Les IRSC après une décennie : les défis relevés et à venir
Par le Dr Alain BeaudetLes Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) célèbrent leur dixième anniversaire en 2010. Une décennie, cela peut sembler long, mais c'est en fait une très brève période, surtout pour une organisation au mandat aussi ambitieux, qui évolue dans des secteurs où les résultats tendent à se manifester à long terme.
La création des IRSC en remplacement de leur prédécesseur, le Conseil de recherches médicales (CRM), fut plus qu'un simple changement de nom. Le CRM nous a légué une base solide en recherche biomédicale. Mais les IRSC chapeautent plus de disciplines, plus de champs de recherche et plus de méthodes scientifiques que le CRM. L'arrivée des IRSC avec leur mandat élargi a donné lieu à une hausse majeure du financement de la recherche sur la santé des populations et les services de santé — des secteurs essentiels pour comprendre et influencer les grands déterminants de la santé.
Notre mandat élargi ne couvre pas uniquement la création mais aussi l'application des connaissances — afin que la recherche que nous soutenons contribue à l'amélioration de la santé des Canadiens, au renforcement de notre système de santé et à la croissance de l'économie canadienne.
Le mandat des IRSC comporte aussi l'établissement de priorités de recherche stratégiques. Compte tenu des liens étroits entre les IRSC et leurs intervenants et partenaires dans les organismes de bienfaisance en santé, les gouvernements provinciaux et le secteur privé, les priorités de recherche stratégiques des IRSC sont aussi celles de tout le milieu de la recherche en santé. L'optimisation de nos efforts collectifs se traduit en bienfaits immédiats et à long terme pour les Canadiens.
Pour appliquer les connaissances avec succès en aval, il faut stimuler efficacement l'innovation en amont. C'est pourquoi les IRSC continuent d'investir massivement dans la recherche biomédicale fondamentale. En fait, le secteur biomédical est de loin celui qui a le plus profité de la hausse de 300 % du budget de base des IRSC au cours des dix dernières années. Il n'est donc pas étonnant que, selon les indices bibliométriques, le Canada figure parmi les pays les plus performants pour ce qui est de l'impact des articles de recherche biomédicale et qu'il soit un chef de file mondial dans des domaines comme les cellules souches et les neurosciences.
Les IRSC ont eu autant de succès dans le lancement de programmes originaux visant à maximiser la mise en pratique et l'impact des résultats de la recherche. Par exemple, notre programme des Partenariats pour l'amélioration des systèmes de santé (PASS) finance des équipes pour effectuer de la recherche sur les services et les systèmes de santé appliquée et axée sur les politiques. De nombreux chercheurs se penchent sur ces questions. Avec le PASS, la différence est que les équipes se composent à la fois de chercheurs et de décideurs. Cela veut dire que les questions posées sont les bonnes et que les réponses ont de meilleures chances d'influencer les politiques et les programmes de santé. Le programme Des preuves à volonté réunit des équipes de grands spécialistes sur les questions de santé de l'heure, afin de fournir aux décideurs provinciaux et territoriaux l'information nécessaire pour créer des politiques de santé efficaces et qui répondent aux besoins.
L'impact de la recherche financée par les IRSC dépasse les frontières canadiennes. Par exemple, le Dr Geoffrey Fong de l'Université de Waterloo dirige le Projet international d'évaluation de la lutte antitabac, une collaboration internationale qui fait maintenant autorité dans le monde en ce qui a trait à l'efficacité des politiques antitabac. Les conclusions du Projet ont inspiré les politiques de lutte contre le tabagisme dans des pays comme l'Irlande, la France, la Malaisie, le Royaume-Uni et la Chine.
Application des connaissances
Les IRSC concentrent aussi leurs efforts sur la commercialisation en tant que volet important de l'application des connaissances. Le Canada manque de ressources possédant la bonne combinaison de compétences scientifiques et commerciales pour mettre en marché les découvertes en santé. Le programme Des sciences aux affaires, qui aide les écoles de commerce à recruter des détenteurs de doctorat brillants dans des programmes de M.B.A. orientés sur la santé, contribue à combler cette lacune. Le Programme de démonstration des principes (PDP) des IRSC offre du financement ciblé à la recherche qui, bien que prometteuse, a besoin de polissage avant d'intéresser le secteur privé et les investisseurs de capital de risque. Amorfix Life Sciences Ltd, qui a conçu et commercialisé un nouveau test sanguin pour détecter la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) (forme humaine de la maladie de la vache folle), doit son existence aux fonds du PDP. Dans une importante clinique de transfusion sanguine en France, on a récemment utilisé l'invention d'Amorfix comme test de dépistage de la vMCJ dans 10 000 échantillons sanguins.
Ces succès contribuent quotidiennement à l'amélioration de la santé des Canadiens et au renforcement de notre système de santé.
Parallèlement aux célébrations de son dixième anniversaire, notre organisation se prépare pour l'avenir. L'an dernier, nous avons publié notre Plan stratégique quinquennal intitulé L'innovation au service de la santé − De meilleurs soins et services par la recherche, qui établit quatre orientations stratégiques : investir dans l'excellence pour une recherche de calibre mondial; s'attaquer aux priorités de la recherche sur la santé et le système de santé; profiter plus rapidement des avantages de la recherche pour la santé et l'économie; favoriser l'excellence organisationnelle, promouvoir l'éthique et démontrer l'impact.
Nous entreprenons également notre deuxième examen international. Sous la direction du Dr Elias Zerhouni, ancien directeur des National Institutes of Health des É.-U., cet examen sera centré sur deux questions : Les IRSC ont-ils été efficaces dans la poursuite de leur mandat tel que défini dans la Loi sur les IRSC? et Que peuvent améliorer les IRSC dans la poursuite de leur mandat?
De nombreux défis et réalisations ont marqué la première décennie des IRSC, et nous avons toutes les raisons de croire que la prochaine sera tout aussi riche en défis et en gratifications. Les Canadiens semblent changer d'attitude par rapport aux sciences et à la technologie et mieux en comprendre l'importance pour la prospérité future du Canada. Ce changement d'attitude se reflète dans l'attention générée par la récente annonce des chaires d'excellence en recherche du Canada et leur importance pour le Canada au moment où le pays se remet à peine d'une récession.
Notre système de santé continue tant bien que mal de contenir la hausse des coûts tout en prodiguant des soins aux Canadiens en temps voulu, où qu'ils soient. Les IRSC ont entamé des consultations en vue de développer une vision commune pour la nouvelle Stratégie de recherche axée sur le patient, destinée à combler l'écart entre les découvertes fondamentales et leur application pratique. Cela permettra d'améliorer la santé des Canadiens et aura des avantages tout aussi importants pour le système de santé sur le plan des coûts et de la viabilité.
De plus, le plan fédéral-provincial-territorial de dix ans pour le renforcement des soins de santé arrivera à échéance en 2014. Dans les négociations entourant un nouvel accord sur la santé, il sera crucial de s'assurer que la recherche occupe une place importante dans le futur plan.
Par l'entremise des IRSC, le milieu canadien de la recherche en santé continuera de faire sa part pour aider le Canada à relever ces défis, au profit de tous les Canadiens.
(Version originale publiée dans Research Money le 4 juin 2010)