Faits saillants de la recherche sur le VIH/sida au Canada de 2000 à 2009

Rapport préparé pour les Instituts de recherche en santé du Canada concernant l'Initiative de recherche sur le VIH/SIDA par Mark Bisby et Michelle Campbell

Mars 2010


Table des matières


Résumé

Introduction

Les IRSC gèrent des éléments de recherche des deux principales initiatives du gouvernement du Canada sur le VIH/sida, soit l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada et l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH. Ces fonds sont gérés par l'entremise de l'Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC (Initiative sur le VIH). Depuis 2001, les IRSC ont investi un total de 134 millions de dollars dans le cadre de l'Initiative sur le VIH et une somme additionnelle de 150 millions de dollars de leur financement de base dans la recherche sur le VIH/sida. Le présent rapport vise à décrire les répercussions les plus importantes de ces investissements sur la santé et la recherche.

Le rapport présente bon nombre des plus importantes réalisations en recherche au Canada, de l'avis des répondants clés, auxquelles nous avons joint les données de financement et de publication. Bien que ces réussites ne puissent être attribuées à un seul bailleur de fonds, les meilleurs chercheurs dans le domaine du VIH/sida ont tous reçu un soutien financier important des IRSC.

Changements apportés au financement

Le financement régulier des IRSC et le financement de l'Initiative sur le VIH semblent être complémentaires : dans la plupart des cas, ils servent à subventionner différents groupes de recherche ayant des objectifs distincts. Le volet recherche communautaire, en particulier, offre un soutien financier à beaucoup de chercheurs qui ne seraient pas financés par les programmes réguliers des IRSC. En fait, la majorité du financement régulier des IRSC et du financement de l'Initiative sur le VIH est consacrée aux subventions de fonctionnement, mais l'Initiative a aussi investi de manière importante dans le Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC; les fonds restants de ces deux sources de financement ont été consacrés à l'attribution de bourses de formation et de carrière. Depuis l'inauguration des IRSC, la proportion du financement pour le VIH/sida consacrée à la recherche sur les services de santé et la santé des populations est en hausse, suivant les tendances générales des IRSC, et est renforcée par l'Initiative sur le VIH qui cible les domaines de recherche émergents, particulièrement en recherche communautaire.

Bourses de formation et bourses salariales

Depuis 2000, l'Initiative sur le VIH a subventionné 194 bourses de formation et de carrière individuelles, alors que les autres programmes de bourses de formation ou de carrière des IRSC ont subventionné 187 personnes additionnelles travaillant dans des domaines associés à la recherche sur le VIH/sida. Les domaines qui ont connu la plus grande croissance dans l'ensemble sont la recherche communautaire et la recherche sur les services de santé et la santé des populations (SS/SP). De plus, une réorientation majeure a eu lieu, se traduisant par un passage du financement des bourses salariales de chercheur établi au financement uniquement des bourses de nouveau chercheur, un changement qui correspond à ceux apportés aux autres programmes d'appui salarial des IRSC.

Fait intéressant mais encore inexpliqué : bien que seulement 6 des 26 étudiants au doctorat en sciences biomédicales subventionnés jusqu'en 2004-2005 aient reçu par la suite d'autre financement des IRSC, la proportion dans le volet SS/SP est de 9 sur 11. Même si les données ne permettent pas de déterminer si les étudiants sciences biomédicales utilisent de manière efficace leur formation subventionnée par les IRSC, il est clair que le volet de formation en SS/SP a un impact important sur le renforcement de la capacité de recherche universitaire dans ces domaines émergents.

Changements apportés à la capacité de recherche

Peu importe la méthode d'évaluation, il est évident que la capacité de recherche sur le VIH/sida au Canada s'est considérablement accrue depuis 2001. On compte maintenant trois fois plus de chercheurs associés à des subventions de l'Initiative sur le VIH et travaillant dans des établissements canadiens qu'en 2001, et le nombre d'établissements où l'on trouve ces chercheurs est passé de 31 à 55 durant la même période. De plus, deux fois et demie plus d'auteurs canadiens publient des articles sur le VIH/sida qu'il n'y en avait en 2001. On observe aussi un renouvellement général des chercheurs subventionnés, et non une simple augmentation du nombre de chercheurs. Le volet SS/SP a connu une croissance particulièrement importante de sa capacité : près des deux tiers des chercheurs actuellement financés en sont à leur première subvention des IRSC et de l'Initiative sur le VIH depuis que le volet a été transféré aux IRSC en 2002.

Changements apportés à la productivité et à la qualité de la recherche

Comme on pouvait s'y attendre, grâce à l'augmentation du financement et de la capacité de recherche, le nombre annuel de publications canadiennes portant sur le VIH/sida a plus ou moins doublé au cours des 12 dernières années. La proportion de la recherche du Canada dans le domaine correspond maintenant à sa proportion globale de la recherche en santé mondiale, et les chercheurs canadiens sont maintenant en moyenne 65 % plus productifs qu'il y a dix ans. En fait, quatre des dix auteurs les plus prolifiques dans le domaine du VIH/sida pour la période 2006-2008 étaient canadiens, ce qui correspond au double de la proportion, au demeurant fort respectable, obtenue en 1996-1998, lorsque deux Canadiens faisaient partie des dix principaux auteurs.

La qualité des publications canadiennes, déterminée par le taux de citation, est de loin supérieure à la moyenne mondiale. En 1996-1998 et en 2006-2008, les publications canadiennes étaient les deuxièmes plus citées mondialement, ce qui laisse supposer que notre influence dans le domaine de la recherche sur le VIH/sida dépasse de beaucoup ce à quoi on pourrait s'attendre avec une production relativement modeste correspondant à 5 % du nombre total d'articles publiés. De plus, le Canada peut se targuer d'avoir produit 12 des 100 articles les plus cités durant la période 2006-2008.

Par rapport au reste du monde, la recherche canadienne sur le VIH/sida est surtout orientée vers les services de santé, les sciences sociales et les professions de la santé non médicales. Le nombre de publications annuelles en SS/SP a triplé depuis 1996, alors que le nombre total de publications sur le VIH/sida n'a que doublé au cours de la même période. La recherche communautaire menée au Canada produit 8 % des données mondiales dans le domaine, soit près du double de la part moyenne du Canada dans la recherche en santé, et elle est toujours en croissance rapide. Bien que les données ne soient pas encore suffisamment abondantes pour pouvoir en tirer des conclusions statistiques valides, on peut tout de même constater une augmentation marquée de la quantité de publications canadiennes liées au VIH/sida et à la santé des Autochtones, qui sont citées de plus en plus fréquemment.

Collaborations

Les Canadiens sont depuis longtemps reconnus comme d'excellents collaborateurs; ils travaillent dans de grandes équipes où les articles sont rédigés en moyenne par près de six auteurs. De plus, environ 45 % des articles dont au moins un auteur est canadien sont issus de collaborations à l'étranger, dans lesquelles les Canadiens jouent de plus en plus un rôle de leader. Beaucoup attribuent au Réseau canadien pour les essais VIH (RCEV) des IRSC, en particulier, de faire du Canada un partenaire souhaitable et efficace dans les essais cliniques internationaux.

Amélioration de la santé au Canada et partout dans le monde

Les chercheurs canadiens sur le VIH/sida travaillent depuis longtemps en étroite collaboration avec les utilisateurs de la recherche, notamment les organismes communautaires, l'industrie, les responsables de la réglementation et d'autres intervenants. Les grandes réussites décrites dans le présent rapport témoignent de la détermination farouche des chercheurs à voir leurs résultats appliquées pour améliorer la santé de la population et pas seulement pour avoir un impact dans le milieu universitaire. Les chercheurs canadiens contribuent à la réalisation des objectifs de l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada et à l'amélioration de la santé, au pays et à l'étranger, par diverses actions.

  1. Prévenir les nouvelles infections et leur transmission :
    • élaboration de nouvelles politiques internationales et financement pour la promotion de la circoncision, qui permet de réduire de 50 % le risque de transmission;
    • mise en application du « traitement à titre préventif », qui pourrait réduire le nombre de nouveaux cas d'infection par le VIH de 95 % d'ici dix ans;
    • mise au point d'un vaccin et caractérisation de l'immunité naturelle au VIH.
  2. Ralentir la progression de la maladie et améliorer la qualité de vie :
    • mise au point de nouveaux médicaments et de nouvelles stratégies de traitement, comme le 3TC et la trithérapie, et essais cliniques pour les tester;
    • détermination des meilleures stratégies de traitement, y compris du meilleur moment pour commencer le traitement et de la possibilité d'interrompre celui-ci sans danger;
    • recherche visant à mieux comprendre la pathogenèse du VIH afin de mettre au point un remède contre le VIH, et non juste une méthode de contrôle.
  3. Réduire l'impact social et économique du VIH/sida :
    • réduction de l'incapacité et amélioration de la qualité de vie et de la capacité à travailler en offrant de meilleurs traitements;
    • réduction de la transmission du VIH pour sauver des milliers de vies et économiser des millions de dollars;
    • élaboration de projets de recherche communautaire pour réduire les comportements à risque dans les communautés très touchées.
  4. Contribuer aux efforts mondiaux en vue de réduire la propagation du VIH et d'atténuer l'impact de la maladie :
    • promotion de meilleures méthodes de prévention et de traitement à l'échelle internationale;
    • établissement de partenariats reconnus mondialement entre des équipes de recherche provenant de pays en développement et de pays développés.

Introduction

Historique du soutien fédéral à la recherche sur le VIH/sida

Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) gèrent les volets de recherche de deux initiatives majeures du gouvernement du Canada dans le domaine du VIH/sida : Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada et Initiative canadienne de vaccin contre le VIH/sida. Les subventions/bourses et d'autres initiatives stratégiques connexes (Figure 1) représentent aussi une part importante des investissements des IRSC dans la recherche sur le VIH/sida.

Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada

L’Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada (IF) a été annoncée le 13 janvier 2005, en remplacement de la Stratégie canadienne sur le VIH/sida, inaugurée en 1997. L’Initiative fédérale est un partenariat entre l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, Service correctionnel du Canada et les IRSC. Ses buts généraux sont :

  1. Prévenir les nouvelles infections et leur transmission
  2. Ralentir la progression de la maladie et améliorer la qualité de vie
  3. Réduire l'incidence sociale et économique du VIH/sida
  4. Contribuer à l'effort mondial visant à réduire la propagation du VIH et à atténuer l'incidence de la maladie

L'Initiative fédérale est dérivée de la Stratégie canadienne sur le VIH/sida, qui consacrait jusqu'à 5,5 millions de dollars par année à la recherche biomédicale et clinique sur le VIH/sida par l'intermédiaire du Conseil de recherches médicales, l'ancêtre des IRSC. Ces fonds ont été transférés aux IRSC au moment de leur création en 2000.

Initialement, trois autres volets de financement relevaient du Programme national de recherche et développement en santé (PNRDS) de Santé Canada, à savoir : infrastructure de recherche en appui au Réseau canadien sur les essais VIH (RCEV) (3,2 millions de dollars); recherche épidémiologique et en santé publique (2,4 millions de dollars); et Programme de recherche communautaire (1,8 million de dollars). En 2001, lorsque le PNRDS a été intégré aux IRSC, ces derniers sont devenus responsables du financement de la recherche épidémiologique et en santé publique liée au VIH/sida et de l'administration du RCEV; ainsi, en 2001-2002, les IRSC étaient chargés d'un budget annuel d'environ 10 millions de dollars en fonds stratégiques. L'année 2001-2002 est l'année de référence utilisée pour de nombreuses comparaisons sur les questions de financement et de capacité avec l'année financière complète la plus récente (2008-2009). En avril 2004, le Programme de RC a été transféré de Santé Canada aux IRSC. Ce programme finance les initiatives de développement des capacités et les projets de recherche dans deux volets : recherche générale et recherche autochtone.

Initiative canadienne de vaccin contre le VIH (ICVV)

Annoncée en février 2007, l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH (ICVV) constitue la contribution du Canada à l'Entreprise mondiale pour un vaccin contre le VIH, fruit d'une collaboration entre le gouvernement du Canada et la Fondation Bill & Melinda Gates visant la création d'un vaccin contre le VIH. Les IRSC investiront 10 millions de dollars sur cinq ans (2008-2013) dans la découverte d'un vaccin contre le VIH et la recherche sociale axée sur la découverte d'un vaccin contre le VIH/sida et les questions connexes (p. ex. immunité des muqueuses/innée) ainsi que les questions sociales et comportementales sous-jacentes à l'administration d'un vaccin contre le VIH (p. ex. accessibilité et acceptabilité d'un vaccin et réticences culturelles et autres à un vaccin contre le VIH).1 Étant donné que cette initiative n'a vu le jour qu'en 2008, nous ne pouvons rendre compte de ses impacts, mais seulement de l'activité connexe. Au début de 2008, une consultation sur les programmes de financement de l'ICVV a attiré quelque 80 intervenants et experts canadiens et étrangers à Ottawa. Il a été convenu que les objectifs clés de la composante Découverte et recherche sociale seraient :

  • créer des équipes de calibre international formées de chercheurs du Canada et de pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI);
  • appuyer des chercheurs individuels ou de petites équipes de chercheurs canadiens dans les efforts qu'ils déploient pour ajouter un savoir important à la recherche mondiale de vaccins contre le VIH;
  • renforcer la capacité de recherche sur un vaccin contre le VIH au Canada et dans les PRFI; et
  • créer des mécanismes qui permettront à des chercheurs et à des équipes de l'ICVV de collaborer entre eux et avec d'autres réseaux et consortiums internationaux pertinents.2

Il a été déterminé par consensus que la combinaison du financement individuel et d'équipe était la meilleure voie à suivre. En conséquence, les IRSC avaient conçu, en date de mars 2010, les possibilités de financement suivantes:

  • une bourse de voyage, pour encourager les chercheurs canadiens à participer à un forum sous l'égide de l'ICVV avec des chercheurs de PRFI dans le cadre d'une réunion internationale sur un vaccin contre le VIH (financement de six bourses) (50 000 $);
  • deux annonces de priorités pour des subventions de fonctionnement (financement de cinq subventions) (~2 millions $);
  • lancement de trois concours de subventions Catalyseur (financement de huit subventions, avec un concours à compléter) (~800 000 $);
  • lancement d'un concours de subventions d'équipe en voie de formation (demandes encore à l'étude) (~2,5 millions $).

À l'exception d'un appel de demandes prévu pour des subventions de grande équipe, tous les programmes de financement prévus dans le cadre de l'ICVV ont été mis en oeuvre.

Initiatives fédérales sous la direction des IRSC

L'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC gère les fonds de l'Initiative fédérale attribués aux IRSC, en consultation avec le Comité consultatif de la recherche sur le VIH/sida des IRSC (CCRVSI). Ce comité réunit de nombreux instituts des IRSC, plusieurs axes de la recherche sur le VIH/sida, ainsi que des organismes gouvernementaux et communautaires dans le domaine du VIH/sida. Le Programme de recherche communautaire possède son propre comité directeur, composé de chercheurs en santé autochtone et générale et de représentants communautaires. L'Institut de la santé des Autochtones des IRSC joue un rôle de soutien dans le volet autochtone du Programme de RC.

En 2007-2008, le CCRVSI a dirigé un processus de consultation visant l'élaboration d'un plan stratégique pour l'Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC. Ce plan, intitulé Plan stratégique 2008-2013 de l'Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC, désigne six thèmes de recherche prioritaires, qui guideront tous les programmes de soutien à la recherche sur le VIH/sida. Ces thèmes sont :

  • Systèmes, services et politiques de santé
  • Résilience, vulnérabilité et déterminants de la santé
  • Problèmes de co-infection et de comorbidité
  • Mise au point de médicaments, toxicité et résistance
  • Pathogenèse
  • Technologies de prévention et interventions

Objectifs de la présente analyse

Cette analyse a été entreprise à la demande des IRSC afin de déterminer les impacts sur le plan de la santé et de la recherche les plus importants de l'investissement du Canada dans la recherche sur le VIH/sida. Elle visait à déterminer ce que cet investissement a rapporté aux Canadiens sur le plan du développement des connaissances; de l'amélioration des approches de prévention et de traitement; et de la création de nouveaux produits et services.

Les objectifs particuliers de l'analyse étaient :

  1. Désigner les plus importants succès de la recherche sur le VIH/sida et leurs impacts;
  2. Déterminer les plus importantes contributions du Canada à la recherche mondiale sur le VIH/sida; cerner l'évolution de la position du Canada dans le monde pendant la durée de l'Initiative;
  3. Examiner l'évolution du niveau d'activité et de productivité de la recherche sur le VIH/sida en général et sur les priorités de l'Initiative.

Dans le rapport suivant, nous évaluons donc les impacts des investissements canadiens dans le domaine du VIH/sida sur le développement des capacités de recherche et l'augmentation de la productivité et de l'impact de la recherche canadienne. Nous mettons en lumière certains des principaux succès de la recherche canadienne et leurs retombées (voir texte encadré), tels que vus par des leaders clés des milieux scientifique, clinique et communautaire, et nous effectuons une analyse quantitative du financement, du développement des capacités et du rendement de la recherche, en nous basant sur des données tirées d'articles et de citations.

Les succès en recherche et en développement des capacités nécessitent des investissements à long terme de la part des chercheurs et des bailleurs de fonds. Les résultats décrits dans le présent rapport ont tous été stimulés par les vastes efforts déployés dans le cadre des stratégies de recherche des IRSC et des initiatives fédérales. Cependant, les leaders de la recherche canadienne sur le VIH/sida ont puisé, à juste titre, dans d'autres sources de fonds (gouvernements fédéral/provinciaux, organismes bénévoles/étrangers); il ne serait ni possible, ni approprié d'attribuer le succès de ces gens extraordinaires à une source de fonds particulière. Nous décrivons plutôt les succès collectifs remarquables du Canada découlant de ses investissements dans la recherche sur le VIH/sida. Les subventions internationales majeures obtenues par des chercheurs canadiens n'auraient pas été possibles sans l'investissement préalable du Canada.

Encadré 1. Défi : Contracter le sida était une condamnation à mort

Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estiment que le sida a causé la mort de plus de 30 millions de personnes depuis 1981, ce qui en fait l'une des pandémies les plus destructrices de l'histoire de l'humanité. Le VIH/sida représente un énorme défi en matière de traitements, car il ne s'agit pas d'un seul virus : en effet, le VIH possède une immense variabilité génétique, provenant des effets combinés de taux extrêmement élevés de reproduction, de mutation et de recombinaison. Ce scénario complexe mène à l'apparition de plusieurs variantes du VIH et ce, même chez un seul patient infecté et en une seule journée. Pire encore, il est possible qu'une personne soit infectée par des souches différentes à l'intérieur d'une seule cellule, et celles-ci peuvent générer toute une variété de nouveaux virus hybrides. C'est pourquoi au tout début de la pandémie, il s'écoulait généralement moins de neuf mois entre l'apparition des symptômes et le décès.

La réponse

Les chercheurs canadiens ont été à l'avant-garde de la recherche qui a mené à la découverte et à l'essai de la première vague de médicaments antirétroviraux, qui empêchent la reproduction du virus et qui ont été le premier moyen efficace de lutter contre le sida. Bernard Belleau, de l'Université McGill, est d'ailleurs très célèbre pour avoir synthétisé la Lamivudine, connu plus tard sous le nom de 3TC.

Un autre chercheur de McGill, Mark Wainberg, a mis sur pied le premier laboratoire au Canada capable de mettre en culture le VIH, après un congé sabbatique passé aux États Unis chez le codécouvreur du virus, Robert Gallo. Dès que la nouvelle s'est répandue, des collaborateurs potentiels ont commencé à demander son aide lorsqu'ils croyaient avoir découvert un nouveau composé à tester. Il a d'ailleurs été contacté en 1987 par BioChem Pharma, l'entreprise fondée depuis peu par le Dr Belleau. Deux ans plus tard, le Dr Wainberg réalisa une percée majeure, en démontrant les propriétés antivirales du 3TC; la découverte a fait sensation lorsqu'elle a été annoncée dans le cadre du Ve Congrès international sur le SIDA en 1989.

Dès 1991, le 3TC était ajouté à l'AZT et au DDI dans la liste des tout premiers traitements du VIH. La victoire fut réjouissante mais de courte durée : les patients répondirent d'abord très bien aux médicaments contre le sida, mais les effets de ces derniers s'amenuisèrent rapidement. Le Dr Wainberg fut parmi les premiers à supposer puis à démontrer que les mutations constantes du VIH lui permettaient déjà de développer une résistance, d'abord à l'AZT, puis au 3TC.

De nouvelles approches s'avéraient nécessaires. Julio Montaner, qui est maintenant le directeur du Centre d'excellence de la Colombie-Britannique sur le VIH/sida, et le Dr Wainberg furent du nombre des principaux leaders internationaux qui proposèrent et mirent à l'essai la trithérapie, une approche qui combine trois médicaments ayant chacun une fonction. En tant responsable de la virologie dans le cadre des études, le Dr Wainberg a démontré que le VIH était réduit à un niveau indécelable chez les participants à l'essai clinique du Dr Montaner. Avec ces travaux et ceux du Dr William Cameron, un autre des principaux directeurs d'essais cliniques, les chercheurs canadiens ont été parmi les premiers à présenter les données probantes nécessaires pour confirmer que la trithérapie était efficace, et qu'elle pouvait réduire de 90 % le nombre de décès causés par le sida chez les participants à l'essai. De nos jours, tous les cas d'infection au VIH sont traités de cette manière, et le 3TC mis au point par des Canadiens demeure l'un des médicaments les plus souvent utilisés et les moins toxiques du cocktail.

Cependant, la lutte contre la résistance aux médicaments est une lutte qui vient à peine de commencer avec l'avènement de la trithérapie, et nous sommes loin d'en voir la fin. Le Dr Wainberg poursuit ses efforts pour garder une longueur d'avance sur un virus en constant changement, en dirigeant des programmes de recherche internationalement reconnus centrés sur la lutte contre le VIH au moyen d'études portant sur les bases moléculaires de la résistance aux médicaments, du développement de médicaments et des stratégies de traitement.

Les résultats

Aujourd'hui, le VIH n'est plus synonyme de condamnation à mort : les 65 000 Canadiens actuellement infectés par le HIV pourront mener une vie longue et active grâce au développement de traitements antirétroviraux. De plus, les nouvelles recherches continues permettent d'améliorer la qualité de vie des patients pendant les années de sursis. Bien que le virus continue de se modifier à un rythme impressionnant, les travaux du Dr Wainberg et de ses collègues nous donnent bon espoir d'acquérir les connaissances nécessaires pour maîtriser la pandémie et, peut-être un jour, l'enrayer complètement.

Financement de la recherche sur le VIH/sida

Mécanismes de financement de la recherche sur le VIH/sida aux IRSC

Depuis leur naissance en 2000 jusqu'à and including l'année financière 2008-2009 inclusivement, les IRSC ont investi au total 278 millions de dollars dans la recherche sur le VIH/sida : 134 millions dans le cadre de l'Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC (Initiative sur le VIH) et 150 millions dans le cadre d'autres véhicules de financement. La Figure 1 illustre la valeur des investissements par année financière. L'Initiative sur le VIH a été grandement soutenue financièrement tout au long de cette période par les fonds réservés à la recherche sur le VIH/sida par le gouvernement du Canada, et par le budget de base des IRSC. Le financement de l'Initiative sur le VIH est séparé des « autres » fonds des IRSC, qui ont été attribués dans le cadre de concours ouverts (non iblés) et ont été investis dans le VIH/sida en raison de l'intérêt porté au domaine par les chercheurs financés. La catégorie « autres »3 comprend toute une panoplie de programmes de financement des IRSC.4 Cela dit, la forme d'investissement privilégiée (51 millions de dollars) a été de loin les subventions de fonctionnement dans le cadre de concours ouverts, dont le but est « d'appuyer des projets de qualité proposés et réalisés par un chercheur ou un groupe de chercheurs, dans tous les domaines de la recherche en santé ».5 Trente-quatre des 55 comités d'examen des IRSC affectés aux concours ouverts ont évalué des projets liés au VIH/sida, ce qui témoigne de la variété de la recherche financée, qui s'étend à l'étude des questions éthiques et juridiques (cinq subventions).

Depuis la création des IRSC, la recherche biomédicale récolte la plus grande part des investissements dans le domaine du VIH/sida, mais cette part a diminué avec le temps à l'intérieur de l'enveloppe budgétaire de l'Initiative sur le VIH (Figure 2),6 en raison de l'essor de la recherche sous les thèmes Facteurs sociaux, culturels, environnementaux et Santé des populations (FSCESP à la Figure 2) et Services et systèmes de santé (SSS). Dans la catégorie « autres » fonds des IRSC, on a noté une hausse marquée, en termes absolus et relatifs, du financement de la recherche sous les thèmes FSCESP et Recherche biomédicale. La part des fonds appuyant la recherche sous les thèmes Recherche clinique et SSS a diminué.

Le financement de l'Initiative sur le VIH a aussi principalement consisté en des subventions de fonctionnement de divers types (Figure 3A), qui fournissent les ressources matérielles et le soutien technique nécessaires à l'exécution des projets de recherche. La poursuite du financement du Réseau canadien sur les essais VIH (RCEV) a constitué le deuxième plus important investissement, et des sommes considérables ont été engagées dans la formation et le soutien des chercheurs de carrière. Le financement de l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH est récent et représente seulement une fraction de l'investissement total depuis 2000 (Figure 3B).

Figure 1 Dépenses des IRSC en recherche sur le VIH/sida (en comptant le financement des chaires de recherche du Canada et des RCE)

Figure 1 Dépenses des IRSC en recherche sur le VIH/sida (en comptant le financement des chaires de recherche du Canada et des RCE)
Figure 2 Dépenses des IRSC pour le VIH/sida, selon le thème de recherche (sans compter le financement des chaires de recherche du Canada et des RCE)

Figure 2a - Initiative sur le VIH 2001-02, 12,8 M$

Figure 2b - IRSC autre 2001-02, 6,3 M$

Figure 2c - Initiative sur le VIH 2008-09, 19,3 M$

Figure 2d - IRSC autre 2008-09, 18,4 M$

Figure 3A Fonds de l'Initiative sur le VIH, selon le type de programme 

Figure 3A Fonds de l'Initiative sur le VIH, selon le type de programme

Figure 3B Fonds de l'Initiative sur le VIH, selon le volet

Figure 3B Fonds de l'Initiative sur le VIH, selon le volet

Autres sources de fonds pour la recherche sur le VIH/sida au Canada

Au cours des dernières années, d'autres sources de fonds fédéraux ont appuyé le développement de la recherche sur le VIH/sida au Canada. Les subventions de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) (1998-2009) liées au VIH/sida ont totalisé 15 millions de dollars, qui se sont ajoutés aux contributions des provinces et des établissements partenaires de la FCI pour créer un investissement total de 37,5 millions de dollars dans l'infrastructure. Quarante-sept titulaires de chaires de recherche travaillent dans différents secteurs pertinents. Depuis 2000, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) a décerné 53 bourses d'une valeur totale de 1,3 million de dollars liées au domaine, surtout des bourses de stagiaire de recherche. Durant la même période, les subventions et bourses du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) ont totalisé 3,5 millions de dollars. Même si Génome Canada ne finance pas spécifiquement la recherche sur le VIH/sida, les centres régionaux de génomique et d'autres plateformes en génomique et en protéomique ont aussi facilité la recherche dans le domaine. Par exemple, l'Institut de génomique de l'Ontario a fait l'annonce d'un projet de 10 millions de dollars visant la mise au point de nouveaux agents antiviraux pour le VIH en collaboration avec l'industrie.7

Bon nombre de gouvernements provinciaux soutiennent la recherche sur le VIH/sida par l'intermédiaire de leurs propres organismes de recherche en santé. Par exemple, depuis 2001, la Fondation Michael Smith pour la recherche en santé en C.-B. a financé 12 chercheurs de carrière dans des secteurs liés au VIH/sida, ainsi que 26 stagiaires. La plus importante contribution provinciale à la recherche sur le VIH/sida vient du Réseau ontarien de traitement du VIH, qui investit 5-6 millions de dollars par an dans des subventions de fonctionnement, des bourses salariales et des bourses de formation, des projets de recherche communautaire et une vaste étude de cohorte. Dans le secteur bénévole, la Fondation canadienne de recherche sur le sida (CANFAR) offre des subventions de fonctionnement, mais son financement affiche une baisse constante depuis le début des années 2000. Cette aide atteignait 1,5 million de dollars en 2002-2003, contre 765 :00 $ pour l'année en cours.

Il existe aussi des sources de financement étrangères importantes. Depuis 2002, la Bill and Melinda Gates Foundation a investi 55,5 millions de dollars américains sous la forme de subventions de recherche sur le VIH/sida à des établissements canadiens, dont 23 millions de dollars à l'Université du Manitoba en 2003 pour adapter à grande échelle des programmes efficaces de prévention du sida et d'autres MTS en Inde.8 En octobre 2009, deux subventions de recherche liée au VIH/sida ont été versées à des Canadiens dans le cadre de l'initiative Explorations du programme Grands défis. Les National Institutes of Health versent régulièrement entre quatre et dix subventions par année à des chercheurs oeuvrant dans les principaux établissements du Canada. Durant l'année financière en cours, 2009-10, six subventions totalisant 2,07 millions de dollars américains ont été versées, toutes à l'Université de la Colombie-Britannique. Néanmoins, les IRSC constituent la source de fonds la plus importante et la plus constante pour la recherche sur le VIH/sida au Canada.

Complémentarité des mécanismes de financement des IRSC

Étant donné que les IRSC financent la recherche sur le VIH/sida à la fois par l'entremise de concours ouverts, où différents domaines de recherche se disputent les fonds disponibles, et de l'Initiative sur le VIH, nous avons cru important de vérifier si les deux approches soutenaient le même groupe de chercheurs. Nous avons recensé 235 chercheurs principaux détenteurs d'une subvention de recherche liée au VIH/sida obtenue dans le cadre de concours de subventions de fonctionnement ouverts des IRSC. Seulement 19 % de ces chercheurs avaient également reçu une subvention de fonctionnement dans le cadre de l'Initiative sur le VIH. À partir d'un échantillon des résumés des projets financés dans le cadre des concours ouverts, il a été déterminé que le VIH/sida était souvent un thème de recherche indirect ou secondaire des projets, plutôt que le thème principal. Les deux formes de financement sont donc complémentaires puisqu'elles appuient des groupes de chercheurs très différents dont les objectifs varient grandement.

Un examen plus attentif des données révèle que seulement 12 % des chercheurs principaux financés dans le cadre du volet Recherche communautaire (RC) de l'Initiative sur le VIH avaient déjà reçu une subvention de fonctionnement des IRSC à titre de chercheur principal, comparativement à 58 % des chercheurs principaux financés dans le cadre du volet biomédical de l'Initiative. Cette conclusion souligne l'importance du volet RC, sans lequel les IRSC ne financeraient probablement pas de projets de RC, soit parce que ces projets seraient pénalisés par les critères des concours de subventions de fonctionnement, soit parce que leurs auteurs ne songeraient pas à se porter candidats aux concours ouverts des IRSC; les deux possibilités sont étroitement liées.

L'objectif principal du programme de RC consiste à développer les capacités de recherche, un besoin renforcé par le fait que la vaste majorité des chercheurs financés dans le cadre de ce programme n'avaient jamais été financés avant comme chercheur principal par les IRSC. Puisque la majorité de ces chercheurs ont accès depuis relativement peu de temps aux fonds des IRSC, les attentes à leur égard sur le plan de la productivité et des retombées concrètes devraient être réalistes.

Commercialisation et financement en partenariat avec l'industrie

Figure 4 Investissement des IRSC dans le domaine du VIH/sida dans le cadre de programmes de commercialisation et de partenariat avec l'industrie

Figure 4 Investissement des IRSC dans le domaine du VIH/sida dans le cadre de programmes de commercialisation et de partenariat avec l'industrie

Les partenaires industriels ont considérablement investi dans la recherche sur le VIH/sida financée par les IRSC. La Figure 4 illustre les investissements annuels des IRSC dans le cadre de divers programmes de commercialisation et de partenariat avec l'industrie, qui ont totalisé 3 millions de dollars de 2000 à 2009. En raison de la variabilité des contributions de contrepartie des partenaires industriels dans le cadre des divers programmes, il est impossible de calculer le montant total de la part de l'industrie, mais on l'estime à au moins deux fois la valeur de l'investissement des IRSC, soit environ 6 millions de dollars.

Ce type de financement est en forte croissance depuis quelques années, comme en témoignent plusieurs importantes subventions relatives à des nouveaux produits thérapeutiques et diagnostiques financées dans le cadre du Programme de démonstration des principes, inauguré en 2003, et du Programme de partenariat avec les PME. La raison de cette croissance n'est pas claire.9 Nous nous attendons à ce que la participation de l'industrie aux investissements des IRSC dans la recherche sur le VIH/sida augmente à mesure que progressera l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH (ICVV). On encourage les équipes de recherche université-industrie à répondre à l'appel de demandes en cours, qui s'adresse aux équipes émergentes qui travailleront à la découverte d'un vaccin contre le VIH/sida et à l'étude des questions sociales, comportementales et éthiques liées à l'utilisation et à la recherche d'un vaccin contre le VIH.10

Qui sont les bénéficiaires des fonds des IRSC?

Bien que les IRSC soient la principale source de financement au Canada, la seule façon de savoir si la publication d'un article découle d'une subvention de l'Initiative sur le VIH ou des IRSC en général est de lire l'article en question et d'y relever les sources de financement reconnues.11 Comme cela exige beaucoup de temps, nous avons décidé de faire un examen sélectif. Nous avons constaté que sur les 20 articles les plus cités sur le VIH/sida signés par des auteurs canadiens en 2006-2008, seulement cinq mentionnaient directement la contribution des IRSC. Même si cette proportion semble faible, nous avons remarqué qu'un bon nombre des autres articles abondamment cités concernaient des essais thérapeutiques financés par des sociétés pharmaceutiques ou des articles secondaires sur la recherche (examens/lignes directrices), où l'on faisait rarement mention du soutien direct. Cependant, les auteurs canadiens de chacun des articles les plus influents avaient reçu un soutien financier important des IRSC.12

Lorsque nous nous sommes attardés aux auteurs plutôt qu'aux publications, nous avons encore constaté une couverture pratiquement complète de la contribution des IRSC. Nous avons relevé 23 auteurs canadiens crédités d'au moins trois des 100 articles les plus cités entre 2000 et la mi-2009. Vingt des vingt-trois de ces auteurs « les plus cités » avaient reçu des fonds des IRSC, et les trois autres faisaient partie de grandes équipes dont les leaders étaient bien financés par les IRSC.

Nous concluons que les investissements des IRSC dans la recherche sur le VIH/sida soutiennent tous les chercheurs canadiens qui publient les articles les plus cités. Évidemment, ce lien n'est pas le fruit du hasard : le soutien des IRSC permet à ces personnes de faire des recherches de haute qualité, et parce qu'ils publient des articles abondamment cités, leurs dossiers de publication exemplaires les aident à obtenir d'autres fonds dans le cadre des concours des IRSC.

Encadré 2. Défi : Prescrire à chacun le traitement approprié

La tenue d'essais cliniques sur de nouveaux traitement et stratégies de traitement nécessite un effort coordonné de la part de centaines de cliniciens et de milliers de participants. L'infrastructure nécessaire à la coordination de ces efforts est vaste : elle comprend l'établissement de liens avec les patients, les cliniciens, les dirigeants d'installations, les responsables des organismes de financement, les responsables de la réglementation et les représentants de l'industrie; les connaissances et les systèmes de réglementation nécessaires pour l'approbation éthique d'études multisites; l'acquisition d'une expertise statistique et méthodologique; l'élaboration de l'infrastructure de gestion des données appropriée; la formation de comités de contrôle des données et de la sécurité, etc.

La réponse

Le Canada a été le premier à reconnaître très tôt la nécessité de coordonner ses efforts de recherche clinique. En 1990, Santé Canada a créé la pierre angulaire de la stratégie du gouvernement fédéral sur le VIH/sida qu'on appelle maintenant le Réseau canadien pour les essais VIH (RCEV) des IRSC. Son directeur national, le Dr Martin Schechter, décrit le RCEV comme un endroit où les gens peuvent échanger, concevoir des projets, s'interroger sur des questions centrales et créer des essais. L'énergie et les coûts nécessaires pour entamer un nouvel essai, de même que les obstacles, sont énormes, et ce serait un gaspillage éhonté d'argent et d'efforts que de recommencer à neuf pour chaque essai clinique. Grâce à son infrastructure, le RCEV est toujours prêt à fournir un système adapté aux besoins et possédant la capacité éprouvée pour entreprendre des projets de recherche de la plus haute qualité de manière efficace et efficiente, et pour faciliter le démarrage d'essais multicentriques, qui sont souvent nécessaires pour recruter un nombre suffisant de patients.

Il faut investir des efforts considérables pour transformer une question clinique en hypothèse de recherche vérifiable pouvant éventuellement être adaptée comme normes de pratique clinique. Le RCEV aide les chercheurs à élaborer le protocole scientifique, qui peut facilement compter des centaines de pages, offre une expertise méthodologique et biostatistique, s'assure que les exigences réglementaires sont respectées et crée des formulaires de rapport de cas; de plus, il crée des bases de données, offre des services de randomisation, assure la qualité des données et gère des études multicentriques. Pour développer les ressources humaines nécessaires à la réussite d'un essai clinique, il faut de l'expérience et des connaissances hautement spécialisées, mais où peut on les acquérir? Le RCEV a mis au point un programme de bourses de recherche postdoctorale, afin d'assurer la formation de futurs chefs de file canadiens hautement qualifiés dans le domaine des essais cliniques (le programme compte déjà 46 participants et ce nombre continue d'augmenter).

Les personnes vivant avec le sida ont toujours été des partenaires actifs du RCEV, qu'il s'agisse de définir les questions de recherche importantes, de donner leur avis à propos du protocole, de revoir les formulaires de consentement éclairé ou de participer aux études. Le RCEV ne mène aucune étude à moins d'avoir d'abord obtenu le soutien de son comité consultatif communautaire, ce qui crée un climat général de confiance dans la pertinence et la qualité de la recherche.

Les résultats

En 1990, il n'existait qu'un ou deux médicaments contre le sida. Depuis sa création, le RCEV a apporté son soutien aux toutes premières études sur les inhibiteurs de protéase et au développement du 3TC. Les 110 essais qu'il a menés à ce jour ont permis de démontrer la valeur du traitement antirétroviral hautement actif (HAART) et de tester bon nombre de nouveaux médicaments et approches pour le traitement et la prévention des infections opportunistes et des cancers.

De nos jours, les recherches sont de plus en plus centrées sur l'utilisation optimale de certains médicaments : quand commencer à les prendre, quel schéma posologique utiliser, et quand changer de médicament. Par exemple, l'étude SMART a démontré que pour les patients recevant un traitement HAART épisodique, basé sur les seuils des taux de CD4+, le taux d'événements indésirables était plus élevé; les lignes directrices actuelles recommandent donc maintenant d'éviter d'interrompre le traitement.

Le RCEV a fait du Canada un participant efficace de l'effort de recherche international, à la fois en incitant la tenue d'essais cliniques de grande envergure au pays et en devenant un partenaire intéressant dans le cadre de collaborations internationales. Grâce au leadership du RCEV, le premier essai clinique mené conjointement par les IRSC, le Medical Research Council du Royaume-Uni et le Department of Veterans Affairs des États-Unis a été l'essai OPTIMA, dirigé par le Canada et mené dans 77 centres partout dans le monde. Une approche internationale majeure était nécessaire, et OPTIMA a démontré qu'une interruption du traitement ne mettait pas en danger la sécurité des patients.

Le RCEV continue à se préparer pour les défis de l'avenir : thérapies antirétrovirales, gestion clinique, maladies concomitantes et populations vulnérables, et vaccins et immunothérapies. De plus, des partenariats internationaux comme le Réseau d'essais de prévention Canada-Afrique, que le RCEV a contribué à mettre sur pied, aident à augmenter la capacité à élaborer des essais sur la prévention et le traitement en Afrique subsaharienne.

Développement des capacités

Investissement dans les bourses de formation et les bourses salariales

Dans l'ensemble, le nombre de bourses de stagiaire et de chercheur13 financées par l'Initiative sur le VIH a augmenté de façon constante d'année en année (Figure 5). Toutefois, cette augmentation n'a pas été uniforme. Par exemple, tandis que le nombre de bourses de stagiaire de recherche biomédicale/clinique s'est mis à plafonner à partir de 2005-2006, l'augmentation se poursuit dans les volets Recherche communautaire (RC) et Services de santé/Santé des populations (SS/SP). Le nombre de bourses de recherche financées sous les volets biomédical/clinique et SS/SP a considérablement augmenté à partir de 2005-2006.

Figure 5 Valeur des bourses salariales et de formation financées par l’Initiative sur le VIH chaque année

Figure 5 Valeur des bourses salariales et de formation financées par l’Initiative sur le VIH chaque année

L'investissement dans les bourses salariales a légèrement diminué. L'orientation des bourses salariales a beaucoup changé depuis la fondation des IRSC, lorsque toutes les bourses héritées du CRM appuyaient des chercheurs établis. Aujourd'hui, tous les détenteurs de bourses salariales des IRSC sont des nouveaux chercheurs. Au total, l'Initiative sur le VIH a financé 194 différentes bourses salariales et bourses de formation; 187 autres personnes ont reçu des bourses dans le cadre d'autres programmes de financement des IRSC pour de la formation ou du soutien salarial lié au domaine du VIH/sida (Tableau 1).

Tableau 1. Nombre de bourses individuelles (de 2000-2001 à 2008-2009)
  Initiative sur le VIH Autres, IRSC
Bourses de stagiaire de recherche 113 94
Bourses de recherche 60 38
Appui salarial (carrière) 21 35
Sous-total 194 187
Total 381

Investissement dans les chercheurs financés

Le nombre de chercheurs subventionnés annuellement dans le cadre de l'Initiative sur le VIH des IRSC a triplé entre 2001-2002 et 2008-2009, passant de 152 à 47214 (Figure 6) (certaines personnes peuvent détenir plus d'une subvention; en ne comptant les chercheurs subventionnés qu'une seule fois, on arrive au chiffre de 398 en 2008-2009). Pareillement, la hausse du nombre de chercheurs canadiens publiés dans la littérature scientifique révèle une croissance notable des capacités. Depuis la fondation des IRSC, le nombre annuel d'auteurs individuels (limité, en l'occurrence, aux rapports de recherche originaux) est passé d'environ 1000 à plus de 2300. Au sein de ce groupe général, le « noyau » de chercheurs sur le VIH - ceux qui publient plus d'un article dans le domaine par année - est passé d'environ 140 à plus de 350 personnes en 2008.

Figure 6 Nombre de chercheurs subventionnés dans le cadre de l'Initiative sur le VIH

Figure 6 Nombre de chercheurs subventionnés dans le cadre de l'Initiative sur le VIH

D'où viennent les nouveaux chercheurs?

L'augmentation du nombre de chercheurs subventionnés est peut-être attribuable aux efforts visant à attirer en recherche sur le VIH/sida des chercheurs établis qui travaillaient ailleurs (cela est un argument valable en faveur du financement ciblé de secteurs prioritaires) ou à l'arrivée de nouvelles recrues qui demandent des fonds aux IRSC.

Volet biomédical/clinique
En 2008-2009, 141 chercheurs biomédicaux15 ont été financés dans le cadre de l'Initiative sur le VIH, une augmentation de 204 % par rapport à 2001-2002, alors que 69 avaient obtenu des fonds. Quatre-vingt-douze des chercheurs financés en 2008-2009 avaient aussi reçu des fonds des IRSC en 2001-2002, dans le cadre de l'Initiative sur le VIH ou d'autres programmes de financement des IRSC (principalement des subventions de fonctionnement dans le cadre de concours ouverts), mais 37 de ces 92 chercheurs n'oeuvraient pas dans le domaine du VIH/sida à cette époque et n'y sont arrivés que plus tard. Treize des 141 chercheurs étaient des stagiaires financés par les IRSC en 2001-2002. Quarante-neuf des chercheurs financés en 2008-2009 étaient de « nouvelles recrues », c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas obtenu de subvention ou de bourse de formation des IRSC en 2001-2002. Il est clair que l'Initiative sur le VIH a considérablement développé les capacités de recherche biomédicale, ayant permis de recruter dans le domaine 49 nouveaux chercheurs et 37 chercheurs établis (Figure 7). Il est évident que le taux de roulement des chercheurs est élevé, étant donné que seulement 27 des 69 chercheurs financés dans le cadre du volet biomédical de l'Initiative sur le VIH en 2001-2002 l'étaient encore en 2008-2009. Dans un échantillon de 20 ex-détenteurs de fonds de l'Initiative sur le VIH, 60 % tiraient leur financement d'autres sources aux IRSC, surtout des subventions de fonctionnement dans le cadre de concours ouverts, et les deux tiers de ceux-ci oeuvraient toujours dans le domaine du VIH/sida.

Volet services de santé/santé des populations
Une croissance considérable des capacités a eu lieu dans le volet SS/SP depuis son transfert aux IRSC en 2001. Dans l'ensemble, 92 (62 %) des 149 chercheurs financés en 2008-2009 étaient de nouvelles recrues, non financées par les IRSC en 2001-2002. De plus, 22 chercheurs établis, financés par les IRSC en 2000-2001 pour des travaux dans d'autres domaines, étaient passés dans le domaine du VIH/sida, ce qui a entraîné un gain net de capacité de 114 chercheurs (Figure 7). Huit des 149 chercheurs étaient des stagiaires financés par les IRSC en 2001-2002. Le taux de roulement des chercheurs dans ce volet a été encore plus spectaculaire que dans le volet biomédical : seuls 18 des 83 chercheurs financés sous le volet SS/SP en 2001-2002 l’étaient encore en 2008-09 (Figure 6). Dans un échantillon de 20 ex-détenteurs de fonds de l'Initiative sur le VIH, 45 % tiraient leur financement d'autres sources aux IRSC, surtout des subventions de fonctionnement dans le cadre de concours ouverts, et les deux tiers de ceux-ci oeuvraient toujours dans le domaine du VIH/sida.

Les volets RC, général et autochtone regroupent en grande majorité des chercheurs engagés dans les secteurs thématiques des services de santé et de la santé sociale/environnementale et des facteurs culturels. En ajoutant ces chercheurs au groupe financé dans le volet SS/SP, on arrive à un total de 279 chercheurs financés, comparativement à 83 en 2001-2002 (hausse de 336 %).

Figure 7 Antécédents des chercheurs financés en 2008-2009

Figure 7 Antécédents des chercheurs financés en 2008-2009

Le développement des capacités comporte aussi une dimension géographique. En 2001-2002, les IRSC ne finançaient que 31 établissements dans le cadre de l'Initiative sur le VIH. En 2008-2009, 55 établissements et organismes étaient financés (Figure 8), y compris des organismes nationaux couvrant l'ensemble des provinces et des territoires.

Figure 8 Répartition géographique des établissements et des organismes bénéficiaires de fonds de l’Initiative sur le VIH en 2001-2002 et 2008-2009

Figure 8 Répartition géographique des établissements et des organismes bénéficiaires de fonds de l’Initiative sur le VIH en 2001-2002 et 2008-2009

Où aboutissent les stagiaires?

Les IRSC consacrent une part notable (7 %) de leur investissement en recherche sur le VIH/sida par le biais de l'Initiative sur le VIH aux bourses de formation, misant sur le fait que leurs détenteurs resteront dans le domaine du VIH/sida et contribueront à combattre la maladie. Partant de l'hypothèse que les stagiaires qui poursuivent une carrière de chercheur universitaire continuent de solliciter des fonds des IRSC, nous avons examiné la base de données sur le financement des IRSC pour savoir si les ex-détenteurs de bourses de formation dans le cadre de l'Initiative sur le VIH avaient reçu d'autres subventions et bourses par la suite.

Volet biomédical/clinique
La vaste majorité des stagiaires de recherche biomédicale/clinique ne sont pas « retenus » pour financement ultérieur par les IRSC. Seulement six des 26 étudiants au doctorat financés jusqu'en 2004-2005 ont reçu d'autres fonds des IRSC par la suite (p. ex. bourses de recherche postdoctorale, subventions de fonctionnement); trois de ces six étudiants ont quitté le domaine du VIH/sida. La proportion est aussi faible pour les bourses postdoctorales : sept des 35 boursiers postdoctoraux en recherche biomédicale/clinique financés jusqu'en 2006-2007 ont reçu des subventions de fonctionnement ultérieures (deux ailleurs que dans le domaine du VIH). La multiplication de ces ratios16 laisse supposer qu'aussi peu que 5 % des étudiants biomédicaux soutenus par l'Initiative sur le VIH sont retenus par les IRSC pour financement ultérieur.

Volet services de santé/santé des populations
Contrairement aux stagiaires du volet biomédical/clinique, les stagiaires du volet SS/SP demeurent plus actifs au sein du milieu de la recherche sur le VIH/sida financé par les IRSC. Neuf étudiants au doctorat sur 11, et trois boursiers postdoctoraux sur six, subventionnés jusqu’en 2004-2005, ont reçu du financement ultérieur (dont un dans un autre domaine). La multiplication de ces ratios donne un taux de rétention de 41 %. On voit clairement l'impact majeur du volet SS/SP sur le développement des capacités de recherche universitaire dans ces secteurs émergents.

Il existe un écart frappant entre les taux de rétention apparents des stagiaires du volet SS/SP et ceux du volet biomédical/clinique. Comme ni les objectifs de carrière, ni le parcours professionnel de ces stagiaires ne sont connus, nous ne pouvons dire si cet écart représente l'échec des efforts pour retenir les chercheurs universitaires, ou plutôt le grand succès des efforts pour préparer les stagiaires biomédicaux à des carrières hors du milieu universitaire (p. ex. dans l'industrie, le secteur public ou les professions de la santé).17 Il serait justifié d'effectuer une enquête de suivi sur le parcours des stagiaires.

Encadré 3. Défi : Le VIH ne disparaît jamais complètement

Le VIH infecte un type particulier de cellules du système immunitaire, les lymphocytes T, dont le rôle est de nous protéger des virus et des bactéries. Toutefois, les lymphocytes T sont incapables de tuer le VIH en circulation dans le corps s'il se cache à l'intérieur des lymphocytes T eux-mêmes. Grâce à des médicaments, il est maintenant possible de diminuer la charge virale sous le seuil de détection, mais il demeure présent, caché dans des lymphocytes faisant office de « réservoirs latents ». Dès que les médicaments sont éliminés du corps, le virus recommence à se multiplier.

Tant que le VIH demeure intouchable dans les réservoirs des lymphocytes T, il est impossible de parler de guérison. Il existe donc un besoin pressant de comprendre où et comment le virus se cache, et comment on peut l'atteindre.

La réponse

Sur la scène internationale, beaucoup considèrent Rafick-Pierre Sékaly comme le chercheur ayant contribué le plus à une meilleure compréhension de la pathogenèse des atteintes au système immunitaire en général et des réservoirs de VIH en particulier. Au début des travaux sur le virus, le Dr Sékaly a résolu pour nous une énigme importante concernant le VIH/sida : comment le VIH pouvait-il causer le sida si on ne détectait aucune réponse immunitaire à l'infection par le VIH? En 1994, à l'Université de Montréal, l'équipe du Dr Sékaly a montré qu'il y avait une réponse, et a décrit la réaction du système immunitaire au cours des premières semaines suivant l'infection par le VIH. Son équipe a aussi montré que le virus est à l'origine d'une réaction d'intensité croissante dans les lymphocytes T, qui culmine en une surstimulation des cellules menant à leur mort. Une fois les lymphocytes T rendus inefficaces, le corps ne peut plus maîtriser la propagation du virus, et le sida commence à se manifester.

Depuis qu'on a découvert le lien entre le VIH et le sida, un vaste débat polarise les chercheurs quant au meilleur moment pour commencer le traitement et l'utilité de traiter les personnes qui semblent en santé mais qui sont séropositives. En 2003, l'équipe du Dr Sékaly a montré que si un patient atteint de la maladie n'est pas traité rapidement, on observe un ralentissement et une paralysie des lymphocytes T lorsque la charge virale augmente.

Le Dr Sékaly s'est intéressé aux caractéristiques de certaines personnes qu'on désigne sous le terme « contrôleur élite » : bien qu'elles soient infectées par le VIH, le virus ne se reproduit qu'à un niveau très faible dans leur corps, même sans traitement. On a découvert que les contrôleurs élites produisent une protéine connue sous le nom de FOXO3a. Non seulement cette protéine garde les lymphocytes T en vie, mais elle les rend plus résistants aux attaques répétées du VIH. L'équipe du Dr Sékaly a été capable de reproduire en laboratoire l'effet protecteur de FOXO3a, à l'intérieur des cellules de patients traités.

Les résultats

Les travaux du Dr Sékaly ont permis d'identifier des cibles prometteuses pour de nouvelles stratégies de traitement du sida. Si la voie FOXO3a peut être désactivée, on pourrait mettre au point une de ces stratégies : ainsi, le VIH ne pourrait plus tuer les lymphocytes T, ce qui protégerait du même coup l'organisme contre le virus.

De plus, l'équipe du Dr Sékaly a montré comment on pourrait mettre au point un nouveau type de traitement contre le sida, incorporant un agent chimiothérapeutique à la HAART, ce qui permettrait de détruire le virus caché dans les réservoirs en plus de celui qui circule dans le corps. Ces découvertes ouvrent la voie à des approches de traitement totalement nouvelles ciblant les lymphocytes T et non uniquement le virus. Si on peut empêcher la division des lymphocytes T, les virus qui s'y cachent vont éventuellement mourir. L'équipe du Dr Sékaly souhaite maintenant trouver des médicaments candidats capables d'atteindre le VIH caché dans les lymphocytes T.

Malheureusement, le nouveau Vaccine & Gene Therapy Institute, situé en Floride, a offert au Dr Sékaly l'occasion de mettre sur pied un grand programme de découverte de médicaments. Bien que le Dr Sékaly soit déterminé à maintenir des liens étroits avec ses collègues chercheurs canadiens, le nouvel institut lui offre la possibilité extraordinaire de commencer à appliquer ses travaux en recherche fondamentale à des remèdes potentiels contre le sida : « Avec l'équipement que j'ai maintenant, je me sens comme dans Star Wars », avoue le Dr Sékaly. « Ce sont des installations uniques en Amérique du Nord. »


Productivité de la recherche

Productivité et financement de la recherche

Nous nous attendions à ce que l'augmentation du financement de la recherche sur le VIH soit suivie d'une hausse correspondante du nombre d'articles de recherche publiés au cours des années suivantes. Nous avons constaté que même si le financement a été doublé par rapport à 2000-2001, le nombre d'articles publiés n'a affiché qu'une très légère hausse; cependant, après une augmentation plus marquée du financement, le nombre d'articles publiés est monté en flèche.18 Comme le nombre d'articles produits pour chaque dollar investi en recherche continue d'augmenter, il semble que le milieu canadien de la recherche sur le VIH/sida n'ait pas encore atteint sa pleine capacité de production de résultats de recherche publiables.

Productivité de la recherche canadienne19

Pour les données sur le financement, nous avons eu recours à l'année 2001-2002 comme année de référence dans la plupart des analyses, car nous ne disposions pas de données fiables pour les années antérieures. Par contre, il existait des données fiables sur les articles publiés avant 2001-2002; nous avons donc utilisé l'année 1996 comme année de référence, car les données y étaient antérieures à la création de l'Initiative sur le VIH. Le nombre d'articles signés annuellement par au moins un auteur possédant une adresse au Canada (« articles canadiens ») a au moins doublé entre 1996 et 2008, tandis que le volume total d'articles publiés dans le monde sur le VIH a augmenté d'environ 20 %. C'est pourquoi la part du Canada dans les articles mondiaux sur le VIH/sida a beaucoup augmenté.

Tableau 2 Articles publiés sur le VIH/sida, selon différentes bases de données
  PubMed WoS Scopus
Articles canadiens publiés en 1996 190 372 412
Articles canadiens publiés en 2008 468 746 813
Taux de croissance entre 1996 et 2008 2,46 2,00 1,97
Articles publiés dans le monde en 1996 12 491 11 263 15 542
Part du Canada 1,52 % 3,30 % 2,65 %
Articles publiés dans le monde en 2008 15 136 14 845 17 935
Part du Canada 3,09 % 5,03 % 4,53 %

Pub Med: US national Library of Medicine; WoS=Web of Science ® (Thomson-Reuters); ScopusTM= Elsevier B.V.

Certaines différences entre les chiffres tirés de chaque base de données s'expliquent facilement.20 Cependant, une de ces différences n'est sans doute pas seulement de nature technique. Il est à noter que dans PubMed, le nombre de « résultats positifs » a augmenté de façon plus marquée que dans les deux autres bases de données entre 1996 et 2008, tout comme la proportion d'articles canadiens dans le total. Cela signifie que l'augmentation du nombre d'articles ayant un Canadien comme auteur principal a été supérieure à celle du nombre total d'articles (où des Canadiens peuvent collaborer avec des auteurs principaux étrangers), ce qui laisse supposer que les Canadiens assument de plus en plus un rôle de leader dans les collaborations internationales.

Lorsque les données de publication sont examinées par ordre chronologique (Figure 9), on voit clairement que l'augmentation du nombre d'articles publiés et de la proportion d'articles canadiens dans le total mondial est survenue essentiellement à partir de 2001, à la suite de la création des IRSC en 2000 et de l'augmentation consécutive des fonds disponibles par le biais des concours ouverts des IRSC et de l'Initiative sur le VIH, de même qu'à la suite d'autres investissements du gouvernement du Canada, comme la FCI.

Figure 9A (gauche) Nombre d’articles canadiens publiés annuellement sur le VIH/sida, selon les trois bases de données; Figure 9B (droite) Pourcentage des articles canadiens publiés dans le monde

Figure 9A (gauche) Nombre d’articles canadiens publiés annuellement sur le VIH/sida, selon les trois bases de données; Figure 9B (droite) Pourcentage des articles canadiens publiés dans le monde

Figure 10 Articles canadiens publiés sur les services de santé et la santé des populations dans le domaine du VIH/sida

Figure 10 Articles canadiens publiés sur les services de santé et la santé des populations dans le domaine du VIH/sida

Volet services de santé/santé des populations
La productivité du volet SS/SP (Figure 10) égale sa performance remarquable au chapitre du développement des capacités. Depuis quatre ans, la productivité et la capacité ont particulièrement augmenté (Figure 6), ce qui laisse supposer que la productivité de ce groupe demeure en hausse. Le nombre d'articles publiés dans le volet SS/SP a triplé depuis 1996, tandis que le nombre total d'articles sur le VIH/sida n'a fait que doubler (Figure 9A).21

Encadré 4. Défi : Faire appel aux collectivités pour trouver des solutions vraiment efficaces

Les chercheurs canadiens travaillent en partenariat étroit avec les personnes vivant avec le VIH/sida, de même qu'avec d'autres communautés touchées et communautés d'utilisateurs des connaissances. Ces partenariats sont essentiels pour bien comprendre la grande variété de besoins et de problèmes présents dans les diverses populations touchées par le VIH/sida, notamment chez les populations particulièrement vulnérables et marginalisées. Comme l’a fait remarquer un répondant clé, l’approche des chercheurs consiste souvent, par exemple, à « rassembler tous les intervenants impliqués dans les projets, qu’il s’agisse des universitaires, des intervenants sur le terrain, des patients ou des décideurs du gouvernement, afin qu'ils décident ensemble des orientations et mettent en contexte les problèmes et leurs solutions ». L'apport principal des IRSC se situe surtout au niveau du renforcement de la capacité et de la formation d'équipes de recherche en offrant un financement à long terme. Dans une perspective d'avenir, les IRSC travaillent à créer un environnement de recherche où les travaux effectués sont appliqués dans les politiques et la pratique.

Les futurs efforts seront fondés sur nos réussites actuelles, comme le partenariat entre le Conseil africain et caribéen sur le VIH/sida en Ontario (CAVCO), l'Université de Toronto et d'autres établissements. L'un des principaux projets issus de ce partenariat est l'étude sur la stigmatisation (Stigma Study), qui visait à étudier comment les communautés africaines et caribéennes torontoises vivaient la stigmatisation, le déni, la peur et la discrimination associés au VIH/sida, et comment elles y réagissaient. Les connaissances acquises grâce à ce projet ont été appliquées à la création de projets de recherche visant à élaborer un plan de prévention du VIH/sida dans les communautés de race noire à Toronto.

Parmi les pionniers du domaine, on retrouve aussi Barry Adam (professeur de sociologie et d'anthropologie à l'Université de Windsor et directeur de la recherche préventive au Réseau ontarien de traitement du VIH/sida) et Ted Myers (chercheur à la Dalla Lana School of Public Health et directeur de la HIV Social, Behavioural and Epidemiological Studies Unit [unité des études sociales, comportementales et épidémiologiques sur le VIH] à l'Université de Toronto), qui ont mis au point à la fois des méthodes et des interventions pour la prévention du VIH/sida. Les travaux de Barry Adam, portant sur les relations sexuelles à haut risque chez les hommes gais, ont eu un effet déterminant sur l'élaboration de nouveaux types de campagnes de santé publique, conçues pour transmettre des messages plus efficaces et mieux adaptés que le sempiternel « utilisez toujours un condom », une approche tout simplement inefficace. Dans la même veine, les travaux de Ted Myers mettent en évidence le besoin de remettre les pendules à l'heure afin de réduire la prise de risques non intentionnelle chez les hommes gais ou bisexuels. Ses conclusions ont aussi été utilisées dans les campagnes du AIDS Committee of Toronto (ACT), du gouvernement de l'Ontario et de plusieurs agences de santé publique de la province. Bien que le Canada ne mette pas encore sur pied suffisamment d'interventions de première ligne, Joanne Otis, chercheuse de l'Université du Québec à Montréal et titulaire d'une Chaire de recherche du Canada en éducation à la santé, travaille en collaboration avec des groupes communautaires pour mener des recherches portant sur les victimes du VIH, les adolescents et d'autres groupes vulnérables. La Dre Otis a obtenu d'importants résultats dans le domaine de la prévention du VIH/sida.

L'étude « Positive spaces, healthy places », mise en valeur dans le Recueil de cas de partenariat des IRSC, est un partenariat novateur dont l'objectif était d'établir des liens entre l'accès au logement et la santé. Un répondant clé a déclaré : « Il s'agit d'un très bon exemple de ce qu'on peut accomplir en faisant participer les communautés et les clients; les données probantes issues de la recherche pourront influencer les décisions prises par les planificateurs des services de santé. »

Puisque 27 % des nouvelles infections par le VIH surviennent chez les Autochtones, il est crucial pour ces communautés d'établir une capacité de recherche et des infrastructures appropriées. Les équipes de recherche des Cadres de développement de la capacité autochtone de recherche en santé (CDCARS) de l'Institut de la santé des Autochtones, ainsi que leur successeur, l'Environnement réseau pour la recherche sur la santé des Autochtones (ERRSA), jouent un rôle prépondérant dans l'amélioration de la santé des Autochtones. Les Réseaux de recherche en santé des Autochtones sont aussi reconnus pour l'excellence de leurs travaux en milieu communautaire, notamment l'établissement d'un programme de recherche et la mise sur pied d'interventions fondés sur les besoins réels des communautés. Des efforts semblables et des approches communautaires seront essentiels pour lutter contre le VIH/sida, et permettre aux communautés autochtones et aux chercheurs de travailler ensemble à mieux comprendre pourquoi les taux de VIH sont si élevés dans ces communautés, et comment changer ces tendances dans la transmission.

Volet recherche communautaire
La quantité d'articles canadiens publiés en RC (Figure 11) a fortement augmenté en 2005 et demeure en hausse.22 Leur proportion dans l'ensemble des articles publiés en RC dans le monde a considérablement augmenté, passant de 4-5 % au début des années 2000 à presque 8 % aujourd'hui. La proportion d'articles canadiens dans l'ensemble des articles.

Figure 11 Articles/année dans les secteurs de la recherche sur le VIH/sida liés à la RC

Figure 11 Articles/année dans les secteurs de la recherche sur le VIH/sida liés à la RC

Figure 12 Articles/année dans les secteurs de la recherche sur le VIH/sida liés à la santé autochtone

Figure 12 Articles/année dans les secteurs de la recherche sur le VIH/sida liés à la santé autochtone

Recherche communautaire, volet Santé autochtone
Le Canada contribue abondamment à la littérature mondiale limitée sur la santé autochtone.23 Avec le soutien du volet Santé autochtone du Programme de RC, la productivité canadienne durant la période 2005-2008 a presque quadruplé par rapport à la période 1996-2001; la part du Canada dans le monde est passée de 13 à 28 % durant la même période. La productivité du Canada s'est mise à augmenter à partir de 2002, tandis que la productivité mondiale, plutôt instable par le passé, a entamé une hausse constante l'année suivante (Figure 12).


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Productivité des chercheurs d'élite

Les chercheurs d'élite du Canada dans le domaine du VIH/sida ont beaucoup augmenté leur productivité. En 1996-1998, la productivité moyenne des 40 meilleurs chercheurs était de 16,5 articles sur trois ans; en 2006-2008, ce chiffre est passé à 25,8. Pareillement, la productivité médiane est passée de 12 à 20 articles sur trois ans. Autrement dit, le 15e chercheur le plus productif en 1996-1998 (13 articles) se serait classé 40e en 2006-2008.

Comme l'indiquaient les antécédents des chercheurs subventionnés à la section sur le développement des capacités, cette élite affiche un taux de roulement élevé et se renouvelle avec du « sang neuf ». Parmi les 40 auteurs canadiens les plus productifs en 1996-1998, seuls 11 faisaient encore partie de cette élite en 2006-2008; à l'inverse, 29 des 40 premiers en 2006-2008 n'étaient pas dans l'élite en 1996-1998.

Encadré 5. Défi : La moitié des personnes décédées du sida en Colombie-Britannique n'avaient jamais reçu de traitement

On fait beaucoup de cas de la situation précaire des patients sidéens dans les pays en développement et de leur accès restreint à des traitements qui pourraient leur sauver la vie. Malheureusement, on parle peu du nombre accablant de Canadiens confrontés au même problème.

De nombreux facteurs, allant de la logistique aux habitudes de vie, font obstacle à l'identification, au diagnostic et au traitement de certaines des populations canadiennes les plus vulnérables; pourtant, c'est dans ces populations que les taux d'infection et de décès augmentent le plus rapidement. Par exemple, en Colombie-Britannique, de 13 à 18 % seulement des Autochtones séropositifs et seulement 40 % des utilisateurs de drogues injectables admissibles au traitement HAART (ou trithérapie) sont bel et bien traités.

La réponse

Julio Montaner, directeur du Centre d'excellence de la Colombie-Britannique sur le VIH/sida, est reconnu pour sa détermination à résoudre des problèmes apparemment insolubles; il réussit à s'attarder à la fois aux besoins individuels du patient qu'il traite et aux efforts colossaux, souvent nécessaires, de réévaluation des stratégies de recherche sur le sida et des traitements de la maladie. Le Dr Montaner a récemment procédé au lancement du programme « Seek and Treat for Optimal Prevention of HIV/AIDS » (STOP HIV/AIDS) (dépistage et traitement pour la prévention optimale du VIH/sida), dans le cadre duquel on offre rapidement des tests de dépistage du VIH aux résidents du quartier Downtown Eastside de Vancouver, où la proportion de personnes séropositives (30 %) correspond à celle de l'Afrique subsaharienne, ainsi qu'un programme de traitement aux personnes nouvellement diagnostiquées et à celles qui n'ont pas encore été traitées. Le Dr Montaner s'appuie sur le principe du « traitement à titre préventif » pour en démontrer l'efficacité : mettre un terme à la transmission du VIH chez les populations à risque en maintenant la charge virale sous le seuil de détection (où la transmission n'est pas possible) chez les personnes infectées les plus susceptibles de transmettre le virus.

Le Dr Montaner a été l'un des précurseurs du traitement HAART, mis au point au milieu des années 1990, et a encouragé son adoption comme norme internationale en matière de soins. Il a aussi été parmi les premiers à démontrer la valeur des médicaments appelés INNTI et à préconiser leur utilisation comme traitement de première ligne. À l'heure actuelle, il tente encore une fois de remettre les pendules à l'heure partout dans le monde en ce qui a trait au VIH/sida. En effet, on remarque depuis longtemps que la probabilité de transmission du VIH par un patient donné semble diminuer proportionnellement à la diminution de sa charge virale. Pourtant, le Dr Montaner a dû consacrer beaucoup d'efforts et mener bien des recherches pour changer la croyance populaire et répandre l'opinion que le traitement HAART permet non seulement de traiter le VIH/sida, mais aussi de réduire le risque de transmission du virus.

Pour prouver ses dires, le Dr Montaner a recueilli un large éventail de données d'appui. Tout d'abord, les chercheurs du Centre ont recueilli des données probantes montrant que lorsqu'une femme enceinte amorce son traitement antirétroviral, le taux de transmission de la mère à l'enfant diminue de manière spectaculaire. Ensuite, ils ont montré que plus la charge virale d'une personne est faible, plus le risque de transmission du VIH à son partenaire est faible. Enfin, ils ont entrepris un nouveau projet de recherche qui montre que, malgré l'augmentation massive de la prévalence de la syphilis en Colombie-Britannique, le taux de VIH dans la population a énormément diminué depuis l'introduction du traitement HAART.

Les résultats

Il est vrai que le traitement HAART est coûteux. Les modèles coût avantage du Dr Montaner montrent toutefois que chaque cas traité non seulement signifie une autre vie sauvée, mais aussi que grâce au traitement la personne ne peut transmettre la maladie, sauvant encore des vies et éliminant le coût de traitements futurs. Selon les modèles, on estime qu'en offrant le traitement HAART à toute personne de la Colombie Britannique admissible, au lieu de la proportion actuelle de 50 %, on pourrait éviter 1 600 nouvelles infections en une année, et faire des économies de 95 millions de dollars sur une période de 25 ans. Des chercheurs de l'OMS estiment maintenant qu'on pourrait réduire de 95 % en dix ans le nombre de nouveaux cas de VIH dans le monde si l'approche du Dr Montaner s'avère un succès.

Comparaison de la productivité de différents pays24

La productivité relative du Canada est également en hausse. En 1996-1998, le Canada se classait sixième au monde pour le nombre d'articles publiés, mais il est passé au quatrième rang en 2006-2008, devant l'Italie et l'Allemagne, dont le nombre d'articles publiés a peu augmenté. Il est à noter l'apparition de la Chine et de l'Afrique du Sud parmi les leaders mondiaux de la recherche sur le VIH/sida; tandis que la productivité du Canada s'est accrue d'un facteur de 1,7 entre les deux périodes, celle de l'Afrique du Sud a sextuplé et celle de la Chine a été multipliée par 13. La domination phénoménale des États-Unis dans ce domaine et dans tous les domaines de la recherche en santé demeure incontestée; la Figure 13 montre que les États-Unis dépassent très largement les autres pays au chapitre des articles publiés.

Figure 13 Articles canadiens publiés sur le VIH/sida comparativement aux autres pays principaux

Figure 13 Articles canadiens publiés sur le VIH/sida comparativement aux autres pays principaux

Tendances de la recherche canadienne25

Alors que les approches biomédicales et cliniques étaient auparavant surreprésentées dans la littérature canadienne sur le VIH/sida, celle-ci fait maintenant une plus grande place à la recherche en sciences humaines, sur la santé des populations (incluant la santé publique) et les services de santé. Entre 1996-1998 et 2006-2008, la proportion d'articles publiés en sciences humaines est passée de 8 à 13 % du total; en santé des populations, la proportion est passée de 8 à 11 % et sur les services de santé, de 3 à 6 %; cela s'est accompagné d'une réduction correspondante dans la catégorie « autres », dont la part du total est passée de 69 à 60 % (Figure 14). (Cette grande catégorie, qui équivaut à 52 % du total des articles publiés en 2006-2008, couvre toute la recherche biomédicale et clinique en infectiologie, en virologie et en immunologie, de même que dans d'autres spécialités cliniques.)26 Ce changement reflète l'évolution générale de la recherche financée par les IRSC et des volets de recherche soutenus par l'Initiative sur le VIH.

Figure 14 : Répartition des articles canadiens publiés sur le VIH/sida, par thème de recherche

Figure 14 : Répartition des articles canadiens publiés sur le VIH/sida, par thème de recherche

Spécialités de la recherche canadienne
Le Canada est un des pays qui contribuent le plus à la littérature mondiale sur le VIH/sida, mais les Canadiens se spécialisent-ils dans certains secteurs particuliers? Pour les secteurs les plus importants en volume d'articles publiés (infectiologie, immunologie, virologie), l'indice de spécialisation du Canada27 se situe près de 1 (Figure 15); c'est-à-dire que le Canada produit beaucoup d'articles dans ces secteurs, autant que le laisse supposer sa contribution générale à la littérature mondiale. Cependant, la contribution des chercheurs canadiens est disproportionnée dans les secteurs des services de santé, des sciences humaines et des professions de la santé autres que la médecine (sciences infirmières, réadaptation), où l'indice est supérieur à 1, ainsi qu'en microbiologie et en sciences physiques, où l'indice est inférieur à 1. La faible contribution du Canada dans ce dernier secteur, qui regroupe des disciplines comme la chimie organique et médicinale, est peut-être le reflet du faible niveau de recherche pharmaceutique industrielle au Canada.

Figure 15 Indice de spécialisation des articles canadiens sur le VIH/sida (2006-08), selon le secteur de recherche

Figure 15 Indice de spécialisation des articles canadiens sur le VIH/sida (2006-08), selon le secteur de recherche

Encadré 6. Défi : Pourquoi certaines personnes sont-elles immunisées contre le VIH?

Fait étrange, certaines personnes possèdent une immunité naturelle contre le VIH; en étudiant les raisons de cette immunité, nous pourrions découvrir comment d'autres personnes peuvent elles aussi être immunisées.

La réponse

La découverte la plus importante sur la nature de cette immunité - une énigme qui perdure - a été faite par une équipe de recherche travaillant à Nairobi avec Drs. Francis Plummer et Keith Fowke, de l'Université du Manitoba. En 1984, shortly après la découverte du sida et alors qu'on croyait que la maladie était inexistante en Afrique, le Dr Plummer a découvert que les deux tiers d'une cohorte de travailleuses kényanes de l'industrie du sexe participant à un projet de recherche sur les infections transmissibles sexuellement (ITS) étaient infectées par le VIH. Bien que cette découverte même soit étonnante, le Dr Plummer a fait une découverte encore plus surprenante : bon nombre de ces femmes étaient résistantes au virus, et n'ont jamais été infectées par le VIH, malgré des centaines voire même des milliers d'expositions au VIH. Le Dr Plummer a donc pu documenter le tout premier cas de résistance naturelle au VIH, que l'on croit aujourd'hui être une réalité chez environ 5 % de la population.

Avec la collaboration de Keith Fowke et de ses collègues de Nairobi et de l'Université du Manitoba, le Dr Plummer dirige maintenant une analyse exhaustive des facteurs immunologiques et génétiques responsables de la médiation de la résistance au VIH chez ces femmes, en faisant appel à une approche multidisciplinaire qui combine la virologie fondamentale, la biologie moléculaire et l'immunologie cellulaire avec la génétique des populations. Leur objectif est de comprendre comment ces femmes ont pu acquérir une immunité protectrice contre l'infection par le VIH, et comment il est possible d'appliquer cette découverte à la mise au point d'un vaccin efficace contre le VIH.

Les résultats

Jusqu'à présent, les résultats suggèrent que les femmes résistantes ont une réponse immunitaire différente, soit qui permet aux cellules immunitaires de reconnaître les cellules infectées par le VIH et de les éliminer, soit qui compte au départ moins de cellules cibles pouvant être infectées par le VIH. Dans un cas comme dans l'autre, le VIH peut pénétrer dans leur organisme, mais leurs cellules immunitaires sont capables de l'éliminer, contrairement à ce qui se passe chez la plupart des gens. Dans ce cas particulier, l'exposition constante de ces femmes au VIH avait pour avantage de causer une production abondante et constante de lymphocytes T, capables de combattre l'infection. Malheureusement, si elles cessaient d'y être exposées, même pour quelques semaines, elles perdaient leur immunité.

Les découvertes du Dr Plummer ont attiré l'attention du monde entier sur ce groupe de travailleuses du sexe kényanes : des équipes de recherche d'un peu partout dans le monde travaillent maintenant avec le groupe de Nairobi et s'acharnent à utiliser cette découverte formidable pour développer un vaccin efficace. À ce jour, quelques candidats prometteurs ont été testés, mais aucun n'a été un succès. Partout on reconnaît que les travaux du Dr Plummer sont essentiels à la mise au point d'un vaccin même si, pour l'instant, leur application à des stratégies cliniques demeure problématique.

L'équipe du Dr Plummer poursuivra ses travaux grâce à de nouveaux fonds obtenus dans le cadre des défis mondiaux de la Fondation Bill-et-Melinda Gates, auxquels s'ajoutent le soutien de l'initiative sur le VIH et le soutien à long terme des IRSC. Grâce à ce financement, ils utiliseront les outils de la protéomique moderne pour s'attaquer au virus. L'équipe espère que les nouvelles voies de réponse immunitaire qu'ils travaillent à caractériser vont mener à la découverte de candidats pour un vaccin ou au développement d'un agent microbicide.

Au cours des 20 années qu'il a passées au Kenya, le Dr Plummer a joué un rôle crucial dans la cartographie de l'épidémie naissante de VIH/sida en Afrique. Bien qu'elle ait centré ses travaux sur la caractérisation de la résistance naturelle, l'équipe du Dr Plummer a continué à prouver l'inexactitude des idées préconçues à bien des égards, notamment que le sida n'existait pas en Afrique, que les femmes ne pouvaient pas en être atteintes, que la transmission par contact hétérosexuel ne présentait pas de risque réel, que le VIH n'était pas transmis par le lait maternel et que les infections transmises sexuellement n'étaient aucunement liées au risque de contracter le VIH. Durant les années passées à Nairobi, les Drs Plummer et Fowke ont collaboré à la construction de cliniques et de laboratoires de recherche, et ont formé de nombreux fournisseurs de soins de santé et chercheurs locaux. La clinique où ils avaient commencé à travailler seuls à Nairobi a été transformée en un nouvel immeuble de laboratoires de quatre étages, financé par le Canada, où travaillent 60 personnes déterminées à découvrir un vaccin contre le VIH/sida.


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Qualité des articles de recherche canadiens

Les chercheurs canadiens produisent beaucoup d'articles, mais quelle en est la qualité? La productivité de la recherche canadienne sur le VIH/sida demeure excellente. En bibliométrie, la qualité se mesure en nombre de citations : on dit qu'un article est de qualité lorsqu'il est cité par d'autres chercheurs dans leurs propres articles, probablement parce qu'il leur fournit d'importantes bases conceptuelles, factuelles ou techniques. À la lumière de cet indicateur, la recherche canadienne sur le VIH/sida se compare très bien au reste du monde. Pour 2006-2008, les articles canadiens se sont classés au deuxième rang pour le nombre de citations (Figure 16), derrière le R.-U. (1er) et devant les É.-U. (4e). En 1996-1998, le Canada se classait encore 2e, mais cette fois derrière les É.-U.28

Figure 16 Nombre moyen de citations par article publié sur le VIH/sida pour la période 2006-2008 dans les principaux pays

Figure 16 Nombre moyen de citations par article publié sur le VIH/sida pour la période 2006-2008 dans les principaux pays

L'impact général d'une série d'articles particulière (d'un auteur, d'une revue, d'un établissement ou d'un pays uniques) peut s'exprimer par son indice-h29 qui découle aussi d'une analyse des citations. Le Canada occupe le quatrième rang général (Figure 17). Pour ce qui est de l'influence des articles canadiens, leur grande qualité est contrebalancée par leur plus faible nombre que, disons, le R.-U. et les É.-U.

Figure 17 Indice-h des principaux pays en recherche sur le VIH/sida, 2006-2008

Figure 17 Indice-h des principaux pays en recherche sur le VIH/sida, 2006-2008

Sous-domaines de la recherche sur le VIH/sida

Dans tous les sous-domaines de la recherche sur le VIH/sida analysés, les articles canadiens sont cités à des fréquences supérieures à la moyenne (Figure 18), à l'exception de la recherche en santé publique et des populations, où le Canada se classe dans la moyenne mondiale. Cela est peut-être le signe que ce secteur de la recherche sur le VIH/sida, qui a récemment connu une forte croissance, doit encore prendre de la maturité avant de récolter plus de citations. Le rendement supérieur du Canada au chapitre des citations s'applique aussi aux articles publiés en 1996-1998, lorsque le pays publiait surtout des articles en sciences biomédicales.

Figure 18 Fréquence des citations d’articles canadiens et mondiaux dans divers secteurs de la recherche sur le VIH/sida (Infect = infections; RSS = recherche sur les services de santé)

Figure 18 Fréquence des citations d’articles canadiens et mondiaux dans divers secteurs de la recherche sur le VIH/sida (Infect = infections; RSS = recherche sur les services de santé)

Volet santé autochtone
Nous devons prendre garde de tirer des conclusions fermes à partir des données sur les citations d'articles en santé autochtone, compte tenu de leur nombre très limité. Comme on le voit au Tableau 3, les données sur les citations pour la période 1996-1998 sont peu révélatrices, se limitant à quelques rares travaux et quelques articles cités constamment, sans doute autant à cause de la concurrence limitée que de la qualité inhérente des articles. En 2006-2008, cependant, le volume de recherche couvert était plus important; les données sur les citations montraient des variations moins extrêmes,30 et sont probablement beaucoup plus significatives. Le taux de citation du Canada concorde avec celui des autres pays principaux. Cela laisse supposer que les recherches canadiennes dans ce domaine ont récemment gagné en qualité et en compétitivité à l'échelle internationale. Le taux de citation international d'environ 3,0 correspond à celui des articles en matière de santé des populations en général.

Tableau 3 Citations d'articles sur le VIH/sida en santé autochtone (données de WoS) dans les cinq principaux pays
Pays 1996-98 2006-08
articles citations/article articles citations/article
R.-U. 6 63,17 11 2,55
É.-U. 9 35,08 37 3,97
Suisse 2 23,5 0 0
Australie 11 8,55 12 3,67
Canada 9 4,44 32 3,66
Afrique du Sud 0 0 14 2,5

Articles les plus cités

Les chercheurs canadiens sont de plus en plus présents dans les articles les plus cités au monde. En 1996-1998, seulement quatre des articles les plus cités dans le monde comportaient la signature d'un auteur canadien (Figure 19); le meilleur canadien s'était classé 57e. En revanche, des Canadiens figuraient parmi les auteurs de douze des 100 articles les plus influents en 2006-2008, dont trois parmi les 20 plus influents. Le meilleur Canadien s'est classé 2e.

Figure 19 Fréquence de citation des 100 articles les plus influents : articles signés par des Canadiens représentés en foncé

Figure 19 Fréquence de citation des 100 articles les plus influents : articles signés par des Canadiens représentés en foncé

Auteurs les plus prolifiques

Les Canadiens occupent une place enviable parmi les auteurs les plus prolifiques dans le domaine, étant donné que le Canada ne produit que 4-5 % des articles publiés dans le monde sur le VIH/sida. En fait, quatre des dix auteurs les plus prolifiques en 2006-2008 étaient canadiens (Figure 20), ce qui est deux fois plus que le rendement respectable de deux sur dix en 1996-1998.31

Figure 20 Chercheurs les plus productifs du monde, 2006-2008 : Canadiens indiqués en foncé

Figure 20 Chercheurs les plus productifs du monde, 2006-2008 : Canadiens indiqués en foncé


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Collaborations

En comparant le nombre d'articles publiés au nombre d'auteurs, on constate que les articles ont tendance à être publiés par des équipes de plus en plus grandes, dans le secteur du VIH/sida comme dans de nombreux autres secteurs de la recherche en santé. Dans 500 articles sur le VIH/sida choisis au hasard, on a constaté que le nombre moyen d'auteurs par article, qui était de 5,0 en 1996-1998, s'élevait à 5,9 en 2008. Cette augmentation est inférieure à celle observée dans de nombreux autres secteurs de la recherche en santé (les valeurs correspondantes pour tous les articles de recherche en santé canadiens sont 3,9 et 5,3), ce qui montre que le degré de collaboration est élevé depuis longtemps dans le milieu de la recherche sur le VIH/sida.

Collaboration internationale

La collaboration internationale a toujours constitué une des forces du milieu canadien de la recherche sur le VIH/sida et, comme dans d'autres secteurs de la recherche en santé, cette collaboration s'est intensifiée ces dernières années. Selon la base de données WoS, la moitié des articles canadiens publiés en 1996-1998 comptaient des collaborateurs étrangers, contre 82 % en 2006-2008. Bien que ces pourcentages très élevés s'expliquent par les collaborations réunissant plusieurs pays, qui sont comptés plusieurs fois,32 l'augmentation relative est révélatrice. Dans un échantillon aléatoire de 200 articles publiés, la proportion d'articles canadiens comptant des collaborateurs étrangers était de 30 % en 1996-1998 et de 45 % en 2006-2008. Les auteurs canadiens collaborent principalement avec les pays indiqués à la Figure 21. La collaboration s'est intensifiée avec les É.-U., le R.-U., l'Allemagne et l'Espagne, et surtout avec l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud et l'Ouganda.

Figure 21 Pays avec lesquels les auteurs canadiens collaborent dans la recherche sur le VIH/sida

Figure 21 Pays avec lesquels les auteurs canadiens collaborent dans la recherche sur le VIH/sida

Parmi les 100 articles de recherche clinique sur le VIH/sida les plus cités entre 2004 et 2009, dix avaient un auteur canadien, dont neuf dans le cadre d'une collaboration internationale.

Encadré 7. Défi : Comment un petit pays peut-il enrichir le savoir mondial?

Le Canada produit moins de 5 % des résultats scientifiques à l'échelle mondiale en recherche sur le VIH/sida. Peut-il jouer un rôle important pour mieux prévenir et traiter le sida?

La réponse

Lorsqu'on examine les réalisations canadiennes en recherche au cours des 10 à 20 dernières années, il est surprenant de constater que les Canadiens contestent souvent les opinions bien établies. Qu'il s'agisse des idées préconçues à propos de la prévalence du sida en Afrique ou de l'impossibilité de transmettre la maladie par des relations hétérosexuelles, du développement du traitement HAART ou de l'utilisation du " traitement à titre préventif ", les Canadiens s'opposent souvent au consensus international, et prouvent le bien-fondé de leurs allégations par des travaux de recherche rigoureux, qui transforment les hérésies supposées en faits confirmés.

Mark Wainberg et Julio Montaner ont tous deux consacré deux années à la présidence de la Société internationale du sida. Ils ont tous les deux lutté passionnément pour améliorer la qualité des soins et les possibilités de traitement pour les gens partout dans le monde. Il va sans dire qu'une détermination aussi tenace à exiger qu'on change ce qui ne fonctionne pas n'a pas toujours placé les Canadiens dans les bonnes grâces des figures d'autorité; toutefois, cette ténacité a donné au Canada une autorité et une influence qui dépassent de loin sa taille ou ses contributions financières aux efforts mondiaux

Par exemple, la décision du Dr Wainberg d'organiser la Conférence de la Société internationale du sida en Afrique du Sud en 2000 allait à l'encontre de l'opinion générale qu'un pays niant le rôle du VIH n'aurait pas dû accueillir l'événement. Pourtant, ce congrès s'est révélé un moment charnière dans l'histoire de la pandémie. La détermination du Dr Wainberg à attirer l'attention internationale sur la situation en Afrique a forcé les gouvernements africains à admettre l'importance du problème du sida et son origine virale, et a permis l'introduction de mesures efficaces de prévention et de traitement. Depuis, le Dr Wainberg continue de se battre sans relâche pour offrir un meilleur accès à des médicaments efficaces contre le sida dans les pays en développement et pour aider à créer des occasions pour les scientifiques de ces pays de recevoir une formation dans les meilleurs laboratoires de la planète, afin qu'ils puissent mettre sur pied des installations de traitement et de recherche de pointe à leur retour chez eux.

Du point de vue de la santé mondiale, beaucoup considèrent le partenariat établi entre l'Université du Manitoba et l'Université de Nairobi comme un modèle de collaboration entre des scientifiques de pays en développement et de pays développés qui est bénéfique pour tous. Sans la présence d'une infrastructure et de liens de confiance établis depuis longtemps, Stephen Moses n'aurait pas été capable de mener ses travaux révolutionnaires (Encadré 8).

Le Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC (Encadré 2) permet au Canada de travailler en partenariat de manière efficace avec des acteurs beaucoup plus importants dans le monde entier. Malgré leur petit nombre, les scientifiques canadiens continuent à apporter une contribution substantielle à la plupart des innovations internationales, et sont donc parmi les premiers à faire bénéficier leurs patients des stratégies de traitement les plus efficaces.

Du côté des politiques, Catherine Hankins du Canada est reconnue internationalement comme chef de file au sein de l'ONUSIDA. Enfin, bien qu'il ne fasse pas partie du milieu de la recherche, nous nous devons de mentionner les importantes contributions de Steven Lewis à l'influence et à la réputation du Canada dans le monde.

Les résultats

Partout sur la scène internationale, le Canada est à l'avant-garde de la recherche sur le sida et de l'élaboration de traitements et de stratégies. Les scientifiques mentionnés dans le présent rapport, de même que tous les autres chefs de file canadiens, ont joué un rôle de premier plan dans le combat contre le sida, et ils continueront certainement à occuper une place prépondérante à l'avenir dans la lutte contre le VIH/sida.

Collaboration avec les utilisateurs des connaissances

Les chercheurs canadiens sur le VIH/sida ont pour tradition de collaborer étroitement avec les utilisateurs des connaissances tirées de leurs travaux, notamment avec le secteur communautaire, l'industrie, les organismes de réglementation et d'autres intervenants. Les succès rapportés ici montrent que les chercheurs ne se contentent pas de publier leurs résultats, mais qu'ils ont à cœur de les faire contribuer à la santé des gens.

Bien que l'application des connaissances (AC) n'était pas une condition de financement originale de l'Initiative sur le VIH, l'AC est un élément central de plusieurs de ses programmes. Par exemple, depuis son inauguration, le Réseau canadien sur les essais VIH (RCEV) est dirigé par les meilleurs cliniciens du pays; il intègre des personnes vivant avec le VIH à tous les processus décisionnels et collabore de près avec les organismes de réglementation et l'industrie. Tous ces partenariats contribuent à garantir que le RCEV effectue les bonnes recherches au bon moment et que ses résultats seront rapidement mis en pratique par ceux qui peuvent s'en servir.

La recherche communautaire est un autre exemple important. La RC est en fait de l'AC intégrée « active », une approche qui vise à garantir que le transfert des connaissances et l'utilisation des résultats de recherche demeurent au cœur du processus scientifique.

De plus, les IRSC ont augmenté de façon marquée leur soutien financier aux activités d’AC liée à la recherche sur le VIH/sida : en 2005-2006, sept subventions d’une valeur de 185 000 $ ont été versées, comparativement à 28 subventions d’une valeur de 539 790 $ en 2008-2009.

On s'attendra de plus en plus à des efforts d'AC de la part des bénéficiaires de fonds de recherche sur le VIH/sida. Par exemple, les candidats aux subventions d'équipe émergente : Découverte d'un vaccin et recherche sociale (à l'étude) seront priés « d'élaborer des stratégies d'application des connaissances »,33 et les Centres de développement de la recherche sur la santé des populations en matière de VIH/sida (dont deux viennent d'être financés) devront « appuyer l'application des connaissances dans diverses populations cibles afin d'accroître les répercussions de la recherche orientée sur les politiques et la pratique avec les partenaires pertinents ».34

Cette accentuation des efforts d'AC aidera à assurer aux Canadiens un maximum de retombées pour leur investissement en recherche sur le VIH/sida.


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Sensibilisation du public

L'investissement des IRSC dans la recherche sur le VIH/sida, par le biais de l'Initiative sur le VIH et d'autres efforts, a suscité beaucoup d'intérêt dans les médias. Une recherche dans les articles d'information et d'autres articles archivés a permis de relever 99 articles d'information en anglais et 27 en français, 41 communiqués et bulletins des IRSC ainsi que huit communiqués du gouvernement du Canada, depuis le lancement de la nouvelle Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada, au début de 2005.35 Durant la période 2006-2008, 5-6 % des articles d'information des IRSC sur les découvertes scientifiques et les bourses de recherche ont traité du VIH/sida. La plus forte publicité a été obtenue par une étude conjointe des IRSC et des NIH réalisée au Kenya par le Dr Stephen Moses (Université du Manitoba) et ses collègues, qui ont constaté que les hommes circoncis risquaient beaucoup moins que les hommes non circoncis de contracter le VIH lors de rapports hétérosexuels. Cette découverte a été désignée comme la percée médicale de l'année 2007 par la revue Time36

Les articles d'information couvrent tout l'éventail des activités de recherche soutenues par l'Initiative sur le VIH. Un examen des 28 articles individuels encore disponibles dans les archives de divers médias (qui ne constituent donc pas un échantillon rigoureusement représentatif) a révélé que 46 % des articles portaient sur la recherche biomédicale (comme les études sur des vaccins); 29 % sur la recherche en santé des populations (comme les stratégies de prévention); 7 % sur la recherche dans le domaine des services de santé; et 4 % (un article) sur la recherche clinique. Les autres (14 %) étaient consacrés à des personnes ou à des organismes (p. ex. Initiative canadienne de vaccin contre le VIH).


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Conclusion : Contribution de la recherche à l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada

Les investissements des IRSC dans le développement des capacités et le soutien à la recherche, par l'intermédiaire de l'Initiative sur le VIH et d'autres efforts, ont grandement contribué à la réalisation des quatre buts de l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada. Dans les sections suivantes, nous cernons comment les réalisations clés décrites dans le présent rapport ont contribué à chacun de ces buts.

Les succès canadiens couverts dans le présent rapport ont été unanimement reconnus comme fondamentaux par les leaders scientifiques et autres que nous avons contactés. Il existe cependant de nombreuses autres réalisations ayant des impacts plus locaux et de nombreux chercheurs prometteurs dont les travaux pourraient bientôt commander autant de respect sur la scène internationale. Les récents travaux des chercheurs canadiens – la plupart financés par les IRSC et/ou l'Initiative sur le VIH – se classent au deuxième rang mondial pour l'impact des citations (Figure 16). Ce degré d'influence est remarquable pour un petit pays sur le plan scientifique ne produisant que 5 % des connaissances mondiales sur le VIH/sida. De plus, grâce au financement généreux de l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida, les indicateurs décrits dans le présent rapport laissent supposer que la tendance restera à la hausse, ce qui permettra au Canada de continuer de contribuer à réduire les souffrances causées par le VIH/sida dans le monde.

But 1 : Prévenir les nouvelles infections et leur transmission

Un des aspects frappants du milieu canadien de la recherche sur le VIH/sida est son degré d'intégration, à la fois sur le plan des activités de recherche et des approches multidimensionnelles utilisées dans la lutte contre cette maladie très complexe. Par exemple, même si Mark Wainberg est un chercheur reconnu mondialement pour ses études sur la base moléculaire de la résistance aux médicaments, cela ne l'empêche pas de se rendre sur le terrain pour s'assurer que les gens profitent des découvertes de son équipe. Dans le cadre d'études virologiques, il a récemment démontré qu'environ la moitié des nouvelles infections au Québec étaient transmises par des gens eux-mêmes nouvellement infectés et à risque de retransmettre l'infection sans le savoir. Le Dr Wainberg et son équipe étudient des approches innovatrices pour trouver, tester, conseiller et traiter les groupes à risque élevé, de sorte à réduire leurs comportements risqués et leurs chances de retransmettre le virus, en leur offrant des services de dépistage et d'intervention sur place. « Nous avons été les premiers à opter pour cette approche, qui a maintenant fait ses preuves dans cinq autres centres », a noté le Dr Wainberg.

Encadré 8. Défi : Prévenir la transmission du VIH/sida

Partout dans le monde, la prévalence du VIH ne cesse d'augmenter. Bien que les programmes de prévention aient à leur actif quelques réussites, leur impact général demeure limité. L'épidémie de VIH/sida a déjà annulé les effets bénéfiques de plusieurs des progrès réalisés dans le domaine de la santé et les gains enregistrés en développement social et économique au cours des dernières décennies en Afrique subsaharienne, où l'on rapporte le tiers des décès associés au sida. Dans les pays les plus touchés, l'espérance de vie a déjà diminué d'au moins 10 ans.

Depuis la fin des années 1980, on a observé des écarts importants de prévalence du VIH entre certains pays et à l'intérieur même des frontières, qu'on ne peut pas expliquer par les différences dans les types de comportement sexuel ou la présence d'autres infections. Francis Plummer, un chercheur canadien, a été parmi les premiers à proposer que les différentes pratiques liées à la circoncision pouvaient contribuer à ces écarts, mais les preuves n'étaient pas suffisantes pour changer les politiques internationales ou les priorités de financement. Les conclusions d'un examen Cochrane publié en 2003 indiquaient qu'on ne peut pas formuler de recommandations concernant les politiques sans avoir tout d'abord mené plusieurs essais randomisés pour en prouver la validité; l'OMS et d'autres organismes étaient du même avis. Comme le précise le Dr Stephen Moses, « il faut fournir des preuves en béton pour recommander un acte comme la circoncision : il s'agit d'une intervention permanente, qui comporte un risque d'effet indésirable ».

La réponse

Trois essais cliniques internationaux ont été mis en œuvre pour combler ces écarts, dont un au Kenya, financé par les IRSC et les NIH, et dirigé par le Dr Moses et des collègues des états-Unis et du Kenya.

Bien qu'il eût été idéal de mener un essai contrôlé randomisé, l'équipe du Dr Moses doutait que les participants acceptent d'être répartis au hasard pour une intervention chirurgicale. Cependant, à leur grande surprise, leurs études initiales d'acceptabilité ont montré que les participants potentiels africains étaient enthousiastes. Le Dr Moses mentionne toutefois que sans la collaboration de longue date entre l'Université du Manitoba et les chercheurs kényans, l'essai clinique n'aurait jamais vu le jour.

En fin de compte, dans le cadre de trois essais distincts, on a suivi des milliers d'hommes séronégatifs pour le VIH durant un certain nombre années, et on a démontré que les hommes circoncis couraient de 50 à 60 % moins de risque de contracter le VIH au cours de relations hétérosexuelles que ceux qui ne l'étaient pas. Le magazine Time a qualifié les résultats des essais de percée médicale de l'année 2007. Bien que la circoncision ne constitue pas une panacée contre le VIH, elle peut contribuer à réduire la propagation de l'infection, si en plus on adopte des pratiques sexuelles plus sûres et on assure un meilleur dépistage et de meilleurs traitements des infections transmissibles sexuellement.

Les résultats

ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaissent maintenant la circoncision comme une stratégie efficace de prévention du sida dans les pays où on observe un taux important de transmission par relations hétérosexuelles; des chercheurs de l'OMS estiment que près de trois millions de décès et 5,7 millions de nouvelles infections pourraient être évités au cours des 20 prochaines années grâce à cette pratique.

Dans le cadre de leurs stratégies intégrées sur le sida, des pays d'Afrique australe et orientale, dont le Swaziland, le Botswana, le Kenya et le Malawi, ont offert des services permettant de rendre la circoncision plus accessible à la population. Les premiers résultats indiquent que ces services sont très en demande; par exemple, le Kenya a créé une politique nationale, qui a mené à la circoncision de 30 000 à 40 000 hommes l'année dernière, ce qui a permis de prévenir jusqu'à 2600 nouvelles infections. De plus, des donateurs importants, comme le Plan présidentiel d'urgence d'aide à la lutte contre le sida des états-Unis (PEPFAR) et la Fondation Bill et Melinda Gates, subventionnent maintenant à coups de millions de dollars les services de circoncision dans les pays en développement.

Les travaux du Dr Wainberg sont grandement influencés par les succès internationaux de son collègue de longue date, Julio Montaner, qui travaille auprès des populations les plus vulnérables et mal servies de la C.-B. et tente de déterminer si la « prévention par le traitement » est efficace pour réduire la propagation du VIH. Selon une équipe de chercheurs de l'Organisation mondiale de la santé, on pourrait réduire de 95 % les nouvelles infections au VIH sur la planète d'ici dix ans si l'approche du Dr Montaner était appliquée avec succès partout dans le monde.

Stephen Moses est célèbre pour ses essais sur la circoncision, mais son leadership se manifeste vraiment par la création et la mise en œuvre d'une approche intégrée en matière de santé. Il travaille à l'échelle internationale avec des leaders et des clients locaux afin de responsabiliser les gens à l'égard de leur santé et de celle de leur communauté. Ses recherches s'étendent à l'étude des facteurs de risque biologiques et comportementaux des maladies transmissibles sexuellement (MTS), y compris du VIH, et à la mise au point d'interventions auprès des groupes vulnérables afin de réduire la propagation. Il enseigne aussi aux travailleurs de la santé comment optimiser les soins de santé dans les milieux pauvres en ressources, et il travaille à intégrer les approches de prévention et de traitement des MTS et du VIH.

Pour l'avenir, l'espoir réside dans la mise au point d'un vaccin contre le VIH, et cet espoir est entretenu par les premiers résultats positifs d'essais cliniques récents sur un vaccin.37 Les contributions canadiennes à cette tâche monumentale viennent de chercheurs comme Ken Rosenthal et Rupert Kaul, qui étudient l'immunité des muqueuses, domaine très important pour comprendre et prévenir la transmission du VIH. L'équipe de l'Université du Manitoba au Kenya tente de cerner certains mécanismes de résistance naturelle au VIH. Pendant ce temps, d'autres chercheurs comme Jonathan Angel étudient la dysfonction immunitaire et mettent à l'essai des immunothérapies, afin de trouver une approche qui s'avérera efficace contre le VIH malgré ses constantes mutations.


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But 2 : Ralentir la progression de la maladie et améliorer la qualité de vie

Depuis la mise au point du 3TC jusqu'aux essais internationaux OPTIMA sous la direction d'un chercheur du RCEV, William Cameron (qui comparent différentes stratégies de prise en charge des patients qui ne répondent pas aux traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART) de première et de deuxième ligne),38 les chercheurs canadiens sont des chefs de file dans la création de nouveaux médicaments et de nouvelles stratégies de traitement. Le Canada a été le premier à défendre et à démontrer l'efficacité du HAART, une combinaison de médicaments qui agissent sur différents aspects du processus de réplication du virus. Selon un répondant clé, « le Canada est reconnu pour sa capacité d'organiser et de mener des essais à grande échelle de ce genre ».

Lorsque les polythérapies ont commencé à se répandre, elles étaient efficaces, mais le cocktail de médicaments difficile à gérer augmentait le taux d'échec, et les effets secondaires débilitants étaient fréquents. Avec le soutien crucial du RCEV, les chercheurs canadiens ont fait des contributions clés aux vastes efforts de recherche qui ont abouti, en 2006, à la possibilité pour la plupart des patients de prendre un seul comprimé, une fois par jour, avec beaucoup moins d'effets secondaires. L'infrastructure du RCEV est intimement liée aux réalisations passées du Canada et à ses espoirs de succès futurs dans la prévention et le traitement du VIH.

D'importants essais cliniques auxquels des Canadiens ont participé, comme les essais SMART, conçus pour déterminer laquelle de deux stratégies de traitement du VIH donnait globalement les meilleurs résultats cliniques,39 ont démontré la valeur d'un traitement précoce : « Nous n'attendons pas que la maladie se manifeste, ce qui nous permet d'éviter les infections opportunistes ». Le traitement des patients avant que leur système immunitaire soit trop affaibli comporte d'importants avantages à long terme, y compris un risque réduit de démence, un meilleur taux de survie et une meilleure santé durant le reste de la vie.

Les contributions remarquables de Rafik Sekaly, Jean-Pierre Routy et leur équipe à notre compréhension de la pathogenèse du VIH et des moyens possibles de la stopper ont ravivé l'espoir de guérir véritablement le sida, et non seulement de le contrôler. Un défi important posé aux chercheurs est l'absence de bons modèles animaux pour l'étude du VIH, ce qui les oblige à travailler sur des tissus humains.

Les vastes études de cohortes contribuent de plus en plus à améliorer le quotidien et le pronostic à long terme des personnes vivant avec le VIH/sida. Comme elles peuvent suivre des sujets pendant leur vie entière, les études de cohortes fournissent de l'information précieuse sur les effets à long terme du VIH et des médicaments contre le VIH, les effets cumulatifs sur la santé (p. ex. incidence du cancer) et l'influence des facteurs sociaux, régionaux, médicaux et démographiques. Depuis dix ans, des investissements dans des études de cohortes partout au pays – C.-B., Alberta, Ontario, Québec – ont créé une importante infrastructure nationale qui aide à répondre à des questions cliniques auparavant insolubles. Robert Hogg a fait partie intégrante des efforts visant à relier les cohortes canadiennes au moyen de collaborations comme la Canadian Observational Cohort Collaboration (CANOC) et la North American AIDS Cohort Collaboration on Research and Design (NA-ACCORD). La CANOC regroupe les données sur 50-60 000 patients de cinq cohortes dans tout le Canada, tandis que la NA-ACCORD relie 22 cohortes de tout le continent. Ces grandes collaborations permettent aux équipes de recherche d'accéder à l'élite mondiale en statistique et en méthodologie scientifique et d'analyser et d'interpréter des données comme jamais auparavant. Ces nouvelles méthodes de recherche permettent de répondre à de nouvelles questions; par exemple, elles peuvent fournir des données pour appuyer l'optimisme grandissant sur les bienfaits d'entamer le HAART beaucoup plus tôt.

But 3 : Réduire l'impact social et économique du VIH/sida

Par rapport à d'autres grandes questions de santé publique, le VIH/sida se distingue depuis son apparition par l'engagement constant des victimes dans le traitement, les politiques, la planification et la recherche. Le milieu du VIH/sida a établi de nouvelles normes et attentes à l'égard de la pertinence de la recherche, des personnes qui devraient y participer et du rôle que devraient y jouer différents types de décideurs. Comme les chercheurs canadiens tentent généralement d'exercer un impact sur la santé par une meilleure intégration de l'AC, la recherche communautaire s'impose de plus en plus comme un modèle à suivre pour l'AC intégrée. Comme l’a indiqué un répondant clé, « cela permet aux communautés de contribuer, de contrôler et de collaborer davantage. La recherche est très réceptive aux besoins, et ses résultats sont directement mis en pratique. »

Dans certaines populations, les taux d'infection au VIH sont encore à la hausse. Malgré l'information abondante qui existe sur le sida et sa prévention, de nombreuses personnes ne se protègent pas. Il est clair que le problème n'est pas l'ignorance et se situe ailleurs, dans la complexité du comportement humain et de l'organisation sociale. De nombreux répondants ont désigné les interventions préventives comme secteur d'investissement futur important. Pour être efficaces, ces interventions doivent être conçues en collaboration étroite avec les groupes à risque, afin de comprendre et combattre les causes profondes du problème. Les investissements canadiens dans la recherche communautaire seront essentiels pour soutenir les relations et la recherche nécessaires pour vaincre cette maladie encore incurable. Au sujet des réalisations du volet RC, un répondant clé a mentionné que « l'investissement des IRSC a été très utile pour donner une impulsion au milieu. Cela a permis aux partenaires communautaires de travailler avec les responsables des politiques pour comprendre l'ampleur des défis et commencer à chercher des solutions. Nous avions besoin de cette infrastructure pour entreprendre le genre de recherche pouvant influencer les politiques. Sur cette base solide, d'excellents groupes de chercheurs sont prêts à l'action partout au pays. »

Les conséquences du VIH/sida sont dévastatrices, à la fois pour les victimes et pour la société. La recherche canadienne apporte une contribution énorme à la réduction des coûts associés à la maladie : bien que les médicaments comme tels soient dispendieux, les économies découlant du maintien d'une personne séropositive en bonne santé générale peuvent être énormes. Sans traitement efficace, les victimes doivent composer avec une grande variété de dysfonctions et d'infections, qui ont toutes des conséquences pour les patients, leurs familles, le système de santé et la population active. Mais on pourrait économiser bien davantage sur les coûts de traitement en réduisant la propagation du VIH, par exemple à l'aide de l'approche de « prévention par traitement » du Dr Montaner, qui selon lui pourrait quintupler la rentabilité du HAART.

But 4 : Contribuer à l'effort mondial visant à réduire la propagation du VIH et à atténuer l'incidence de la maladie

Les chercheurs canadiens demeurent à l'avant-garde de la recherche mondiale sur le VIH/sida. Ils plaident avec passion – et beaucoup de succès – en faveur de la conception et de l'application de meilleures approches de prévention et de traitement et de l'utilisation de ces approches dans les populations qui en ont le plus besoin.

Le Canada continuera de jouer un rôle de premier plan, dépassant ses contributions financières et quantitatives, dans la recherche mondiale sur le VIH/sida, grâce aux efforts individuels souvent héroïques comme ceux de l'équipe de l'Université du Manitoba au Kenya, nos leaders au sein de la Société internationale sur le sida, et aux efforts récents comme ceux du nouveau Réseau des essais en prévention Canada-Afrique, parrainés par le RCEV. De nombreux répondants ont aussi noté la contribution internationale majeure de Catherine Hankins, chercheuse canadienne qui est maintenant conseillère scientifique en chef à l'ONUSIDA.

De plus, le Canada construit l'infrastructure appuyant officiellement la collaboration internationale. La collaboration IRSC-ACDI dans l'Initiative canadienne de vaccin contre le VIH, qui soutiendra des équipes codirigées par des chercheurs du Canada et de PRFI, est un début prometteur. Comme l'a noté un chercheur canadien expatrié aux é.-U., « un récent concours du CRDI [Centre de recherches pour le développement international], un programme de coopération Nord-Sud entre le Canada et l'Afrique,40 a suscité un grand intérêt ici. Je crains qu'il n'y ait pas beaucoup d'argent sur la table – à mon avis, on ne reconnaît pas la popularité que cette idée aurait et son potentiel d'application, surtout au sein du milieu biomédical. L'intérêt est énorme – beaucoup de chercheurs biomédicaux canadiens ici m'ont pressenti pour cette possibilité ».

Les chercheurs canadiens demeurent déterminés à développer les soins et les traitements limités offerts à une si grande partie des victimes du VIH dans le monde, et ils continuent d'œuvrer à l'amélioration du soutien, des structures et des possibilités. Un des besoins cruciaux est de permettre à des jeunes chercheurs du monde entier d'être formés dans des laboratoires de pointe, pour ensuite retourner dans leur pays d'origine armés de leurs connaissances – et des ressources pour les appliquer – tout en développant des liens solides et mobiles entre des équipes de recherche émergentes et établies. Plusieurs leaders de la recherche ont souligné combien le Canada était bien placé pour jouer un rôle de chef de file dans ce domaine et que cela pourrait avoir des retombées énormes pour le Canada, dans l'amélioration de la santé publique et de la vie des victimes du VIH ainsi que dans le rehaussement de la réputation mondiale du pays.


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Annexe : Principaux répondants

Nous remercions les personnes ci-dessous pour leur précieux soutien dans la recherche et l'explication des succès canadiens dans le domaine du VIH/sida. Cependant, les auteurs assument l'entière responsabilité de toute inexactitude dans les faits ou les interprétations présentées dans les encadrés 1 à 8.

Nom Organisme
Jonathan Angel Scientifique principal, maladies chroniques
Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa
Professeur, Faculté de médecine
Université d'Ottawa
Chris Archibald Directeur, Division de la surveillance et de l'évaluation des risques
Agence de santé publique du Canada
Luis Barreto Vice-président, Affaires publiques, Sanofi Pasteur Ltée.
Sanofi Pasteur Ltd
Alan Bernstein Directeur exécutif
Entreprise mondiale pour un vaccin contre le VIH
Carl Dieffenbach Directeur, Division du SIDA
National Institute of Allergy and Infectious Diseases
National Institutes of Health
Robert Hogg Professeur, Faculté des sciences de la santé
Directeur, HIV/AIDS Drug Treatment Program
Centre d'excellence de la Colombie-Britannique sur le VIH/sida
Sean Hosein Réviseur scientifique et médical
Réseau canadien d'info-traitements sida
Charlotte Loppie Reading Présidente, Réseaux de recherche en santé des Autochtones
école de santé publique et de politique sociale, / Centre de recherche sur la santé des Autochtones
Université de Victoria
Julio Montaner Directeur
Centre d'excellence de la Colombie-Britannique sur le VIH/sida
Stephen Moses Professeur, département de microbiologie médicale, Sciences de la santé communautaire et médecine
Université du Manitoba
Francis Plummer Directeur général,
Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses
Agence de santé publique du Canada
Christopher Power Chaire de recherche du Canada (T1) sur les infections neurologiques et l'immunité
Département de médecine, de microbiologie médicale et d'immunologie,
Université de l'Alberta
Anita Rachlis Scientifique associée
Centre Sunnybrook des sciences de la santé
Sean Rourke Directeur scientifique et exécutif
Réseau ontarien de traitement du VIH/sida
Directeur, recherche, services de santé mentale, Centre for Research on Inner City Health de l'Hôpital St. Michael's
Professeur agrégé, département de psychiatrie, Université de Toronto
Martin Schechter Directeur national, Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC
Professeur et directeur, école de santé publique et de santé des populations
Président, division d'épidémiologie et de biostatistiques
Université de la Colombie-Britannique
Chaire de recherche du Canada (I) VIH/sida et santé des populations urbaines
Rafik-Pierre Sekaly Vaccine and Gene Therapy Institute
Florida
Kim Thomas Directrice des programmes
Société canadienne du sida
Michel Tremblay Professeur, département de biologie médicale
Chaire de recherche du Canada (T1) en immuno-rétrovirologie, Centre de recherche en infectiologie, Université Laval
Mark Wainberg Professeur, Biologie moléculaire/virologie
Directeur, Centre SIDA McGill, Institut Lady Davis
Hôpital général juif
Catherine Worthington Professeure agrégée
Faculté du travail social
Université de Calgary


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Renvois et notes

  1. Initiative canadienne de vaccin contre le VIH/sida
  2. ICVV : Consultation sur les programmes de financement l'ICVV
  3. Les données financières ont été fournies par les IRSC. Celles de la catégorie « Autres » (c.-à-d. non liées à l'Initiative sur le VIH) ont été obtenues à partir d'une recherche par mot clé. Lorsqu'ils présentent leurs demandes, les candidats sont priés de fournir des mots clés qui décrivent leur projet et dont la pertinence est validée par le personnel des IRSC. Une part importante de la recherche décrite comme pertinente par rapport au VIH/sida par les candidats n'a pas été validée comme telle. Dans la base de données non validées des IRSC dans le Web, nous avons relevé des investissements totalisant 366 millions de dollars, alors que les données validées indiquaient 278 millions de dollars. Le financement « indirect » s'applique aux projets ou bourses où le VIH/sida est abordé, sans être le thème de recherche dominant. La Figure 1 montre tous les fonds investis par les IRSC, y compris ceux liés au VIH dans le cadre des chaires de recherche du Canada et des Réseaux de centres d'excellence.
  4. Par exemple : les subventions CDCARS de l'Institut de la santé des Autochtones; les subventions « Amélioration des théories, des cadres, des méthodes et des instruments de mesure pour la recherche et l'application des connaissances sur les services et les politiques de santé » de l'Institut des services et des politiques de la santé; et les bourses d'études Canada-HOPE.
  5. Détails de la possibilité de financement « subvention de fonctionnement dans le cadre de concours ouverts »
  6. Les candidats ont désigné des thèmes de premier choix au moment de soumettre leur demande de financement. Lorsqu'aucun thème n'était désigné, Mark Bisby en a choisi un sur la base du titre, des mots clés ou du résumé du projet financé. Les données indiquées à la Figure 2 ne couvrent pas les fonds des chaires de recherche du Canada et des Réseaux de centres d'excellence. SSS= Services et systèmes de santé.
  7. Projet de recherche en protéomique virale, Institut de génomique de l'Ontario (anglais seulement)
  8. Résultat tiré du moteur de recherche sur le financement de la Gates Foundation (anglais seulement)
  9. Cela n'est pas le reflet d'une augmentation générale de l'activité commerciale à l'échelle nationale, puisque le nombre annuel de demandes de brevet liées au VIH/sida, qui a plus que doublé entre 2000 et 2006, est depuis redescendu aux niveaux de 2003-2004.
  10. Détails de la possibilité de financement : Subvention d'équipe émergente : Découverte d'un vaccin contre le VIH/sida et recherche sociale
  11. Certaines grandes bases de données sur les articles publiés sont maintenant pourvues d'un champ « bailleur de fonds », mais comme nous avons relevé certaines incohérences et inexactitudes dans ces données, nous avons décidé de ne pas les utiliser.
  12. Nous avons constaté la même tendance dans l'examen des 20 articles les plus cités comprenant un auteur canadien pendant toute la période comprise entre 2000 et la mi-2009. Sept des articles ont reconnu le soutien direct des IRSC, mais sept des 13 qui ne l'ont pas fait étaient soutenus par des entreprises, ou constituaient des lignes directrices cliniques. Encore une fois, les auteurs canadiens de 18 des 20 articles avaient reçu des fonds des IRSC; un des chercheurs non financés n'était pas admissible à une subvention, car il travaillait dans l'industrie.
  13. Le nombre de nouvelles bourses financées chaque année dépend d'un certain nombre de facteurs : la répartition des fonds de l'Initiative sur le VIH; le nombre de demandes de bourse sous chaque volet; et la qualité des demandes. La Figure 5 montre les bourses en cours et nouvelles. Étant donné que chaque bourse peut être détenue par la même personne durant plusieurs années, la somme des chiffres indiqués dans les colonnes est supérieure au nombre de chercheurs individuels financés, tel qu'illustré au Tableau 1. Les bourses salariales indiquées pour le volet RC sont pour des facilitateurs de la recherche communautaire.
  14. Étant donné qu'il s'agit d'une analyse plutôt longue, nous avons opté pour un échantillonnage bisannuel plutôt qu'annuel après 2002-2003. Pour 2000-2001, nous avons aussi inclus les chercheurs financés dans le cadre de l'ancien PNRDS (Santé Canada) qui ont pu être identifiés après le transfert de leur subvention aux IRSC l'année suivante.
  15. Le terme « chercheur » couvre tous les chercheurs principaux et les cochercheurs identifiés dans la demande de subvention.
  16. En nous basant sur le cheminement professionnel habituel (étudiant au doctorat>boursier postdoctoral>chercheur indépendant) des chercheurs admissibles aux subventions des IRSC, nous multiplions les deux ratios pour estimer la rétention d'un chercheur. Pour les stagiaires de recherche biomédicale, par exemple, la rétention = (6/26) × (7/35).
  17. L'objectif des bourses de recherche au doctorat est de « constituer un bassin fiable de chercheurs hautement qualifiés » (base de données sur le financement des IRSC).
  18. Il existe une période de décalage, généralement de deux à quatre ans, entre le début du financement de la recherche et la publication des articles qui en découlent. Nous avons donc comparé le nombre d'articles de recherche publiés annuellement sur le VIH/sida comptant des auteurs canadiens avec les montants financés trois ans plus tôt (Figure F1), à partir de 1994-1995, la première année pour laquelle nous avons pu obtenir des données d'archives. Dans la Figure 1, les fonds et les articles sont comparés sur une échelle relative, la première année ayant reçu une valeur de 1. Les données qui en résultent montrent clairement un lien positif entre le niveau de financement et les articles publiés, même si ce lien est loin d'être direct. En triplant les niveaux de financement, on est parvenu à doubler le nombre d'articles publiés.
    Figure F1 Financement et publication. Le nombre d’articles canadiens sur le VIH/sida sont comparés au financement des IRSC trois ans plus tôt, par rapport à l’année de référence 1994-1995
    Figure F1 Financement et publication. Le nombre d’articles canadiens sur le VIH/sida sont comparés au financement des IRSC trois ans plus tôt, par rapport à l’année de référence 1994-1995
  19. Pour obtenir de l'information sur la productivité des chercheurs canadiens, nous avons interrogé trois grandes bases de données sur les articles publiés, PubMed, Web of Science (WoS) et Scopus, à l'aide d'une chaîne de caractères simple : Sujet =[ HIV ou AIDS] ET Adresse/Affiliation =[Canada]. Malgré les différences dans le nombre réel d'articles récupérés dans les trois bases de données, les mêmes tendances sont ressorties.
  20. Dans PubMed, seule l'adresse du premier (principal) auteur de chaque article est indiquée. C'est une des raisons qui expliquent le moindre nombre d'articles canadiens tirés de PubMed. Scopus couvre plus la « littérature grise » et indexe davantage d'articles que WoS, ce qui explique pourquoi les chiffres qui en sont tirés sont légèrement plus élevés.
  21. Même si les données de 2009 ne sont pas incluses, car elles sont encore incomplètes, il est à noter que jusqu'à maintenant (novembre 2009), le nombre d'articles sur la santé publique/des populations et environnementale pour 2009 est plus élevé que pour toute autre année, ce qui montre que l'augmentation spectaculaire de la productivité se poursuit.
  22. Les données indiquées pour 2009 ne couvrent qu'une partie de l'année. Le nombre d'articles publiés pour l'année complète devrait se situer autour de 110-120. Nous nous sommes servis de quelques mots clés qui figuraient souvent dans les demandes de subvention financées sous le volet RC (général et santé autochtone), comme prevention, communit*, resilien*, vulnerab*, cultur*, qualitative, intervention, et les avons combinés aux mots HIV et AIDS, pour obtenir les données présentées à la Figure 11.
  23. Nous avons donc examiné la productivité de la recherche canadienne dans ce secteur particulier en consultant les bases de données WoS et SCOPUS, à l'aide de la chaîne : sujet = [HIV ou AIDS] ET [Aboriginal OU Inuit OU indigenous]. En raison du nombre limité des résultats, et des statistiques douteuses qui en résultaient, nous avons fait la moyenne des résultats des deux bases de données à la Figure 12. Cette recherche a permis de récolter très peu d'articles publiés par des chercheurs canadiens ou étrangers.
  24. À l'aide des données de WoS (qui classe les résultats selon le pays des auteurs), nous pouvons comparer la productivité des auteurs canadiens par rapport à ceux des pays dominants en recherche. Pour cette analyse, nous avons regroupé les données de deux périodes de trois ans pour réduire les variations statistiques associées au faible nombre d'articles. Nous avons choisi 1996-1998, année antérieure à l'établissement de l'Initiative sur le VIH, et 2006-2008, année où l'Initiative était bien rodée.
  25. Pour examiner les sujets des articles publiés par les chercheurs canadiens sur le VIH/sida, nous avons obtenu un classement par discipline de tous les articles publiés en 1996-1998 et 2006-2008. Cette analyse est fournie automatiquement par WoS et Scopus, mais leurs méthodes de classement sont assez différentes. Celle de WoS semblait mieux correspondre aux quatre thèmes de recherche des IRSC.
  26. Scopus fournit des données habituellement comparables, révélant une réduction de 65 à 53 % dans la catégorie « Santé – autres » et une augmentation de la proportion d'articles en sciences humaines.
  27. L'indice de spécialisation (qui équivaut au % des articles canadiens publiés dans le domaine x / % des articles publiés dans le monde dans le domaine x) des articles publiés en 2006-2008 est indiqué à la fois pour les disciplines comptant le plus d'articles (Figure 15) et les groupes de disciplines désignés à la Figure 14.
  28. Il est à noter que les articles canadiens figuraient toujours au deuxième rang parmi les articles les plus cités en 2006-2008, même si le pourcentage des articles biomédicaux a baissé au Canada par rapport à celui des articles en sciences humaines durant la période 1996-2008. Les articles de recherche biomédicale récoltent généralement plus de citations que les articles de recherche en sciences humaines, et cela a aussi été le cas pour ces articles sur le VIH/sida (voir Figure 25).
  29. Pour une série d'articles donnés, h d'entre eux ont été cités au moins h fois. La Figure F2 fournit une estimation de l'indice h des articles canadiens publiés sur le VIH/sida en 2006-2008; il est à noter que seuls les 100 articles les plus cités sont comparés.
    La valeur de h dépend donc à la fois du nombre d'articles publiés au pays et de la fréquence à laquelle ils sont cités. La Figure 13B indique les indices h des principaux pays producteurs d'articles publiés en 2006-2008.
    Figure F2 Calcul de l’index h des articles canadiens publiés en 2006-2008 
    Figure F2 Calcul de l’index h des articles canadiens publiés en 2006-2008
  30. Au tableau 3, il est à noter que ces taux de citation sont uniquement comparables à l'intérieur des colonnes, et non des rangées. Les articles publiés en 2006-2008 ont des taux de citation inférieurs à ceux de 1996-1998 , simplement parce que les possibilités de citation ultérieures ont été moins nombreuses.
  31. WoS a été interrogée à l'aide des termes « HIV » ou « AIDS » pour les années 2006 à 2008. Les résultats ont d'abord été classés selon la fréquence du nom des auteurs et ont ensuite été limités aux articles comptant des collaborateurs canadiens.
  32. Par exemple, un article comprenant des auteurs du Canada, des É.-U. et de la France est compté une fois dans le total des É.-U. et une fois dans le total de la France.
  33. Détails de la possibilité de financement des IRSC
  34. La santé des populations et les services de santé en matière de VIH/sida – Notification de décisions de financement : Résumé de la possibilité de financement des IRSC
  35. Nous reconnaissons l'aide d'Anne-Laure Grenier dans cette enquête.
  36. Times Magazine: Top 10 Medical Breakthroughs, 2007 (anglais seulement)
  37. Supachai Rerks-Ngarm et al., « Vaccination with ALVAC and AIDSVAX to Prevent HIV-1 Infection in Thailand. » New England Journal of Medicine, publié en ligne le 20 octobre 2009 DOI 0.1056/NEJMoa0908492
  38. Le site Web canadien d'OPTIMA (anglais seulement)
  39. Base de données canadienne sur les essais VIH [LINK NOT WORKING]
  40. Subventions de renforcement des capacités en vue d'essais cliniques en matière de prévention du VIH/sida