Profil de recherche - Il faut vraiment qu’on se parle
Certaines conversations ne peuvent tout simplement pas attendre – celle avec son patron au sujet d'une hausse de salaire, celle avec ses enfants pour euthanasier l'animal de compagnie de la famille, et celle qui se produit entre un embryon et un utérus.[ Retour à l'article principal ]
En fait, cette dernière conversation doit avoir lieu à l'intérieur d'un laps de trois jours seulement, à défaut de quoi l'embryon ne réussira pas à passer dans l'utérus, et la grossesse sera impossible.
Un embryon peut s'implanter un peu n'importe où, dit le Dr Daniel Dufort. Par exemple, il peut s'implanter dans les trompes de Fallope, provoquant ainsi une grossesse ectopique potentiellement mortelle. L'utérus, où l'embryon est censé s'implanter, est en réalité l'environnement le plus difficile où il peut le faire.
En bref
Qui : Le Dr Daniel Dufort, professeur agrégé, Département d'obstétrique et de gynécologie, Université McGill
Question : Malgré les avancées dans la fécondation in vitro (FIV), les taux de succès demeurent faibles, en partie parce que les embryons ne réussissent pas à s'implanter.
Approche : Le Dr Dufort essaie de déterminer le rôle d'une voie particulière, la voie des protéines Wnt, dans l'implantation.
Impact : Cette recherche pourrait améliorer les chances de succès de la FIV et aider les couples qui vivent des échecs d'implantation répétés.
Selon le Dr Dufort, il en est ainsi parce que l'utérus est si près de l'extérieur du corps. Exposé aux environnements externes, il a créé ce que le chercheur appelle un « bouclier dense » pour se protéger des envahisseurs en provenance de l'extérieur. Pour que ce bouclier soit franchi, il doit y avoir un dialogue entre l'embryon et l'utérus.
Ce « dialogue » ressemble à des présentations : « utérus, voici embryon; embryon, voici utérus ». Cet échange d'information est essentiel pour créer chez chacun les conditions d'une implantation réussie. Par exemple, quand l'utérus détermine qu'un embryon est présent, il peut se préparer à l'implantation. Et une fois prêt, il doit le communiquer à l'embryon. Enfin, quand l'embryon reçoit ce message, il commence à se transformer pour faciliter l'implantation, des molécules d'adhésion se formant à sa surface.
Comprendre la façon dont ce dialogue se produit est le but premier de la recherche du Dr Dufort. Une partie de la réponse réside dans une sorte de protéines, appelées Wnt, qui sont sécrétées par les embryons.
Le Dr Dufort croit que cette voie protéique est ce qui permet le dialogue. Il se sert d'échantillons de la clinique de fécondation in vitro (FIV) au Centre universitaire de santé McGill pour vérifier son hypothèse.
En analysant les cathéters utilisés pour le transfert d'embryons à la femme, il peut voir quelles protéines sont plus communes lorsque l'implantation est fructueuse et lesquelles sont plus présentes lorsqu'elle échoue.
Le Dr Dufort estime que le fait de déchiffrer cette voie et son rôle dans la communication embryon-utérus est d'une importance vitale pour assurer le succès de la FIV.
« Nous mettons beaucoup d'efforts dans la création de ces beaux embryons en santé, mais nous les transférons à la mère sans savoir ce qui va se produire ensuite », dit‑il.
Si un couple est infertile en raison d'un bris dans la conversation, toute la FIV au monde ne pourra l'aider, souligne le Dr Dufort.
« C'est un aspect qui est crucial si nous voulons que la FIV soit fructueuse », dit‑il.
Bien que cette recherche soit centrée sur les humains, elle a aussi des applications dans le domaine vétérinaire, où la reproduction chez les bovins et chez les chevaux passe de plus en plus par la FIV.
Personne ne s'est vraiment intéressé de près à ce dialogue utéro‑embryonnaire, dit le Dr Dufort. Lui‑même y est arrivé essentiellement par hasard. Il étudiait le développement de l'embryon, comment les différentes parties d'un embryon deviennent la tête, le tronc, les jambes et les bras, et il a trouvé des protéines présentes dans l'embryon qui n'étaient pas nécessaires pour cette différenciation, ce qui l'a amené à se demander si elles ne seraient pas là pour faciliter la communication avec l'utérus.
« J'y suis allé un peu au hasard, mais j'avais vu juste », dit‑il.
« Si ce dialogue n'a pas lieu, l'embryon est perdu. »
L'étude
L'implantation est une étape cruciale de la reproduction au cours de laquelle l'embryon se fixe à la paroi de l'utérus. Si l'implantation n'est pas réussie, il n'y a pas de grossesse. Le succès de l'implantation exige une interaction entre l'embryon et l'utérus afin que chacun des deux se prépare pour cette importante étape. Le Dr Daniel Dufort examine le rôle d'une voie signalétique appelée Wnt pour faciliter cette interaction et essaie de mettre en évidence les gènes dont l'expression est régulée par cette voie. Il analyse les cathéters utilisés pour le transfert d'embryons à la clinique de FIV au Centre universitaire de santé McGill pour observer les facteurs présents lorsque l'implantation est un succès et lesquels sont plus communs lorsqu'elle échoue.