Profil de recherche - Tic-tac, tic-tac, tic-tac… La technologie permettrait-elle de ne pas tenir compte de l’horloge?

Judith Daniluk
Judith Daniluk

Vive la technologie moderne! Si nous voulons avoir des enfants plus tard, elle nous donnera le moyen d'en avoir quand nous le voudrons et comme nous le voudrons, n'est-ce pas?

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Il existe, semble‑t‑il, de nombreuses idées fausses concernant ce que les techniques de procréation assistée permettent et ne permettent pas de faire. Ces idées fausses peuvent être sources de déception lorsqu'elles influent sur les décisions d'avoir des enfants.

La Dre Judith Daniluk, professeure de psychologie du counseling à l'Université de la Colombie‑Britannique, veut explorer comment les croyances au sujet des pouvoirs des techniques de procréation assistée et les connaissances au sujet de la maternité tardive influencent les décisions des femmes à cet égard. C'est son expérience du counseling des femmes en matière de fertilité qui a amené la chercheuse à s'intéresser au projet actuel.

En bref

Qui : Dre Judith Daniluk, Faculté d'éducation, Université de la Colombie‑Britannique

Question : De nombreuses femmes attendent avant d'avoir des enfants, pensant que la technologie peut supplanter la biologie. Elles n'ont peut‑être pas les connaissances dont elles auraient besoin, par contre, pour prendre les meilleures décisions.

Approche : La Dre Daniluk sonde plus de 3 000 femmes pour évaluer leurs connaissances au sujet de la fertilité et de la procréation assistée.

Impact : La recherche pourrait déboucher sur des programmes d'éducation visant à procurer aux femmes les connaissances dont elles ont besoin pour prendre des décisions éclairées en matière de maternité.

« J'ai conseillé tellement de femmes de plus de 40 ans qui sont entrées dans une clinique de fertilité en disant « je suis prête » et qui étaient ensuite stupéfaites d'apprendre que leur fertilité avait déjà diminué et que la technologie pourrait ne pas les aider », explique-t‑elle. « Il est malheureux qu'autant de femmes n'aient pas les connaissances dont elles ont besoin. »

La Dre Daniluk a sondé des femmes pour en savoir plus sur leurs connaissances au sujet de la fertilité et de la procréation assistée. Ce qui ressort, selon elle, c'est le peu de connaissances que possèdent les femmes. Indépendamment de l'âge, de la scolarité ou de la condition socioéconomique, le manque de connaissances semble « généralisé et profond ». Et il ne faut pas s'en étonner, ajoute‑t‑elle.

« Où les femmes pourraient‑elles obtenir l'information dont elles ont besoin? Elles ne reçoivent pas cette information à l'école, et leur omnipraticien ne connaît généralement pas les limites de la procréation assistée », dit‑elle. « Les femmes cherchent à se renseigner seulement lorsque la question devient importante, et il est peut‑être trop tard. »

Les médias n'aident pas non plus : les journaux, la radio, la télé et les sites Internet nous présentent nombre de femmes dans la quarantaine ou plus âgées qui ont des enfants.

« Il a fallu à Céline Dion, à 42 ans, six tentatives de FIV pour avoir ses jumeaux », précise la Dre Daniluk. « C'est extrêmement coûteux et dur pour le corps. »

« La plupart des femmes qui ont des enfants au milieu ou à la fin de la quarantaine doivent compter sur des ovules donnés, parce que les leurs ne sont plus viables. Ce n'est tout simplement pas une option pour nombre de femmes, pour des raisons de coûts et de disponibilité », ajoute-t-elle.

La Dre Daniluk entend se servir du sondage pour déterminer quelle information est la plus urgente et quels groupes en particulier en ont besoin. Elle montera ensuite une campagne d'information fondée sur ces connaissances. « On ne peut prendre des décisions éclairées sans cette information. »

Attendre pour fonder une famille

1979 : 4,6 % des naissances sont chez des femmes âgées de 35 ans ou plus.

2004 : 17,2 % des naissances sont chez des femmes âgées de 35 ans ou plus.

Avoir des enfants à un âge plus avancé comporte plus de risques pour la mère et l’enfant : risques de fausse couche, de faible poids à la naissance et d’anomalies chromosomiques comme le syndrome de Down.

« On ne peut prendre des décisions éclairées sans cette information. »

L'étude

Au Canada, la part de premières naissances chez des femmes de 35 ans ou plus est passée de 4 % en 1987 à 11 % en 2005. De nombreuses femmes semblent croire que les techniques de procréation assistée peuvent compenser le déclin de la fertilité lié à l'âge. Toutefois, la procréation assistée coûte cher, sa disponibilité est limitée, et ses taux de succès sont faibles, laissant ainsi certaines femmes sans enfant contre leur gré. La Dre Judith Daniluk sonde des femmes pour savoir ce qu'elles savent de la fertilité, ce qu'elles pensent de la maternité tardive et ce qu'elles connaissent de la procréation assistée, pour aider à concevoir des stratégies d'éducation ainsi que des interventions ciblées et efficaces à l'appui de décisions éclairées en matière de procréation. Le questionnaire du sondage sur la perception de la fécondité sera rempli par environ 3 000 femmes de 30 à 45 ans, sans enfant et en théorie fertiles, qui peuvent décider d'essayer de tomber enceintes à l'avenir, pour déterminer leurs connaissances et leurs croyances au sujet de la fertilité et de la procréation assistée, ainsi que leurs sources préférées d'information sur les questions de fertilité. Les conclusions de l'étude aideront à guider l'élaboration de matériel et de programmes éducatifs pour appuyer une prise de décision éclairée en matière de procréation.