Profil de recherche - Rester fidèle au traitement antirétroviral

Les médicaments antirétroviraux permettent aujourd'hui de traiter le VIH comme une maladie chronique et non comme le premier stade d'une maladie terminale, mais l'observance inadéquate des thérapies comporte des risques.
[ Retour à l'article principal ]
Au début des années 1980, un diagnostic de VIH équivalait à une condamnation à mort. Ce n'était qu'une question de temps avant que la maladie évolue vers le sida. Mais l'arrivée des médicaments antirétroviraux dans les années 1990 a rendu possible la gestion de cette maladie auparavant mortelle. Les traitements antirétroviraux hautement actifs (TAHA) combinent trois ou quatre médicaments qui inhibent le virus et permettent aux personnes séropositives d'avoir une bonne qualité de vie. Cependant, puisque la thérapie peut exiger la prise de plusieurs comprimés à différents moments de la journée, l'observance peut poser un problème, explique la Dre Viviane Dias Lima, statisticienne principale du Centre d'excellence sur le VIH/sida, en Colombie-Britannique. Dans la liste de questions-réponses qui suit, la Dre Lima explique comment l'inobservance des thérapies antirétrovirales peut contribuer à la propagation du VIH.
En bref
Qui – Dre Viviane Dias Lima, statisticienne principale, Programme de traitement pharmaceutique du VIH/sida, Centre d'excellence sur le VIH/sida, Colombie-Britannique.
Question – L'arrivée du traitement antirétroviral hautement actif (TAHA) au milieu des années 1990 a grandement augmenté le taux de survie et la qualité de vie des victimes du VIH/sida, mais le succès du TAHA est entravé par l'observance imparfaite de la thérapie.
Approche – La Dre Lima crée des modèles statistiques et mathématiques de l'observance du TAHA et de la propagation du VIH.
Impact – Ses travaux aident les gouvernements et les décideurs à cerner les moyens les plus efficaces de stopper la propagation du VIH et de gérer les soins aux personnes déjà infectées.
Question : Quelles sont les raisons de l'observance inadéquate du TAHA d'après vos études?
Réponse : L'épidémie de VIH a beaucoup changé. Au début, la toxicité des médicaments rendait difficile l'observance parfaite des thérapies. De plus, la plupart des victimes du VIH étaient des hommes gays dont le mode de vie (p. ex. tabagisme, alcoolisme, toxicomanie) compliquait les efforts d'observance. Ce groupe était désavantagé du fait que le succès des thérapies dépendait de la prise de médicaments à heures fixes dans des conditions bien définies. L'observance était difficile. Mais l'épidémie évolue; le VIH touche maintenant plus de personnes souffrant de problèmes de drogue ou de santé mentale, ce qui amène une (nouvelle) liste de complications. Pour une personne souffrant de maladie mentale, dont les conditions de vie sont peut-être un peu instables, il peut être difficile d'observer le traitement.
Question : Pourquoi l'observance du traitement antirétroviral est-elle si importante?
Réponse : Les médicaments agissent sur la charge virale dans le sang. Le seul moyen d'abaisser la charge virale à un niveau indétectable est de prendre ses médicaments. Nous demandons aux patients de prendre au moins 95 % de la dose prescrite, ce qui représente un niveau d'observance élevé ou parfait. Le VIH est un virus intelligent – il se reproduit rapidement et tentera d'échapper aux médicaments pour se multiplier et produire des mutations. À un niveau d'observance de 80-95 %, ces mutations risquent de se produire et de rendre les médicaments inefficaces. À moins de 80 %, le virus reste présent dans le sang et empêche le système immunitaire de combattre les affections liées au sida.
Question : Les personnes séropositives au VIH se rendent-elles compte que l'inobservance de leur traitement les expose au sida?
Réponse : Parfois oui. Beaucoup de préjugés demeurent associés au VIH. Par exemple, certaines personnes ne se sentent pas à l'aise de prendre leurs médicaments au travail au beau milieu de la journée. Beaucoup ne veulent pas que leurs collègues sachent qu'ils sont séropositifs. Certains veulent même le cacher à leurs partenaires, ce qui les oblige à prendre leurs médicaments quand personne ne les voit. Si vous avez honte ou peur, comment pouvez-vous prendre vos médicaments au bon moment?
Question : Vous bénéficiez du financement des Instituts de recherche en santé du Canada? Sur quoi portent vos recherches?
Réponse : J'aimerais travailler sur beaucoup de choses. L'une d'elles est l'exploration de l'impact de l'alcool sur l'observance. Je prépare actuellement un manuscrit sur la consommation d'alcool, l'inobservance et l'échec des traitements. Dans quelle mesure la consommation de drogues illicites rend-elle l'observance encore plus compliquée? Je travaille aussi avec des modèles mathématiques, où l'observance reste une préoccupation par rapport à la propagation du VIH. En plus de concevoir des modèles mathématiques pour la Colombie-Britannique, je travaille avec les National Institutes of Health des États-Unis et, dernièrement, j'ai créé un modèle d'évaluation de l'impact de l'accès accru aux thérapies anti-VIH sur l'évolution de l'épidémie en Écosse. En gros, nous travaillons ensemble à vérifier différentes hypothèses pour stopper la propagation du VIH.
Question : Quel est le rôle des modèles mathématiques dans la prévention du VIH?
Réponse : Je vais vous donner un exemple. En C.-B., nous avons démontré que le traitement antirétroviral pouvait servir d'outil de prévention, puisqu'il abaisse la charge virale des porteurs à un niveau extrêmement bas. Plus la charge virale est basse, plus le risque de transmission du virus est faible. Dans mon cas, les modèles mathématiques m'aident à prédire l'impact de différentes interventions visant à stopper la propagation du VIH. Il s'agit d'utiliser les données existantes pour prévoir l'avenir. Vous pouvez créer un modèle mathématique pour établir combien de personnes devront recevoir le traitement pour faire baisser le nombre de nouvelles infections au VIH.
Question : Les modèles mathématiques servent donc à éclairer la conception des politiques?
Réponse : Oui, et aussi à générer différentes hypothèses. Notre hypothèse, corroborée par un modèle mathématique, est que le traitement antirétroviral peut réduire la propagation du VIH. Nous allons maintenant démontrer l'exactitude du modèle mathématique par des résultats réels – car nous investissons dans l'augmentation du nombre de personnes traitées en Colombie-Britannique. Nous ne faisons que vérifier cette hypothèse.
Question : Quand vous parlez d'augmenter le nombre de personnes traitées aux antirétroviraux, il s'agit de personnes déjà infectées n'est-ce pas ?
Réponse : Oui. Parfois les patients sont admissibles au traitement, mais doivent attendre pour le recevoir. Or, des études démontrent que plus la thérapie débute tôt, plus ses bienfaits sont importants. Au niveau individuel, les bienfaits se font sentir sur la qualité de vie, puisque les patients n'attendent pas d'être très malades avant de se faire soigner. Au niveau de la santé publique, les bienfaits sont de nature économique, car il en coûte cher au gouvernement pour les lits d'hôpitaux, les services d'urgence, etc. Pour la société, les bienfaits résident dans la réduction du risque de contamination.
En chiffres
- Selon l'Agence de la santé publique du Canada, le nombre de personnes vivant avec le VIH/sida continue d'augmenter, étant passé d'environ 57 000 en 2005 à 65 000 en 2008 – une hausse de 14 %.
- On estime le nombre annuel de nouvelles infections entre 2 300 et 4 300.
- En 2008, les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes continuaient de compter pour la plus grande part – 44 % – des nouvelles infections. Les utilisateurs de drogue intraveineuse comptaient pour 17 % des nouveaux cas.
« Le traitement permet de limiter la charge virale au minimum. Plus la charge virale est basse, plus le taux de transmission est faible. »
-- Dre Viviane Dias Lima