Profil de recherche - La fausse couche au niveau moléculaire

Dre Evica Rajcan-Separovic
Dre Evica Rajcan-Separovic

Pour de nombreux couples infertiles, le problème n'est pas pour la femme de tomber enceinte, mais de rester enceinte. Après plusieurs fausses couches inexpliquées, de nombreux couples ne savent plus vers qui se tourner.

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Jusqu'à 15 % des grossesses reconnues se terminent par une fausse couche. La pratique clinique habituelle en pareil cas consiste à effectuer une analyse chromosomique de l'embryon pour trouver ce qui n'a pas fonctionné. Le problème, c'est que cette analyse ne permet de déceler que les grandes anomalies, au niveau chromosomique. Lorsque rien n'est révélé, une femme n'a pas d'explication pour sa fausse couche, ni de garantie que la situation ne se reproduira pas.

La Dre Evica Rajcan-Separovic pense être en mesure d'apporter des éléments de réponse. Elle soupçonne qu'une mutation génétique qui modifie le nombre de gènes présents (ce que l'on appelle la variation du nombre de copies, ou VNC) peut être responsable d'au moins certaines de ces fausses couches. Comme ces variations ne sont pas visibles sous le microscope dans une analyse chromosomique standard, elle a recours à une puissante technologie d'analyse pangénomique par réseau (une technologie de pointe qui permet la recherche dans tous les gènes du génome humain) pour examiner les modifications peu évidentes dans l'ADN qui pourraient causer les fausses couches. La technologie est relativement nouvelle, dit‑elle, et peut être appliquée chaque fois que des changements au niveau des gènes sont soupçonnés. Elle est la première personne au Canada, et une des rares dans le monde, à appliquer cette technologie à la reproduction.

En bref

Qui : Dre Evica Rajcan-Separovic, professeure agrégée, Département de pathologie et de médecine de laboratoire, Université de la Colombie-Britannique; chercheuse de niveau 2 à l'institut de recherche sur l'enfant et la famille

Question : De nombreuses femmes font des fausses couches à répétition, mais ne savent pas pourquoi. Les analyses actuelles ne révèlent que les problèmes à grande échelle, au niveau du chromosome.

Approche : La Dre Rajcan-Separovic part de l'analyse du génome complet pour déterminer si des variations génétiques à plus petite échelle sont responsables de ces fausses couches.

Impact : La recherche peut aider à découvrir les femmes chez qui les fausses couches à répétition constituent un risque et permettre à ces femmes de faire des choix pour réduire ce risque.

Les premiers travaux de la Dre Rajcan-Separovic ont révélé de légères variations du nombre de copies d'ADN dans environ 30 % des embryons de fausses couches dont l'analyse classique des chromosomes sous le microscope ne révèle aucune cause apparente. Aussi révélateur soit-il, ce résultat n'est en réalité, selon elle, que la première des nombreuses étapes à suivre.

« Nous devons d'abord prouver les hypothèses », dit‑elle, en parlant du besoin de recueillir plus de données probantes pour démontrer hors de tout doute que les variations sont en cause dans la fausse couche. Pour mieux comprendre le lien potentiel, la Dre Rajcan‑Separovic étudiera la fonction de chacun des gènes dans les VNC trouvées dans les embryons spontanément avortés – il peut y avoir de nombreux gènes –, afin de déterminer lesquels sont importants pour le développement de l'embryon.

Elle procédera aussi à des analyses pour déterminer si la même mutation génétique est présente chez les parents. Si la variation survient seulement dans l'embryon, le problème est probablement particulier au foetus et n'a rien à avoir avec les parents, si bien qu'il a peu de chances de se reproduire. Cependant, si la mutation est présente chez un des parents, la situation se complique, car la probabilité de futures fausses couches augmente. Par ailleurs, explique la chercheuse, c'est aussi à cette étape, la troisième, que notre travail est le plus gratifiant, parce qu'il faut alors aider les parents.

« C'est le résultat le plus utile sur le plan clinique », dit‑elle. « À un moment donné, nous serons en mesure de conseiller les parents au sujet de façons d'améliorer les probabilités de mener une grossesse à terme. »

Selon la Dre Rajcan‑Separovic, une des façons de réduire le risque de fausse couche est de produire de multiples embryons par fécondation in vitro (FIV) et de choisir ensuite les embryons qui ne présentent pas la mutation génétique.

« Le passage de la découverte à la clinique est long », dit‑elle. « Nous sommes encore loin d'une application clinique, mais nous avons ouvert un nouveau champ de recherche. »

Qu’est-ce qu’un chromosome?

Un chromosome est un « paquet » d’ADN contenant des gènes et des protéines. Les humains ont 46 chromosomes, 23 hérités de leur père, et 23 hérités de leur mère.

Les anomalies chromosomiques sont responsables d’au moins la moitié des fausses couches au premier trimestre.

« Nous pouvons nous réjouir de la mise au point de cette nouvelle technologie. »

L'étude

Expliquer la fausse couche est essentiel pour aider à en prévenir la répétition, mais les technologies existantes ne peuvent en révéler la cause dans 30 à 50 % des cas. La Dre Evica Rajcan‑Separovic utilise une technologie d'analyse génomique par réseau pour déceler de subtiles modifications chromosomiques qui peuvent représenter des facteurs génétiques prédisposants dans les fausses couches à répétition. Travaillant avec des collègues en Autriche (Dr Tom Philipp), à Chicago (Dre Mary Stephenson) et à Vancouver (Drs Wendy Robinson et Peter Leung), elle examine les embryons avortés et les parents dans les cas de fausses couches multiples pour déterminer les causes génétiques des fausses couches répétées. Elle détermine aussi la fonction des gènes en cause pour comprendre leur rôle dans la reproduction et la formation de l'embryon et du placenta. Son travail permettra de mieux comprendre les facteurs génétiques qui contribuent à la fausse couche, et ouvriront la voie à la prévention future et à des soins optimaux pour les familles en quête d'une grossesse à terme.