Profil de recherche - Et voilà la cellule qui part en chasse!

Dr Paul Kubes
Dr Paul Kubes

C'est comme une version miniature des gentils contre les méchants. Les bactéries (les méchants) envahissent l'organisme et les leucocytes (les gentils) se mettent à leurs trousses. Une fois rattrapés, les méchants sont chassés, avec l'aide d'un peu d'inflammation opportune. Il arrive aussi que les gentils s'emballent, même quand il n'y a plus de méchants à chasser. C'est à ce moment que l'inflammation devient nuisible.

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Le Dr Paul Kubes est aux premières loges pour assister à la poursuite. Il a passé les 10 dernières années à mettre au point une nouvelle technologie d'imagerie qui lui permet d'observer les leucocytes se déplacer dans l'organisme, à la poursuite de bactéries, et les expulser avant qu'elles ne causent trop de dommage. En fait, utilisant des souris, il peut surveiller toutes les différentes sortes de globules blancs, par exemple leucocytes, monocytes et neutrophiles, ainsi que les bactéries qu'ils traquent dans les vaisseaux sanguins.

En bref

Qui : Dr Paul Kubes, chaire de recherche du Canada sur le recrutement leucocytaire dans la maladie inflammatoire; professeur et directeur, Calvin, Phoebe and Joan Snyder Institute of Infection, Immunity and Inflammation, Université de Calgary

Question : Lorsque l'organisme détecte une infection ou une lésion, le système immunitaire dépêche des leucocytes, ce qui cause l'inflammation nécessaire au processus de guérison. Quand cette réaction est excessive, comme dans le cas des maladies auto-immunes et de l'AVC, l'inflammation devient dommageable.

Approche : Le Dr Kubes a mis au point un système d'imagerie qui lui permet d'observer les cellules immunitaires et les bactéries qu'elles pourchassent en temps réel. Savoir exactement comment ces cellules fonctionnent permettra au Dr Kubes et à ses collègues de mettre au point des traitements pour les stimuler quand elles sont nécessaires, et les neutraliser quand leur action est nuisible.

Impact : Le travail du Dr Kubes pourrait conduire à la mise au point de nouvelles façons d'aider l'organisme à lutter contre l'infection ou les lésions, et de prévenir les lésions de nature inflammatoire.

« Nous sommes les seuls dans le monde à faire cela », dit-il.

Toutefois, ce n'est pas seulement le côté captivant de la poursuite qui l'intrigue. Il veut comprendre comment les leucocytes causent l'inflammation par suite de lésion ou d'infection – et pourquoi leur réaction est souvent excessive, ce qui entraîne une inflammation incontrôlée et dommageable. Il espère que cette nouvelle compréhension débouchera sur de nouvelles façons d'intervenir – aussi bien pour favoriser que pour éliminer l'inflammation, selon le cas.

« Chaque fois que le système immunitaire intervient en réponse à une infection ou lésion, on parle d'inflammation », explique-t-il. « Cette réponse est essentielle, mais pas si souhaitable si elle est dirigée contre quelque chose qui fait partie de notre propre organisme. »

Prenons le virus H1N1, par exemple. C'est un microbe incroyablement rusé, d'après le Dr Kubes. Il détourne activement le système immunitaire de son rôle en recouvrant les leucocytes de plaquettes, ce qui les empêche d'attraper les pathogènes, qu'ils soient bactériens ou viraux. En étudiant de quelle façon exactement le virus parvient à faire cela, le Dr Kubes espère ouvrir la voie à de nouveaux traitements qui permettront de mettre fin à ce détournement du système immunitaire pour le laisser faire son travail. Dans le cas d'un pathogène comme H1N1, l'inflammation produite par le système immunitaire en action est positive.

Dans le cas de l'AVC, par contre, c'est une tout autre histoire. La lésion cérébrale survient sans qu'il y ait la moindre infection, mais le système immunitaire se lance à la rescousse néanmoins. Sur place, les leucocytes se mettent à l'œuvre, et l'inflammation détruit les cellules endommagées. Le problème? Quand des cellules sont mortes, le cerveau ne peut en produire de nouvelles pour les remplacer. Ce que l'on cherche à faire alors, c'est de trouver une façon de réduire l'inflammation, et rapidement. Ce dont on a besoin ici, c'est de médicaments qui peuvent réduire l'inflammation sans nuire à la capacité de l'organisme de lutter contre l'infection.

Et il y a ensuite les maladies auto-immunes. Dans le cas de ces maladies, comme le diabète de type 1 et la sclérose en plaques, les cellules immunitaires attaquent l'organisme même de la personne. L'inflammation causée par cette attaque entraîne des lésions à la partie de l'organisme touchée, quelle qu'elle soit.

Évidemment, il suffirait de désactiver le système immunitaire pour l'empêcher de passer à l'attaque là où c'est contre-indiqué. Mais cela serait vain : la maladie auto-immune serait vaincue, mais la personne serait vulnérable à la moindre infection qui surviendrait et ne vivrait probablement pas assez longtemps pour véritablement jouir de l'absence de maladie.

Pour le Dr Kubes donc, le succès serait de trouver une façon d'empêcher l'activité délétère du système immunitaire, sans diminuer son rôle protecteur. Il espère que ce qu'il apprendra par l'observation du système immunitaire en action l'aidera à réduire les effets d'une réponse inflammatoire « trop exubérante ».

L'étude

Le Dr Paul Kubes a mis au point un système d'imagerie qui lui permet de voir les leucocytes se déplacer dans les vaisseaux sanguins de souris vivantes, en temps réel. Il examine comment différents globules blancs entrent dans le réseau vasculaire, ou système circulatoire, du foie pour mieux comprendre comment ils seront recrutés dans diverses maladies inflammatoires et infectieuses.

Le Dr Kubes se concentre sur le foie parce que cet organe est conçu pour utiliser les leucocytes afin de filtrer et d'attraper les bactéries à l'origine de maladies, et parce qu'il est, selon lui, au cœur de l'inflammation systémique.

Au moins deux types de globules blancs qui vivent dans les vaisseaux sanguins du foie peuvent aider à repérer les infections et les lésions, et libérer des facteurs qui enclenchent la réponse inflammatoire. Le Dr Kubes et son équipe disposent de souches de souris chez lesquelles les globules blancs luisent, ce qui les aide à reconnaître lesquels interviennent dans quelles voies de recrutement et dans quelles maladies inflammatoires. Ces connaissances pourront aider à élaborer des stratégies pour réduire une réponse inflammatoire démesurée.

« L'inflammation tue probablement plus de gens que n'importe quoi d'autre sur la planète. Si nous pouvions trouver de meilleurs médicaments, ayant une action plus ciblée, pour prévenir certains de ses effets éventuellement mortels, sans pour autant augmenter la vulnérabilité des patients à l'infection, nous serions beaucoup mieux. »