Rapport annuel 2009-2010

Des connaissances à la pratique : La recherche en santé financée par les IRSC au service du Canada et des Canadiens

[ Table des matières ]

Mettre les connaissances en pratique


Quand les IRSC ont été établis, il a été explicitement fait référence dans la Loi sur les IRSC à l'application des connaissances (AC), un concept et une pratique d'une pertinence particulière pour le monde de la recherche.

L'AC fait partie intégrante du processus de recherche et représente un important aspect du travail des IRSC. Dans le nouveau plan stratégique quinquennal, nous avons renforcé notre engagement en matière d'AC, pour nous assurer que les Canadiens tirent toute la valeur possible des investissements faits en leur nom dans la recherche en santé.

L'AC consiste à faire connaître les nouvelles connaissances aux utilisateurs et à aider ces derniers à les utiliser en vue d'améliorer la santé des Canadiens et le système de soins de santé.

Par exemple, des équipes de recherche s'affairent à synthétiser les résultats issus de recherches menées récemment afin de cerner des découvertes qui, une fois mises en pratique, permettront probablement d'améliorer la santé des Canadiens. De même, d'autres équipes sont déjà à l'oeuvre avec des décideurs et des responsables des politiques pour utiliser les preuves percutantes de la recherche de manière à modifier les pratiques en soins de santé. D'autres activités sont centrées sur la formation de partenariats, la participation du public et l'aide aux chercheurs pour la commercialisation des fruits de leur travail.

L'application des connaissances consiste à mettre en pratique les résultats de la recherche. Il s'agit notamment de combler l'écart entre savoir et faire, de mettre en évidence les connaissances issues de la recherche et d'accélérer leur application concrète.

Lorsque les connaissances sont mises en pratique, d'impressionnants résultats sont possibles, par exemple :

Dans la section suivante, nous présentons un compte rendu détaillé de quatre projets qui reflètent ces types de résultats et attestent du passage des connaissances à la pratique.

Faire plus que limiter les dégâts : Trouver les biomarqueurs de l'arthrite

Imaginez que vous souffrez d'une maladie douloureuse qui ne se traite pas, selon les médecins. Ou imaginez qu'on vous prescrive un médicament sans garantie qu'il améliorera votre état.

Voilà, vous connaissez maintenant la réalité des personnes arthritiques.

Il n'existe à l'heure actuelle aucun traitement pour enrayer la progression de l'arthrose, la forme la plus répandue d'arthrite, où le tissu cartilagineux des articulations se dégrade, et les os frottent les uns contre les autres. L'apparition de la maladie se fait souvent sans douleur et est difficile à diagnostiquer avant la manifestation de dommages avancés. Bien qu'il existe des médicaments pour la polyarthrite rhumatoïde, maladie où le système immunitaire de l'organisme s'attaque au tissu sain, endommageant les articulations, causant l'inflammation du cartilage, et provoquant douleur et enflure, il faut parfois attendre jusqu'à un an pour voir si le traitement permet de prévenir la destruction des articulations. C'est un problème pour les patients, les médecins et les sociétés qui essaient de mettre au point des traitements.

Le défi
La recherche de traitements contre l'arthrite se heurte à la lenteur de l'évolution de la maladie et à son caractère imprévisible. Cette réalité est encore plus criante pour l'arthrose.

La réponse
Le Dr Robin Poole, de McGill, a trouvé des biomarqueurs qui peuvent révéler la présence d'arthrose avant l'apparition de dommages, et indiquer chez quels patients la maladie devrait progresser plus rapidement afin de les recruter dans les essais cliniques de nouveaux traitements.

Les chiffres
Selon le Réseau canadien de l'arthrite, plus de 4 millions de Canadiens de 15 ans et plus sont atteints d'une forme quelconque d'arthrite, et 100 000 cas sont diagnostiqués chaque année. Le fardeau économique de l'arthrite au Canada est estimé à 4,4 milliards de dollars annuellement, l'invalidité de longue durée et la perte de productivité comptant pour presque 80 % des coûts.

Le rôle des IRSC
Appui de la recherche du Dr Poole et investissement dans le Réseau canadien de l'arthrite.

Chercheur financé par les IRSC et professeur émérite à l'Université McGill, le Dr Robin Poole a consacré 40 ans de sa vie à la lutte contre l'arthrite, dirigeant le Laboratoire des maladies articulaires de l'Hôpital Shriners pour enfants de Montréal à compter de 1977, année où il a été créé, jusqu'à sa retraite en 2005.

Le travail accompli par le Dr Poole avec des collègues du Réseau canadien de l'arthrite, financé par les IRSC dans le cadre du programme des Réseaux de centres d'excellence, et avec des collaborateurs internationaux a permis de découvrir de nouvelles façons de déceler la présence de l'arthrose avant qu'elle ne cause des dommages et de voir après quelques semaines si des médicaments utilisés pour la polyarthrite rhumatoïde offrent une protection contre la destruction des articulations. C'est aussi grâce à son travail qu'une société canadienne est devenue un important producteur international de trousses utilisées pour la détection précoce de l'arthrose et la surveillance de la progression de la maladie chez les patients arthritiques.

Ce travail se révèle déterminant pour aider à recruter des patients atteints d'arthrose pour la réalisation d'essais cliniques portant sur de nouveaux traitements de l'arthrite, et il profite autant aux chercheurs qu'aux sociétés pharmaceutiques.

La réponse de la recherche
Dans la recherche en santé, les biomarqueurs sont des produits biochimiques particuliers dont les qualités moléculaires uniques peuvent être utilisées pour déterminer la présence ou la progression d'une maladie. La démarche du Dr Poole a consisté à mettre en évidence des signes de dégradation du tissu articulaire et des produits de synthèse trouvés dans le sang et l'urine qui montrent l'impact de l'arthrite, et à évaluer l'effet à court terme des traitements.

Qu'est-ce qu'un biomarqueur?
Un biomarqueur est n'importe quel trait physique qui peut révéler la présence ou la progression d'une maladie ou d'un état pathologique – comme une élévation de la température indique la fièvre chez l'enfant.

Le Dr Poole a mis en évidence un seul marqueur dans le sang et l'urine, appelé C2C, qui permet de mesurer la détérioration du collagène dans le cartilage chez les personnes atteintes d'arthrose et de polyarthrite rhumatoïde. En 2009, en collaboration avec les Drs Jolanda Cibere et John Esdaile de l'Université de la Colombie-Britannique, il a découvert que le C2C et d'autres biomarqueurs qu'il a mis au point peuvent être utilisés seuls et en combinaison pour la détection précoce de l'arthrose à un stade encore asymptomatique.

Avec la Dre Leena Sharma, de l'Université Northwestern à Chicago, le Dr Poole a mis au point un test sanguin pour déterminer la progression de l'arthrose. Le test sanguin permet de voir chez quels patients l'arthrose a plus de risques de progresser, une information cruciale pour recruter les bonnes personnes en vue d'essais cliniques.

« Une des difficultés que pose la réalisation d'essais cliniques dans le cas de l'arthrite est que la progression de la détérioration articulaire n'est souvent visible que chez 15 à 25 % des patients sur une période d'un à deux ans », dit le Dr Poole. « La possibilité d'utiliser des biomarqueurs pour déterminer chez qui la maladie progressera vraisemblablement – au lieu de recruter au hasard – est vraiment très excitante. »

Les résultats
Le Dr Poole a réussi à faire breveter les biomarqueurs qu'il a découverts et une société de biotechnologie de Montréal a acheté sous licence sa technologie. « La contribution du Dr Poole nous a grandement aidés », dit M. Paul Baehr, président et chef de la direction d'IBEX Technologies.

Sur la base des travaux du Dr Poole, IBEX a mis au point une gamme de tests biologiques pour le dépistage de l'arthrite (des trousses permettant de déterminer la présence et la quantité de différentes substances dans le sang et l'urine qui indiquent une pathologie articulaire). M. Baehr estime que ces essais comptent pour le quart des revenus de la société et aident à sa rentabilité, ce qui tient de l'exploit dans une industrie biotechnologique où de nouvelles technologies prennent du temps à s'implanter.

Les tests sont utilisés par des chercheurs universitaires qui étudient les mécanismes de la maladie et par des clients industriels qui en sont aux premiers stades du développement de médicaments, ou qui procèdent à des essais précliniques et cliniques de traitements contre la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose. « Les principaux acheteurs de nos tests biologiques sont des clients industriels – les sociétés pharmaceutiques », dit M. Baehr.

Pour le Dr Poole, cofondateur et ancien directeur scientifique du Réseau canadien de l'arthrite et également lauréat d'un prix d'excellence de l'Osteoarthritis Research Society International pour l'ensemble de ses réalisations, le travail se poursuit.

« Au cours des deux dernières années, j'ai aidé à rédiger un document pour la Food and Drug Agency des États-Unis destiné à guider la mise au point de nouveaux médicaments pour le traitement de l'arthrose », dit-il. « Il s'agit entre autres d'un livre blanc sur l'utilisation et l'application des biomarqueurs. C'est le premier document d'orientation à avoir une incidence sur les essais cliniques pour l'arthrose depuis nombre d'années. »

Essentiellement, le travail du Dr Poole prépare le terrain afin que la prochaine génération de chercheurs puisse trouver des traitements pour l'arthrose, une maladie débilitante qui continue de mettre en échec les meilleurs efforts pour en percer les secrets.

Qu'il ait fallu des décennies pour que ses découvertes conduisent à des produits et à des interventions médicales ne le surprend pas. « La recherche, c'est dans une grande mesure comme les beaux-arts; il faut parfois du temps avant que les gens apprécient la nouveauté », dit le Dr Poole. « Toute cette activité transforme maintenant ce que nous avons découvert en applications pratiques. »

« Dans une petite société, tous les ajouts à la gamme de produits et aux revenus sont très importants. En plus des tests que nous vendons déjà, d'autres suivront dans la foulée des brevets en voie d'être déposés grâce au travail du Dr Poole. »
M. Paul Baehr, PDG d'IBEX Technologies

Donner suite au besoin de savoir : Changer la politique de la santé par la recherche

Il n'y a guère pire gaspillage qu'un rapport de recherche qui n'est pas lu. Le temps, le talent et l'argent qui y ont été investis l'auront été en vain si l'information produite n'est pas utilisée à bon escient.

Dans les services de santé – où la demande est illimitée, mais les budgets, fixes – produire des rapports qui amassent la poussière est un luxe que personne ne peut se payer.

Le défi
En raison d'un manque de communication entre les chercheurs du Centre manitobain des politiques en matière de santé et les offices régionaux de la santé, la recherche n'était pas mise en application.

La réponse
La Dre Patricia Martens a créé l'équipe Need to Know, au sein de laquelle les chercheurs et les offices régionaux de la santé décident ensemble des projets à entreprendre et les réalisent ensemble.

Le rôle des IRSC
Subvention d'équipe de cinq ans pour appuyer la création de l'équipe Need to Know.

Personne ne comprend cela mieux que la Dre Patricia Martens, directrice du Centre manitobain des politiques en matière de santé. Le centre qu'elle dirige, à la Faculté de médecine de l'Université du Manitoba, produit plusieurs rapports de recherche chaque année qui portent sur les services de santé et la santé des populations. Néanmoins, jusqu'à ce que le Centre modifie sa façon de faire et commence à déployer plus d'efforts pour atteindre les personnes en mesure de mettre l'information en pratique, ces rapports restaient souvent sur les tablettes.

Jusqu'à la fin des années 1990, telle était la situation à laquelle faisaient face les chercheurs du centre et les décideurs à la tête des offices régionaux de la santé du Manitoba. Les gestionnaires avaient souvent l'impression que ce qu'ils apprenaient des rapports n'était pas applicable à leurs besoins. Alors, quand venait le temps de dresser des plans, ils fondaient souvent leurs décisions sur les pratiques antérieures et des données non scientifiques.

Les choses sont différentes maintenant. « Dans chaque projet de recherche, nous essayons d'inclure les décideurs selon une formule de groupe de travail, du début à la fin, pour nous assurer de ne pas nous tromper », dit la Dre Martens. « De cette façon, nous n'avons plus à travailler pour diffuser la recherche. Cela se fait automatiquement avec le processus. »

La réponse de la recherche
Reconnaissant le besoin de faire participer les offices régionaux de la santé au processus de recherche dès l'étape de la conception et jusqu'à la fin, la Dre Martens a réussi à obtenir des fonds des IRSC en 2001 pour créer l'équipe Need to Know.

Qui a besoin de savoir?
Née d'une collaboration unique entre les auteurs et les utilisateurs finals de la recherche, l'équipe Need to Know est constituée de chercheurs du Centre manitobain des politiques en matière de santé, de représentants des offices régionaux de la santé et de planificateurs du ministère de la Santé du Manitoba.

L'équipe, qui compte deux décideurs de chacun des 11 offices régionaux de la santé et des planificateurs du ministère de la Santé du Manitoba, travaille aux côtés de chercheurs pour choisir et mener à terme les projets de recherche du centre. Les projets visent à renforcer les services de santé et à améliorer la santé des populations par l'analyse de données extraites de dossiers administratifs rendus anonymes.

Dans ce qui est devenu une démarche véritablement collaborative, les membres des offices régionaux de la santé au sein de l'équipe ont acquis une nouvelle compréhension de la manière dont la recherche se fait, pendant que des chercheurs apprenaient la dure réalité de la prise de décision au jour le jour dans les régions.

Les résultats
Avec les chercheurs du centre, l'équipe Need to Know, aujourd'hui codirigée par la Dre Martens et le Dr Randy Fransoo, a coproduit deux versions du Manitoba Regional Health Authority Indicators Atlas(2003, 2009), un tour d'horizon complet de l'état de santé, de l'utilisation des soins de santé et de la qualité des soins au Manitoba.

Constatant que les offices régionaux de la santé avaient besoin de plus d'information sur l'ampleur de la maladie mentale et ses conséquences pour les soins de santé, l'équipe Need to Know a coproduit Patterns of Regional Mental Illness Disorder Diagnoses and Service Use en 2004. Elle a également aidé à produire What Works? A First Look at Evaluating Manitoba's Regional Health Programs and Policies at the Population Level en 2008.

Les offices régionaux de la santé utilisent l'Atlas pour examiner le rendement de leurs programmes.

« Par exemple, à partir des données sur le diabète et les maladies chroniques dans l'Atlas, nous pouvions dire lesquels de nos districts s'en tiraient moins bien », dit Mme Kathy McPhail, chef de la direction de l'Office régional de la santé du Centre du Manitoba. « Nous avons examiné notre programme et dirigé plus de ressources vers les districts où les indicateurs laissaient le plus à désirer. Nous avons terminé cet exercice il y a six mois à peine, mais nous nous attendons à constater d'importantes améliorations. »

Mme McPhail indique que son conseil est en train d'élaborer son prochain plan stratégique quinquennal, et que la recherche du Centre en influencera autant les grandes orientations que les fins détails. « Notre conseil, comme d'autres conseils, j'en suis convaincue, se sert réellement de ces statistiques », dit Mme McPhail.

L'équipe influe aussi sur la façon dont le Manitoba gère les soins de santé, dit Mme Arlene Wilgosh, ancienne sous-ministre de la Santé du Manitoba.

« Toute notre philosophie repose sur la planification de la santé à la lumière de données probantes, si bien que nous avons besoin de l'information », dit Mme Wilgosh, qui a été nommée récemment chef de la direction de l'Office régional de la santé de Winnipeg. « Quand toute notre argumentation repose sur l'information, c'est plus facile d'obtenir plus d'argent pour la santé. »

Selon Mme Wilgosh, les rapports de recherche ont influencé les décisions en matière de ressources au fil des ans. Elle mentionne que le rapport sur la santé mentale en 2004 et l'évaluation What Works? des programmes et des politiques de santé en 2008 ont été particulièrement utiles. « Ils ont montré quels étaient les faits et comment ils pouvaient être appliqués », dit-elle.

De dire la Dre Martens : « Au Manitoba, nous travaillons réellement bien ensemble avec les chercheurs, les décideurs régionaux et le gouvernement provincial pour faire en sorte que les choses fonctionnent mieux. Nous donnons l'élan pour que les gens découvrent ce qui doit changer. En fin de compte, nous voulons que la prise de décision repose sur des faits. »

« Que des gens sur le terrain qui interviennent au niveau des soins et de la gestion du système participent à la recherche est formidable parce que cela instille chez nos prestataires une curiosité naturelle. Ils posent alors des questions sur leur manière de faire le travail, et demandent s'il y aurait de meilleures façons de faire. »
Mme Arlene Wilgosh, ancienne sous-ministre de la Santé du Manitoba

Un accident toutes les dix minutes : Une révolution inspirée par la recherche améliore les soins de l'AVC dans tout le Canada

Il y a dix ans, si vous subissiez un AVC au Canada, votre survie et votre rétablissement complet étaient dans une grande mesure une question de chance.

Vous aviez de la chance si les médecins à l'urgence avaient des connaissances suffisamment à jour pour utiliser des médicaments thrombolytiques. Ces médicaments permettent de désobstruer les vaisseaux sanguins et de réduire les lésions cérébrales s'ils sont administrés dans les premières heures suivant la forme la plus commune d'AVC.

Qu'est-ce qu'un AVC?
Souvent appelé « attaque cérébrale », l'AVC ischémique interrompt l'irrigation sanguine et l'oxygénation normales du cerveau, avec pour résultat que les cellules privées d'oxygène meurent.

Vous aviez bien de la chance si votre hôpital disposait d'une unité responsable de la prise en charge des AVC dotée d'une équipe experte de médecins et d'infirmières prête à fournir des soins spécialisés. Et si vous subissiez un accident ischémique transitoire (souvent appelé mini-AVC), vous aviez de la chance si vous pouviez bénéficier d'un suivi coordonné, les mini-AVC étant souvent annonciateurs d'AVC graves.

Au cours de la dernière décennie, le traitement de l'AVC au Canada a connu une révolution, preuve que la recherche fondée sur des faits, lorsqu'elle est intégrée efficacement à la pratique clinique, sauve des vies, réduit l'invalidité et allège le fardeau économique que supporte le système de soins de santé.

Le défi
Au Canada, on constate un manque d'uniformité au chapitre des soins de l'AVC, un recours limité à la nouvelle pharmacothérapie et un suivi insuffisant des patients qui risquent de subir un AVC majeur. Jusqu'à récemment, peu de villes avaient des hôpitaux dotés d'une unité neurovasculaire.

La réponse
Le Dr Michael Hill, de Calgary, participe à une révolution des soins de l'AVC où la recherche fondée sur des données probantes motive des changements dans la pratique clinique pour sauver plus de vies, réduire l'invalidité et rendre les traitements plus efficaces.

Les chiffres
Chaque année, environ 50 000 Canadiens subissent un AVC – un toutes les 10 minutes.

Le rôle des IRSC
Appui de plusieurs importants essais cliniques portant sur des protocoles de traitement de l'AVC et investissement dans le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires, qui a aidé à révolutionner le traitement de l'AVC au Canada.

Le Dr Michael Hill, professeur agrégé à l'Université de Calgary, a été un chef de file de cette révolution. Neurologue ayant sa pratique au Foothills Medical Centre de Calgary, il a été l'un des plus ardents promoteurs de l'application d'une recherche clinique fondée sur des faits pour des soins normalisés de l'AVC.

La réponse de la recherche
Bénéficiant de l'aide financière des IRSC depuis 2001, le Dr Hill a dirigé certains des plus importants projets de recherche canadiens sur l'AVC, et il est l'un des auteurs principaux des lignes directrices nationales pour son traitement. En 2005, il a dirigé une importante étude qui a permis de suivre plus de 1 100 patients et qui a montré qu'un médicament thrombolytique, l'activateur tissulaire du plasminogène, approuvé par Santé Canada en 1999, constituait un traitement sûr et efficace pour l'AVC ischémique (la forme la plus fréquente d'AVC, où l'irrigation sanguine du cerveau est interrompue). En 2008, le Dr Hill a été coauteur d'une étude établissant que les personnes qui subissaient un mini-AVC étaient à risque pour un accident plus grave et devraient recevoir des anticoagulants et des soins préventifs comme suivi.

Insistant sur le fait que « l'application des connaissances n'est jamais le fait d'une seule personne », le Dr Hill sait fort bien qu'il n'est qu'une personne « parmi toutes celles au Canada » qui essaient d'améliorer les soins de l'AVC. Un joueur clé à cet égard est le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires, financé par les IRSC dans le cadre du programme des Réseaux de centres d'excellence.

« Globalement, c'est le Dr Antoine Hakim, chef de la direction du Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires, qui est le maître d'oeuvre. En Ontario, la province qui a été vraiment à l'avant-garde en la matière, c'est le Dr Frank Silver, de l'Université de Toronto, qui, avec la Fondation des maladies du coeur de l'Ontario, a convaincu le gouvernement ontarien d'agir. Et le Dr Ashfaq Shuaib, de l'Université de l'Alberta, a aussi joué un rôle clé. Comme président du comité de l'éducation du Canadian Stroke Consortium (un réseau national de neurologues), il a joué un rôle déterminant. »

Le Dr Hill est aussi un important acteur dans la Stratégie canadienne de l'AVC, une initiative conjointe de la Fondation des maladies du coeur et du Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires pour encourager une approche intégrée de la prévention, du traitement et de la réadaptation de l'AVC à l'échelle du pays. Il est l'un des auteurs principaux des Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l'AVC. Révisées tous les deux ans, ces lignes directrices sont publiées dans le Journal de l'Association médicale canadienne et envoyées aux médecins et autres professionnels de la santé dans tout le pays.

Sur son propre terrain, le Dr Hill a aidé à créer le Calgary Stroke Program et a milité en faveur de l'Alberta Provincial Stroke Strategy, un système de soins de l'AVC à l'échelle de la province.

« L'incapacité neurologique consécutive à l'AVC coûte tellement cher à soigner après coup », dit-il. « Si l'on pouvait la prendre en charge au départ, c'est-à-dire améliorer le sort des patients par de meilleurs soins aux malades en phase aiguë ou en prévenant l'AVC lui-même, on épargnerait aussi beaucoup d'argent. »

Selon Mme Joan Berezanski, directrice exécutive au sein d'Alberta Health and Wellness, le Dr Hill a apporté une importante contribution. « Il a fait un travail absolument crucial qui cadre avec la stratégie provinciale. Nous avions besoin de cette recherche. »

Les résultats
Malgré l'absence de statistiques nationales sur l'utilisation de l'activateur tissulaire du plasminogène dans le traitement de l'AVC, les centres régionaux de l'Ontario font état d'une augmentation significative de son utilisation. L'Alberta a constaté la même chose. Les principales recommandations pour le traitement de suivi des accidents ischémiques transitoires ont été incorporées dans les Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l'AVC.

Pour ce qui est de l'efficacité des unités neurovasculaires, le Dr Hill et ses collègues à l'hôpital Foothills ont comparé les données pour les victimes d'AVC soignées dans les services de médecine ou de neurologie ordinaires et dans les unités neurovasculaires; ils ont constaté que le séjour moyen de 19 jours passait à 15 jours dans les unités spécialisées. Comme les coûts moyens des soins intensifs sont de 27 500 $ par AVC, les économies sont appréciables. En plus, les soins reçus dans ces unités sont meilleurs, comme en fait foi la réduction de 4,5 % du taux de mortalité.

Les efforts d'application des connaissances du Dr Hill l'ont amené à prononcer de multiples conférences sur les soins de l'AVC en phase aiguë. Il a notamment pris la parole aux conférences annuelles du Canadian Stroke Consortium, où neurologues, internistes et urgentologues examinent les dernières percées de la recherche.

« Un concept vraiment important que nombre de personnes ne saisissent pas est l'intégration de la recherche et des soins cliniques », dit le Dr Hill. « Les deux sont inextricablement liés. »

« Le Dr Hill est un chef de file dans le domaine clinique et il est on ne peut plus désireux de contribuer à l'application des connaissances et d'en faire la promotion. »
Mme Elizabeth Woodbury, directrice exécutive de la Stratégie canadienne de l'AVC

Combattre la malnutrition portion par portion : Quand l'application des connaissances aide les enfants à grandir

Le souci du Dr Stanley Zlotkin pour les enfants dans le monde en développement remonte à l'époque de ses études en médecine.

« Au cours de ma dernière année, j'ai fait un stage facultatif de trois mois au Nigeria, où j'ai eu un aperçu de l'ensemble des problèmes de santé », dit le Dr Zlotkin, aujourd'hui âgé de 62 ans, scientifique principal à l'Institut de recherche de l'Hôpital pour enfants de Toronto. « Après cela, je suis resté aux aguets pour saisir les occasions. »

Cette occasion s'est présentée à lui en 1996, après que l'UNICEF eut mis au défi le monde de la nutrition pédiatrique de résoudre le problème mondial de l'anémie et des carences en vitamines chez les enfants.

Le défi
Les enfants dans de nombreux pays en développement n'obtiennent pas les nutriments dont ils auraient besoin pour se développer pleinement. La malnutrition due à la carence en micronutriments serait responsable d'environ la moitié des décès d'enfants dans le monde en développement, et elle est à l'origine d'anémie et de troubles cognitifs et physiques pédiatriques.

La réponse
Le Dr Stanley Zlotkin, de l'Hôpital pour enfants de Toronto, a créé et développé le Nutrifer pour prévenir et traiter les carences en micronutriments chez les jeunes enfants et les autres groupes à risque.

Les chiffres
Coût du Nutrifer par sachet : environ 2 cents. L'UNICEF travaille actuellement avec une trentaine de pays pour lancer ou accroître l'utilisation du Nutrifer.

Le rôle des IRSC
Appui de la recherche visant à vérifier l'efficacité du Nutrifer et prestigieux prix remis au Dr Zlotkin pour ses réalisations dans le domaine de l'application des connaissances.

Les enfants dans nombre de pays en développement partout dans le monde ne meurent peut-être pas de faim, mais ils ne réussissent pas à obtenir les nutriments dont ils auraient besoin pour bien se développer. Pour l'Assemblée mondiale de la Santé, remédier aux carences en vitamines et en minéraux représente la deuxième priorité mondiale en matière de santé, tout de suite après le VIH/sida. Toutefois, les efforts pour combattre la malnutrition en micronutriments chez les enfants ont eu très peu de succès. Les suppléments sous forme de sirops et de gouttes sont peu populaires parce qu'ils sont difficiles à mesurer, ont un goût métallique, et tachent les dents ainsi que les vêtements.

« C'est un problème colossal, dit le Dr Zlotkin, mais j'aime l'idée de régler des problèmes et j'aime être en mesure de voir que ma recherche a une application très pratique. »

La réponse de la recherche
C'est à son bureau de Toronto que le Dr Zlotkin a eu l'idée d'une poudre inodore et insipide de micronutriments appelée Nutrifer, concept qui tenait sur une seule page. Le contenu de sachets individuels (comme les sachets de sucre) pourrait être saupoudré sur n'importe quel aliment ou presque.

Qu'est-ce que le Nutrifer?
Il s'agit de sachets qui contiennent un mélange de micronutriments en poudre. L'ajout de Nutrifer à n'importe quel aliment ou presque l'enrichit sans en modifier le goût.

L'idée l'a tellement séduit qu'il s'est retroussé les manches, au sens littéral et figuré, pour aller jusqu'au bout. Il a produit le premier mélange expérimental de nuit dans la cuisine de l'hôpital, une fois le chef et le personnel rentrés à la maison. « Pour faire la recherche, j'avais besoin du produit. Je devais donc concocter ce mélange de vitamines et de minéraux dans la cuisine de l'hôpital la nuit. »

Ce n'est que par pur hasard si la compagnie H.J. Heinz a accepté de financer la recherche et de participer à la production des sachets.

« Ils se cherchaient un projet à appuyer. Cela faisait leur affaire et la mienne aussi puisque Heinz produit des denrées, comme du ketchup et du vinaigre, qu'elle met dans des sachets. La compagnie était disposée à nous aider pour l'aspect technique, et sa fondation était prête à financer la recherche. »

Avec un partenaire du secteur privé à bord et un produit entre les mains, il restait encore au Dr Zlotkin à convaincre l'UNICEF et les autres organisations d'aide internationale des vertus de Nutrifer. « Je me suis fait un devoir d'aller voir l'UNICEF à New York deux fois par année. Je voulais mettre l'organisation au courant de l'évolution de ma recherche et lui rappeler que rendu à un certain point, elle devrait prendre le relais. »

Il lui fallait aussi montrer aux pays en développement que le Nutrifer était quelque chose d'utile. Il a entrepris la première étude visant à démontrer l'efficacité du produit au Ghana en 1999, un projet financé par les IRSC. Des projets de recherche semblables ont été montés dans plus d'une dizaine de pays, dont le Bangladesh, le Bénin, la Bolivie, la Chine, le Guyana, Haïti, l'Inde, l'Indonésie, le Kirghizistan, le Mexique, le Pakistan et le Vietnam.

Le programme Nutrifer – qui est devenu l'Initiative de recherche en santé mondiale Nutrifer – a été mis en oeuvre à grande échelle en 2001, en Mongolie, un pays où les taux d'anémie et de rachitisme chez les enfants (une maladie résultant d'une carence en vitamine D) étaient inacceptables.

L'UNICEF travaille actuellement avec deux douzaines de pays environ – surtout en Asie et en Amérique latine – pour lancer ou intensifier l'utilisation du Nutrifer.

Résultats
À ce jour, des centaines de millions de sachets de micronutriments représentant une portion unique de Nutrifer ont été mis à la disposition des enfants partout dans le monde.

En Mongolie, l'utilisation à grande échelle du Nutrifer a permis de réduire sensiblement l'anémie (38 %) et la carence en vitamine D (28 %) sur une période de quatre ans.

Selon Mme Nita Dalmiya, spécialiste de la nutrition à l'UNICEF, Nutrifer offre non seulement une solution économique au problème de l'anémie chez les enfants, mais peut servir de point de départ pour parler aux mères de l'alimentation de leurs enfants.

« Cela peut faire une énorme différence dans les taux de malnutrition », dit Mme Dalmiya. « Pour nous, le Nutrifer, ou les poudres de micronutriments multiples, comme nous les appelons de manière générique, c'est une façon prometteuse de nous attaquer aux problèmes d'ordre nutritif chez les enfants dans de nombreux pays. »

Le partenariat avec Heinz, pendant ce temps, demeure solide.

« Chose importante pour Heinz, le Dr Zlotkin a dirigé une grande partie de sa recherche et est allé régulièrement sur le terrain voir lui-même ce qu'il en était », dit M. Jack Runkel, vice-président chez H.J. Heinz et président du conseil de la H.J. Heinz Company Foundation. « En fait, nous disions affectueusement qu'il était missionnaire pour la cause. »

Pour accroître la pénétration de Nutrifer, le Dr Zlotkin et Heinz ont versé la spécification technique du produit dans le domaine public ailleurs qu'au Canada et aux États-Unis, pour que les fabricants puissent le produire sans avoir de redevances à payer. Quelque 15 millions d'enfants ont reçu du Nutrifer – ou une forme quelconque de poudre de micronutriments – en 2009.

En reconnaissance de ses efforts pour former des partenariats et de son travail acharné pour faciliter l'utilisation du Nutrifer, le Dr Zlotkin a reçu en 2006 le prestigieux Prix de l'application des connaissances des IRSC.

Le Dr Zlotkin admet qu'il ne savait pas ce qui allait arriver lorsqu'il a décidé de relever le défi il y a 14 ans.

« Je me souviens, au début, d'avoir dessiné une carte et d'avoir pensé, “Bon, si je fais cela, puis cela, et cela, que va-t-il se produire au cours des six ou sept prochaines années? Eh bien, si tout se déroule comme prévu, l'UNICEF prendra le relais et intégrera notre solution dans ses programmes afin que nous puissions atteindre des millions d'enfants”. C'est ce que j'entrevoyais. Il a juste fallu plus de temps que prévu. »

« Le travail que le Dr Zlotkin a publié et celui d'autres collaborateurs, de concert avec lui, sont ce qui guide le plus l'introduction et l'expansion du programme dans nombre de ces pays. Nous avons pris ce travail, et nous en avons tiré et appliqué les meilleurs enseignements. »
Mme Nita Dalmiya, spécialiste de la nutrition à l'UNICEF

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