Pop nouvelles - numéro 23
[ PDF ( 670 Ko) | Aide ]À l'intérieur de ce bulletin
- Message de la directrice scientifique
- La santé publique : Une histoire canadienne
- Article sur les chaires en santé publique appliquée – Dr Benedikt Fischer
- Atelier d'été 2010 ISPP-ISPS : Les soins de santé primaires
- Le coin des étudiants
- Le CCNPPS et l'éthique en santé publique
- Articles en vedette
Message de la directrice scientifique
Deux activités importantes de l'ISPP convergent cet automne. La première est l'achèvement de notre rapport pour l'examen international des IRSC, qui nous permet de faire une rétrospective stimulante et informative des réalisations de l'Institut des dix dernières années, et qui guidera nos orientations futures. La seconde est notre contribution à un certain nombre de réunions et de symposiums internationaux, où certains des meilleurs chercheurs canadiens en santé publique et des populations présentent leurs travaux.
Notre rapport d'évaluation, comme celui de tous les instituts des IRSC, résume nos principales réalisations, qui ont été accomplies en partenariat dans bien des cas. Le rapport explique le rôle joué par l'ISPP dans le renouvellement de la santé publique et décrit notre contribution à la recherche sur les disparités en santé et au développement de la recherche interventionnelle en santé des populations. Il témoigne des efforts acharnés des chercheurs financés par les IRSC. Je tiens aussi à remercier les employés talentueux et dévoués qui ont apporté chacun une contribution majeure à la préparation de ce rapport.
Notre conseil consultatif d'institut (CCI) a aussi été d'une grande utilité dans la préparation du rapport d'évaluation. J'aimerais souligner la contribution importante de membres « sortants » du CCI, notamment Kristan Aronson, qui siège au CCI depuis cinq ans et en assume la présidence depuis 2009, en mettant à profit ses talents de modératrice. Nous avons le plaisir d'annoncer l'arrivée de Richard Massé au poste de président et d'accueillir Susan Kirkland dans le rôle de vice-présidente. En août, le CCI a perdu deux autres membres. Nous voulons remercier Slim Haddad, pour son solide leadership en santé mondiale, ainsi que Penny Hawe, qui a fait sa marque au conseil dans le domaine des interventions en santé des populations et comme coprésidente du Comité de planification de l'IRISPC. Nous rappelons aux personnes intéressées par un poste au CCI qu'elles peuvent soumettre leur candidature en tout temps.
Dans la foulée de sa participation à la conférence de l'ACSP en juin 2010, l'Institut continue d'alimenter un dialogue essentiel sur les interventions en santé des populations. En juillet, j'ai été invitée comme conférencière au congrès de l'AHRQ à Washington (D.C.), où j'ai présenté les principales conclusions d'un exposé de principe sur l'expansion des interventions en santé publique. Erica Di Ruggiero a dignement représenté l'ISPP à la conférence de l'International Union of Health Promotion Research à Genève, où elle a pris la parole à une séance à laquelle participaient aussi le représentant d'un centre et le titulaire d'une chaire que finance l'ISPP. Dans une troisième réunion importante, Erica et Jeannie Shoveller (nouvelle vice-présidente de l'IRISPC) se sont jointes à Penny Hawe pour des discussions avec les CDC visant la mise en commun des leçons tirées de l'IRISPC. Cet automne, je participerai à un atelier organisé par la Global Alliance for Chronic Disease à Beijing, et je prendrai la parole à la conférence de l'Union européenne des associations de santé publique (EUPHA) à Amsterdam et à la conférence Global Health Systems Strengthening à Montreux, en Suisse. Trois de nos détenteurs de chaires seront au programme de la conférence de l'EUPHA, où l'Institut animera un atelier axé sur la recherche interventionnelle en santé des populations. Chacune de ces trois réunions offre l'occasion de faire connaître des chefs de file canadiens de la recherche ainsi que des travaux liés aux fondements des interventions en santé des populations, notamment l'éthique en santé des populations et l'application des connaissances en appui à l'évolution des systèmes. Elles permettent aussi d'établir des contacts essentiels entre bailleurs de fonds, chercheurs et décideurs en santé publique et des populations à l'échelle mondiale.
Dans le présent bulletin, vous prendrez connaissance du travail exceptionnel en cours dans notre milieu scientifique. Les courtes descriptions incluent de nombreux succès et récompenses. Par exemple, l'ouvrage de Benedikt Fischer intitulé Drug Policy and the Public Good a remporté le premier prix de la BMA dans la catégorie « santé publique » cette année. Le présent bulletin inaugure aussi le coin des étudiants, qui deviendra une section permanente de POP Nouvelles. Dans une critique de livre, Trevor Hancock nous rappelle les contributions des pionniers de la santé publique. Le Canada est un leader dans le domaine des interventions en santé des populations. Nous sommes privilégiés de faire partie des forces qui transforment ce milieu.
La santé publique : Une histoire canadienne
Par Christopher Rutty, PhD, et Sue C. Sullivan. l'Association canadienne de santé publique : 2010Critique de Trevor Hancock, consultant en santé publique, BC Ministry of Healthy Living and Sport, président, Core Public Health Functions Steering Committee, et coprésident, Groupe d'experts chargé de la promotion de la santé des populations, Réseau de santé publique du Canada
Véritable témoin de l'histoire de la santé publique au Canada, l'Association canadienne de santé publique (ACSP) fête son centenaire, et l'on s'en réjouit puisqu'elle nous rappelle que la santé publique a une histoire au Canada. C'est peut-être un cliché, mais ceux qui ne connaissent pas leur histoire sont condamnés à la répéter, et le passé peut souvent nous guider vers l'avenir – ou nous mettre en garde. En tant que futurologue de la santé, je crois fermement que tout bon futurologue est aussi un bon historien, et que le passé a d'importantes leçons à nous apprendre. Alors bravo aux auteurs du livre et à ses nombreux collaborateurs.
Avant de discuter d'avenir, parlons un peu du livre comme tel. Il s'agit d'un cyberlivre interactif qui, comme l'indique le site Web, « est attrayant, richement illustré, adapté à un large public et téléchargeable gratuitement ». Le texte complet du livre existe seulement en anglais pour l'instant, mais on prévoit en créer une version française. Puisque le livre est interactif et téléchargeable, il est facile à recommander comme lecture à des étudiants. J'ai toujours cru que TOUS les étudiants en sciences de la santé devraient suivre un cours d'introduction à l'histoire et à la philosophie de la santé et de la médecine, car ils pourraient en tirer un sens des proportions quant à l'insignifiance relative de la médecine clinique par rapport à la santé des populations, comme l'a si bien souligné Thomas McKeon en 1979 dans « The Role of Medicine ».
Après une introduction sur la santé durant les premiers siècles de la colonisation européenne, le livre commence par un chapitre survolant les questions de santé de l'époque située entre 1867, année de la Confédération, et 1910, année de la fondation de l'ACSP. À partir de ce moment, le livre raconte l'histoire de la santé publique décennie par décennie jusqu'à 1986, année de la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé. L'ouvrage se termine par un épilogue de John Last qui résume les principaux événements et questions et jette un regard vers l'avenir. (Par souci de transparence, je tiens à signaler ma contribution à cette section.)
Un des points forts du livre est qu'il est généreusement agrémenté de courts profils des figures dominantes de la santé publique à différentes époques, ce qui nous donne un aperçu de leurs difficultés, de leur dévouement et de leur passion – sans parler de leur engagement à long terme – à l'égard de leur travail; et cela est très inspirant. Tout en racontant l'histoire à un niveau très personnel, le livre contient beaucoup d'information sur les organismes de santé publique gouvernementaux et autres, et sur leurs défis particuliers. Soit dit en passant, c'est aussi une source de dates utiles en prévision des prochains centenaires : embauche des premières infirmières en santé publique à Toronto en 1911, au Manitoba en 1916, en C.-B. en 1917; établissement du premier dispensaire de comté ouvert à temps plein en 1921 à Saanich, C.-B.; et ainsi de suite – faites votre choix.
Un autre point fort du livre est son renvoi constant, pour chaque décennie couverte, aux maladies terribles qui ont décimé les populations autochtones – volontairement ou non. L'introduction nous rappelle que l'expansion européenne en Amérique du Nord a entraîné dans son sillage une foule de maladies qui ont « détruit de nombreuses vies autochtones ». Cette destruction s'est poursuivie bien après 1900; la variole, qui s'est répandue à partir de la Californie durant la Ruée vers l'or dans les années 1860, a dévasté les Premières nations de la C.-B., tout comme la « grippe espagnole », qui a rayé de la carte des peuplements entiers parmi les Haïdas en 1918 et 1919. Dans les années 1930, les piètres conditions de vie et la négligence ont combiné leurs effets pour produire un taux de décès liés à la tuberculose 20 fois plus élevé chez les Autochtones de la Saskatchewan que dans le reste de la population; dans les années 1940, les taux de décès liés à la tuberculose chez les Autochtones figuraient « parmi les plus élevés jamais rapportés dans une population humaine » – à une époque où les taux de décès liés à la tuberculose étaient pourtant en chute au Canada. En 1986, dernière année couverte par le livre, le piètre état de santé des Autochtones demeurait – et demeure encore aujourd'hui – une ombre au tableau pour le Canada.
Dans une critique aussi courte d'un ouvrage aussi volumineux, il est difficile de rendre pleinement justice à tout son contenu. Néanmoins, j'ai relevé certains autres points qui peuvent être utiles aujourd'hui :
- Les leaders de la santé publique du XIXe et du début du XXe siècle – période pouvant être considérée comme l'âge d'or de la santé publique – ont su combiner avec brio de solides connaissances scientifiques et l'application de la science à l'éducation, à de fortes aptitudes en communication, ainsi qu'à un engagement, voire une passion, à l'égard des réformes et de la défense acharnée des droits. Nous avons vu l'efficacité de la même combinaison de développement et de l'utilisation de travaux de recherche et de défense passionnée dans la lutte contre le tabagisme, et nous en avons besoin aujourd'hui plus que jamais pour agir sur les déterminants généraux de la santé et réduire les disparités inacceptables sur le plan de la santé qui persistent encore aujourd'hui.
- Nos préoccupations actuelles liées au manque de prestige de la santé publique ne sont pas nouvelles. À la fin des années 1940, la pénurie de professionnels de la santé publique était imputée à la faible rémunération des praticiens en santé publique par rapport aux généralistes ou aux spécialistes, et à « des années de sous-estimation du rôle de la santé publique »; en 1959, un doyen de la santé publique aux États-Unis se plaignait dans La revue canadienne de santé publique (RCSP) que la santé publique semblait perdre du terrain et « tomber dans le discrédit », tandis qu'en 1966, John Hastings critiquait fortement le Rapport Hall, qui établissait le fondement de l'assurance-maladie, pour son manque d'attention porté à la médecine préventive, à la promotion de la santé et aux programmes de santé communautaire. Mais il ajoutait aussi « que le secteur de la santé publique était en grande partie responsable de cette piètre performance » en raison de sa timidité et de son incapacité à suivre les traces de ses bâtisseurs, qui étaient des « gens engagés, revendicateurs et militants ».
Je crois que la situation n'a pas changé aujourd'hui, malgré tous les efforts de nombreux leaders, dont l'engagement et la passion sont indiscutables. Mais nous n'avons pas plaidé assez vigoureusement en faveur de la santé publique. Dans mes cours aux étudiants de médecine, je dis que la santé publique est non seulement plus importante à la santé de la population que la médecine clinique, mais qu'elle est en fait la plus complexe, la plus stimulante, la plus sophistiquée et la plus difficile de toutes les spécialités. Cela est vrai parce que nous avons besoin de connaître non seulement la biologie et la médecine, mais aussi l'anthropologie, la sociologie et d'autres sciences humaines, le génie, l'urbanisme, l'écologie et d'autres sciences naturelles, en plus de l'épidémiologie et de l'administration de la santé! Mais nous faisons comme si ce n'était pas le cas. Compte tenu de la portée et de l'ampleur de la santé publique et des populations, nous devrions investir au moins autant dans la recherche en la matière qu'en recherche fondamentale et clinique appliquée, mais nos budgets de recherche sont encore très loin de cet objectif.
Malheureusement, nous sommes encore très loin de la vision articulée dans la RCSP en 1948 par Paul Martin, père, alors ministre de la Santé et du Bien-être : la nouvelle philosophie du gouvernement fédéral est de « considérer le bien-être social comme une composante essentielle et fondamentale de la santé »; et « le Canada figure parmi les pays où la perspective de la santé publique a été élargie à tout ce qui touche la vie humaine ».
Cela représente certainement une définition assez exacte de la santé des populations et du développement axé sur l'humain, et cela résume plutôt bien les défis qui attendent l'ACSP à l'aube de son deuxième siècle, tout comme les défis énoncés par John Last dans l'épilogue :
- La santé de la mère et de l'enfant et le développement des jeunes enfants dans le contexte d'un investissement à long terme dans le développement humain;
- La santé et l'environnement bâti;
- La lutte aux disparités sur le plan de la santé (...) celles touchant les Canadiens des Premières nations requièrent une attention immédiate;
- La santé des écosystèmes, en tant que déterminant fondamental de la santé humaine;
- L'application appropriée des découvertes scientifiques et techniques.
J'ai l'impression que ce programme aurait plu à nos prédécesseurs « engagés, revendicateurs et militants ».
Article sur les chaires en santé publique appliquée – Dr Benedikt Fischer
Drogue et toxicomanie – une approche de santé publique
Par Barry Shell
Le cannabis est la substance illégale la plus utilisée et, en comparaison à toute autre drogue, il est à l'origine d'un plus grand nombre d'arrestations. Selon des études, la marijuana est plus populaire que la cigarette auprès des adolescents canadiens de nombreux milieux. Pourtant, contrairement au tabac, la marijuana est complètement absente des campagnes de santé publique. Le Dr Benedik Fischer, professeur à la faculté des sciences de la santé de l'Université Simon Fraser et scientifique principal au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto, s'attaque au problème en ayant recours à une approche de santé publique. Le Dr Fischer est spécialiste des questions entourant la consommation de substances psychoactives et la santé publique.
« Criminaliser la consommation de drogue est un anachronisme. Il faut oublier ça. La principale chose que j'essaie de faire, c'est de considérer la consommation de drogue comme un problème de santé », affirme le Dr Fischer qui ne veut pas que la question soit étudiée sous l'angle de la moralité. « Oubliez les notions de péché et de laisser-aller. Il faut penser à cette question comme nous pensons à la nutrition ou à l'exercice », ajoute-t-il. « Nous n'avons pas recours à la police pour traiter le diabète. Nous traitons cette maladie comme un problème de santé, même si beaucoup de diabétiques sont dans cette situation à cause d'un mode de vie malsain, c'est la même chose pour les toxicomanes ».
Travaillant en collaboration avec Perry Kendall, hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, l'Association canadienne de santé publique et plusieurs autres intervenants, le Dr Fischer propose une série de lignes directrices visant à réduire les risques liés à la consommation de cannabis. Fondées sur des données scientifiques probantes, ces lignes directrices seront rédigées selon des modèles qui existent déjà pour le tabagisme et la consommation d'alcool. Elles porteront principalement sur la modification de comportements pour réduire les effets nocifs pour la santé en suggérant des changements dans les habitudes et les pratiques d'utilisation ou l'utilisation de matériel plus sécuritaire.
Bien que le Dr Fischer s'intéresse principalement aux drogues illicites comme la cocaïne, l'héroïne et le cannabis, il constate de plus en plus que les médicaments d'ordonnance sont mal utilisés. Il a publié dans l'édition de décembre du Journal de l'Association médicale canadienne un article sur l'augmentation importante du nombre de décès en Ontario liés aux opioïdes d'ordonnance tels que Oxycontin et Percocet. Le nombre de ces décès est proportionnel à l'augmentation du nombre d'ordonnances d'opioïdes par les médecins. « Les gens obtiennent ces substances par l'entremise des médecins », affirme le Dr Fischer. « Cela constitue un nouveau défi. Il s'agit de produits et d'approvisionnements licites et de patients légitimes, mais il y a encore des problèmes d'abus. Les solutions sont encore plus complexes que la mise sur pied de centres d'injection supervisés à l'intention des héroïnomanes. Le traitement de la douleur est un domaine important et délicat. Vous ne pouvez pas simplement interdire l'Oxycontin », déclare le Dr Fischer. « Vous feriez plus de torts que de bien. Le défi consiste à trouver le juste équilibre dans l'intérêt de la santé publique ».
Pour une raison ou pour une autre, le Canada est l'un des pays où on utilise le plus d'analgésiques : le nombre d'ordonnances par habitant y est cinq fois plus élevé qu'au Royaume-Uni. Selon le Dr Fischer, ces taux élevés pourraient être liés au caractère entrepreneurial des médecins canadiens. « Si une femme très stressée, mère de quatre enfants et dont le mari est au chômage vous consulte parce qu'elle a de la douleur, vous pouvez la soulager avec un analgésique, mais il s'agit d'un problème de mode de vie. Vous pouvez prendre le temps de discuter avec elle des moyens de changer son mode de vie, mais il est beaucoup plus facile d'écrire une ordonnance. Parfois, j'aimerais qu'il y ait des mesures incitant les médecins à ne pas rédiger d'ordonnances; en fait, cela serait très avantageux », déclare le Dr Fischer.
Par ses travaux, le Dr Fischer tente de trouver un terrain d'entente entre santé publique et toxicomanie. Le centre d'injection supervisé de Vancouver, controversé mais efficace, en est un exemple typique. « Pourquoi les gens présument-ils généralement qu'il y a opposition entre toxicomanie et santé publique? », demande le Dr Fischer. « Ils veulent l'abstinence et la prohibition, mais cela n'est pas réaliste ». De toute évidence, la santé publique serait bien servie si la prohibition était efficace, mais le Dr Fischer nous ramène à la réalité : la consommation de drogue existe et continuera d'exister. Le système actuel, fondé sur la lutte et la surveillance, n'est tout simplement pas efficace. Toutefois, le Dr Fischer nous incite à la prudence et suggère de ne pas avoir trop d'attentes face aux centres d'injection supervisés. À Vancouver, on compte au moins 5 000 toxicomanes qui s'injectent de la drogue environ quatre fois par jour, soit 20 000 injections par jour. Le centre d'injection supervisé peut servir environ 250 personnes par jour. Cela représente seulement un peu plus d'un pour cent. Même si tous les toxicomanes changeaient de comportement, cela ne serait pas suffisant », déclare le Dr Fischer. De plus, ces centres mettent l'accent sur la réduction des risques et la prévention des maladies. « Compte tenu des limites de leur mandat, ces centres ne peuvent éliminer le marché noir de la drogue ni les prix exorbitants qui mènent les toxicomanes au vol d'automobiles et à la prostitution », déclare le Dr Fischer.
Y a-t-il un moyen de s'en sortir? Selon le Dr Fischer, il faut faire face à la situation. On ignore souvent les mauvaises politiques publiques et on blâme toujours les utilisateurs. Les lois répressives qui forcent les toxicomanes vulnérables à se retrancher dans l'illégalité sont aussi à blâmer. « Il s'agit en fait de réduire les conséquences des mauvais comportements : ceux des toxicomanes et ceux des décideurs », déclare le Dr Fischer, qui a témoigné devant le Comité permanent des affaires juridiques et constitutionnelles du Sénat au sujet du projet de loi C-15 sur la peine minimale obligatoire.
La plupart des toxicomanes ont des problèmes de santé mentale; pour eux, la consommation de drogue est une automédication. Selon le Dr Fischer, il est temps que la société adopte des politiques plus sensées et fondées sur des données probantes à l'égard de la consommation de drogue, des politiques guidées principalement par des principes de santé publique et non la répression.
Barry Shell est rédacteur au bureau du vice-président de la Recherche à l'Université Simon Fraser. Cet article a d'abord été publié en anglais dans Research Matters (anglais seulement), le bulletin de l'Université.
Atelier d'été 2010 ISPP-ISPS : Les soins de santé primaires
L'atelier d'été est une possibilité de formation intensive de quatre jours qui réunit les meilleurs étudiants des cycles supérieurs, les postdoctorants, les chercheurs et les décideurs de partout au Canada pour une expérience d'apprentissage unique et complémentaire à la formation universitaire. L'atelier d'été porte sur un sujet différent chaque année et l'Institut de la santé publique et des populations et l'Institut des services et des politiques de la santé (ISPS) en sont les hôtes.
Les soins de santé primaires constituent le pilier de notre système de santé. La plupart des Canadiens, depuis les nourrissons, les enfants et les adolescents jusqu'aux adultes et aux aînés, comptent sur les fournisseurs de soins de santé primaires pour la majeure partie de leurs soins préventifs et périodiques, leurs soins de gestion des maladies chroniques, leurs soins de santé mentale et de réadaptation et leur suivi après hospitalisation. Des soins de santé primaires efficaces et de qualité permettent non seulement de réduire les coûts du système de santé, mais aussi d'améliorer les résultats sur la santé, l'équité en santé et l'expérience thérapeutique. Cependant, les soins de santé primaires au Canada sont parfois inaccessibles, fragmentés, axés sur le traitement plutôt que la prévention et inadaptés aux besoins du patient, de la famille et de la communauté. Nous avons besoin de davantage de recherche et de chercheurs pour résoudre ces questions pressantes, et c'est dans cet esprit que trente stagiaires triés sur le volet et douze chercheurs universitaires se sont réunis à Alliston, en Ontario, pour le 9e atelier d'été annuel de l'ISPS et de l'ISPP des IRSC : Revoir les fondements de la recherche sur les soins de santé primaires.
Présidé par le Dr Peter Norton, professeur émérite de médecine familiale à l'Université de Calgary, l'atelier d'été a présenté un groupe de chercheurs universitaires établis du Canada et des États-Unis dans le domaine des soins de santé primaires. Par des présentations interactives, des discussions, des conversations informelles et des travaux en petits groupes, les stagiaires ont exploré des thèmes clés de la recherche sur les soins primaires, allant de la recherche participative avec des populations vulnérables jusqu'à l'usage secondaire des dossiers de santé électronique en recherche.
En tant que participants à une activité de développement des capacités unique, les stagiaires ayant de l'expérience en recherche sur les soins de santé primaires et s'intéressant particulièrement à ce domaine ont profité d'une occasion rare de rencontrer des chefs de file du milieu pour obtenir des conseils sur leur carrière et leur thèse et examiner les possibilités de collaboration. Même si l'atelier d'été n'a duré que quatre jours, il est à espérer que les partenariats et les liens qui ont été forgés aideront à renforcer le milieu de la recherche sur les soins de santé primaires de façon fructueuse et durable.
Pour plus de renseignements sur l'atelier d'été de l'ISPS et de l'ISPP des IRSC 2010, prière de communiquer avec Stephanie Soo, agente de projets principale, ISPS des IRSC (416-978-8402).
Le coin des étudiants
Le programme SWITCH
Kate Neufeld, B.Sc., étudiante en médecine
Université de la Saskatchewan, Saskatoon
Étudiante du projet d'emploi d'été 2010 de l'ISPP des IRSC
Malgré le système de santé universel du Canada et les diverses politiques économiques et sociales, à l'échelle nationale, on constate toujours des disparités en matière de santé au sein de la population. Les familles à faible revenu, les personnes âgées, les nouveaux immigrants et plusieurs groupes autochtones comptent parmi les plus vulnérables (Hayward et Colman, 2003). Une étude menée par la région sanitaire de Saskatoon a révélé des disparités troublantes sur le plan de la santé entre les résidents des quartiers les plus défavorisés de la ville et le reste de la population (Lemstra et Neudorf, 2008). Aujourd'hui, des cliniques uniques en leur genre dirigées par des étudiants font leur part dans toutes les régions du Canada.
En tant qu'étudiante à l'Université de la Saskatchewan, j'ai la chance extraordinaire de participer au programme SWITCH (anglais seulement) (Student Wellness Initiative Toward Community Health). SWITCH est l'une des sept initiatives interdisciplinaires dirigées par des étudiants et mises en oeuvre partout au Canada pour favoriser l'équité sur le plan de la santé en offrant des programmes axés sur la santé et l'éducation et en ciblant les besoins des populations vulnérables, qu'il s'agisse de leurs besoins sociaux ou de leurs besoins en matière de santé. Dans le cadre du programme SWITCH, les étudiants universitaires travaillent avec des professionnels de la santé, qui jouent le rôle de mentors, pour fournir des soins de santé et des services de santé publique, après les heures normales de travail, dans cinq quartiers au coeur de Saskatoon. En plus des services cliniques, SWITCH offre plusieurs autres services dans les domaines suivants : programmes éducatifs de promotion de la santé, journées consacrées à la santé des enfants, cliniques d'immunisation, services sociaux et counselling, clinique dentaire, Reiki, et magasin d'aliments frais.
SWITCH veut offrir des soins holistiques et tient compte des besoins physiques, émotifs, sociaux et spirituels de chaque client. Par exemple, par quart de travail, un conseiller en matière de culture autochtone peut intervenir pour aider les clients et les bénévoles et échanger avec eux. Grâce à leur travail au sein de la communauté, les étudiants peuvent mieux comprendre les déterminants sociaux, culturels et physiques de la santé. Cela est extrêmement important pour adapter les services aux besoins des communautés.
L'exemple suivant montre comment les services de santé publique peuvent être adaptés pour répondre aux besoins d'une population mal desservie. Lorsque des parents se présentent à la clinique avec leurs enfants, l'infirmière peut s'informer du bilan de vaccination des enfants et les faire vacciner au besoin, grâce aux services d'immunisation offerts par SWITCH.
Non seulement SWITCH améliore l'accès aux soins de santé pour les populations mal desservies, il enseigne aux étudiants comment répondre aux besoins de la population, tant sur le plan de la santé que sur le plan social. « Le programme SWITCH permet aux étudiants de saisir les problèmes de santé et les problèmes sociaux des personnes vivant au coeur du centre-ville de Saskatoon, selon une perspective différente que celle qu'ils auraient s'ils travaillaient uniquement à l'hôpital universitaire », fait remarquer le Dr Bruce Reeder, mentor du programme SWITCH et professeur au département de santé communautaire et d'épidémiologie du Collège de médecine à l'Université de la Saskatchewan. « Les étudiants doivent se colleter avec des inégalités évidentes en matière de santé et essayer d'en comprendre les causes profondes. C'est ainsi qu'ils comprennent la nécessité d'avoir non seulement des soins cliniques interdisciplinaires de très grande qualité, mais aussi des programmes de santé publique à long terme ». De plus, des programmes tels que SWITCH offrent des possibilités de faire de la recherche en santé publique au sein de milieux de services de santé.
Le programme SWITCH m'a appris que pour atteindre l'équité en matière de santé, il fallait d'abord apprendre directement des personnes concernées quels sont les problèmes particuliers à l'échelle locale auxquels elles doivent faire face. De plus, dans le domaine de la santé, il faut des interventions comme celles du programme SWITCH, pour éviter que ne se creusent davantage les écarts dans le domaine des services de la santé. Le programme SWITCH permet de former les futurs fournisseurs de soins de santé de façon à les aider à faire face à ces réalités.
Références
- Hayward, K. et Colman, R. (2003). Une vague de changement. Iniquités et maladies chroniques au Canada atlantique. Document de travail.
- Lemstra, M. et Neudorf, C. (2008). Heath Disparity in Saskatoon: Analysis to intervention Executive Summary (anglais seulement).
Le CCNPPS et l'éthique en santé publique
Par Christopher McDougallAgent de recherche
CCNPPS
Éthique. Tout le monde pense connaître l'éthique (et espère que les collègues et les voisins la respectent), mais nombreux sont ceux qui parviennent difficilement à la définir avec précision, à expliquer d'où elle vient ainsi que quand et comment elle peut être utilisée pour guider nos actions1. L'éthique semble s'appuyer sur des valeurs, mais lesquelles? L'éthique est souvent définie comme un ensemble de principes qui nous aident à prendre les bonnes décisions, mais quels principes sont les plus importants et comment les reconnaître dans une situation donnée?
Éthique et santé publique. La santé publique implique une multitude de questions morales et de dilemmes. Des inégalités en santé aux échanges de seringues en passant par la prise en charge des maladies infectieuses, de la contamination de l'eau aux biobanques en passant par les programmes d'imposition, la pratique, la politique et la recherche dans le domaine de la santé publique nécessitent une prise de décision éthique, souvent dans des circonstances d'incertitude empirique et assez fréquemment face à l'importance des problèmes de pénurie de matériel, de panique sociale ou d'opposition politique.
Jusqu'à récemment, la santé publique calquait largement son éthique sur celle de la médecine. Cependant, compte tenu de sa singularité, à savoir sa focalisation sur la prévention et les collectivités, il est maintenant généralement admis que la santé publique a besoin de sa propre éthique et de ses propres principes. L'intérêt suscité a par conséquent augmenté, ce qui s'est traduit notamment par le développement de cadres théoriques, de programmes de recherche empirique et d'outils de prise de décision pratiques, en plus (au moins aux États-Unis s'ils n'existent pas encore au Canada) d'un code d'éthique professionnel,2 d'un modèle de programme d'étude3,4 et d'un module de formation en ligne.
Le Centre de collaboration nationale (CCN) sur les politiques publiques et la santé, un des six CCN, a commencé à élaborer des documents et des modules de formation conçus sur mesure pour les situations et contextes canadiens, puis à rassembler des ressources visant à favoriser l'intégration des outils relatifs à l'éthique dans la santé publique dans la politique et les pratiques nationales. Il s'agit notamment des documents suivants :
- Atelier sur l'éthique et la santé publique dans la pratique : conséquences et pertinence des cadres d'éthique dans le domaine de la prise de décision pendant l'épidémie de grippe H1N1.
- Études de cas sur des questions éthiques en temps de pandémie : regroupement de scénarios pour la maîtrise des maladies pandémiques et infectieuses.
- Inventaire préliminaire des experts intéressés par l'éthique en santé publique au Canada : inventaire préliminaire des personnes participant à la recherche relative à l'éthique dans la santé publique et proposant des formations dans l'ensemble du pays.
En collaboration avec nos collègues de l'Axe Éthique et santé publique du RRSPQ, du Programme sur la législation et l'éthique en santé publique de l'ASPC et de l'ISPP des IRSC, le CCNPPS a pour objectif de faire progresser la sensibilisation à l'éthique en santé publique en s'engageant avec des chercheurs, des éducateurs, des associations professionnelles et des praticiens locaux et régionaux, afin :
- d'augmenter la sensibilisation aux travaux récents et existants dans le domaine de l'éthique en santé publique;
- d'identifier les individus et les organisations intéressés, et de les aider à établir des liens;
- de cerner les lacunes en matière de connaissances et les recherches appliquées pertinentes.
Ces trois objectifs seront au premier plan, par exemple, lors d'un atelier organisé par le CCNPPS aux prochain JASP, L'éthique pour guider la réflexion et influencer l'élaboration des politiques publiques favorables à la santé. À travers des aperçus historiques, des études de cas, et discussions, l'événement (le 24 novembre 2010 à la ville de Québec) permettra aux participants d'appréhender l'éthique comme un espace de réflexion, et comme un vocabulaire technique, qui favorise un processus d'élaboration de politiques publiques plus attentif, démocratique et juste.
Références
- Pestronk RM, Jacobson PD. (2008). Ethics and Governmental Public Health Practice. Journal of Public Health Management & Practice. 14(4):327-328.
- Principles of the Ethical Practice of Public Health (anglais seulement). (2002). New Orleans, LA: Public Health Leadership Society.
- Jennings B, Kahn J, Mastroianni A. et al. Eds. (2003). Ethics and public health: model curriculum. Washington, DC: Association of Schools of Public Health.
- US Association of Schools of Public Health Model Curriculum in Public Health Ethics (anglais seulement).
Articles en vedette
Veuillez aviser l'ISPP lorsque vous publiez. Nous voulons souligner vos contributions scientifiques dans nos prochains bulletins. Veuillez faire parvenir un courriel à Emma Cohen, Agente en application des connaissances et en communications de l'ISPP. Merci.
Kirkpatrick SI, McIntyre L, Potestio ML. (2010). Child Hunger and Long-term Adverse Consequences for Health. Arch Pediatr Adolesc Med. 164(8):754-762.
Mohindra KS, Labonté R. (2010). A systematic review of population health interventions and Scheduled Tribes in India. BMC Public Health. 10:438.
Ridde V. (2010). L'accès universel aux systèmes de santé défendons les droits et renversons les pyramides. Glob Health Promot. 17(03).
Stephen C, Daibes I. (2010). Defining features of the practice of global health research: an examination of 14 global health research teams. Glob Health Action. 9(3).