Profil de recherche - Mettre en échec un envahisseur inflammatoire

Dre Kathy Siminovitch
Dre Kathy Siminovitch

La polyarthrite rhumatoïde survient quand nos propres cellules immunitaires commencent à attaquer nos articulations. Il se produit alors une inflammation – un niveau débilitant d'enflure des articulations, de la douleur et des lésions. Rien ne guérit la polyarthrite rhumatoïde, et les traitements sont chers, et souvent toxiques et inefficaces.

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Les personnes qui souffrent de polyarthrite rhumatoïde doivent composer avec une douleur et une invalidité chroniques, et souvent elles ont besoin d'être hospitalisées et opérées pour endurer leur mal. Il s'agit d'une affection débilitante qui est prise en charge avec des médicaments, comme les antirhumatismaux modificateurs de la maladie (ARMM), et plus récemment une nouvelle classe de médicaments dits « biologiques ». Ces médicaments représentent un important pas en avant, mais peuvent avoir des effets secondaires non négligeables et ne sont pas efficaces chez tous les patients.

En bref

Qui : Dre Kathy Siminovitch, directrice et chercheuse principale, Division de médecine génomique, Hôpital général de Toronto et Samuel Lunenfeld Research Institute; directrice, Fred Litwin and Family Centre of Genetic Medicine du Réseau universitaire de santé/de l'Hôpital Mount Sinai; professeure, Département de médecine, Université de Toronto

Question : La polyarthrite rhumatoïde est une maladie inflammatoire chronique où les tissus qui recouvrent les articulations deviennent sévèrement enflammés et finissent par être endommagés. À l'heure actuelle, les seuls traitements qui existent sont souvent inefficaces et peuvent avoir des effets secondaires importants.

Approche : Selon la Dre Siminovitch, une amélioration notable du traitement et la prévention resteront une possibilité lointaine sans une meilleure compréhension des gènes qui confèrent le risque et/ou influent sur la survenue ou non de la polyarthrite rhumatoïde. Elle a recours au séquençage génétique pour déterminer précisément le spectre des variantes génétiques spécifiques en cause.

Impact : La recherche de la Dre Siminovitch pourrait ouvrir la voie à un diagnostic plus précoce, à un traitement amélioré et, au bout du compte, à la prévention de la polyarthrite rhumatoïde.

Mettre au point de meilleurs traitements contre la polyarthrite rhumatoïde – ou même une façon de prévenir la maladie – est le but de nombreux chercheurs. Selon Kathy Siminovitch, toutefois, le manque de compréhension des causes fondamentales de la maladie empêche d'atteindre ce but.

Rhumatologue de formation, la Dre Siminovitch espère remédier à ce problème en essayant de trouver les gènes et les protéines qui rendent une personne sujette à la polyarthrite rhumatoïde. On sait que des facteurs génétiques jouent un rôle dans l'apparition de la polyarthrite rhumatoïde. Toutefois, on ne sait pas trop quels sont ces facteurs exactement.

La Dre Siminovitch et son équipe ont étudié de vastes groupes de personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde pour essayer de découvrir les gènes de cette maladie. Utilisant une approche appelée analyse systématique du génome, ils ont déjà isolé plusieurs régions du génome humain qui semblent abriter des gènes qui rendent une personne vulnérable à la polyarthrite rhumatoïde. Ils se préparent maintenant à jeter un regard plus approfondi sur ces régions.

« La génétique joue un rôle clé dans l'apparition de la polyarthrite rhumatoïde », dit la chercheuse. « C'est pourquoi trouver les variantes génétiques spécifiques qui confèrent une vulnérabilité à cette maladie est essentiel pour mettre au point de meilleurs traitements. »

Un avantage est aussi que l'équipe commence à savoir où chercher dans le génome – jusqu'ici, l'équipe a découvert une trentaine de régions dans tout le génome qui semblent abriter des gènes de la polyarthrite rhumatoïde. Toutefois, ces 30 régions ensemble ne représentent que 15 % environ du fondement génétique de la polyarthrite rhumatoïde. Aujourd'hui, la Dre Siminovitch va donc au-delà de l'analyse de l'ensemble du génome pratiquée initialement; elle séquence les régions en question du génome pour trouver d'autres gènes pouvant avoir un lien avec la maladie. Des avancées récentes de la technologie de séquençage, qui le rendent plus rapide et économique, ont rendu cette stratégie possible.

Les informations tirées de ce travail de séquençage profiteront à d'autres équipes de recherche qui étudient les maladies auto-immunes, comme le diabète de type 1 ou la sclérose en plaques. Bien qu'elles semblent très différentes en clinique, ces maladies sont en réalité très semblables pour ce qui est de certains des mécanismes immunitaires qui aboutissent à l'inflammation et, surtout, de leurs causes génétiques. En conséquence, la connaissance de la génétique de la polyarthrite rhumatoïde devrait aider à la compréhension et à la prise en charge clinique de nombreuses autres maladies causées par des réactions auto-immunes anormales.

« Les maladies auto-immunes sont nombreuses, et ensemble, elles touchent au moins 10 % de la population », dit la Dre Siminovitch. « Les données génétiques obtenues au cours des dernières années révèlent que nombre des mêmes régions à risque dans le génome sont en cause dans ces maladies distinctes sur le plan clinique. »

La polyarthrite rhumatoïde étant de mieux en mieux comprise sur le plan génétique, la Dre Siminovitch entrevoit l'avenir avec optimisme.

« Il y a vingt ans, nous ne connaissions qu'un gène associé au risque de polyarthrite rhumatoïde », dit-elle. « Aujourd'hui, nous en connaissons 30, qui ont presque tous été mis en évidence au cours des deux ou trois dernières années. »

L'étude

L'étude de la Dre Siminovitch a pour but de mettre en évidence les gènes et les voies moléculaires qui font qu'une personne peut être sujette à la polyarthrite rhumatoïde.

Dans une recherche précédente, la Dre Siminovitch et son équipe ont découvert plusieurs régions du génome qui semblent abriter des variantes génétiques en cause dans la polyarthrite rhumatoïde. L'étude actuelle permet de jeter un regard plus inquisiteur sur les gènes et leurs variantes dans chacune de ces régions qui contribuent au risque de polyarthrite rhumatoïde.

Pour ces études, la Dre Siminovitch continue d'utiliser des gènes prélevés sur des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde et des témoins en santé. Elle compare les échantillons obtenus pour ce qui est des séquences d'ADN, afin de déterminer les variantes précises en cause dans le risque de maladie. Cela fait, les gènes seront étudiés au sein d'une population de patients encore plus vaste, pour que soit déterminé leur effet sur le risque, la gravité et le résultat de la maladie, et que soient mieux comprises les voies moléculaires et cellulaires qui font qu'une variante génétique particulière est associée à la polyarthrite rhumatoïde.

« Voici le but recherché : trouver les gènes qui confèrent le risque de polyarthrite rhumatoïde et/ou permettent de prédire la gravité de la maladie ou la réponse au traitement. Ce domaine de recherche évolue incroyablement vite, parce que les outils d'analyse génétique se développent si rapidement. »