Pop nouvelles numéro 22
Juin 2010 Numéro 22
À l'intérieur de ce bulletin
- Message de la directrice scientifique : Dre Nancy Edwards
- Critique de livre sollicitée : Les inégalités sociales de santé au Québec
- Bienvenue aux étudiantes en stage d'été de l'ISPP 2010
- Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Lise Gauvin
- L’évolution de la santé publique : une grande réussite canadienne
- Stimuler le débat et le dialogue sur les questions d’éthique en santé des populations et en santé publique : le club de lecture virtuel de l’ISPP sur l’éthique en santé des populations
- Peut-on parler « d’équité dès le départ » au Canada?
- Possibilités de financement
- Articles en vedette
Message de la directrice scientifique : Dre Nancy Edwards
Je me rappelle distinctement la première fois où j'ai participé à la conférence de l'Association canadienne de santé publique (ACSP). C'était à Halifax, juste après la déclaration d'Alma-Ata. Cette première déclaration sur les soins de santé primaires amenait un vent de changement à la fois stimulant et décourageant par ses possibilités et ses difficultés. Ces dernières ont d'ailleurs fait l'objet de débats enflammés à la conférence de Halifax. Les conférences de l'ACSP ont toujours offert des occasions d'en apprendre davantage sur les efforts indéfectibles et novateurs des scientifiques et des praticiens en santé publique en vue d'améliorer la santé des populations. C'est par l'entremise de conférences de l'ACSP que j'ai fait la connaissance de nombreux chefs de file en santé publique qui m'ont inspiré, par exemple John Frank, Kue Young, David Butler-Jones, Alan Ronald et Karen Mills.
Aujourd'hui, après des mois et des mois de planification, voici que voit le jour une autre conférence de l'Association canadienne de santé publique. Cette conférence historique marque les 100 ans de la fondation de l'Association. À cette occasion, l'ACSP a dressé la liste des 12 grandes réalisations en santé publique au cours du siècle passé qui attestent de la contribution commune des praticiens et des scientifiques dans le domaine de la santé publique à l'amélioration de la santé des populations au Canada et partout dans le monde. L'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) aimerait en profiter pour reconnaître elle aussi les réussites en santé publique. Pour ce faire, nous vous invitons à présenter des candidatures pour des réalisations en recherche d'ici le 30 juin 2010 (voir l'appel de demandes concernant des événements marquants de l'ACSP et de l'ISPP).
Le fait de nous pencher sur nos réalisations passées nous amène à réfléchir aux possibilités qu'offre l'avenir. Il existe de nombreux signes annonciateurs de réalisations futures en santé publique. À ce chapitre, j'ai visité ces derniers mois un certain nombre d'universités canadiennes qui font de la recherche de pointe en santé publique et des populations. Et il y a d'excitantes initiatives programmatiques en cours qui jettent des ponts entre les secteurs et les disciplines. Je suis impressionné par l'enthousiasme des jeunes scientifiques qui choisissent résolument les domaines de la santé publique et des populations. Il est encourageant de constater que les stagiaires viennent de disciplines diverses – mathématique, économie, anthropologie, psychologie, travail social, sociologie, médecine vétérinaire, dentisterie et agriculture – et de champs traditionnels de la santé publique. La présence de nombreux étudiants et jeunes scientifiques à la conférence de l'ACSP de cette année augure bien pour l'avenir.
Quand je regarde en arrière, je repense à ce qu'une conférence de l'ACSP m'a révélé, c'est-à-dire à quel point l'approche axée sur les soins de santé primaires et l'accent qu'elle met sur les déterminants de la santé sont pertinents. Et, même si la langue pour le dire a changé avec le temps, l'intention, la nécessité et le potentiel d'impact restent les mêmes. L'importance d'inspirer nos scientifiques et nos leaders de demain en santé publique au pays reste quant à elle inchangée. La conférence de l'ACSP de cette année permettra sans aucun doute de mener à bien cette quête.
Critique de livre sollicitée – Les inégalités sociales de santé au Québec
Thierry Lang
Département d'Epidémiologie et santé publique, Université Paul Sabatier, Inserm UMR 558.
Institut Fédératif d'Etudes et de Recherche Interdisciplinaires Santé Société (IFERISS)
Toulouse, France
Du à l'initiative de chercheurs du Réseau de Recherche sur la Santé des Populations du Québec, ce livre reflète la diversité de la recherche effectuée au Québec sur ce sujet. La première partie présente des données empiriques, la deuxième est consacrée à des questions théoriques et la troisième est consacrée aux politiques et aux pratiques de réduction des inégalités sociales de santé.
Les deux premiers chapitres de la première partie, riches en données statistiques précises et argumentées, font le point sur l'évolution de la mortalité prématurée au Québec et en France. Dans les deux pays, les écarts relatifs de mortalité prématurée entre groupes sociaux ont progressé au cours des dix dernières années, les écarts absolus ont augmenté chez les femmes, régressé chez les hommes au Québec. Ils sont restés stables en France, où l'écart s'est creusé entre les personnes insérées professionnellement et celles exclues du monde du travail. Le troisième chapitre est une étude précise de trois territoires. Les auteurs insistent sur le fait que le milieu local est une production sociale et que les conditions matérielles de vie entretiennent une dynamique complexe avec les liens sociaux, qui jouent un rôle de protection ou au contraire d'aggravation.
La partie consacrée aux analyses théoriques est extrêmement utile dans la mesure où, comme cela est souligné par plusieurs auteurs, les analyses de santé publique sont en déficit de théories.
Le chapitre 4 pose la question générale du rapport d'appropriation, analysant l'inégalité sociale et les inégalités de santé comme un transfert de temps de vivre en bonne santé d'une population à une autre à travers l'appropriation de la force de travail. Le chapitre 5 critique les tendances fortes à interpréter les comportements sur la base de théories individualisantes, avec une approche pragmatique au détriment des débats intellectuels et politiques. Dans le chapitre 6, les auteurs proposent de considérer les habitudes de vie comme des pratiques sociales et soulignent la relation récursive qui existe entre les pratiques des individus et la structure sociale. La relation est donc dynamique et invite à examiner non seulement les ressources de la zone géographique dans laquelle les individus habitent, mais aussi leur capacité à utiliser ces ressources. Le chapitre 7 prolonge cette analyse à propos des environnements des quartiers. Il introduit aussi le temps dans le parcours de vie, en attirant l'attention sur les processus itératifs : les circonstances actuelles de la vie modèlent constamment le futur. De ces chapitres se dégage l'idée que l'accès à des ressources matérielles, doit se doubler d'une réflexion sur le degré avec lequel les individus peuvent réellement mobiliser et utiliser ces ressources. Le chapitre 8 insiste sur la place du capital social et des réseaux sociaux, avec des références appuyées à Émile Durkheim. Pour l'auteur, les réseaux constituent la nouvelle morphologie sociale en réponse à l'évolution des liens de solidarité dans un contexte de changements rapides. Les mécanismes physiologiques qui peuvent faire le lien avec les comportements sociaux font l'objet du chapitre 9. L'auteur avance que les phénomènes de soumission et de honte sont susceptibles de déclencher des signaux d'alarme physiologique. Dans cette perspective neurobiologique, ce n'est pas le statut économique véritable qui importe mais le statut social perçu. Le chapitre 10 aborde les approches de parcours de vie et propose le modèle d'atteinte du statut, qui attire l'attention sur l'impact de l'environnement sur la mobilité des individus. Le chapitre 11 aborde des méthodologies bio-statistiques prometteuses comme l'analyse multi-niveaux et invite à poursuivre la réflexion sur la conceptualisation des niveaux d'analyse, renvoyant ainsi à la nécessité d'une approche théorique.
La troisième partie est consacrée aux interventions. Le chapitre 12 porte sur les services de protection de la jeunesse au Québec, et montre que la pauvreté et ses privations semblent avoir un impact sur la qualité de la relation entre parents et enfants; ces derniers sont donc victimes des problèmes de leurs parents, mais aussi de la réponse apportée par le système socio-sanitaire, souvent fragmentée et cloisonnée conduisant à des interventions qui se neutralisent entre elles. La nécessité d'une approche interdisciplinaire est soulignée dans le chapitre 13 qui évoque tout l'intérêt des interventions en milieu scolaire, mais note également la faiblesse de l'évaluation. Ce déficit est aussi pointé dans le chapitre 14 sur les risques du travail. Des mesures réglementaires ou législatives, des interventions portant sur le maintien du lien à l'emploi et sur le retour au travail existent au Québec. Mais les évaluations sont rares et les programmes qui favorisent la prévention sont moins accessibles aux employés dont les conditions de travail sont les plus précaires, notamment dans les petites entreprises. Le chapitre 15 souligne opportunément que le discours sur l'évaluation de la promotion de la santé a volontiers omis l'impératif d'équité énoncée dans la charte d'Ottawa et porté quasi-exclusivement sur les valeurs d'efficacité et d'efficience. Cette approche fait courir le risque d'une augmentation des inégalités de santé lors d'interventions en promotion de la santé. L'équité devrait donc être un critère de jugement à chacune de ces étapes. À l'occasion de l'examen de textes relatifs aux inégalités sociales de santé au Royaume-Uni, en Suède et au Québec, le dernier chapitre rappelle enfin la nécessité de l'intersectorialité et d'une approche des causes fondamentales des inégalités.
Un petit regret à la lecture de ce livre, foisonnant de points de vue riches et divers, est l'absence d'une discussion sur les méthodes d'évaluation. Sa nécessité est rappelée dans plusieurs chapitres et ses différentes modalités méthodologiques auraient pu être discutées, en examinant la place des différents acteurs pour la production de preuves (qualitatives, épidémiologiques, modélisation, mobilisation des citoyens, études d'impact à priori).
En résumé, un livre passionnant, qui apporte des données sur les inégalités de santé, rappelle l'intérêt majeur d'une approche théorique des problèmes, plus que cela n'a été le cas jusqu'à présent. La diversité des points de vue en illustre à la fois la richesse et la complexité. Le chapitre sur le passage à l'action montre bien la nécessité des approches théoriques et intersectorielles, et celle du décloisonnement des acteurs.
Les inégalités sociales de santé au Québec
Sous la direction de Katherine Frohlich, Maria De Koninck, Andrée Demers, et Paul Bernard
Les Presses de l'Université de Montréal
2008
Bienvenue aux étudiantes en stage d'été de l'ISPP 2010
Kate Neufeld est originaire de Saskatoon, Saskatchewan et obtiendra son baccalauréat ès sciences (physiologie) de l'Université de la Saskatchewan en juin 2010. En août 2010, Kate va commencer l'école de médecine à l'Université de Saskatchewan, Collège de médecine.
Ses domaines de recherche ont inclus la santé des femmes et des enfants. Kate aime aussi voyager et apprendre de nouvelles langues. Elle est basée à l'Institut de la Population et de la Santé publique à l'Université d'Ottawa.
En 2009, Lina Johnston a terminé sa maîtrise en littérature anglaise à l'Université d'Ottawa. Elle fait actuellement une seconde maîtrise, en anthropologie. Elle s'intéresse à l'agriculture, à la salubrité des aliments et à la santé, aux composés organiques et à l'utilisation locale/viable de la terre, et au discours sur la production alimentaire, la consommation et le marketing. Elle aime voyager et écrire. Lina travaillera avec l'ISPP et l'ISPS à l'administration centrale des IRSC
Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Lise Gauvin
Dre Lise Gauvin
Chair de recherche appliquée en santé publique
Lise Gauvin est titulaire d'une chaire en santé publique appliquée, financée par l'Institut de la santé publique et des populations des IRSC et le Centre de recherche en prévention de l'obésité, qui porte sur les milieux de vie, les modes de vie et le poids corporel sain. La chaire est établie à la Direction de santé publique de Montréal et vise à comprendre comment des interventions qui transforment le milieu de vie peuvent favoriser l'activité physique et une saine alimentation et, en définitive, un poids santé. Lise est professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal et chercheuse affiliée au CRCHUM – Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Elle est également affiliée au Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé, qui est financé grâce à une subvention de centre des IRSC.
Lise a d'abord acquis une formation comme spécialiste de l'activité physique, et elle a ensuite gravité vers la santé publique pour mieux comprendre comment intervenir pour augmenter les niveaux d'activité physique des populations. En cours de route, elle a établi de nouveaux partenariats, développé de nouveaux intérêts, et nourri sa passion pour les méthodes quantitatives avancées et l'application de nouvelles méthodologies de recherche. Le résultat a été un programme de recherche et de transfert des connaissances qui contribue à la somme toujours croissante de recherche montrant que les environnements dans lesquels les personnes vivent, travaillent et se récréent influencent les choix qu'elles font en matière d'activité physique et d'alimentation. Avec des collègues du CRCHUM et de la Direction de santé publique de Montréal et un candidat au doctorat, elle dirige une équipe de chercheurs qui étudie l'impact de la mise en oeuvre d'un programme public de partage de vélos en libre-service à Montréal, appelé BIXI, sur les habitudes de déplacement et le risque de collision avec des véhicules à moteur chez les utilisateurs de ces vélos. Elle fait partie d'une équipe d'agents de santé publique, d'urbanistes et de chercheurs qui, sous la conduite de la Fondation des maladies du coeur du Canada, bénéficie de fonds du projet Coalition (Connaissances et actions liées pour une meilleure prévention) - Partenariat canadien contre le cancer, un mécanisme de financement nouvellement créé, pour déterminer comment les données probantes au sujet de l'environnement bâti et de la santé peuvent être le mieux utilisées pour la prévention des maladies chroniques.
Bien que Lise ait souvent fait du traduction des connaissances devant des auditoires intéressés par la façon dont la recherche pouvait être appliquée dans des interventions, et qu'elle ait participé à l'élaboration de documents écrits sur le thème de l'intervention, elle cherchait activement de nouvelles façons de traduire les connaissances lorsque la possibilité de travailler dans le cadre d'une initiative internationale de promotion de la santé s'est présentée. Sous les auspices du Global Advocacy for Physical Activity (GAPA) Council de l'International Society for Physical Activity and Health (anglais seulement) et du conseil d'administration du 3e Congrès international sur l'activité physique et la santé publique tenu à Toronto en mai 2010, elle a coprésidé (avec la Dre Fiona Bull, de l'University of Western Australia) le développement de la Toronto Charter for Physical Activity (anglais seulement). La Charte est un appel mondial à l'action, qui énonce quatre mesures fondées sur neuf principes directeurs pour parvenir à un engagement politique et social plus ferme en faveur de l'activité physique. Elle est le résultat d'un désir collectif de laisser un héritage durable pour l'activité physique. La recherche sur la manière dont les facteurs environnementaux et stratégiques influent sur les niveaux d'activité physique dans la population – le thème du programme de recherche de la chaire – et certains principes puisés dans la recherche interventionnelle en santé des populations ont été intégrés dans la déclaration de la Charte. L'élaboration de la Charte a été un processus en trois étapes : une première version a été produite par l'équipe de rédaction et distribuée à un groupe de 25 à 30 chercheurs et responsables des politiques de haut rang pour qu'ils la commentent; une deuxième version a été préparée par l'équipe de rédaction, traduite en français et en espagnol, puis affichée sur le web pour une consultation en ligne, à l'échelle planétaire. Plus de 400 personnes de plus de 50 pays ont fourni au-delà de 1 700 commentaires. Ces commentaires ont été intégrés dans la Charte, qui a ensuite été lancée lors de la séance de clôture du 3e Congrès international sur l'activité physique et la santé publique à Toronto qui s'est déroulé du 5 au 8 mai de cette année. La version définitive de la Charte a été publiée sur le site web de GAPA le 24 mai, et les traductions française et espagnole seront en ligne sous peu. Jusqu'ici, des offres ont été reçues pour traduire la Charte en sept autres langues au moins (arabe, croate, tchèque, allemand, japonais, polonais, portugais et thai). « Travailler à cette initiative de promotion a été une expérience de collaboration formidable qui montre bien que lorsqu'on sollicite l'apport de partenaires, cela peut se cristalliser en un instrument concret de promotion de la santé », explique Lise. Au cours des prochains mois, elle sera activement à la recherche de nouvelles façons d'échanger des informations utiles découlant des projets de recherche en cours dans le domaine de la santé des populations qui sont financés par l'entremise de sa chaire en santé publique appliquée.
L'évolution de la santé publique : une grande réussite canadienne
Message du Dr David Butler-Jones, Administrateur en chef de la santé publique du Canada
Dr David Butler-Jones
Administrateur en chef de la santé publique du Canada
Tandis que nous célébrons le centenaire de l'Association canadienne de santé publique en 2010, j'aimerais offrir aux lecteurs de POP Nouvelles quelques-unes de mes réflexions sur le passé, le présent et l'avenir de la santé publique, en tant qu'administrateur en chef de la santé publique du Canada.
Pour mieux constater le chemin que nous avons parcouru en santé publique au cours du dernier siècle environ, il faut se rappeler quelles étaient les conditions sanitaires au Canada à la fin du 19e siècle.
À cette époque, les approvisionnements en eau n'étaient pas sûrs, et l'élimination des ordures laissait à désirer dans la plupart des collectivités. Les logements étaient inadéquats et surpeuplés, l'alimentation, mauvaise, et les aliments et le lait, insalubres. L'espérance de vie à la naissance ne représentait qu'environ les deux tiers de ce qu'elle est aujourd'hui, et un nouveau-né sur sept ne survivait pas.
Dans tout le monde occidental, les conditions semblables ne suscitaient depuis longtemps qu'une complaisance résignée, comme en témoigne cette remarque du philosophe Jean-Jacques Rousseau : « La moitié des enfants meurent avant l'âge de huit ans. C'est la loi de la nature; pourquoi tenter de s'y opposer? ».
À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, les attitudes ont commencé à changer au Canada, grâce aux efforts de personnes et d'organisations comme l'Association canadienne de santé publique, qui ont joué un rôle clé en réclamant la création d'un ministère de la Santé en 1919. Plus tard au 20e siècle, les Canadiens ont pu profiter d'importants progrès, tels que la pasteurisation du lait, des normes d'habitation plus strictes, la salubrité des aliments, de meilleures conditions d'hygiène, de l'eau potable, et une éducation.
Les avancées en santé publique se sont poursuivies au cours de la deuxième moitié du 20e siècle, avec la vaccination de masse, les réformes sociales, l'avènement de l'assurance-maladie, les campagnes innovatrices d'éducation publique et de promotion de la santé, et les lois pour réduire l'usage du tabac et accroître le port de la ceinture de sécurité, par exemple.
En dépit de ces progrès, on trouve encore, dans chaque coin du pays, des Canadiens qui souffrent plus que d'autres de blessures, de maladies infectieuses ou chroniques, et de problèmes de toxicomanie et de santé mentale. Des disparités dans les déterminants sous-jacents de la santé continuent d'empêcher l'optimisation de la santé globale des Canadiens.
Au 21e siècle, je crois qu'il est plus important que jamais que nous gardions à l'esprit les principaux objectifs de la santé publique : améliorer la santé et le bien-être de notre population, et réduire les inégalités sur le plan de la santé.
En 2010, nous voilà avec une bonne nouvelle - les Canadiens vivent plus longtemps - et une mauvaise nouvelle - les tendances en matière de santé ne s'améliorent pas toutes, et les Canadiens ne bénéficient pas tous dans la même mesure des améliorations de la santé publique au fil du temps. L'épidémie actuelle d'obésité infantile fait en sorte que la génération d'enfants actuelle risque d'être la première à ne pas vivre plus longtemps ou à ne pas être en aussi bonne santé que celle qui l'a précédée.
L'Agence de la santé publique du Canada reconnaît l'importance de réagir à une vaste gamme de déterminants complexes et inter-reliés de la santé - depuis les milieux physiques et sociaux jusqu'à la pauvreté, à l'éducation, à l'emploi et aux conditions de travail, en passant par les services de santé et les services sociaux.
En portant attention à ces déterminants sous-jacents de la santé et aux façons de s'en préoccuper, nous pouvons contribuer à améliorer la santé publique et à niveler les chances pour tous les Canadiens. Ce faisant, nous appuierons le fonctionnement de la société et la compétitivité du Canada en tant que nation. Moins de gens seront laissés pour compte, et un plus grand nombre prospéreront.
Comme société, nous ne sommes aussi sains que les moins en santé de nos membres. Nous avons tous un rôle à jouer dans la création de conditions physiques, économiques, sociales et culturelles qui sont la base d'une bonne santé pour tous les Canadiens. Et nos gestes, aussi minimes soient-ils, peuvent changer le cours des événements.
Stimuler le débat et le dialogue sur les questions d'éthique en santé des populations et en santé publique : le club de lecture virtuel de l'ISPP sur l'éthique en santé des populations
Heather Greenwood, Adjointe à la recherche, ISPP et Sarah Viehbeck, Associée principale de l'évaluation, ISPP
Bien qu'un certain travail ait été entrepris pour définir les cadres et les principes sous-jacents de l'éthique en santé publique1-2, il reste des lacunes au niveau de notre compréhension, de la conceptualisation et de l'application de l'éthique dans ce domaine3-4. L'éthique en santé des populations et en santé publique se distingue de la bioéthique traditionnelle par l'accent mis sur : (1) les populations plutôt que les personnes; (2) une vaste gamme d'interventions menées au niveau de la population ou de l'environnement et souvent mises en oeuvre à l'extérieur du milieu des soins de santé ou du secteur de la santé; (3) la prévention de la maladie.
Encourager l'élaboration et l'amélioration des cadres d'éthique pour les interventions en santé des populations au Canada et à l'échelle mondiale est un objectif stratégique pour l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP). À cette fin, l'ISPP a réuni un club de lecture virtuel au moyen de six séances d'éducation à distance tenues entre février et mai 2010. Cette initiative avait pour but de se pencher sur les questions fondamentales entourant l'application des principes et des cadres d'éthique en santé des populations à la conception et à l'évaluation des interventions en santé des populations. Elle visait aussi à cerner et à aborder des situations concrètes pour l'application des cadres d'éthique en santé des populations et en santé publique.
Le club de lecture comptait 37 participants provenant du milieu universitaire (n=21), du domaine des politiques et des programmes (n=11) et de celui de l'application des connaissances (n=5). Les participants venaient de diverses disciplines et représentaient 26 différents organismes de partout au Canada. Chaque séance mettait en vedette un expert du domaine qui présentait ses publications et qui animait ensuite le dialogue. Les participants aux discussions venaient du Canada (les Drs Françoise Baylis et Ross Upshur), des États-Unis (les Drs Jason Robert, Dan Wikler et Norman Daniels) et du Royaume-Uni (le Dr James Wilson).
Le recours à la technologie pour animer le débat et le dialogue combiné à l'accent mis sur un domaine d'intérêt partagé souligne l'émergence d'une communauté de pratique virtuelle en matière d'éthique en santé des populations et en santé publique au Canada. L'ISPP planifie actuellement la prochaine phase d'activités dans ce domaine pour continuer à favoriser cette communauté virtuelle et pour travailler à la mise en oeuvre de cadres d'éthique en santé des populations et en santé publique.
Pour un supplément d'information sur les initiatives de l'ISPP dans le domaine de l'éthique en santé des populations et en santé publique, envoyez un courriel à Heather Greenwood à l'addresse hgree016@uottawa.ca, ou consultez le site web de l'ISPP.
- Nuffield Council on Bioethics. Public health: ethical issues. London: Nuffield Council on Bioethics; 2007.
- Thomas JC, Sage M, Dillenberg J, Guillory VJ. A code of ethics for public health. American Journal of Public Health 2002;92(7):1057-1059.
- Baylis F, Kenny NP, Sherwin S. A relational account of public health ethics. Public Health Ethics 2008;1(3):196-209.
- Daniels N. Just health: Replies and further thoughts. Journal of Medical Ethics 2009;35(1), 36-41.
Peut-on parler « d'équité dès le départ » au Canada?
Clyde Hertzman
Directeur, Human Early Learning Partnership
En 2008, la Commission des déterminants sociaux de la santé de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié son rapport international sur les déterminants sociaux de la santé (CDSS, 2008). Le chapitre cinq, intitulé Équité dès le départ, est consacré au développement des jeunes enfants. La principale recommandation contenue dans le chapitre enjoignait aux pays membres de l'OMS de « S'engager et mettre en oeuvre une approche globale des premières années de l'existence en se basant sur les programmes de survie de l'enfant déjà établis et en étendant les interventions dans ces premiers stades de la vie pour y inclure le développement social/affectif et cognitif/apprentissage du langage ». Bien que le Canada ait été la source principale d'information pour ce chapitre, nous sommes le pays, parmi les plus riches, qui investit le moins dans le développement des jeunes enfants (OCDE, 2006). Dans son récent bilan sur l'éducation et la garde des jeunes enfants, l'UNICEF souligne que, des 25 pays où ont été recueillies des données, le Canada se classe dernier (avec l'Irlande) en satisfaisant à une seule des dix normes minimales (UNICEF, 2008).
La possibilité que les enfants canadiens soient vulnérables (c'est-à-dire qu'ils ne soient pas au stade souhaité de leur développement physique, social, émotionnel, cognitif et de leur apprentissage du langage) varie grandement en fonction de l'âge scolaire. Dans certains quartiers, seulement 5 % des enfants sont vulnérables tandis que dans d'autres, 70 % le sont. Dans l'ensemble, de 25 à 30 % des enfants canadiens sont vulnérables, ce qui signifie qu'ils sont plus à risque de vivre des situations comme l'échec scolaire, la criminalité juvénile, le décrochage, des problèmes de santé mentale et l'apparition hâtive de maladies chroniques et de moins participer à l'économie.
Il serait toutefois possible de réduire la vulnérabilité à moins de 10 %. La vulnérabilité suit une courbe selon qu'une personne descend dans l'échelle sociale en fonction du revenu familial, de l'éducation ou de l'emploi des parents. Ainsi, la proportion d'enfants vulnérables augmente graduellement, sans qu'il y ait de seuil, lorsqu'une personne passe des sphères les plus privilégiées de la société aux moins privilégiées. Un enfant vivant au sein d'une famille démunie est plus à risque d'être vulnérable, mais, selon la perspective de la société, la plus grande proportion d'enfants vulnérables est répartie dans la classe populaire moyenne. Au Canada, on ne peut cibler une population en particulier où les enfants seraient le plus vulnérables sur le plan du développement, peu importe les facteurs utilisés : le revenu, l'ethnicité, l'immigration, le poids à la naissance, l'âge gestationnel et le profil de risque familial ou psychosocial, par exemple (Kershaw et autres, 2005). Le fait que la vulnérabilité soit un facteur aussi variable nous encourage à offrir à tous les enfants de bons environnements propices au développement, c'est-à-dire fournir un accès universel à des expériences qui minimiseront la vulnérabilité et permettront à l'enfant de se développer sainement. Voilà ce que signifie « l'équité dès le départ ».
Contrairement au Canada, la Suède satisfait à toutes les normes minimales de l'UNICEF. Elle offre des soins prénataux de grande qualité et couvrant un large spectre, et ce, bien que le taux de bébés ayant un poids insuffisant à la naissance soit plus faible que celui du Canada; une politique sur le revenu qui permet à pratiquement toutes les familles ayant de jeunes enfants de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté; jusqu'à 18 mois de congé parental payé, plus des mesures incitatives si le père prend un congé; le suivi mensuel du développement de l'enfant pour s'assurer que tous les problèmes liés à la vue, à l'ouïe, à la parole, au langage et à la dentition sont réglés avant l'entrée à l'école; l'accès universel et non obligatoire à des programmes publics de grande qualité de garde et d'éducation des jeunes enfants (de 80 à 90 % des enfants d'âge préscolaire y prennent part) dirigés par du personnel ayant fait des études universitaires et qui ne compromettent pas le rôle central des parents dans l'éducation des enfants; et une transition graduelle entre l'apprentissage par le jeu et l'apprentissage formel à l'âge scolaire qui sert à éviter que les bébés nés en janvier et les filles soient privilégiés et que les bébés nés en décembre et les garçons soient désavantagés.
Si l'on se penche sur le travail des provinces et des territoires canadiens, on peut observer que des initiatives exemplaires ont été mises en oeuvre dans chacun des secteurs qui pourraient constituer une approche globale. Toutefois, aucune administration n'a mis en place tous les éléments nécessaires. Il est plus que temps d'adopter une initiative d'engagement pancanadienne pour l'équité dès le départ.
- Commission des déterminants sociaux de la santé, Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2008.
- Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Petite enfance, grands défis II : Éducation et structures d'accueil, Paris, France, 2006.
- Unicef. La transition en cours dans la garde et l'éducation de l'enfant, Bilan Innocenti 8 (Anglais seulement), Centre de recherche Innocenti, UNICEF, Florence, 2008 (version de 2008).
- Kershaw P., L. Irwin, K. Trafford et C. Hertzman. The British Columbia atlas of child development, Western Geographical Press #40, 2005.
Possibilités de financement
Veuillez visiter le site Web de l'ISPP pour une liste des possibilités de financement offertes par l'Institut.
Articles en vedette
Veuillez aviser l'ISPP lorsque vous publiez. Nous voulons souligner vos contributions scientifiques dans nos prochains bulletins. Veuillez faire parvenir un courriel à Emma Cohen à l'addresse ecohen@uottawa.ca, Agente en application des connaissances et en communications de l'ISPP. Merci.
Loeb, M., Russel, M. L., & Moss, L. (2010). Effect of Influenza Vaccination of Children on Infection Rates in Hutterite Communities: A Randomized Trial. Jama, 303(10), 943-950.
Chiu, M., Austin, P.C., Manuel, D.G., & Tu, J.V. (2010). Comparison of cardiovascular risk profiles among ethnic groups using population health surveys between 1996 and 2007. Cmaj, 182(2), e301-e310.
Creatore, M.I., Moineddin, R., Booth, G., Manuel, D.H., DesMeules, M., McDermott, S., & Glazier, R.H. (2010). Age- and sex-related prevalence of diabetes mellitus among immigrants to Ontario, Canada. Cmaj, 182(8), 781-789.