Profil de recherche - Imagerie médicale - Discussion entre experts

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Les panélistes :

Dr Robert Beanlands
Le Dr Beanlands, une sommité internationale dans le domaine de l'imagerie nucléaire cardiovasculaire, est directeur du Centre national de TEP cardiaque. Il est chef du Service d'imagerie cardiaque, directeur du programme de fonction et d'imagerie moléculaires à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa et professeur aux divisions de cardiologie et de radiologie de la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa.

Dr François Bénard
Le Dr Bénard est titulaire de la Chaire de leadership en imagerie fonctionnelle du cancer et professeur de radiologie et il est affilié à l'Université de Colombie-Britannique et à la B.C. Cancer Agency à Vancouver. Ses recherches portent sur les techniques d'imagerie avancées du cancer pour un éventail d'applications de la recherche.

Dr Ravi Menon
Le Dr Menon est titulaire d'une chaire de recherche du Canada de niveau 1 en imagerie moléculaire et fonctionnelle à l'Institut de recherche Robarts à London en Ontario et directeur du Centre for Functional and Metabolic Mapping. Il est professeur de biophysique médicale, de radiodiagnostic, de médecine nucléaire, de physique et de psychiatrie à l'Université Western Ontario.

Dr John Valliant
Le Dr Valliant est directeur scientifique et président-directeur général du Centre pour le développement et la commercialisation des traceurs et professeur adjoint aux Départements de chimie et physique médicale et de sciences appliquées des rayonnements à l'Université McMaster. Son travail porte sur la chimie des traceurs d'imagerie dérivés d'isotopes médicaux alors que le centre se consacre à la production, à l'application et à la distribution des traceurs d'imagerie.

Dr Robert Beanlands
Dr Robert Beanlands
 Dr François Bénard
 Dr François Bénard
 Dr Ravi Menon
 Dr Ravi Menon
 Dr John Valliant
 Dr John Valliant

IRSC : Pour commencer, quel est le rôle de l'imagerie médicale dans votre travail quotidien? De quelle façon changera-t-il au cours de la prochaine décennie selon vous?

Bénard : L'imagerie est au coeur de mon programme de recherche et de mes activités cliniques. Ce que nous observons est un besoin accru d'outils d'imagerie plus spécifiques qui permettront de répondre à des questions cliniques très claires. Par exemple, prévoir ou mesurer la réponse au traitement. Il s'agit d'un changement de cap par rapport à l'imagerie traditionnelle, purement anatomique. Les cliniciens ont besoin de mesurer la réponse au traitement de façon très claire et rapide. Il s'agit donc d'un domaine en croissance pour lequel on observe un besoin clinique grandissant au quotidien. En ce qui concerne ma perception de l'évolution de son rôle, je pense que ce domaine sera mieux connu du public, qui voudra bénéficier des meilleurs outils d'imagerie offerts. Ce sera donc une partie de bras de fer, notre capacité à fournir des soins à la fine pointe se heurtant à la capacité des gouvernements à financer les outils d'imagerie. Au bout du compte, nous économiserons en réduisant l'utilisation d'approches thérapeutiques inutiles, mais il faudra débloquer des fonds pour investir dans les nouvelles technologies.

Menon : J'utilise principalement l'imagerie comme outil de recherche, même si bon nombre de mes collaborateurs de recherche clinique utilisent notre équipement. Selon moi, nous observerons une certaine convergence des technologies, mais il y aura des obstacles à cause des différences techniques. Certaines personnes préfèrent la tomographie par émission de positrons (TEP), d'autres l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ou l'échographie et ainsi de suite. Par exemple, la tomodensitométrie (TDM) couplée à une perfusion (injection d'un produit de contraste dans la circulation sanguine pour atteindre un organe ou un tissu) peut accomplir beaucoup de choses pour lesquelles nous utilisons actuellement la médecine nucléaire. Mais comme cela concerne des praticiens différents, on n'observe pas pour le moment l'application de ce type de technologie dans les soins cliniques. Il existe potentiellement un grand nombre de techniques – qui sont toutes bonnes pour certaines choses, et ce pourquoi elles sont bonnes peut changer – mais en raison de la configuration actuelle d'un grand nombre de services d'imagerie diagnostique, la technologie n'est pas toujours transférée aux patients.

Connaissez-vous la TEP, l'IRM ou la tomodensitométrie? Consultez le Glossaire d'imagerie médicale pour en savoir plus.

Valliant : Je suis un chimiste qui se consacre au développement de la prochaine génération de traceurs d'imagerie basés sur des isotopes médicaux. Notre groupe travaille à tous les aspects de ce domaine, des sciences fondamentales à la production pour l'utilisation et la recherche cliniques. Si on pense à l'avenir des isotopes médicaux et des traceurs d'imagerie associés, je crois qu'on verra des outils plus spécifiques qui aideront les médecins à classer les patients et à choisir les traitements. On utilisera plus d'outils d'imagerie pour guider les biopsies, pour aider à l'évaluation de la pathologie et à la navigation chirurgicale. On verra donc que les domaines du développement de l'imagerie et des traceurs ne sont pas des entités autonomes uniquement utilisées pour le diagnostic précoce; ils seront liés aux pathologistes et aux chirurgiens qui utiliseront les technologies d'imagerie au quotidien. Les groupes, qui se consacrent à l'élaboration de programmes de dépistage du cancer du sein en une étape qui comprennent l'imagerie, la biopsie et l'analyse des tissus, ce qui exigera une coordination entre les radiologistes, les spécialistes en médecine nucléaire et les personnes qui effectuent les analyses pathologiques à partir des échantillons de tissus, en sont un exemple. Il faudra aussi mettre au point de nouveaux traceurs. En ce moment, particulièrement dans l'univers du technétium 99m (le principal isotope produit à Chalk River pour l'imagerie médicale), il existe une poignée d'agents qui sont grandement utilisés. À mesure que nous diversifions la production et commençons à produire des agents plus spécialisés, la question consistera à trouver comment les produire de façon économique pour un petit nombre de patients. À cause de la façon dont nous produisons les agents aujourd'hui, le coût de production d'une seule dose n'est pas beaucoup plus élevé que lorsqu'on en produit dix. Nous devons trouver de nouveaux paradigmes de production pour répondre aux besoins futurs dans ce domaine de façon économique.

Ce sera donc une partie de bras de fer, notre capacité à fournir des soins à la fine pointe se heurtant à la capacité des gouvernements à financer les outils d'imagerie. Au bout du compte, nous économiserons en réduisant l'utilisation d'approches thérapeutiques inutiles, mais il faudra débloquer des fonds pour investir dans les nouvelles technologies. Dr François Bénard

Beanlands : En ce qui concerne la recherche, ce qui m'impressionne vraiment est la multitude de possibilités d'utilisation de l'imagerie. Ce domaine a réellement changé notre façon de comprendre la maladie; nous comprenons maintenant différents aspects de l'anatomie et de la physiologie dont nous n'avions aucune idée il y a 20 ans. Je crois donc que ce domaine a révolutionné la recherche sur la physiologie humaine de manière impressionnante. J'ai reçu une formation en cardiologie nucléaire et en TEP. En ce qui concerne les soins cardiovasculaires, il est aujourd'hui très clair lorsqu'on désire travailler en imagerie qu'on ne peut pas se contenter d'une formation pour un type d'imagerie; il faut pratiquement devenir un expert de plus d'une technologie. La communauté clinique a besoin de personnes ayant une expertise dans plusieurs technologies. Sans doute pas au cours des dix prochaines années, mais un peu plus tard, on pourrait bien voir apparaître une spécialité indépendante qui ne soit ni la cardiologie, ni l'imagerie, mais plutôt l'imagerie cardiovasculaire. On pourrait également observer ce phénomène dans d'autres domaines, soit une fusion des spécialités autour d'un processus pathologique ou d'un groupe de processus pathologiques, avec plusieurs techniques d'imagerie pour l'évaluer.

La communauté clinique a besoin de personnes ayant une expertise dans plusieurs technologies. Sans doute pas au cours des dix prochaines années, mais un peu plus tard, on pourrait bien voir apparaître une spécialité indépendante qui ne soit ni la cardiologie, ni l'imagerie, mais plutôt l'imagerie cardiovasculaire. On pourrait également observer ce phénomène dans d'autres domaines, soit une fusion des spécialités autour d'un processus pathologique ou d'un groupe de processus pathologiques, avec plusieurs techniques d'imagerie pour l'évaluer. Dr Robert Beanlands


IRSC : Existe-t-il des solutions réalisables de remplacement ou de complément à l'approvisionnement fourni par Chalk River?

Bénard : Il existe plusieurs solutions potentielles. Une d'entre elles consisterait à diversifier les sources de technétium, qui demeure un isotope extrêmement important. Il fournit d'importants renseignements diagnostiques pour des centaines de milliers de patients chaque semaine. Il est essentiellement peu dispendieux; nous ne pouvons donc pas nous passer de cet isotope. Nous avons reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie et des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour étudier la production de technétium au moyen de cyclotrons (accélérateurs circulaires de particules). Si nous arrivons à produire de grandes quantités de technétium en utilisant des cyclotrons plutôt que des réacteurs nucléaires, nous disposerons alors de plusieurs sites auxiliaires pour la production et pourrons diversifier les sources d'approvisionnement en technétium. On sait depuis 1971 que c'est possible, mais cette solution n'était pas concurrentielle sur le marché parce que les réacteurs nucléaires étaient subventionnés. Par ailleurs, de nouvelles technologies des réacteurs sont étudiées; je crois donc que le marché corrigera cette lacune d'ici trois ou quatre ans, et nous disposerons alors d'une chaîne d'approvisionnement beaucoup plus efficace pour le technétium.

La chronologie de l'imagerie médicale présente les moments forts de cette discipline.

Valliant : Nous devons aborder ce problème sur plusieurs fronts; la production au moyen de cyclotrons est donc une excellente stratégie de complément à l'approvisionnement mondial produit au moyen de réacteurs. Je pense qu'une de nos préoccupations réside dans le fait qu'un grand nombre de sites éloignés utilisent le technétium. Nous devrons être en mesure d'en produire assez pour nous assurer qu'il n'y pas de disparité régionale dans les soins.

Le technétium est là pour rester : il fait partie du scénario. Mais dans certaines situations – la perfusion cardiaque par exemple – il est possible d'utiliser un tomodensitomètre et un produit de contraste à base d'iode. Il s'agit d'un produit commercial offert avec des milliers de tomodensitomètres. Je ne sais pas s'il y a déjà eu un essai clinique visant à comparer cette technologie à celle à base de technétium, mais c'est le genre de choses qu'il faut faire, car cela permettrait de régler la question de l'imagerie cardiaque et de passer à autre chose. Dr Ravi Menon

Beanlands : Une autre approche consiste à ne pas utiliser le technétium du tout et à avoir recours à la TEP. L'un de mes collègues dirige un projet qui favorise la TEP utilisant le rubidium comme agent de perfusion plutôt que des agents de perfusion à base de technétium pour l'imagerie cardiaque. Cette technologie, si elle est diffusée pourrait avoir d'importantes répercussions sur l'utilisation du technétium.

Menon : Le technétium est là pour rester : il fait partie du scénario. Mais dans certaines situations – la perfusion cardiaque par exemple – il est possible d'utiliser un tomodensitomètre et un produit de contraste à base d'iode. Il s'agit d'un produit commercial offert avec des milliers de tomodensitomètres. Je ne sais pas s'il y a déjà eu un essai clinique visant à comparer cette technologie à celle à base de technétium, mais c'est le genre de choses qu'il faut faire, car cela permettrait de régler la question de l'imagerie cardiaque et de passer à autre chose. C'est ce genre de réflexion qu'il faut favoriser, et non seulement la recherche de plus d'agents ou d'agents différents; ces recherches sont également importantes, mais elles ne constituent pas les seules solutions.

Bénard : Habituellement, les médecins accueillent très bien et rapidement les nouvelles solutions lorsqu'elles sont clairement supérieures et plus économiques. C'est ce qui s'est produit, par exemple, avec l'adoption à grande échelle de la TDM pour l'imagerie des tumeurs cérébrales dès qu'elle est apparue sur le marché, puis de la résonance magnétique, lorsqu'elle a remplacé la TDM dans ce domaine. Le marché s'adaptera donc rapidement.

Menon : La résonance magnétique était utilisée pour les tumeurs cérébrales bien avant que des données démontrent sa supériorité dans ce domaine. Les radiologistes affirmaient qu'ils savaient que c'était mieux, qu'ils voyaient mieux, mais il a fallu attendre sept ans pour les données probantes officielles.

Ainsi, la résonance magnétique était utilisée pour l'imagerie du cerveau bien avant que les essais cliniques aient démontré sa valeur?

Bénard : Il était tellement évident que cette technologie était meilleure qu'on l'utilisait sans attendre les résultats d'un essai clinique. Ce sont des choses qui se produisent – c'est arrivé à quelques reprises au cours de l'histoire de la médecine.

On peut donc affirmer que la pratique clinique a parfois une longueur d'avance sur la recherche?

Menon : Pas seulement parfois. Certaines choses sont si évidentes que les données probantes ne sont pas toujours là pour les appuyer. Et les preuves doivent tenir compte de la rentabilité. La résonance magnétique n'est pas nécessairement la technologie la plus économique; la TDM peut être beaucoup moins dispendieuse.


IRSC : Qu'en est-il des biomarqueurs? Les chercheurs découvrent de nouveaux biomarqueurs tous les jours pour indiquer la présence d'une maladie ou si un traitement convient à une personne – si une patiente atteinte de cancer du sein est susceptible de bien répondre à Herceptin par exemple. Mais nous ne semblons pas être en mesure de tester ces biomarqueurs pour le diagnostic des maladies ou la recherche de traitements plus personnalisés. L'innovation et la mise en application sont-elles déphasées?

Biomarqueur : Un biomarqueur est simplement un signe de la présence ou de la progression d'une maladie ou d'un état de santé, comme une élévation de la température qui signale une fièvre. Il peut aussi s'agir d'une substance introduite dans un organe pour voir comment il fonctionne. Par exemple, le chlorure de rubidium peut être utilisé comme isotope pour évaluer l'irrigation sanguine du coeur (perfusion myocardique). Dans la recherche en santé, les biomarqueurs sont des produits biochimiques spécifiques utilisés pour mesurer l'évolution d'une maladie ou les effets d'un traitement.

Valliant : À l'origine, le Centre pour le développement et la commercialisation des traceurs a été créé pour appuyer les chercheurs des centres de recherche des universités et des hôpitaux qui mettaient au point des agents d'imagerie comme biomarqueurs de substitution et comme solution de rechange aux agents à base de technétium. Le principal défi consistait à appliquer les résultats de la recherche et à les remettre entre les mains des médecins afin de permettre la réalisation d'essais cliniques visant à démontrer qu'ils sont capables de modifier l'évolution du traitement et d'améliorer les résultats. C'est ce qui fait défaut. Le mécanisme visant à évaluer les biomarqueurs n'a pas réellement suivi le rythme de la découverte des biomarqueurs.

Bénard : Le délai entre l'innovation et les protocoles actuels est lié à la capacité de mener rapidement des essais à grande échelle pour évaluer ces outils et ces biomarqueurs. Ces essais coûtent cher. De plus, les organismes de réglementation comme Santé Canada n'ont aucune idée de ce qu'il faut faire avec l'explosion des nouveaux outils et biomarqueurs et de la façon de les réglementer ou d'accepter les essais cliniques à leur égard. Les essais cliniques sont un des domaines où le financement est insuffisant. La plus grande partie des fonds offerts par les entreprises privées vont aux essais thérapeutiques. Il s'agit d'une approche différente de celle consistant à essayer de mettre au point de nouveaux biomarqueurs qui aideront à faire des économies en permettant de sélectionner le traitement le plus approprié.

Menon : Il n'est tout simplement pas intéressant de réaliser un essai clinique pour prouver que quelque chose est économique ou plus efficace. Le financement pour ce type d'essai n'existe tout simplement pas. Si l'industrie pharmaceutique ne s'en occupe pas, personne ne le fera.


IRSC : Il a été souligné que la capacité limitée de coordonner et de mener des essais cliniques multicentriques restreint l'adoption de nouvelles technologies d'imagerie. Quelle est l'envergure du défi? Un réseau d'essais cliniques pourrait-il résoudre le problème?

Beanlands : Il ne fait aucun doute qu'il faut trouver de meilleurs moyens d'évaluer les techniques d'imagerie et de faire passer les progrès en imagerie, les nouveaux développements et les nouveaux biomarqueurs de l'étape de la recherche à celle de l'application. Un réseau d'essais constitue un des éléments qui pourraient contribuer à faire ce lien. Je suis d'accord pour dire que ce genre de recherche est souvent peu attirant ou populaire, mais les organismes comme les IRSC ont maintenant déterminé qu'il s'agissait d'une voie à suivre.

Afin que ce soit bien clair, nous parlons bien de l'engagement des IRSC d'investir 10 millions sur deux ans dans un réseau d'essais cliniques?

Menon : Oui, mais je ne crois pas que deux ans suffisent – vous pourrez peut-être commencer un ou deux essais, comme projet de démonstration, mais dans la plupart des cas, c'est là tout ce qui pourra être fait en deux ans.

Beanlands : En ce qui me concerne, c'est presque une transition pour établir une sorte de réseau qui permettrait d'élever le niveau de ce qui se fait au pays.

Bénard : C'est un très bon début. Le défi consistera à essayer de trouver un moyen de créer un réseau durable à long terme, étant donné la nature du financement actuel qui est à court terme.

Menon : C'est exact, parce qu'il faudra préparer l'infrastructure, les fermes de données, les contrôles d'assurance de la qualité et ce genre de choses, ce qui n'est pas négligeable. C'est pourquoi nous avons si peu de réseaux d'essais cliniques, quel que soit le domaine.

Valliant : À propos de l'idée d'un réseau, sur laquelle nous avons beaucoup insisté, je crois qu'il faut être prudent afin d'éviter de répéter ce qui s'est produit avec les réseaux d'essais cliniques dans d'autres pays, où ils sont devenus des entités encombrantes. Vous voulez avoir plusieurs centres qui travaillent de concert et éviter de devoir dépenser une grande partie des fonds octroyés aux essais cliniques pour la gestion du réseau. Il faut s'assurer que les ressources auront beaucoup d'impact.


IRSC : L'imagerie médicale englobe une grande variété de disciplines scientifiques, de la biologie à l'ingénierie mécanique, ce qui représente une partie du défi. Il y a des spécialistes du cancer qui collaborent avec des experts en photonique. Est-il possible de bâtir un réseau qui englobe tout cela?

Menon : La discipline se distingue de l'infrastructure, et l'infrastructure, une bonne infrastructure pour les essais cliniques, permet de répondre aux questions dans toutes ces différentes disciplines. Je crois donc qu'il faut d'abord bâtir cela, puis poser des questions intéressantes dans chacun de ces domaines. C'est à ce moment-là qu'il faut faire appel aux cliniciens et aux scientifiques appropriés.

Bénard : Il faut demander à certains laboratoires s'ils peuvent devenir des laboratoires de base virtuels, mais faire appel aux experts en imagerie, aux physiciens et ainsi de suite pour normaliser les procédures. L'infrastructure de base d'un essai clinique est commune à toutes les modalités. La spécificité viendra de l'essai, de la modalité ou des groupes de modalités. Le modèle de l'American College of Radiology Imaging Network est excellent pour cela.

Beanlands : Je suis d'accord qu'il faudrait un réseau avec des principes et des méthodologies communes à toutes les sous-spécialités et qui pourront être respectés par celles-ci. Ensuite, en gros, les différents centres pourraient établir les liens avec les experts techniques nécessaires pour élaborer et mettre en oeuvre la normalisation, etc. C'est donc tout à fait possible.


IRSC : Lorsqu'il est question d'imagerie, le paradigme médical global est passé de la détection d'une maladie à la détection d'une possibilité de maladie. Il s'agit d'un changement majeur dans la façon dont peuvent être prodigués les soins de santé. Une telle transformation peut-elle être intégrée de façon harmonieuse aux soins de santé?

Menon : Tout à fait, puisqu'il s'agit d'une question de rentabilité; on ne traite pas les probabilités. On ne commence pas un traitement contre la maladie d'Alzheimer, par exemple, avant que la maladie ne se manifeste. À moins que quelqu'un ne prouve le contraire du fait qu'il serait moins dispendieux de traiter toutes les personnes qui présentent un marqueur génétique que les quelques personnes atteintes de la maladie, on ne modifiera pas le paradigme.

Bénard : Il existe des exemples en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, par exemple, où on traite un très grand nombre de personnes. Mais dans ce cas, les biomarqueurs – les taux de cholestérol et les facteurs de risque – sont peu dispendieux. Ce n'est pas encore le cas pour la maladie d'Alzheimer. Cette approche ne fonctionnera pas avec des outils diagnostiques très dispendieux. Nous ne disposons d'aucun traitement, mais si c'était le cas, tout le monde voudrait passer un examen d'imagerie qui permettrait une détection précoce de la maladie. Les gens demanderaient ces tests onéreux, ce qui serait catastrophique pour notre système de santé. Déceler la possibilité d'une maladie fonctionne donc seulement si le coût des outils utilisés pour déterminer qui a besoin de mesures préventives ou de traitements est assez bas.

Beanlands : Un coût peu élevé – c'est un aspect fondamental du dépistage. La plupart des techniques d'imagerie avancées ne respectent pas ce critère. Un test génétique ou un simple biomarqueur, par exemple, pourraient être utilisés à bien plus grande échelle. On examine ensuite des stratégies préventives qui pourraient comprendre ou non des médicaments. Ces stratégies peuvent être non pharmacologiques, liées à un régime alimentaire, etc. Donc, s'il y a ce changement de paradigme en ce qui concerne l'imagerie, je considère qu'il est secondaire. Si le test de dépistage est positif chez une personne, on pourrait alors amorcer le processus de prévention et utiliser l'imagerie pour confirmer le diagnostic ou suivre l'évolution de la maladie. Toutefois, de telles mesures ne seraient pas appliquées à une vaste population.

On ne commence pas un traitement contre la maladie d'Alzheimer, par exemple, avant que la maladie ne se manifeste. À moins que quelqu'un ne prouve le contraire du fait qu'il serait moins dispendieux de traiter toutes les personnes qui présentent un marqueur génétique que les quelques personnes atteintes de la maladie, on ne modifiera pas le paradigme. Dr Ravi Menon

Bénard : Dans certaines cliniques privées, les gens paient pour les examens de TDM et de TEP effectués en vue du dépistage du cancer. Toutefois, il faut faire des milliers de tests et obtenir un grand nombre de résultats faussement positifs pour déceler certains types de cancer. C'est la même chose pour l'IRM des seins : si on utilise l'IRM à grande échelle pour dépister le cancer du sein, les établissements faisant des biopsies finiront par être inondés de résultats faussement positifs. Il vaut mieux avoir recours à ces outils dans le contexte clinique approprié, c'est-à-dire auprès d'une population jugée à très haut risque à la suite de l'utilisation d'un outil diagnostique pour le dépistage initial ou en raison de marqueurs génétiques, d'antécédents familiaux ou autre. Il s'agit d'une utilisation beaucoup plus judicieuse d'une technologie dispendieuse.


IRSC : Selon vous, quelles sont les technologies de pointe susceptibles d'avoir le plus de répercussions sur les soins de santé à l'avenir?

Beanlands : Si on envisage la TEP et la résonance magnétique comme des solutions de rechange à l'imagerie à base de technétium, ces technologies pourraient avoir des répercussions importantes dans un avenir rapproché. En ce qui concerne l'effet à long terme, l'existence de tests génétiques pour dépister des maladies contre lesquelles des traitements existent pourrait avoir un impact considérable. Toutefois, je ne crois pas que de tels tests existent ou soient sur le point d'apparaître, sauf pour quelques maladies peu courantes qui touchent peu de personnes.

Menon : C'est probablement ce que nous réserve l'avenir. S'il suffisait de faire une analyse sanguine pour déterminer si une personne a une maladie, il importerait peu de savoir quelle partie de l'organisme est touchée. Il suffirait d'injecter un rétrovirus et aussitôt, la personne serait guérie. Aucune imagerie ne serait nécessaire dans l'ensemble du processus, à moins de vouloir observer la réponse au traitement. Mais nous sommes encore bien loin de ce genre de choses; dans la plupart des cas, il n'existe aucun traitement et beaucoup de ces affections ne peuvent pas être décelées par des analyses sanguines.

Valliant : Selon moi, ce seront les outils. Que ce soit l'agent ou l'appareil d'imagerie qui guide le choix du traitement, la plupart des traitements ciblés offerts en ce moment sont incroyablement dispendieux. Nous devons trouver un meilleur moyen de choisir un traitement particulier pour les patients. La technologie qui améliore ce processus aura des répercussions, tant sur le plan des résultats pour les patients que de l'économie des soins de santé.

Si on envisage la TEP et la résonance magnétique comme des solutions de rechange à l'imagerie à base de technétium, ces technologies pourraient avoir des répercussions importantes dans un avenir rapproché. Dr Robert Beanlands

Bénard : Je m'attends à ce que les outils d'imagerie soient diffusés et utilisés à bien plus grande échelle. Toutefois, il faudra pour cela observer une réduction draconienne des coûts. Je pense que les fabricants ont essayé de maintenir des coûts élevés et un équipement sophistiqué; ils ont ajouté des appareils hybrides qui sont très puissants. Mais comme avec la TDM – pour laquelle on a observé une chute des prix qui se poursuit – on peut s'attendre à la même chose avec la résonance magnétique et la TEP, des techniques beaucoup plus sensibles.

Que ce soit l'agent ou l'appareil d'imagerie qui guide le choix du traitement, la plupart des traitements ciblés offerts en ce moment sont incroyablement dispendieux. Nous devons trouver un meilleur moyen de choisir un traitement particulier pour les patients. La technologie qui améliore ce processus aura des répercussions, tant sur le plan des résultats pour les patients que de l'économie des soins de santé. Dr John Vallliant

Valliant : Que dire d'un retour aux appareils d'imagerie dédiés, qui permettraient d'effectuer une imagerie cardiaque ou des seins ailleurs qu'au service de médecine nucléaire des hôpitaux? Ces examens pourraient se faire en radiologie, à une clinique de dépistage du cancer du sein ou à une clinique de cardiologie. Pensez-vous que cela changera quelque chose?

Beanlands : En ce qui concerne l'imagerie cardiaque, pour laquelle je peux me prononcer, je crois qu'il faut s'y attendre.

Bénard : Je pense que nous observerons un retour des appareils de TEP dédiés, par exemple, pour la scintigraphie osseuse et l'imagerie cardiaque générales – peut-être même y aura-t-il des appareils dédiés à l'imagerie du cerveau. Je pense que ce retour se produira tôt ou tard, mais pas à très court terme. Je pense qu'il existe beaucoup de moyens de réduire les coûts pour installer davantage d'appareils dédiés dans des endroits moins centralisés.