Profil de recherche - Des réponses de l’intérieur

Dr Neil Andersson
Un expert de renom international de l'autonomisation des collectivités aide les Inuits d'Ottawa à miser sur la résilience culturelle pour lutter contre le VIH/sida. Comme des Inuits se chargent de la recherche pour les Inuits, l'étude pourrait devenir un prototype pour le Nord.
[ Retour à l'article principal ]
L'idée que le Dr Neil Andersson se fait de la recherche diffère légèrement de la norme.
« On s'écarte de l'approche universitaire traditionnelle selon laquelle, idéalement, les gens ne sauraient même pas qu'ils sont l'objet de recherche et fourniraient de l'information sans le savoir », dit le Dr Andersson, de l'Université d'Ottawa.
En bref
Qui – Le Dr Neil Andersson, directeur général de CIETcanada et du groupe CIET, et scientifique principal et coresponsable de l’équipe d’évaluation de l’impact à l’Institut de la santé de la population de l’Université d’Ottawa
Question – Les communautés de Premières nations, de Métis et d’Inuits sont en quête d’outils de recherche – comme des méthodes d’enquête – qui sont efficaces dans leurs milieux pour mieux s’attaquer aux défis sur les plans sanitaire et social, par exemple les hauts taux d’infection par le VIH/sida, la violence familiale, l’alcoolisme et la consommation de drogue.
Approche – CIETcanada travaille en partenariat avec les communautés autochtones pour les aider à adapter les outils de recherche à leurs besoins. Les études sont conçues, réalisées et disséminées par des organisations au sein des communautés.
Impact – Les études se déroulent dans la langue de la communauté. Les taux de réponse et la participation sont ainsi plus élevés. L’application des connaissances est immédiate parce que les communautés autochtones conçoivent les études pour répondre à leurs besoins.
« On ne croit pas que c'est possible. On essaie donc de tirer le maximum d'une autre approche voulant que puisque les gens savent ce qu'on demande, pourquoi ne pas adopter une méthode qui leur permet de réagir de façon productive? »
Le Dr Andersson est directeur général de CIETcanada, organisme non gouvernemental sans but lucratif qui, faisant partie de l'organisation mondiale CIET, procure aide et formation en matière de recherche aux collectivités. La recherche est effectuée en partenariat avec la collectivité, dont les membres se chargent du travail en tant que tel.
Ainsi, tandis que d'autres chercheurs font tout ce qu'ils peuvent pour éviter que la recherche n'ait une incidence sur la collectivité pendant qu'ils l'étudient – l'équivalent en recherche de la nécessité de ne pas perturber le continuum espace‑temps –, le Dr Andersson, qui coordonne actuellement une enquête auprès des 2 000 Inuits d'Ottawa, est ravi de voir que la conduite même de la recherche produit des changements immédiats.
« C'est une grosse partie de l'affaire. Quand les gens voient qu'un Inuit comme eux leur pose des questions dans leur propre langue, en premier lieu, le niveau d'engagement est complètement différent, et en deuxième lieu, le chercheur inuit finit par grandement influencer leur vie, en les incitant par exemple à considérer d'autres carrières. Donc, cela change tout. »
L'approche de CIETcanada qu'il préconise permet aussi de transformer la recherche en connaissances utilisables en intégrant ce passage dans le processus dès le départ.
« C'est fondamentalement un exercice d'application des connaissances qui débute tôt », dit le Dr Andersson.
L'exemple le plus concret de cette approche réside dans l'action de CIETcanada auprès de communautés de Premières nations et d'Inuits participant à des travaux de « recherche sur la résilience » qui consistent à utiliser les forces des Autochtones – comme leurs traditions culturelles, leur fierté et leur spiritualité – pour faire face à des préoccupations pressantes sur le plan sanitaire ou social.
Une importante initiative est le projet Aboriginal Community Resilience to HIV/AIDS, financé par les Instituts de recherche en santé du Canada. Dans le cadre du programme, des organisations basées à Ottawa adaptent à la vie inuite en milieu urbain les instruments de recherche de CIETcanada mis au point initialement auprès de communautés de Premières nations en Alberta et dans les Territoires du Nord‑Ouest.
Le projet d'Ottawa est censé devenir le modèle pour des travaux semblables qui seront entrepris dans les communautés inuites partout dans le Nord.
« Le premier produit d'importance que nous attendons est une étude pilote qui fonctionnerait bien, avec relativement peu d'adaptations à faire une fois dans le Nord, où nous travaillons avec ce que nous appelons la cohorte inuite, réseau d'une vingtaine de chercheurs inuits possédant deux années de formation. Ils pourraient ensuite utiliser cet instrument de recherche à un coût somme toute modeste dans leurs propres milieux. »
Pendant ce temps, le travail effectué à Ottawa rapportera aux Inuits d'Ottawa.
« Ici, tout le processus est mis en oeuvre par l'entremise des organismes locaux. Ils auront les données à leurs propres fins d'orientation stratégique, de collecte de fonds et de mobilisation locale. Ils seraient donc motivés par les données pertinentes localement qu'ils auraient recueillies. »
Pour Deborah Tagornak, chercheuse en santé principale au centre de counseling et de ressources Tungasuvvingat à Ottawa, travailler avec le Dr Andersson et CIETcanada permet de remédier à un « problème délicat » qui existe depuis longtemps.
« Il se fait de la recherche depuis des années et des années, mais les Inuits n'ont jamais été propriétaires et n'ont jamais eu la mainmise ou la possession du type de questionnaires qui ont été élaborés, et jamais aucun retour vers la communauté ne s'est produit », dit Mme Tagornak, qui fait aussi partie de la cohorte inuite.
« En s'associant à CIETcanada, dit‑elle, les Inuits peuvent prendre sous leur responsabilité les facteurs de résilience, notamment en ce qui concerne la violence familiale, les agressions sexuelles contre les enfants ou tout problème de santé comme les infections transmissibles sexuellement, et aussi considérer la santé en général et les maladies chroniques. Voilà ce qui m'intéresse depuis longtemps : élaborer nos propres questionnaires pour réclamer de meilleurs programmes et services à l'intention de la communauté inuite. »
« La démarche consiste à chercher les facteurs de résilience – les éléments qui pourraient être renforcés et dans lesquels il serait en général positif d'investir. Les organismes obtiennent ainsi l'information dont ils ont besoin pour examiner ce qu'il font et ce qu'ils pourraient faire pour renforcer la résilience. »
-- Dr Neil Andersson
Qu'est‑ce que le CIET?
Il s'agit d'un groupe international d'organismes non gouvernementaux, d'organismes caritatifs, d'instituts de recherche, de fiducies et de fondations qui aide les communautés vulnérables partout dans le monde à adapter et à utiliser les méthodes de recherche pour renforcer leur voix dans la planification et la gouvernance. Le Dr Andersson a fondé le CIET en 1985 en ouvrant le Centro de Investigación de Enfermedades Tropicales (Centre de recherche sur les maladies tropicales) dans l'État de Guerrero au Mexique. Pour plus de renseignements sur le CIET, voir le site Web du CIET.