Profil de recherche - Amener les garçons sur le terrain

Dr Nick Holt
Dr Nick Holt

Lorsque Nick Holt a entendu parler d'incidents de violence ethnique entre gangs dans le sport, à l'école intermédiaire (l'équivalent du secondaire 1 à 3), sa curiosité a été piquée. Il s'est demandé si, et comment, la pratique d'un sport pouvait tenir les jeunes de familles à faible revenu loin de ce genre de comportements.

[ Retour à l'article principal ]

Beaucoup d'études ont été faites sur les effets positifs de la pratique d'un sport organisé, mais, selon Nick Holt, elles portaient presque toutes sur des jeunes de la classe moyenne. Les jeunes des milieux défavorisés doivent faire face à des défis et à des obstacles qui leur sont propres lorsqu'ils veulent faire du sport, que ce soit le manque de moyens financiers ou la difficulté de se rendre aux entraînements parce que leurs parents travaillent trop pour pouvoir les y conduire.

Le Dr Holt ajoute que nous n'en savons pas beaucoup sur les conséquences que peut avoir le fait de placer un adolescent issu d'une famille à faible revenu dans une équipe composée de jeunes qui n'ont pas les mêmes problèmes : il peut s'agir d'un défi en soi.

En bref

Qui : Dr Nick Holt, professeur agrégé, Faculté d’éducation physique et de loisirs, Université de l’Alberta

Question : La pratique du sport organisé a surtout été étudiée chez les enfants et adolescents de la classe moyenne, mais nous en savons très peu sur ses effets pour les adolescents de sexe masculin issus de familles à faible revenu.

Approche : Le Dr Holt s’entretient avec des jeunes, leurs entraîneurs, leurs parents et les organismes qui offrent des fonds aux jeunes issus d’un milieu défavorisé pour les inciter à faire du sport, afin de déterminer quels sont les obstacles rencontrés par ces jeunes lorsqu’ils veulent pratiquer un sport.

Impact : Les travaux du Dr Holt contribueront à l’élaboration d’interventions et de pratiques de recherche qui nous aideront à faire en sorte que le sport soit offert de manière à constituer une expérience positive pour les jeunes.

C'est pourquoi ce chercheur a décidé de se pencher sur les possibilités de développement positif associées à la pratique d'un sport organisé. Ce projet en particulier porte sur les garçons, dans le cadre d'une initiative des IRSC sur la santé des garçons et des hommes. Ses recherches antérieures ayant surtout porté sur la santé des femmes, le Dr Holt est heureux d'avoir l'occasion d'étudier ce qui rend unique la situation des hommes.

« On a un peu oublié les garçons dans toute cette histoire », explique-t-il.

Le Dr Holt souhaite, par ses recherches, influencer les politiques de manière à ouvrir plus de portes aux adolescents défavorisés de sexe masculin, et à leur offrir plus de possibilités durables. Certes, il arrive parfois que l'un de ces adolescents possède justement les qualités d'un athlète professionnel, mais pour Nick Holt, l'objectif est beaucoup plus général.

Le sport, selon lui, est un déterminant important de la santé des populations. Les hommes des milieux défavorisés constituent le groupe le moins actif et le plus sédentaire de la population canadienne. Il n'est donc pas étonnant que leurs résultats de santé soient parmi les pires sur le plan, par exemple, des maladies chroniques. L'investissement dans le sport pour les jeunes à faible revenu pourrait avoir des avantages non négligeables pour leur santé future.

Le Dr Holt ajoute que les résultats ne se font pas attendre bien longtemps. Le sport a des effets immédiats sur les garçons issus d'un milieu défavorisé. Par exemple, la pratique d'un sport hors du milieu familial profite à la vie familiale; en effet, les parents remarquent que leurs ados communiquent beaucoup plus et qu'ils s'entendent mieux avec eux. Le chercheur croit que cela s'explique par l'influence des relations significatives qui se créent habituellement au sein d'une équipe sportive.

L'un des défis auxquels s'est attelé Nick Holt est de trouver la meilleure manière d'amener les garçons issus de familles à faible revenu vers le sport. Certains organismes sans but lucratif offrent des subventions destinées au sport, mais elles durent difficilement plus d'un an ou deux. De plus, dans d'autres études, le Dr Holt et ses collègues ont constaté que le crédit d'impôt du gouvernement fédéral pour l'activité physique, bien qu'il ait pour objectif de rendre le sport accessible à tous, est surtout utilisé par les familles à revenu moyen ou élevé, c'est‑à‑dire celles qui peuvent déjà se le permettre.

Nick Holt aimerait explorer différentes façons de susciter l'engagement de ces garçons, comme un crédit d'impôt pour les organismes qui offrent du financement, ou encore des cartes magnétiques prépayées pouvant être utilisées pour des programmes municipaux, un projet pilote récemment mis à l'essai à Edmonton.

« Une offre sportive adéquate peut influencer positivement le développement des jeunes, soutient-il. Nous essayons de faire comprendre que le sport est important dans une société. »

L'étude

Nick Holt étudie les aspects positifs et négatifs du sport chez les jeunes garçons en milieu urbain à Edmonton, au moyen d'entrevues. Il commence par s'entretenir avec les jeunes et leurs parents, en particulier ceux qui ont reçu une aide financière pour pratiquer un sport. Ensuite, il interrogera des adultes ayant des rapports avec des adolescents, comme des policiers, des travailleurs sociaux, des entraîneurs et des représentants d'organismes sans but lucratif offrant à ces jeunes des fonds destinés au sport. Enfin, il collaborera avec un organisme sans but lucratif pour étudier les taux de participation et de conservation. Ainsi, il espère traduire ses résultats de recherche en un cadre qui orienterait les interventions et pratiques futures en recherche, pour contribuer à faire du sport une source d'expériences positives pour les jeunes.

« Si les adolescents acquièrent des compétences qui les aident à bien se développer, ils risqueront moins d'avoir des comportements négatifs. »
-- Dr Nick Holt