les régions de fixation des anticorps humains aux éléments du virus du SRAS. On peut ainsi soumettre le sérum provenant de patients atteints du SRAS aux analyses afin de cerner les régions de fixation des anticorps. L'information recueillie sur la fixation permet d'améliorer les techniques diagnostiques et les agents thérapeutiques.
- Le Dr Chengsheng Zhang a cerné sur la protéine de surface du virus du SRAS les régions qui permettent à celui-ci de pénétrer dans les cellules. Le repérage de ces nouvelles cibles moléculaires permet l'élaboration de stratégies thérapeutiques novatrices et la mise au point d'un vaccin contre le SRAS.
- Le Dr Matthew Muller et son directeur de projet, la Dre Allison McGeer, ont découvert que le traitement de patients atteints du SRAS au moyen de l'antiviral ribavarine, administré à fortes doses par voie intraveineuse, provoquait de nouveaux effets défavorables et n'améliorait donc pas les résultats. Cette découverte sera prise en compte dans la planification des prochaines stratégies thérapeutiques pour le SRAS.
- La Dre Therese Stukel a conclu que les autorités de la santé avaient pris les mesures appropriées pour maîtriser la propagation du SRAS et que de telles mesures pourraient être utilisées par les responsables des politiques et les administrateurs d'hôpitaux lors des futures pandémies sans que les soins essentiels ne soient compromis.
L'analyse des 67 articles relatifs au SRAS relevés dans les bases des données bibliométriques9 a révélé que les chercheurs ont commencé à publier des articles sur le SRAS en 2003, soit l'année où le SRAS a fait son apparition. (Tableau 4) Les articles originaux et les articles revus, relatifs ou non au SRAS, étaient publiés dans une proportion similaire, mais après 2006, les articles revus relatifs au SRAS se sont faits beaucoup plus nombreux que les articles originaux (données non indiquées).
Tableau 4 : Articles publiés par des chercheurs principaux désignés
| Sujet | Année de publication | ||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | Total | |
| SRAS | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 7 | 10 | 18 | 17 | 15 | 67 |
| Non liés au SRAS | 71 | 90 | 105 | 94 | 78 | 111 | 81 | 131 | 113 | 121 | 965 |
| Total | 71 | 90 | 105 | 94 | 78 | 118 | 91 | 149 | 130 | 136 | 1 032 |
Plus de la moitié de tous les articles publiés sont parus dans des revues de médecine clinique et un tiers ont été publiés dans des revues de recherche biomédicale (tableau 5), ce qui reflète l'expertise des chercheurs subventionnés. La même tendance était observable pour l'ensemble des articles relatifs au SRAS, si ce n'est qu'un haut pourcentage de ces articles étaient publiés dans des revues du domaine de la santé (SRAS : 16,4 %; non liés au SRAS : 7,9 %). Les chiffres indiquent une augmentation des articles publiés dans les domaines de la santé publique, des politiques sur la santé et des services de santé par des chercheurs qui auraient autrement publié plus souvent dans des revues de recherche biomédicale et de médecine clinique.
Tableau 5 : Domaines de recherche dans lesquels les chercheurs publienta
| Domaine de la revue | Non liés au SRAS (% du total) |
SRAS-related (% du total) |
Tous thèmes confondus (% du total) |
|---|---|---|---|
| Recherche biomédicale | 33,4 | 31,3 | 33,2 |
| Médecine clinique | 52,8 | 49,3 | 52,5 |
| Santéb | 7,9 | 16,4 | 8,5 |
| Autrec | 5,9 | 3,0 | 5,8 |
a Inclut les articles publiés entre 1998 et 2007.
b Santé publique, politiques en matière de santé et services de santé, sciences sociales et biomédicales, gériatrie et gérontologie, réadaptation, sciences infirmières
c Arts, biologie, chimie, terre et espace, ingénierie et technologie, lettres et sciences humaines, professions, psychologie
Les publications rassemblées par l'Office of Science and Technology (OST) ont été analysées pour déterminer les différences statistiques, au plan des citations et de l'impact, entre les revues ayant publié les articles sur le SRAS et celles ayant publié les articles non liés au SRAS (vous trouverez à l'annexe 7 les résultats de l'analyse statistique). La comparaison de tous les articles liés ou non au SRAS n'a révélé aucune différence significative dans le nombre total de citations reçues ni dans la qualité (facteur d'impact) des revues dans lesquelles les articles étaient publiés. Cependant, quand on a effectué la sous-analyse des articles liés ou non au SRAS dans le but d'expliquer l'écart quant aux citations, les articles portant sur le SRAS étaient significativement plus cités (SRAS : 3,3; non liés au SRAS : 1,6; p = 0,00). L'analyse a également révélé un nombre sensiblement plus important de citations des articles liés au SRAS dans les deux premières années suivant leur publication, après avoir fait la moyenne des citations reçues par article dans un même sous-domaine (SRAS : 4.0; non liés au SRAS : 1,7; p = 0,00). Ces résultats indiquent que les articles liés au SRAS ont été significativement plus cités que les articles non liés au SRAS publiés par le même auteur.
Donc, le financement de la recherche sur le SRAS a eu comme résultat la production et l'avancement de connaissances importantes. De plus, le financement de la recherche sur le SRAS a permis aux chercheurs de publier des articles qui ont été sensiblement plus cités que leurs autres publications, ce qui démontre l'importance scientifique des découvertes.
Renforcer la capacité
L'un des objectifs de l'initiative de recherche sur le SRAS était de renforcer la capacité de recherche en formant la nouvelle génération de chercheurs par l'octroi de bourses et de subventions de formation. Des stagiaires de tous les niveaux universitaires, du premier cycle aux boursiers postdoctoraux, ont bénéficié de subventions de recherche (tableau 6). Au total, 78 stagiaires ont été subventionnés, et neuf d'entre eux ont reçu leur propre financement dans le même domaine de recherche après avoir bénéficié des subventions initiales. En plus de ce soutien financier, les IRSC ont accordé des bourses de formation à cinq stagiaires qui menaient des travaux de recherche sur le SRAS (voir les candidats retenus à l'annexe 3).
Tableau 6 : Stagiaires ayant bénéficié d'une bourse de recherche sur le SRASa
| Types de stagiaires | Nombre |
|---|---|
| Stagiaires postdoctoraux | 21 |
| Étudiants au doctorat | 19 |
| Étudiants en maîtrise | 18 |
| Étudiants du premier cycle | 20 |
a D'après les réponses au sondage effectué auprès des chercheurs bénéficiant d'une bourse de recherche sur le SRAS (vous trouverez les questions du sondage à l'annexe 4).
La capacité de recherche a été renforcée par les procédés et les procédures élaborés par le Dr Mark Loeb pour rendre le sérum des patients atteints de SRAS accessible aux chercheurs du monde entier. Des prélèvements sanguins effectués sur des travailleurs de la santé de Toronto ayant développé le SRAS ont été conservés dans les laboratoires de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Des procédures éthiques et un processus de demande de prélèvements ont été mis en place pour les chercheurs. Les procédures peuvent être utilisées pour la création de futures biobanques. Ce développement est très important car l'impossibilité d'accéder à des prélèvements entrave souvent la recherche lors de l'apparition d'une maladie infectieuse.
Un autre moyen de renforcer la capacité de recherche consiste à obtenir plus d'expertise grâce à la collaboration. Les deux tiers des chercheurs (16 des 24 chercheurs) ont indiqué que leur projet comprenait un volet de collaboration nationale et parfois internationale. Il s'agissait de collaboration avec d'autres chercheurs du Canada et d'autres pays et aussi avec des représentants de sociétés de biotechnologie, de multinationales fabriquant des outils diagnostiques et d'organisations internationales telles que l'OMS et l'Organisation panaméricaine de la santé. Grâce à ces collaborations et coopérations, les chercheurs subventionnés ont pu atteindre leurs objectifs plus efficacement; le partage de connaissances et d'expertise a ouvert de nouvelles avenues à la recherche et au développement, accéléré le processus de recherche et stimulé un meilleur financement de la recherche.
L'initiative de recherche sur le SRAS a été l'occasion de renforcer la capacité de recherche en suscitant de nouvelles collaborations entre les chercheurs financés par les IRSC, comme en témoignent un certain nombre d'articles publiés conjointement. Des 67 articles liés au SRAS repérés dans la base de données bibliométrique , les auteurs de 14 d'entre eux étaient des chercheurs principaux dans d'autres projets de recherche sur le SRAS subventionnés. Comme on pouvait s'y attendre, certains articles (quatre) ont été publiés par des chercheurs principaux désignés qui étaient des co demandeurs dans d'autres projets subventionnés. Des 14 articles, 8 avaient été rédigés par des chercheurs principaux désignés qui n'étaient pas des co demandeurs dans d'autres subventions. Dans les deux derniers des 14 articles, on retrouvait les deux types d'auteurs : co demandeurs dans d'autres projets subventionnés et des personnes qui n'étaient pas co demandeurs dans d'autres projets subventionnés. Comme le nombre de chercheurs principaux désignés était limité à 32, ces résultats démontrent que plus du quart des chercheurs ont établi des liens que le financement accordé à la recherche sur le SRAS a ensuite permis de solidifier et de maintenir. Ces liens ont abouti à un réseau de recherche solide et à la publication d'articles conjoints.
Le renforcement de la capacité de recherche s'est notamment manifesté des façons suivantes :
- Le Dr Michel Bergeron a affirmé que sa subvention a permis d'améliorer la collaboration avec le Dr Guy Boivin, de l'Université Laval. L'expertise qu'ils ont développée a été déterminante pour l'obtention d'autres subventions et d'autres contrats de recherche.
- Le Dr Robert Anderson a mis sur pied un réseau de recherche au Canada, à Taïwan et en Thaïlande dans le but de centrer l'expertise collective sur les nouvelles maladies respiratoires virales.
- Le Dr Babak Pourbohloul a indiqué que son projet d'élaboration de nouveaux outils de modélisation épidémiologique a permis de rassembler un ensemble de renseignements personnels exceptionnel parmi les soignants et les patients d'hôpitaux participants et entre ces derniers. Ces données pourront être utilisées dans de futures études sur la propagation des maladies en milieu hospitalier.
- La Dre Danuta Skowronski et ses collègues ont mis en place un cadre de collaboration pancanadienne pour définir le fondement scientifique et les politiques de base d'une stratégie de vaccination contre le SRAS dans le secteur de la santé publique.
Prise de décision éclairée
On peut fournir un fondement solide à la prise de décision de différentes façons : contribuer à la recherche subséquente, élaborer de nouvelles méthodes, théories et pratiques de recherche, concevoir de nouveaux outils ou produits, influencer les politiques d'intérêt publique, les services du système de santé, les pratiques en matière de santé, la mise en oeuvre de programmes ou changer le comportement des gens.
Les publications et les présentations constituent un bon moyen de favoriser la prise de décisions éclairées. Les chercheurs ont indiqué dans le sondage qu'ils avaient présenté les résultats de leurs travaux à des auditoires spécialisés en publiant quelque 103 articles10 dans des revues scientifiques (vous trouverez à l'annexe 8 les articles sur le SRAS publiés ou sous presse, qui ont été mentionnés dans les CV des chercheurs). De plus les chercheurs ont également fait 343 présentations sur les résultats lors de congrès ou d'ateliers.
Comme il a été mentionné précédemment, les chercheurs ont multiplié leurs publications dans les revues de médecine clinique, permettant ainsi la prise de décisions éclairées au niveau de la pratique clinique. Par ailleurs, le nombre de citations dont ont fait l'objet leurs publications portant sur le SRAS s'est révélé sensiblement supérieur à celui des citations visant leurs autres publications, une fois établie la moyenne des citations reçues dans le même sous-domaine (pour plus de précisions, voir la section Avancement de la connaissance).
Pour maximiser l'impact de la recherche sur les utilisateurs finaux, les chercheurs peuvent faire participer les intervenants à différents stades de leurs travaux. Leur recherche peut alors mieux refléter les besoins des décideurs, et leur participation favorise l'intégration des résultats de la recherche par les praticiens de la santé et les gestionnaires des systèmes de santé. Les intervenants ont largement pris part aux différents stades des 24 projets de recherche (voir le tableau 7). Non seulement d'autres chercheurs (non financés) ont participé aux projets, mais des professionnels et gestionnaires de la santé, des associations professionnelles et les gouvernements fédéral et provinciaux ont pu intervenir à différents stades de la recherche. La diffusion des résultats a donc rejoint une vaste portion d'intervenants.
Tableau 7 : Participation des intervenants au soutien de la recherche et à l'application des résultatsa
| Intervenant | Subvention/ Bourse |
Interprétation des résultats |
Diffusion des résultats |
|---|---|---|---|
| Chercheurs (non subventionnés) | 7 | 8 | 11 |
| Praticiens de la santé | 3 | 5 | 6 |
| Associations professionnelles | 2 | 3 | 6 |
| Gestionnaires du système de santé | 2 | 3 | 4 |
| Gouvernement fédéral | 1 | 1 | 1 |
| Gouvernements provinciaux et territoriaux | 1 | 3 | 4 |
| Administrations municipales | 0 | 0 | 0 |
| Groupes communautaires | 0 | 0 | 2 |
| Groupes de bienfaisance | 0 | 0 | 1 |
| Industrie/secteur sans but lucratif | 1 | 1 | 1 |
| Médias | 0 | 0 | 2 |
a Nombre de projets auxquels les intervenants ont contribué en créant et diffusant les résultats.
Les chercheurs étaient d'avis que bien des personnes et des organisations étaient au courant des résultats de leur recherche même si elles n'y avaient pas pris part directement : d'autres chercheurs, des praticiens de la santé, des associations professionnelles, les médias, les gestionnaires du système de santé et les gouvernements fédéral et provinciaux. Toujours selon les chercheurs, encore plus d'intervenants s'intéressaient aux résultats de leurs travaux de recherche, ce qui laisse présager que la diffusion des résultats de recherche aux intervenants pourrait bien se poursuivre.
Tableau 8 : Intérêt des intervenants pour les résultats de recherchea
| Intervenants | Au courant des résultats | Intérêt pour les résultats |
|---|---|---|
| Chercheurs (non subventionnés) | 14 | 17 |
| Praticiens de la santé | 10 | 15 |
| Associations professionnelles | 11 | 11 |
| Gestionnaires du système de santé | 9 | 11 |
| Gouvernement fédéral | 5 | 11 |
| Gouvernements provinciaux et territoriaux | 6 | 10 |
| Administrations municipales | 3 | 5 |
| Groupes communautaires | 4 | 7 |
| Groupes de bienfaisance | 3 | 8 |
| Industrie/secteur sans but lucratif | 2 | 4 |
| Médias | 7 | 11 |
| Chercheurs (non subventionnés) | 9 | 12 |
a Nombre de projets dont, de l'avis des chercheurs, les résultats étaient connus ou intéressaient les intervenants.
Les chercheurs étaient également d'avis qu'une grande partie des intervenants potentiels étaient influencés par les résultats de leur recherche, ce qui indique que les résultats avaient déjà eu un impact dans les domaines de la science, des affaires publiques, des décisions cliniques et de gestion, de la pratique et des politiques. (Voir le tableau 9).
Tableau 9 : Intégration des résultats de recherchea
| Intervenants | Influencés par les résultats |
|---|---|
| Chercheurs (non subventionnés) | 13 |
| Praticiens de la santé | 8 |
| Associations professionnelles | 8 |
| Gestionnaires du système de santé | 6 |
| Gouvernement fédéral | 4 |
| Gouvernements provinciaux et territoriaux | 5 |
| Administrations municipales | 3 |
| Patients | 2 |
| Groupes communautaires | 2 |
| Groupes de bienfaisance | 3 |
| Industrie/secteur sans but lucratif | 3 |
| Médias | 3 |
a Nombre de chercheurs ayant indiqué que les intervenants en question étaient intéressés par les résultats de leur recherche.
Exemple précis que les résultats des travaux de recherche ont éclairé les prises de décisions :
- Le Dr Robert Maunder, qui étudiait les effets psychologiques à long terme de l'épidémie de SRAS chez les travailleurs de la santé du Canada, a découvert que les travailleurs en poste dans des hôpitaux où il y avait des cas de SRAS étaient plus enclins à souffrir d'épuisement professionnel et de détresse psychologique après les épidémies de SRAS. La détresse psychologique était plus grande chez les travailleurs de la santé qui se sentaient isolés, et moins importante chez ceux qui se considéraient bien informés et soutenus. Le Dr Maunder a largement diffusé ces résultats, et ceux-ci ont été pris en compte dans la planification des interventions en cas de pandémie, notamment par le Canada, l'Australie et l'OMS.
- Le Dr Ross Upshur a cerné des problèmes d'ordre éthique à la suite des épidémies de SRAS qu'il a utilisés pour élaborer un cadre éthique d'intervention en cas de pandémie de grippe dans lequel sont définis les obligations des travailleurs de la santé, le processus d'établissement des priorités, les mesures de santé publique et la gouvernance générale. L'OMS a adapté ce cadre d'intervention et l'a recommandé à ses états membres. Le Canada, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l'Europe l'ont intégré dans leurs préparatifs à la pandémie.
- Mme Catherine Tansey et ses directeurs de recherche, Drs Margaret Herridge et James Lavery, ont mis au point un nouveau modèle d'analyse éthique de la recherche menée en situation d'urgences publiques. Ce modèle prévoit une attention particulière à porter au projet de recherche et un examen accéléré et équilibré. Il aidera les comités de déontologie de la recherche à améliorer le processus d'approbation des projets de recherche durant les épidémies et les pandémies.
Incidences sur la santé et le système de santé
La recherche sur le SRAS a eu comme incidence immédiate et directe sur le système de santé la prise de conscience que malgré tout l'expertise et tout le savoir-faire qu'il possédait en la matière, le Canada aurait dû être mieux préparé à réagir à l'épidémie.
La recherche sur le SRAS a aussi donné lieu à des améliorations aux plans de la prévention, du diagnostic et du traitement du SRAS et d'autres maladies infectieuses, ainsi qu'à des percées au niveau des systèmes de santé. Un tiers des chercheurs ont déclaré que les praticiens de la santé et les associations professionnelles seraient influencés par les résultats de leur recherche, et un quart d'entre eux ont indiqué que les résultats de leur recherche influenceraient les gestionnaires de systèmes de santé, si une épidémie similaire venait à se déclarer. (Tableaux 8 et 9).
L'impact de la recherche sur la santé et les systèmes de santé a aussi pu être mesuré grâce à l'analyse des résumés des projets de recherche. Au moins 14 des 24 résumés décrivaient des résultats de recherche ayant eu, ou visant, des impacts sur la santé et les systèmes de santé.
Par exemple :
- Au cours de l'épidémie de SRAS, la recherche effectuée par le Dr Mark Loeb et ses collaborateurs a mené à la mise au point de méthodes améliorées de repérage du virus du SRAS dans les échantillons de sang prélevés sur des patients atteints du SRAS, à l'élaboration de méthodes pour prévoir les cas où le traitement serait moins efficace, et à la conclusion que les masques de tous genres réduisent sensiblement les risques de propagation du SRAS.
- Les résultats de la recherche effectuée par les Drs James Dennis et Eleanor Fish sur l'efficacité de l'interféron-alpha dans le traitement du SRAS ont mené à la recherche subséquente du Dr Fish qui a abouti à la découverte de molécules mimétiques de l'interféron. Ces dernières pourraient être utilisées dans le futur pour traiter plusieurs types d'infection virale et, contrairement à l'interféron classique, elles se conservent longtemps.
- Le Dr Stephen Hwang a établi qu'en dépit d'une longue période de restrictions intenses des services cliniques durant l'épidémie de SRAS, il n'y a pas eu de changement significatif dans les taux de mortalité par rapport aux taux de mortalité observés durant les périodes correspondantes les années précédentes.
- Les Drs Michel Bergeron et Guy Boivin ont mis au point des outils de diagnostic améliorés permettant de repérer le coronavirus du SRAS et d'autres virus des maladies respiratoires.
- La Dre Danuta Skowronski et son équipe ont découvert plusieurs vaccins candidats contre le SRAS et acquis une capacité d'évaluation des vaccins.
Impacts économiques
Un impact économique direct de la connaissance acquise et accumulée par la recherche sur le SRAS est une économie de coût rendue possible par le vécu d'une grave épidémie et la leçon qui en a été tirée. Par ailleurs' s'il faut plus de temps pour pouvoir observer l'impact économique de la recherche, il est manifeste que la recherche sur le SRAS a, ou aura dans le futur, des répercussions positives sur la commercialisation des découvertes, les coûts directs et le capital humain. Par exemple, dix chercheurs ont indiqué que leurs travaux avaient mené à de nouveaux outils ou produits et à trois demandes de brevet, et trois chercheurs ont déclaré que les résultats de leur recherche avaient permis des économies de coûts considérables. Un autre chercheur a établi une entreprise dérivée. (Tableau 10).
Tableau 10 : Résultats et impact sur l'économiea
| Résultat/Impact | Oui | Éventuels |
|---|---|---|
| Nouveau brevet | 10 | 5 |
| Nouvelle base de données/application logicielle | 6 | 3 |
| Nouveau brevet | 3 | 4 |
| Nouvelle licence de produit | 0 | 7 |
| Commercialisation d'un produit | 0 | 7 |
| Entreprise dérivée | 1 | 3 |
| Demande de propriété intellectuelle | 4 | 3 |
| Réduction directe de coûts | 3 | 6 |
a Nombre de répondants ayant indiqué que leur recherche avait eu, ou pourrait avoir dans l'avenir, les résultats et l'impact économiques mentionnés.
Les projets s'inscrivant dans le cadre de l'initiative SRAS III (Initiative – subventions pour des projets pilotes sur les petites molécules du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS)) ont permis de mettre au point des méthodes de repérage des agents antiviraux et de découvrir un certain nombre de composés importants ayant une activité antivirale. Ces travaux pourraient avoir des répercussions tant sur le plan de la santé que sur celui de l'économie. En voici quelques exemples :
- La Dre Eleanor Fish, dont les recherches avec le Dr James Dennis ont démontré l'efficacité de l'interféron-alpha dans le traitement du SRAS, a conçu et synthétisé de petits composés qui imitent le comportement de l'interféron. Ces petits composés sont moins coûteux en termes de mise au point, de fabrication et d'administration, et leur durée de conservation est plus longue que celle des interférons classiques et d'autres protéines recombinantes. Dre Fish a protégé sa propriété intellectuelle dans cette approche et s'attend à ce que ces molécules mimétiques de l'interféron puissent être appliquées de façon générale comme agents antiviraux pour combattre différents virus.
- Le Dr Jian Hui Wu a identifié trois agents anti-SRAS. De plus, il a mis au point un algorithme qui sert à l'évaluation rapide de l'effet des mutations ponctuelles du génome viral et à l'élaboration de composés chimiques novateurs ciblant les mutants.
- Le Dr James Mahoney a mis au point une méthode grande capacité pour déceler les composés qui inhibent l'entrée des virus dans les cellules hôtes. Il a utilisé cette approche pour identifier un agent anti-SRAS.
- Le dosage à grande capacité mis au point par le Dr François Jean, afin d'identifier un nouvel agent antiviral visant le SRAS, a été adapté et utilisé dans la découverte de nouveaux inhibiteurs de la protéase du virus de l'hépatite C (VHC). On estime que 250 000 Canadiens sont actuellement infectés par le VHC, infection qui peut avoir de graves conséquences pour la santé dont l'insuffisance hépatique. À l'image du marché du VIH qui a connu une remarquable transformation avec les inhibiteurs de la protéase, le marché de l'hépatite C devrait dépasser les 8 milliards de dollars d'ici 2012, et les inhibiteurs de la protéase du VHC se révéleront utiles chez plus de 20 % des patients atteints de cette maladie.
D'autres exemples illustrent les retombées économiques des résultats de recherches :
- Selon le Dr Michel Bergeron, les connaissances pointues en diagnostic que ses collègues et lui-même ont acquises durant les poussées du SRAS ont suscité l'intérêt de sociétés multinationales qui investissaient dans la technologie qui, avec des subventions additionnelles, ont permis de créer 30 emplois permanents au Canada. En outre, une nouvelle micromatrice d'ADN sur plastique a été créée qui aura des applications dans les futurs outils diagnostiques.
- Le Dr Babak Pourbohloul a mis au point de nouveaux outils de modelage épidémiologique visant à freiner la propagation d'une maladie dans un milieu précis, comme les régions urbaines et les hôpitaux du pays. Les modèles permettent de prédire l'évolution d'une poussée et l'efficacité des différentes interventions. Ils font actuellement l'objet de mises au point afin de servir dans la planification d'une pandémie de grippe. Si les autorités sont en mesure de prédire exactement comment une poussée se propagera, elles pourront réduire non seulement l'impact d'une poussée infectieuse sur la santé de la population, mais aussi son fardeau économique en s'appuyant sur les stratégies préventives les plus efficientes.
Les chercheurs ont indiqué que les résultats de leur recherche leur permettaient souvent d'obtenir de nouvelles subventions et, de ce fait, de contribuer à garder la recherche, le perfectionnement et les emplois au Canada. Par exemple :
- Le Dr Michel Bergeron a reçu une subvention de Génome Canada pour poursuivre des travaux sur l'établissement des diagnostiques.
- La Dre Annalee Yassi et ses collègues ont obtenu une subvention de WorkSafeBC pour leurs travaux sur la compréhension des déterminants d'un programme de protection respiratoire approprié. Les résultats des travaux du groupe ont amené l'Organisation panaméricaine de la santé (OPAS) à financer un projet de promotion des hôpitaux sains en Équateur. Les résultats de ces travaux ont également jeté les bases d'un atelier international sur la promotion de la prévention de l'infection chez les travailleurs de la santé en poste dans des communautés rurales ou éloignées et dans les pays en développement; ils ont aussi contribué au lancement d'importantes initiatives au Vancouver Coastal Health, et permis d'obtenir d'autres subventions (IRSC, Affaires extérieures du Canada, OPAS) pour créer des outils novateurs qui, depuis, ont servi à promouvoir la santé au travail et la prévention des infections en Amérique latine et dans les Antilles.
- Le Dr François Jean a reçu une subvention des IRSC pour ses travaux sur l'identification et le développement d'une nouvelle classe d'agents antiviraux visant l'hépatite C.
Leçons tirées du passé et regard vers l'avenir
L'épidémie de SRAS a eu un impact profond sur les systèmes de santé publique et de soins de santé du Canada ainsi que sur les organismes de financement de la recherche, y compris les IRSC. Ainsi, les faiblesses du système de santé publique du Canada ont été abondamment pointées du doigt pendant la crise, en particulier par les médias, et il s'en est suivi une réévaluation de la situation11, Cette évaluation a donné lieu à la création de l'Agence de la santé publique du Canada, en 2004, et de l'Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, en 2007.
À l'éclosion de l'épidémie de SRAS, les IRSC ne disposaient d'aucun mécanisme pour financer la recherche pour des situations d'urgence. Le cycle du financement, allant du lancement d'un appel de demandes jusqu'au financement d'un projet de recherche revu par les pairs, durait habituellement plus d'un an. Durant l'épidémie de SRAS, les IRSC ont mis au point un processus accéléré de demande et d'examen de projets de recherche qui a permis de réduire ce délai à moins de deux mois. Plus récemment, les IRSC ont également élaboré de nouvelles approches en matière de financement pour aider le milieu de la recherche à se préparer a lancé des projets de recherche pendant une épidémie de maladie infectieuse ou une pandémie. Grâce à ces nouvelles approches, les fonds destinés à la recherche en situation de crise ont été rapidement disponibles pendant la pandémie de grippe H1N1 de 2009. Ce sont des résultats précieux et tangibles de l'initiative de recherche sur le SRAS des IRSC.
L'épidémie de SRAS a aussi mis en lumière le fait que pour qu'on puisse enclencher rapidement les interventions de recherche en cas d'une épidémie de maladie infectieuse, il faut pouvoir compter sur des chercheurs bien établis, qui possèdent l'expertise, l'infrastructure et les outils requis pour effectuer des études fondamentales. C'est pourquoi, il est nécessaire de maintenir une capacité de recherche continue. En outre, pour éviter les dédoublements d'efforts et accélérer l'intégration des résultats de la recherche, il est indispensable que des liens soient déjà en place entre les chercheurs et ceux qui utiliseront la connaissance générée par la recherche. Les organisations de santé publique, les systèmes de soins de santé, les chercheurs, les gouvernements et d'autres organisations locales, nationales et internationales doivent se tenir prêts à intervenir ensemble.
Ce besoin de capacité de recherche, de liens et de communication, et la menace d'une pandémie de grippe imminente, ont eu un effet catalyseur direct sur la création, en 2006, de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie IRSCIP, sous l'égide de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC. Dans le cadre de cette initiative, des priorités stratégiques ont été cernées pour la préparation à la pandémie et la recherche sur la grippe, plus de 150 chercheurs ont reçu du financement ou une formation, les efforts de recherche sont maintenant coordonnés et les travaux de recherche, amorcés. Par ailleurs, on a établi des liens solides avec l'ASPC. En 2009, l'IRSCIP a intensifié ses efforts en réaction à la propagation dans le monde entier d'une nouvelle souche pandémique de la grippe H1N1. L'Initiative a permis de préciser les priorités de la recherche grâce à des consultations, de financer des projets de recherche cruciaux et de faciliter la communication et les relations. L'amélioration de la capacité de recherche et de la vitesse de réponse à la pandémie, rendue possible par l'IRSCIP, est une réponse directe au défi d'établir une intervention de recherche contre le SRAS durant l'épidémie.
Conclusion
Les résultats et les impacts décrits dans le présent rapport indiquent que la recherche sur le SRAS financée par les concours ouverts de subventions et de bourses ont eu impact positif considérable sur la capacité de recherche, les politiques publiques, les systèmes de santé et de soins de santé et l'économie. Des articles de haute qualité ont été publiés et ont fait progresser la connaissance, des chercheurs ont été formés, des liens ont été créés à l'échelle internationale. De nouvelles politiques sur la santé publique ont été mises en place, notamment un cadre éthique des préparatifs à la pandémie qui a été adopté par l'OMS. L'efficacité de l'interféron-alpha dans le traitement du SRAS a été démontrée et de nouvelles lignes directrices pour le traitement de la maladie et la prévention de sa propagation ont été établies. De nouvelles méthodes diagnostiques ont été mise au point et sont maintenant utilisées pour le développement de tests diagnostiques pour d'autres maladies virales. Plusieurs agents antiviraux aux stades avancés de la recherche ont démontré un vaste spectre d'efficacité et d'application et pourraient devenir de nouveaux médicaments. Les résultats de la recherche ont par ailleurs stimulé la recherche dans le domaine de la santé publique et de la préparation à la pandémie.
Les connaissances générées par le financement de la recherche sur le SRAS et les nouvelles initiatives stratégiques des IRSC mises de l'avant grâce à l'expérience de l'épidémie de SRAS, ont permis au Canada et au monde entier de mieux s'outiller pour réagir à des épidémies de maladies infectieuses. Les résultats de la recherche ouvrent la voie à une vaste gamme d'applications dans des domaines tels que la prévention et l'atténuation de la propagation des maladies infectieuses, l'amélioration des réponses des systèmes de santé et de soins de santé aux épidémies, et le développement de nouveaux antiviraux. Les IRSC remplissent leur mandat qui est « de mieux appuyer la création de nouvelles connaissances et leur application en vue d'améliorer la santé de la population canadienne, d'offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé au Canada. »
Remarques
- A Framework to Measure the Impacts of Investments in Health Research
by Alan Bernstein, Vern Hicks, Peggy Borbey, Terry Campbell, Laura McAuley and Ian D. Graham (en anglais seulement) dans Science, Technology and Innovation Indicators in a Changing World: Responding to Policy Needs, septembre 2007, ISBN 978-92-64-03966-7. Les catégories du cadre ont varié depuis 2007 à la suite de consultations et discussions avec les intervenants. - Lau SKP, Woo PCY, Li KSM, Huang Y, Tsoi H-W, Wong BHL, Wong SSY, Leung S-Y, Chan K-H, Yuen K-Y. Severe acute respiratory syndrome coronavirus-like virus in Chinese horseshoe bats. Proc Natl Acad Sci U S A. 2005; 102:14040-14045.
- Keogh-Brown MR and Smith RD. « The economic impact of SARS: How does the reality match the predictions? », Health Policy 2008, 88, p 110-120.
- Énoncé de mission des IRSC, IRSC.
- Singh B. Innovation and challenges in funding rapid research responses to emerging infectious diseases: Lessons learned from the outbreak of severe acute respiratory syndrome. Can J Dis Med Microbiol 2004;15:167-170.
- Le thème a été défini par les chercheurs, puis validé par le Groupe de travail sur les résultats et les impacts de la recherche sur le SRAS au moyen d'analyses des résumés des projets de recherche.
- Buxton MJ, Hanney S (1994), Assessing Payback from Department of Health Research and Development: Preliminary Report. Vol 1: The Main Report, HERG Research Report No 19.
- Fichier de renseignements IRSC PPU 005 intitulé « Demandes de subventions et documents des comités
- Dans les faits, les chercheurs principaux désignés ont publié plus de 67 articles sur le SRAS; d'autres articles ont été publiés après 2007, l'année limite de l'étude bibliométrique. D'autres articles encore, non inclus dans les données rassemblées pour l'étude, ont été publiés pas des chercheurs associés; ils ne mentionnaient pas de chercheur principal désigné comme coauteur et certains ont été publiés sous le nom d'un groupe. D'autres ont été publiés dans des revues non référencées, ou n'étaient pas entrés dans la base de données.
- Cette liste inclut certains articles soumis à des revues non référencées ainsi que les articles publiés en 2008 2009 ou encore sous-presse.
- Comité consultatif national sur le SRAS et la Santé publique. Leçons de la crise du SRAS : Renouvellement de la santé publique au Canada. 2003.