Profil de recherche - Les meilleures intentions

À la lumière des meilleures données disponibles, on conseille aux femmes asthmatiques de poursuivre leurs traitements quotidiens contre l'asthme durant la grossesse, pour le bien de leur enfant.
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Les femmes enceintes qui cessent leurs traitements contre l'asthme pour éviter d'exposer leur enfant aux corticostéroïdes pourraient faire plus de mal que de bien.
« La mère peut décider d'arrêter parce qu'elle se sent bien et n'est pas à bout de souffle et qu'elle craint les effets nocifs des médicaments pour le foetus », explique la Dre Lucie Blais, chercheuse de l'Université de Montréal. « Mon hypothèse est que l'enfant souffrira de l'asthme avant la mère, voire plus que la mère. »
Tous les asthmatiques – et non seulement les femmes enceintes – tendent à suivre leur traitement de façon sporadique, l'arrêtant lorsque les symptômes respiratoires diminuent ou sont tolérables. Cependant, selon la Dre Blais, l'asthme est une affection chronique comportant des poussées épisodiques, qui exige un traitement quotidien.
En bref
Qui – Dre Lucie Blais, professeure agrégée, Faculté de pharmacie, Université de Montréal; chercheuse, Centre de recherche de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.
Question – De nombreuses femmes asthmatiques interrompent leur traitement aux corticostéroïdes par inhalation pendant la grossesse, ce qui comporte des risques pour la santé de la mère et de l'enfant.
Approche – La Dre Blais dirige une étude sur plus de 8 000 femmes asthmatiques afin de déterminer l'impact de la réduction ou de l'arrêt des corticostéroïdes durant la grossesse.
Impact – L'étude produira de l'information qui aidera à mieux protéger la santé des femmes enceintes et de leurs enfants et à réduire les coûts pour le système de santé.
« Ce que nous constatons très souvent est le traitement des crises d'asthme. Cependant, entre les crises, le traitement est parfois négligé. »
La Dre Blais ajoute que la tendance à négliger le traitement « peut être amplifiée durant la grossesse, car les femmes peuvent craindre qu'un médicament à base de corticostéroïdes, même inhalé, soit nuisible au foetus ».
Il est important que les femmes enceintes continuent de prendre leurs médicaments, car, malgré leurs bonnes intentions, une crise d'asthme peut provoquer une chute du niveau d'oxygène pour la mère et l'enfant. « Avec les données dont nous disposons, le meilleur conseil est de poursuivre le traitement aux corticostéroïdes afin que l'asthme demeure stable, » affirme la Dre Blais.
Grâce au financement des Instituts de recherche en santé du Canada, la Dre Blais étudie les effets sur la santé de l'inobservance des traitements contre l'asthme durant la grossesse. Ses recherches révèlent jusqu'ici que, même si les femmes souffrant d'asthme sévère poursuivent leur traitement durant la grossesse, celles dont l'état est plus tolérable tendent à ranger leur pompe jusqu'à la naissance du bébé.
Au début de son étude, la Dre Blais s'attendait à ce qu'une interruption du traitement durant la grossesse se traduise par de « mauvais indicateurs périnataux » (p. ex. poids faible à la naissance, naissance prématurée). Cependant, les résultats ont révélé une tendance déconcertante, à savoir que les femmes qui interrompaient leur traitement souffraient moins de l'asthme que les femmes sévèrement asthmatiques qui le poursuivaient pour gérer leur maladie. Nous étions rendus à comparer des pommes avec des oranges.
« Pour cette raison, il est très difficile de déterminer les bienfaits réels de la prise de corticostéroïdes par inhalation », explique la Dre Blais. « Nous avons donc attaché plus d'importance à la sévérité de l'asthme. Ce faisant, nous avons constaté que les femmes dont l'asthme était de modéré à sévère avaient plus de chances que les femmes légèrement asthmatiques de mettre au monde des bébés plus petits que la normale pour leur âge gestationnel – qui est un indicateur de la croissance intra-utérine. »
Dans le cadre de l'étude, l'équipe de la Dre Blais a examiné les dossiers de santé d'une cohorte de plus de 8 000 enfants – de 0 à 10 ans – nés de mères asthmatiques. Une partie des mères ont reçu un questionnaire à remplir sur les antécédents médicaux, les habitudes de vie et l'environnement de la famille. Les données recueillies et analysées jusqu'à présent révèlent que l'asthme non stabilisé durant la grossesse influe négativement sur l'enfant.
La Dre Blais recommande fortement aux femmes asthmatiques de faire stabiliser leur état avec la dose optimale de corticostéroïdes avant de concevoir un enfant.
« Cela est important, car durant la grossesse, les médecins sont réticents à ajouter un médicament ou à en modifier le dosage. Si vous connaissez et prenez votre dose optimale avant de devenir enceinte, vous n'aurez ainsi qu'à continuer dans la même voie durant votre grossesse. »
En chiffres
- La prévalence de l'asthme chez les femmes enceintes se situe entre 4 % et 7 % – il s'agit d'une des maladies chroniques les plus fréquemment rencontrées durant la grossesse.
- Rien ne permet d'affirmer que l'asthme s'améliore ou se détériore durant la grossesse. Jusqu'à présent, les études indiquent que 33 % des femmes notent une amélioration, 33 % notent une détérioration et 33 % ne perçoivent aucun changement.
- L'analyse des données recueillies auprès d'une cohorte de femmes asthmatiques a révélé qu'environ 50 % avaient cessé ou réduit leur usage de corticostéroïdes par inhalation durant la grossesse.
« Ce n'est pas la maladie qui est épisodique, ce sont les symptômes. La maladie demeure toujours présente. Et si les gens cessent de prendre leurs médicaments, les crises seront plus fréquentes. »
-- Dre Lucie Blais