Profil de recherche - Rétablir la réputation de l'inflammation

L'inflammation n'a habituellement pas bonne presse, mais cette interprétation pourrait être simpliste. Parfois, l'inflammation peut être une bonne chose dans le cas du cancer. Le problème, c'est qu'on ne sait ni quand ni pourquoi.

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Rama Khokha pense que l'inflammation souffre injustement d'une mauvaise réputation.

« Je pense qu'on insiste trop sur les dangers de l'inflammation », dit-elle. « Il faut mieux comprendre l'inflammation. Elle n'est peut-être pas toujours nuisible. »

La Dre Khokha est une chercheuse sur le cancer à l'Institut ontarien du cancer. Elle étudie le gène TIMP3, qui régule l'inflammation et joue un rôle dans l'apparition du cancer. TIMP3 appartient à une petite famille de seulement quatre gènes en tout. Par contre, ensemble, ces quatre gènes régulent les métalloprotéinases, une grande famille de protéines qui régulent l'apparition de l'inflammation par l'entremise de cytokines.

En bref

Qui : Dre Rama Khokha, chercheuse principale, Institut ontarien du cancer; professeure, Département de biophysique médicale, Université de Toronto

Question : L'inflammation peut contribuer au développement du cancer, mais dans certains cas, elle peut aussi aider à l'enrayer. Ce n'est pas clair comment cela se produit, ni pourquoi l'inflammation est parfois si néfaste, et d'autres fois, salutaire.

Approche : TIMP3 est un gène qui régule l'inflammation; la Dre Khokha étudie les mécanismes exacts par lesquels TIMP3 régule l'inflammation et influe sur le développement du cancer.

Impact : La recherche de la Dre Khokha conduira à une meilleure compréhension du rôle de l'inflammation dans différents cancers et pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements.

On reconnaît depuis longtemps que l'inflammation peut contribuer d'importante façon à la formation du cancer. Dans sa recherche, toutefois, la Dre Khokha a trouvé que la relation est un peu plus nébuleuse.

Elle a créé une souris chez qui le gène TIMP3 est absent. Si l'on provoque l'inflammation chez cette souris, elle réagit de façon agressive sans TIMP3 pour réguler et atténuer l'inflammation, et la réponse immunitaire se trouve extrêmement amplifiée.

Si l'inflammation est bel et bien liée à l'apparition du cancer, celui-ci devrait alors évoluer de façon fulgurante, selon la Dre Khokha. Différents genres de cancer ont été provoqués chez ces souris et leur développement a été observé. Dans certains cas, les cancers se sont effectivement développés, comme prévu. Étonnamment, par contre, les souris ont résisté à certaines autres formes de cancer.

« Nous pensons que la résistance est un résultat direct de l'absence de TIMP3 », dit-elle.

Donc, la Dre Khokha et son équipe essaient maintenant de déterminer exactement les relations entre TIMP3 et les métalloprotéinases. Autrement dit, dans les cas où TIMP3 inhibe le cancer, elle veut savoir quelles métalloprotéinases en particulier interviennent, et elle veut savoir la même chose quand le cancer est encouragé. Ces connaissances pourraient conduire à de nouvelles cibles thérapeutiques.

Les cibles sont particulièrement prometteuses parce que, contrairement à de nombreux autres gènes, TIMP3 opère en dehors de la cellule. Cela signifie que chaque cellule cancéreuse n'a pas besoin d'être ciblée par le traitement; il suffit de traiter l'environnement tissulaire où se trouvent les cellules cancéreuses.

Plus facile à dire qu'à faire, dit la Dre Khokha. Parce que TIMP3 peut inhiber ou favoriser le développement du cancer, il faut être certain d'avoir la bonne cible.

Quoi qu'il en soit, la Dre Khokha croit beaucoup au potentiel de sa recherche pour trouver une nouvelle façon de cibler le cancer. Il est grand temps, dit-elle. La science a progressé depuis le début de la recherche sur le gène TIMP3 et les métalloprotéinases il y a une quinzaine d'années. À l'époque, de nombreuses sociétés avaient mis au point des inhibiteurs de la métalloprotéinase, mais ils n'étaient pas efficaces et avaient des effets indésirables.

« C'est tout le domaine qui a cédé au découragement », dit la Dre Khokha. « Ce champ a été exploité trop vite pour le traitement du cancer. Nous devons d'abord comprendre le fonctionnement de base. »

Comprendre la fonction la plus fondamentale de cette famille de gènes est ce qui a inspiré la recherche de la Dre Khokha, cette dernière étant convaincue qu'avec cette connaissance, nous pourrons systématiquement choisir les bonnes cibles.

L'étude

Il est maintenant reconnu que l'inflammation peut contribuer d'importante façon au développement du cancer. La Dre Rama Khokha et son équipe ont établi que le gène TIMP3 régule l'inflammation et que sa suppression pouvait favoriser ou inhiber différents cancers. Elle essaie de déterminer les mécanismes exacts par lesquels TIMP3 régule l'inflammation et influe sur le développement du cancer. Son équipe étudie comment TIMP3 régule l'activité des cytokines inflammatoires, y compris le facteur de nécrose tumorale, au siège du cancer et dans tout l'organisme, chez des souris où le gène TIMP3 a été supprimé.

« Je pense qu'on exagère les mauvais côtés de l'inflammation. Il faut mieux la comprendre; elle n'est peut-être pas mauvaise dans tous les cas. »