Profil de recherche - Un terrain glissant, vraiment?

Brandon Marshall
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Le film Reefer Madness, sorti en 1938, relate une sordide histoire où la consommation de marijuana, qu'on pensait sans danger, conduit au meurtre, au viol et au suicide. Personne ne prétend que la meth en cristaux est inoffensive : selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, la consommation de meth en cristaux à fortes doses peut en effet entraîner des comportements violents, de l'anxiété, de la confusion, de l'insomnie, une perte de poids, ainsi que l'augmentation de la pression sanguine, ce qui peut provoquer un accident vasculaire cérébral et la mort. Cependant, bien qu'une multitude de conséquences graves soient associées à la consommation de meth en cristaux, peu de preuves ont été avancées à ce jour.
Brandon Marshall préfère qu'on aborde le problème de la meth en cristaux en s'appuyant sur des faits et non sur la fiction. Alors étudiant au doctorat à l'Université de la Colombie-Britannique, M. Marshall s'est donc donné la mission d'exposer les faits. Il a revu la littérature sur le sujet et a mené des recherches empiriques afin de découvrir qui consomme de la meth en cristaux, pourquoi une consommation occasionnelle devient une consommation quotidienne ou importante, et si la consommation entraîne des effets imprévus.
En bref
Qui : Brandon Marshall, étudiant au doctorat au Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique et bénéficiaire d’une bourse de recherche au doctorat des IRSC
Question : À Vancouver et partout au Canada, on s’inquiète de la hausse de la consommation de méthamphétamine en cristaux, ou meth en cristaux. Le lien entre la l’utilisation de cette drogue et les comportements sexuels ainsi que les pratiques d’injection à risque des jeunes marginalisés n’a toutefois pas fait l’objet d’une recherche suffisante.
Approche : M. Marshall examine la littérature et les bases de données existantes pour étudier les facteurs permettant de prédire l’utilisation régulière de meth en cristaux, ainsi que les comportements à risque qu’elle engendre en ce qui concerne les pratiques sexuelles et les habitudes d’injection.
Impact : La recherche menée par M. Marshall contribuera à l’élaboration d’outils d’intervention en santé publique visant à réduire et à prévenir la transmission du VIH et des maladies transmissibles sexuellement au sein des populations marginalisées.
Qu'ont révélé ses recherches? Tout d'abord, la consommation de meth en cristaux ne constitue pas le premier pas sur la voie de la perdition. Cependant, certains facteurs favorisent le passage d'une consommation occasionnelle à une consommation importante. Par exemple, les jeunes de la rue ainsi que les travailleurs et travailleuses du sexe vont afficher une préférence pour la meth en cristaux. Selon M. Marshall, cela s'explique par le fait que la meth en cristaux a la propriété de maintenir alerte et éveillé, ce qui permet aux jeunes de la rue de surveiller de plus près leurs possessions, et aux travailleuses et travailleurs du sexe d'avoir plus de clients.
Les recherches de M. Marshall n'avaient pas pour but d'évaluer si la consommation de meth en cristaux pouvait conduire à l'utilisation d'autres drogues, mais il a néanmoins pu établir que nombreux sont ceux parmi les consommateurs qui, après savoir d'abord reniflé ou fumé la drogue, passent à l'injection. Cette population est celle qui préoccupe le plus M. Marshall, car la consommation de drogues par injection mène plus souvent à des problèmes de santé publique, comme le VIH ou les infections transmises sexuellement.
Grâce à ses travaux, M. Marshall a également découvert que les répercussions de la meth en cristaux sur la santé ne semblent pas aussi graves qu'on pourrait le croire. En réalité, selon les dossiers du St. Paul's Hospital, dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver, seules les personnes qui en consomment quotidiennement ont souvent recours aux services d'urgence, contrairement aux utilisateurs occasionnels, pour qui cette drogue ne représente pas un risque aussi grand pour la santé.
Les recherches de M. Marshall ont également révélé qu'il existe un lien entre la consommation de meth en cristaux et certains problèmes de santé mentale, comme la dépression, la psychose ou le suicide. À la lumière d'études récentes menées à Vancouver et en Thaïlande qui montrent que certaines personnes choisissent la meth en cristaux pour traiter leur dépression ou leur schizophrénie, M. Marshall n'est cependant pas prêt à affirmer qu'il existe un lien de cause à effet.
« C'est un dilemme qui s'apparente à celui de l'oeuf ou la poule, explique-t-il. Le lien causal s'établit probablement dans les deux sens. »
Les résultats de la recherche ont également convaincu M. Marshall que les mesures d'intervention en santé publique ne sont pas suffisantes pour rejoindre les jeunes consommateurs de meth en cristaux, notamment parce que plusieurs d'entre eux se sentent mal à l'aise de se prévaloir des services qui s'adressent aux consommateurs d'autres drogues par injection.
« Cette recherche montre clairement que nous devons nous attaquer au problème de la consommation de la meth en cristaux en recourant à une gamme diversifiée de mesures d'intervention, souligne-t-il. Nous devons offrir des services qui s'adaptent facilement aux besoins des jeunes. »
Ces services, explique M. Marshall, sont des services faciles d'accès; il s'agit par exemple d'offrir les services là où se trouvent les jeunes, plutôt que de présumer qu'ils viendront les chercher.
M. Marshall, dont la recherche a été financée par la prestigieuse Bourse d'études supérieures du Canada Frederick-Banting et Charles-Best, a maintenant terminé son doctorat et part travailler à New York, à l'Université Columbia, qui lui a accordé une bourse de recherche postdoctorale. Il poursuivra son travail de recherche en se concentrant cette fois sur la modélisation mathématique, dans le but de mieux prévoir le début de la consommation de drogues par injection en général. Il poursuivra sa collaboration avec ses collègues de la Colombie-Britannique, et reviendra ensuite au Canada pour poursuivre ses recherches.
L'étude
La recherche menée par Brandon Marshall visait à mieux comprendre le lien entre l'utilisation de meth en cristaux et les comportements à risque en matière de relations sexuelles et d'injection de drogues chez les jeunes de la rue et les utilisateurs de drogues par injection. Son étude comporte deux domaines d'intérêt particuliers : le début de l'utilisation de la meth en cristaux et les habitudes typiques de consommation, ainsi que les risques pour la santé associés à la consommation de meth en cristaux. Pour mener sa recherche, il a d'abord étudié la littérature en lien avec ses domaines d'intérêt. Il a ensuite relevé les données de deux études importantes, l'une à laquelle ont participé 1 500 utilisateurs de drogues par injection et l'autre, 600 jeunes de la rue et sans-abri. Parmi ces deux cohortes, Marshall a repéré quelque 500 individus qui ont déclaré consommer de la meth en cristaux et a étudié leur parcours. Son but était de cibler les facteurs qui conduisent à une utilisation régulière de meth en cristaux et à l'adoption de comportements à risque en matière de relations sexuelles et d'injection de drogues.
« Le lien entre l'utilisation de meth en cristaux et les problèmes de santé mentale est un dilemme qui s'apparente à celui de l'oeuf ou la poule. Le lien causal s'établit probablement dans les deux sens. »
-- Dr Brandon Marshall