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Dre Maida Sewitch

Pourrait-on inciter plus de gens à subir un test de dépistage du cancer colorectal avec une lettre et une personne serviable et rassurante au bout du fil?

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Cela est l'évidence même.

On peut très souvent prévenir le cancer colorectal, le plus mortel pour les femmes et les hommes après le cancer du poumon. Il se manifeste d'abord par un polype précancéreux à l'intérieur du gros intestin. En retirant le polype, on élimine la source possible de cancer. Tout ce qu'il faut est un test de dépistage des polypes. Un exemple de test est l'examen des selles, qui est recommandé à tous les ans ou deux ans aux personnes de plus de 50 ans.

« Même si l'utilité du test ne fait aucun doute, les taux de dépistage se situent à 50 % ou moins », indique la Dre Maida Sewitch de l'Université McGill. « Les gens ne se font donc pas examiner. Même lorsqu'ils sont munis d'une recommandation de leur médecin, ils négligent souvent d'aller au bout du processus. »

Avec des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada, la Dre Sewitch dirige un projet pilote qui vise à étendre le dépistage du cancer colorectal.

En bref

Qui – Dre Maida Sewitch, professeure adjointe, Département de médecine, Université McGill; chercheuse en médecine, Centre universitaire de santé McGill; membre associée, Division d'épidémiologie clinique et d'études communautaires, St. Mary's Hospital Center.

Question – Le cancer colorectal, le deuxième cancer le plus mortel pour les hommes et les femmes, peut être prévenu par un dépistage régulier des polypes précancéreux et des cancers au stade précoce. Pourtant, moins de la moitié des Canadiens à risque passent le test.

Approche – La Dre Sewitch a lancé un projet pilote visant à évaluer l'utilité d'un centre d'appel dans l'augmentation du taux de dépistage. Les patients ont reçu une lettre les invitant à appeler pour se renseigner sur les avantages du dépistage et demander à recevoir leur trousse de dépistage.

Impact – Un dépistage accru permettrait de détecter et de traiter plus rapidement les tumeurs et de sauver des vies.

En collaboration avec des médecins montréalais et trois hôpitaux, l'équipe de la Dre Sewitch a envoyé une lettre à environ 1 000 hommes et femmes afin de les inviter à appeler pour obtenir des renseignements sur le cancer colorectal et son dépistage. Les appelants parleront à un coordonnateur de projet qui pourra répondre à leurs questions et leur envoyer une trousse personnelle de dépistage du sang occulte dans les selles.

Selon la Dre Sewitch, une des raisons qui expliquent le faible taux de dépistage du cancer colorectal – autre que le dégoût – est probablement le côté incommodant, tout simplement. Les tests à faire chez soi peuvent nécessiter des changements alimentaires ou posologiques, et l'opération comme telle peut être délicate.

« L'avantage du centre d'appel est que, même si la trousse est accompagnée d'instructions, les gens peuvent quand même avoir des questions », explique la Dre Sewitch. « C'est toujours plus facile de comprendre des instructions sur un papier que de les mettre en pratique. »

« Malgré l'aspect incommodant, il vaut nettement la peine de faire le test. Cela peut vous sauver la vie », signale la Dre Sewitch. « De plus, cela permet aux patients de se responsabiliser par rapport à leur santé. »

Le projet est inspiré du programme de dépistage du cancer du sein du Québec, dans lequel les femmes commencent à recevoir, à partir de l'âge de 50 ans, des lettres annuelles qui leur rappellent l'importance de la mammographie. Les lettres sont accompagnées d'une ordonnance à prendre rendez-vous. Des études ont démontré que les programmes de dépistage du cancer du sein permettent, sur plusieurs années, de réduire le taux de mortalité de 25 %.

Le dépistage du cancer colorectal, cependant, peut être plus compliqué. Au lieu d'une mammographie, les patients doivent faire le test de dépistage du sang occulte dans les selles, qui dure plusieurs jours, ou encore subir une coloscopie, qui nécessite une visite à la clinique pour une intervention souvent faite sous « sédation consciente ». Les autres options sont la sigmoïdoscopie (habituellement un instrument flexible qui sonde une partie du gros intestin) ou le lavement baryté.

La Dre Sewitch croit que les gens ont seulement besoin d'un peu d'encouragement pour surmonter leur réticence. Elle espère que la lettre et le centre d'appel sauront les inciter à faire ce qu'il faut pour sauver leur vie.

« À la suite de notre étude sur les déterminants – obstacles et incitatifs – du dépistage du cancer colorectal, cette approche nous a semblé logique. Les médecins n'ont pas toujours le temps ou la bonne information. Les patients sont souvent gênés de poser des questions. Si les patients reçoivent un rappel et peuvent parler à quelqu'un au bout du fil, cela peut aider. C'est ce que nous allons voir. »

L'étude

La Dre Sewitch et ses collègues ont envoyé 1 000 lettres à des Montréalais de 50 ans et plus pour les inviter à appeler afin d'obtenir de l'information sur le cancer colorectal et demander la trousse de dépistage.

Après avoir rempli un formulaire de consentement, les participants recevront le test individuel, qu'ils pourront remettre à un laboratoire désigné une fois terminé. Après analyse, le laboratoire transmettra les résultats au médecin des participants, qui fera le suivi des tests positifs.

Les chercheurs recueilleront des données sur le volume d'appels, le nombre de trousses envoyées, le nombre de tests complétés et le suivi effectué par les médecins.

« Avec les données recueillies tout au long du projet, nous verrons si l'efficacité de l'intervention ciblant les patients au niveau des soins de première ligne se prêterait à des essais randomisés. »

En chiffres

Selon la Société canadienne du cancer :

  • 22 500 Canadiens recevront un diagnostic de cancer colorectal en 2010, soit 12 400 hommes et 10 100 femmes.
  • Les risques de développer un cancer colorectal sont de 1 sur 14 pour les hommes et de 1 sur 15 pour les femmes.
  • 9 100 Canadiens décéderont du cancer colorectal en 2010.
  • Le cancer colorectal est le 4e cancer le plus souvent diagnostiqué et le 2e cancer le plus mortel au Canada.

« Les gens ne sont peut-être pas conscients de l'importance du test, surtout s'ils n'ont pas de médecin de famille. S'ils ont un médecin, celui-ci n'a peut-être pas soulevé la question lors de leur examen régulier. Et il y a bien sûr la gêne : il s'agit d'une partie du corps que la plupart des gens n'aiment pas se faire toucher. Pour les gens qui trouvent difficile d'aborder le sujet, il sera peut-être plus facile d'en parler au téléphone qu'en personne. »
-- Dre Maida Sewitch