Compte rendu de la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Résultats, impacts et leçons apprises
Montréal, QCLes 12 et 13 novembre 2010
Autre format
Table des matières
- Sommaire
- Aperçu de la rencontre
- Mot de bienvenue et allocution d'ouverture
- Conférence principale
- Communications en plénière
- Séances de présentation par affiches
- Séances simultanées en groupes restreints
- Discussion en plénière des commentaires issus des séances en groupes restreints
- Mot de la fin
- Évaluation de la rencontre
- Annexe 1 : Membres du Comité organisateur de la rencontre et du Secrétariat
- Annexe 2 : Programme de la rencontre
- Annexe 3 : Liste des participants
- Annexe 4 : Biographie du conférencier principal
- Annexe 5 : Séances plénières
- Annexe 6 : Affiches
- Annexe 7 : Séances en groupes restreints
- Annexe 8 : Exemples des principaux progrès présentés lors de la rencontre à Montréal
- Annexe 9 : Évaluation des séances de la rencontre par les participants
Sommaire
Le présent compte rendu vise à résumer les délibérations de la troisième édition annuelle de la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, qui a eu lieu les 12 et 13 novembre 2010 à Montréal, Québec. Plus de 140 chercheurs experts s'intéressant à la grippe et aux pandémies ont assisté à la rencontre afin de communiquer leurs résultats de recherche, d'établir des liens et de discuter des orientations futures de la recherche dans ce domaine critique. Bon nombre des participants avaient reçu des fonds de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie (IRSCIP). La rencontre a été parrainée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC).
Le Dr Mark Ouellette, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC (IMII IRSC) a ouvert la réunion en présentant un bref aperçu de l'IRSCIP. Les IRSC ont lancé l'IRSCIP en 2006 après avoir reçu un budget de 21,5 millions de dollars sur cinq ans du gouvernement du Canada. Ce budget est passé à 45,7 millions de dollars grâce à l'aide de partenaires de l'IRSCIP : l'ASPC, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), Alberta Innovates – Health Solutions et les Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx&D). Jusqu'à présent, plus de 90 projets ont été financés dans le cadre de l'IRSCIP, et la capacité de recherche sur la grippe et la préparation à une pandémie a grandement été renforcée.
Pour donner le ton au reste de la rencontre, le Dr Robert Webster du St. Jude Children's Research Hospital a présenté la conférence principale sur la pandémie de grippe et la nécessité de demeurer vigilant. Les oiseux aquatiques migrateurs constituent le réservoir naturel de tous les virus grippaux, mais les volailles, les porcs et d'autres animaux peuvent également faire fonction de réservoirs. Les pandémies de grippe humaine surviennent lorsqu'une nouvelle souche de virus grippal émerge chez des animaux et acquiert une transmissibilité interhumaine. Bien que la souche H1N1 (2009) soit maintenant stable chez les humains, elle continue de muter chez les porcs, et la souche H5N1 (grippe aviaire) représente encore une menace. Le Dr Webster a ainsi conclu qu'il reste encore plusieurs lacunes à combler dans nos connaissances sur la grippe et la préparation à une pandémie; il faut notamment étudier les virus grippaux dans les espèces réservoirs, en particulier chez les porcs apparemment en santé, afin de mieux prédire quels virus ont un potentiel pandémique.
Après la conférence principale, les participants ont présenté les résultats de leurs recherches lors de quatre communications orales en plénière, de quatre séances simultanées en groupes restreints et de deux séances de présentation par affiches. Les communications en plénière, les séances simultanées en petits groupes et les séances de présentation par affiches ont porté sur quatre thèmes de recherche : Biologie et diagnostic; Planification en cas de pandémie et éthique; Transmission, modélisation et contrôle des infections; Vaccins. De brefs synopsis des quatre communications en plénière sont fournis dans le corps du rapport, et des résumés de toutes les présentations sont fournis dans les annexes.
En plus des communications sur des résultats de recherche, les séances en groupes restreints ont permis aux participants de faire part aux IRSC et aux partenaires de leurs commentaires concernant l'IRSCIP. Pour bien orienter les discussions, les organisateurs de la rencontre ont demandé aux participants d'aborder les questions suivantes :
- Avons nous enrichi le corpus de connaissances critiques sur l'intervention en cas de pandémie et quels sont les principaux progrès réalisés par suite de cette initiative?
- Quels sujets ont été bien pris en compte par l'initiative et quels sujets méritent un meilleur traitement ou doivent être abordés dans une initiative future de lutte contre la pandémie?
- Quels progrès ont été réalisés en ce qui concerne le renforcement de la capacité de recherche, de même que les liens entre les réseaux et la mise sur pied d'une infrastructure?
- Estimez vous qu'il y a des obstacles qui empêchent d'atteindre les objectifs de l'IRSCIP et, le cas échéant, quels sont ils? Comment, selon vous, ces obstacles devraient ils être éliminés dans une initiative future?
Lors d'une séance plénière à la fin de la rencontre, des résumés des réponses à ces questions ont été présentés par les présidents des séances en groupes restreints, et tous les participants à la rencontre ont eu l'occasion d'ajouter leurs commentaires. Un résumé détaillé des réponses et de la discussion relatives à ces questions est fourni dans le corps du rapport. De façon générale, les participants ont reconnu que le corpus de connaissances critiques sur les interventions en cas de pandémie s'est enrichi, et plusieurs progrès clés ont été énumérés. Les participants ont également souligné les lacunes dans les connaissances qui devraient être comblées par une initiative subséquente de lutte contre la pandémie. La capacité de recherche s'est améliorée, et des réseaux et collaborations critiques ont été établis grâce à l'aide financière de l'IRSCIP. Les participants s'entendaient pour dire que les fonds de recherche devraient être maintenus parce que la grippe saisonnière présente un problème chaque année et il faut conserver l'infrastructure et l'expertise acquises de façon à pouvoir intervenir rapidement en cas de nouvelle menace pandémique.
À la fin de la rencontre, la Dre Patricia Huston, conseillère médicale principale à l'ASPC, et le Dr Ouellette ont remercié les participants de leur présence et de leur contribution active. Selon la Dre Huston, cette réunion a été fructueuse et a suscité la réflexion. Comme l'a souligné le Dr Ouellette, la rencontre a corroboré l'utilité des initiatives stratégiques. Des efforts sont déployés à plusieurs niveaux pour obtenir un financement à long terme de la recherche sur la grippe et les pandémies, mais l'avenir demeure incertain. Ils ont remercié tous les deux le Comité organisateur et le Secrétariat du travail qu'ils ont effectué pour cette rencontre. Le Dr Ouellette a terminé en souhaitant aux participants un bon voyage de retour.
Aperçu de la rencontre
Plus de 140 chercheurs et experts s'intéressant à la grippe et aux pandémies ont assisté à la troisième édition annuelle de la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie intitulée « Résultats, impacts et leçons apprises », les 12 et 13 novembre 2010 à Montréal, Québec. Bon nombre des participants à la rencontre avaient reçu des subventions accordées par l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie (IRSCIP) pour financer la recherche dans le domaine de la grippe et de la préparation à une pandémie.
Les principaux objectifs de la rencontre étaient les suivants :
- offrir l'occasion aux participants de communiquer les résultats de leurs recherches;
- favoriser les échanges et les collaborations entre les participants;
- cerner les orientations futures de la recherche dans ce domaine critique.
Cette réunion parrainée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a été préparée par un Comité organisateur et des services de secrétariat ont été fournis par l'ASPC (voir l'annexe 1). La rencontre a débuté par une conférence principale, présentée par le Dr Robert Webster du St. Jude Children's Research Hospital, à Memphis, Tennessee, sur la grippe pandémique et la nécessité de demeurer vigilant. De nombreux participants ont ensuite présenté les résultats de leurs recherches dans le cadre de quatre séances plénières, de quatre séances simultanées en groupes restreints et deux séances de présentation par affiches. À la fin de la rencontre, les participants se sont réunis pour discuter des principaux progrès réalisés grâce à l'IRSCIP dans le domaine de la recherche et du renforcement de la capacité et ont cerné les lacunes qu'il reste à combler dans les connaissances sur la grippe et la préparation à une pandémie (voir l'annexe 2 pour le Programme de la rencontre et l'annexe 3 pour une Liste des participants à la rencontre).
Mot de bienvenue et allocution d'ouverture
Le Dr Marc Ouellette, directeur scientifique, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC (IMII IRSC)
Le Dr Ouellette a accueilli chaleureusement les participants à la rencontre. Il a ensuite donné un bref aperçu de l'IRSCIP. Cette initiative a été lancée en 2006 après l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et pour contrer l'émergence et la menace d'une forme pathogène de grippe aviaire (H5N1), problème qui est toujours présent.
L'IRSCIP était financée au départ par un budget de 21,5 millions de dollars alloués sur cinq ans par le gouvernement du Canada. Les partenariats ont permis de porter les fonds totaux disponibles à 45,7 millions de dollars sur cinq ans. Voici les partenaires de l'IRSCIP : IMII IRSC, ASPC, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), Alberta Innovates – Health Solutions et les Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx&D).
Jusqu'à présent, plus de 90 projets ont été financés par l'entremise de l'IRSCIP, et la capacité de recherche sur la grippe et la préparation à une pandémie a été grandement renforcée. Par exemple, le nombre de publications de chercheurs canadiens dans ces domaines a plus que doublé, passant de 60 en 2005 à 140 en 2010. En outre, les chercheurs qui travaillent sur la grippe et la préparation à une pandémie ont également réussi à bien se classer dans les concours ouverts des IRSC. En 2010, par exemple, les IRSC ont investi 20 millions de dollars dans ce domaine de recherche, 9 millions de dollars venant de l'IRSCIP et le reste de concours ouverts.
Si l'un des objectifs majeurs de la réunion de Montréal était de s'informer des résultats des recherches financées par l'IRSCIP et les IRSC, un autre objectif important consistait à obtenir les commentaires de chercheurs et d'experts concernant les principaux progrès réalisés dans le développement des connaissances et le renforcement de la capacité de recherche grâce à l'Initiative, les domaines qui méritent d'être étudiés plus à fond et les obstacles qui peuvent avoir empêché d'atteindre les objectifs de l'IRSCIP, de même que leurs suggestions quant à la façon d'éliminer ces obstacles dans une initiative future. Le Dr Ouellette a terminé en remerciant les membres du Comité organisateur et du Secrétariat d'avoir organisé la rencontre et a souhaité à tous les participants une réunion des plus fructueuses.
Conférence principale
Pandémie de grippe – Surmonter la fatigue lors d'une pandémie : on ne peut se permettre de baisser la garde
Dr Robert Webster, St. Jude Children's Research Hospital
Le Dr Webster a donné un aperçu des virus grippaux émergents, des mesures de lutte et des lacunes dans nos connaissances actuelles. Il a commencé par décrire sommairement la pandémie de grippe de 2009. Cette pandémie a été causée par un nouveau variant du virus H1N1 qui a été détecté pour la première fois chez les humains en Amérique du Nord en 2009. Le virus s'est propagé rapidement dans le monde et a causé au moins 6 000 décès. Même si le virus ressemblait au virus dévastateur H1N1 de la grippe espagnole de 1918, il n'était pas aussi virulent, de sorte que malgré les craintes initiales, l'intensité de la pandémie a été modeste. Les infections ont atteint cependant plus gravement les jeunes adultes (70 % des cas < 30 ans) et les personnes obèses ont été cinq fois plus nombreuses à être hospitalisées. De plus, 5 % de tous les décès ont été dénombrés chez les femmes enceintes, même si ce groupe ne représente que 1 % de la population mondiale.
Les oiseaux aquatiques migrateurs constituent le réservoir naturel de tous les virus grippaux, mais les volailles, les porcs et d'autres animaux font également fonction de réservoirs. Bien que le virus H1N1 (2009) semble actuellement être stable chez les humains, un réassortiment génétique est observé chez les porcs, ce qui signifie que le virus pourrait évoluer et donner naissance à une nouvelle souche pandémique. Le virus grippal H5N1 hautement pathogène (grippe aviaire) demeure également préoccupant. Ce nouveau virus grippal a fait son apparition en 1996 dans le Sud de la Chine et s'est propagé dans plus de 60 pays en Eurasie et en Afrique. À ce jour, plus de 500 millions de volailles ont été détruites, et 507 cas humains ont été recensés, dont 302 cas mortels. Les humains contractent surtout l'infection après avoir été exposés à des oiseaux qui, jusqu'à présent, n'étaient pas associés à une transmission interhumaine. Bien que le virus ne se soit pas encore propagé aux Amériques ou à l'Australie, le Dr Webster croit que cette propagation est inévitable. La vaccination des volailles au Vietnam a grandement réduit le nombre de décès dus au virus H5N1 chez les humains, mais cette approche n'a pas été couronnée de succès en Égypte.
Les vaccins sont utilisés en vue de prévenir la transmission de la grippe chez les humains, mais il faut peut être six mois pour produire un vaccin contre la grippe pandémique parce que les virus servant à produire les vaccins sont cultivés dans des oeufs. Il faut donc trouver de nouveaux moyens de produire des vaccins antigrippaux plus rapidement. Il faut également améliorer les méthodes pour rassurer la population concernant l'innocuité des vaccins. Enfin, de nouveaux types d'antiviraux sont requis : nous ne disposons actuellement que de deux classes de ces médicaments, et la résistance aux antiviraux peut se développer rapidement.
Jetant un regard vers l'avenir, le Dr Webster a décrit plusieurs mesures qui pourraient être prises pour atténuer la prochaine pandémie de grippe et pour s'y préparer. On devrait éliminer les marchés de volailles vivantes dans tout le monde. On devrait s'efforcer de comprendre le fardeau de la grippe chez les porcs, à l'échelle tant locale que mondiale, en exerçant une surveillance virologique et sérologique chez les porcs apparemment en bonne santé. Il faut en outre continuer d'étudier la génomique des virus grippaux dans des espèces réservoirs, de façon à pouvoir mieux prédire les virus qui ont un potentiel pandémique (voir l'annexe 4 pour obtenir une biographie du Dr Webster).
Communications en plénière
Quatre communications en plénière portaient chacune sur un thème de recherche particulier : Biologie et diagnostic; Planification en cas de pandémie et éthique; Transmission, modélisation et contrôle des infections; Vaccins. Elles ont été présentées par des experts dans le domaine de la grippe et de la préparation à une pandémie. On trouvera un synopsis de chaque communication ci dessous. Les résumés des communications soumis par les conférenciers sont fournis à l'annexe 5.
Carte génomique et structurale de l'évolution adaptative vers une virulence accrue du virus humain de la grippe A
Dr Earl Brown, Université d'Ottawa
Les virus grippaux sont composés d'ARN, de protéines et de lipides. Les gènes de l'ARN codent des molécules qui permettent au virus de se fixer à des cellules hôtes et d'y pénétrer, puis de se servir de la machinerie cellulaire de l'hôte pour se répliquer. Des changements (c. à d. mutations) dans les séquences de ces gènes viraux peuvent altérer la gamme d'hôtes et la virulence du virus. Le Dr Brown et l'Équipe sur la pathogenèse de la grippe au Canada ont procédé à des passages en série pour adapter le virus pandémique humain H3N2 de 1968 aux poumons de souris afin de détecter les mutations spécifiques qui médient l'évolution vers une virulence accrue chez cet autre mammifère hôte. Comme l'équipe l'a constaté, aussi peu que six changements génétiques augmentaient grandement la virulence chez la souris.
Les mutations qui contribuaient le plus à augmenter la virulence étaient situées dans les gènes codant la PB2, protéine nécessaire à la réplication virale, et l'hémagglutinine, qui permet au virus de se fixer aux cellules cibles et d'y pénétrer. Des mutations ont également été observées dans le gène NS1, qui code une protéine inhibant les réponses antivirales spécifiques de la cellule hôte. Les mutations dans NS1 étaient similaires à celles présentes dans les virus grippaux humains pandémiques et hautement pathogènes, ce qui confirme l'utilité clinique de cette recherche. Les résultats de cette dernière aideront à établir un fondement génétique pour l'évaluation du potentiel pandémique de nouveaux virus grippaux et à définir de façon plus précise les fonctions et propriétés des gènes associés à la gamme d'hôtes et à la virulence.
Éthique et planification en cas de pandémie : leçons tirées de l'IRSCIP à l'échelle locale et mondiale
Dr Ross Upshur, Université de Toronto
Le Dr Upshur a décrit un programme novateur de recherche communautaire appelé Programme canadien de recherche sur l'éthique en cas de pandémie (CanPREP) dans le cadre duquel il exerce le rôle de chef d'équipe. CanPREP est constitué de trois groupes de travail interreliés oeuvrant en collaboration sur trois questions éthiques clés liées à la pandémie : obligations des dispensateurs de soins et soutien institutionnel qui leur est offert; ordre de priorité pour des ressources rares; communication du risque et transfert des connaissances. L'objectif général est d'élaborer un cadre éthique qui se base sur des processus de prise de décisions et s'inspire de valeurs éthiques. Chaque groupe de travail réunit des chercheurs, des utilisateurs finals, des partenaires communautaires et des stagiaires de recherche qui ont reçu des bourses de recherche interdisciplinaires.
Plusieurs méthodes de mobilisation des intéressés ont été élaborées et utilisées par l'équipe de recherche pour recueillir des opinions, notamment : séances de discussion publique, enquêtes nationales par téléphone auprès de la population, enquête en ligne auprès des travailleurs de la santé, groupes de discussion, colloques publics, séminaires diffusés sur le Web et théâtre basé sur la recherche. En fait, les participants à la rencontre ont eu la chance d'en apprendre davantage sur l'approche théâtrale basée sur la recherche lorsque, dans le cadre du banquet, des membres de l'équipe de CanPREP ont fait la lecture d'une pièce sympathique intitulée : Abide with Me: A Story of Two Pandemics qui a été écrite par la Dre Kate Rossiter, chercheure du CanPREP. Les résultats de recherche de CanPREP ont guidé la prise de décisions stratégiques à l'échelle locale, nationale et internationale (p. ex. collaboration d'un groupe de travail sur les critères supplémentaires pour le triage à l'USI en temps de pandémie avec le Joint Centre for Bioethics et les hôpitaux régionaux; collèges des médecins et chirurgiens de l'Ontario et de la Nouvelle Écosse, Groupe de travail sur les vaccins antipandémiques de l'Agence de la santé publique du Canada et Groupe de travail sur le Guide de planification des communications en cas de flambée épidémique de l'Organisation mondiale de la santé).
Études sur la transmission de la grippe dans la communauté huttérienne
Dr Mark Loeb, Université McMaster
La plupart des connaissances relatives aux infections grippales, en particulier la durée des infections et la période de contagiosité sont tirées d'études de provocation où un nombre limité de personnes, habituellement des adultes, sont inoculées avec des virus grippaux. Cette façon de faire peut ne pas représenter fidèlement la réalité dans la collectivité et ne tient pas compte du rôle des enfants dans la propagation des virus. Pour combler cette lacune dans les connaissances, le Dr Loeb et son équipe de recherche ont examiné des infections grippales acquises naturellement dans dix colonies huttériennes près de Red Deer, en Alberta, entre 2007 et 2010. Lorsque deux cas ou plus de grippe étaient détectés chez les participants sentinelles en l'espace de 48 heures, des prélèvements de gorge et de sécrétions nasales (utilisés pour mesurer la charge virale et l'excrétion du virus grippal) ont été effectués chez tous les participants à l'étude, qu'ils présentent ou non des symptômes de grippe.
Sur les 839 participants, 28 % ont contracté l'infection durant l'étude. Différentes souches virales dominaient dans chacune des trois saisons grippales : H1 en 2007 2008, H3 et B en 2008 2009 et H1 pandémique en 2009 2010. La charge virale atteignait son point maximal dans les deux jours suivant un test positif pour H1, mais elle culminait quelques jours plus tard dans le cas de la souche H3. L'excrétion du virus persistait environ cinq jours après l'apparition des symptômes, mais durait entre 1 et 16 jours. Les enfants excrétaient en général plus longtemps le virus que les adultes. Environ 10 % des sujets positifs pour le virus ne présentaient pas de symptômes d'allure grippale. L'excrétion du virus chez ces personnes asymptomatiques était peu fréquente et, le cas échéant, durait moins longtemps que chez les personnes symptomatiques. Les résultats de cette recherche serviront à orienter les décisions stratégiques quant à la meilleure façon de prévenir la propagation de la grippe annuelle et pandémique.
Le Dr Loeb a également présenté brièvement les résultats d'une étude comparative randomisée par grappes en aveugle qui ont montré que la vaccination des enfants et des adolescents contre la grippe a grandement contribué à prévenir les infections grippales chez les résidents non vaccinés des communautés huttériennes. Ces résultats ont été publiés récemment (JAMA 2010; 303:943 950) et soulignent l'utilité d'immuniser certaines populations, comme les enfants et les adolescents, en périodes de pénurie de vaccins.
Le Réseau de recherche sur l'influenza de l'ASPC et des IRSC
Dr Scott Halperin, Université Dalhousie, IWK Health Centre, Dr David Scheifele, BC Children's Hospital et Université de la Colombie Britannique, Dre Marcia Johnson, Université de l'Alberta et Alberta Health Services, Dr Jeff Kwong, Institute for Clinical Evaluative Sciences, Dr Gaston de Serres, Institut national de santé publique du Québec, Dr Mark Loeb, Université McMaster (au nom de la Dre Shelly McNeil, Université Dalhousie, IWK Health Centre)
Le RRI est un réseau de réseaux qui compte cinq groupes thématiques : Essais cliniques rapides, Mise en oeuvre rapide des programmes, Couverture vaccinale et Efficacité du vaccin. Chaque groupe est dirigé par un chercheur principal. L'objectif général est de fournir de l'information sur les vaccins antigrippaux assez rapidement pour orienter la prise de décisions en santé publique. La création et l'implantation de ce réseau pancanadien ont coïncidé avec la pandémie de grippe de 2009, ce qui a présenté un certain nombre de difficultés sur le plan logistique. Malgré tout, un réseau de plus de 80 chercheurs dans plus de 30 établissements a été constitué et mis à contribution durant la saison grippale 2009. Le réseau a recueilli des données sur l'innocuité, l'efficacité du vaccin, la couverture vaccinale et la mise en oeuvre de programmes de vaccination et a entrepris un certain nombre d'essais cliniques de vaccins. Voici quelques uns des principaux résultats de recherche jusqu'à présent :
Le réseau des Essais cliniques rapides du RRI a utilisé les données sur les participants aux essais de vaccins dans tout le Canada pour évaluer de façon indépendante le vaccin avec adjuvant contre le H1N1 (2009) dans le but de répondre aux importantes questions non résolues en ce qui concerne les programmes publics. Quatre études ont été effectuées simultanément en nov. et déc. 2009 sur ArepanrixMC (GSK) – le vaccin utilisé au Canada durant la pandémie. Une étude des adultes autochtones qui avaient reçu la dose standard du vaccin a indiqué que cette population vulnérable répondait très bien au vaccin. Une étude portant sur d'autres adultes qui avaient reçu un vaccin contre la grippe saisonnière en même temps ou lors d'une visite ultérieure n'a mis en évidence aucune interférence dans les réponses aux vaccins administrés simultanément, les réponses étaient bonnes dans les deux cas. Une étude sur les jeunes enfants ayant reçu une et deux doses a révélé qu'une dose était utile, mais que la protection était beaucoup plus grande après une seconde dose. De même, une seconde dose améliorait les réponses immunitaires chez les adultes infectés par le VIH.
Plus récemment, en août 2010, le réseau des Essais cliniques rapides a examiné l'innocuité du vaccin contre la grippe saisonnière de 2010 2011, qui contient trois souches du virus grippal, notamment H1N1 (2009). Cette étude était importante parce que les chercheurs voulaient évaluer les conséquences de la revaccination contre le virus H1N1 (2009). Trois cent vingt cinq adultes ont été recrutés dans un essai de pré homologation rapide. Le profil d'innocuité était tel que prévu, et les résultats ont été largement diffusés à peine 43 jours après le début de l'essai. L'envergure et la rapidité de l'essai étaient sans précédent au Canada. L'essai a été répété chez 215 enfants, et les résultats initiaux concordent avec ceux de l'étude chez les adultes.
Le réseau sur la Couverture vaccinale du RRI a examiné les méthodes de collecte de données à l'échelle individuelle dans les centres de vaccination. Il est nécessaire que les responsables de la santé publique disposent de données individuelles pour évaluer les programmes de vaccination et améliorer les soins dispensés aux clients. Durant la campagne de vaccination contre le virus grippal H1N1 (2009), un éventail de systèmes de collecte de données ont été utilisés dans tout le Canada. L'enregistrement des clients et la tenue de dossiers de vaccination sur support électronique ont réduit de 17 à 40 % le temps consacré à la collecte de données. Le personnel de première ligne a jugé les méthodes électroniques de collecte de données comme étant aussi acceptables et faciles à utiliser que les méthodes sur support papier. Les systèmes électroniques coûtent la même chose ou moins que les systèmes hybrides (papier et électronique) sur une période de cinq ans et ont permis de saisir une plus grande quantité de données.
Le réseau sur l'Innocuité du vaccin du RRI a effectué plusieurs études durant la saison grippale 2009 2010. Dans une étude, la surveillance des travailleurs de la santé après la vaccination contre le virus H1N1 (2009) a montré que le vaccin était sûr et n'était pas associé à des événements indésirables graves de longue durée, bien que certaines personnes aient présenté des réactions locales et de type allergique.
Le réseau sur l'Innocuité du vaccin du RRI a également surveillé de près les événements indésirables associés au vaccin contre le H1N1 (2009) chez environ 4 000 personnes allergiques aux oeufs. Cette étude était nécessaire parce que les virus grippaux utilisés dans les vaccins sont cultivés dans des oeufs, et les personnes qui souffrent d'allergies graves aux oeufs sont habituellement invitées à ne pas se faire vacciner. Aucun des 4 000 sujets n'a souffert d'une réaction allergique grave (anaphylaxie).
Une des études menées par le réseau sur l'Efficacité du vaccin du RRI consistait à examiner l'efficacité du vaccin antipandémique (2009) chez 1 143 travailleurs de la santé et d'autres travailleurs adultes. Dans cette étude, 48,2 % des participants ont reçu le vaccin contre le H1N1 (2009), et l'efficacité du vaccin s'élevait à 77 % et à 89 % sept jours et 14 jours après la vaccination, respectivement; la capacité d'estimer l'efficacité du vaccin était cependant quelque peu limitée à cause de l'accès tardif au vaccin par rapport au pic d'activité de la pandémie et en raison des taux d'attaque généralement faibles (2 % chez les personnes non vaccinées).
Séances de présentation par affiches
En tout, 46 affiches décrivant des résultats de recherche ont été présentées par les participants le premier jour de la rencontre. Les deux séances de présentation par affiches ont été très populaires, et les présentateurs comme les participants ont pris part à des discussions animées. Voir l'annexe 6 pour les résumés des séances de présentation par affiches.
Séances simultanées en groupes restreints
Au cours du premier après midi, les participants se sont réunis en petits groupes dans le cadre de l'une des quatre séances simultanées en groupes restreints :
- Biologie et diagnostic, coprésidents : Dr Earl Brown et Dr Todd Hatchette;
- Planification en cas de pandémie et éthique, président : Dr Ross Upshur;
- Transmission, modélisation et contrôle des infections, coprésidents : Dr Brian Ward et Dre Susan Tamblyn;
- Vaccins, président : Dre Veronika von Messling
Les séances ont débuté par la présentation de plusieurs communications orales de dix minutes sur les résultats de recherche se rapportant au thème de la séance (voir l'annexe 7 pour les résumés des communications). Par la suite, une discussion ouverte a porté sur quatre questions qui avaient été préparées par les organisateurs de la rencontre :
- Avons nous enrichi le corpus de connaissances critiques sur l'intervention en cas de pandémie et quels sont les principaux progrès réalisés par suite de cette initiative?
- Quels sujets ont été bien pris en compte par l'initiative et quels sujets méritent un meilleur traitement ou doivent être abordés dans une initiative future de lutte contre la pandémie?
- Quels progrès ont été réalisés en ce qui concerne le renforcement de la capacité de recherche, de même que les liens entre les réseaux et la mise sur pied d'une infrastructure?
- Estimez vous qu'il y a des obstacles qui empêchent d'atteindre les objectifs de l'IRSCIP et, le cas échéant, quels sont ils? Comment, selon vous, ces obstacles devraient ils être éliminés dans une initiative future?
Discussion en plénière des commentaires issus des séances en groupes restreints
À la fin de la rencontre, les présidents des séances en groupes restreints ont présenté en plénière un aperçu des réponses aux quatre questions posées par les organisateurs de la rencontre (voir liste ci dessus). Les participants à la plénière ont également eu l'occasion de formuler des commentaires additionnels. Les remarques présentées dans chaque aperçu ont été combinées et sont résumées ci dessous :
Développement des connaissances
Les participants s'entendaient en général pour dire que plusieurs pas cruciaux avaient été franchis dans le développement des connaissances sur la grippe et la pandémie par suite de l'IRSCIP. Dans le domaine de la biologie, on comprend mieux maintenant les mutations virales qui peuvent accroître la virulence de la grippe. On sait également plus de choses sur les réponses de l'hôte aux infections grippales, notamment les facteurs liés à l'hôte qui contribuent à la gravité de l'infection grippale. Les chercheurs de l'IRSCIP ont identifié plusieurs antiviraux candidats prometteurs et indiqué de nouvelles stratégies d'utilisation des produits homologués existants pour le traitement des infections grippales.
La recherche dans le domaine de la planification en cas de pandémie et de l'éthique a aidé à mieux comprendre les questions éthiques qui surgissent durant une pandémie. Plusieurs outils nouveaux ont été élaborés et utilisés pour susciter la discussion sur des questions au sein de la population et parmi les intervenants clés. Les connaissances acquises grâce à ces recherches ont servi à orienter les décisions stratégiques prises à l'échelle régionale, nationale et internationale, notamment par l'ASPC et l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pour ce qui est de la prévention de la propagation de la grippe saisonnière et pandémique, on comprend mieux maintenant les infections grippales naturelles dans la collectivité. Les résultats de l'étude sur la mécanique de la toux faciliteront la mise au point de méthodes pour prévenir la transmission interhumaine. Des chercheurs financés par l'IRSCIP ont également élaboré plusieurs modèles mathématiques qui leur permettent de prédire la façon dont diverses mesures de santé publique modifieraient la transmission de la grippe saisonnière et pandémique. Ces renseignements aident les responsables à prendre des décisions éclairées quant aux interventions en santé publique.
Des chercheurs financés par l'IRSCIP ont apporté une contribution notable dans le domaine des vaccins. Plusieurs plates formes vaccinales nouvelles qui ne font pas appel aux oeufs ont été mises au point. On connaît également plus en détail le rôle des réponses immunitaires cellulaires de l'hôte contre les vaccins avec et sans adjuvant. Le Réseau de recherche sur l'influenza de l'ASPCet des IRSC et d'autres chercheurs financés par l'IRSCIP ont effectué des études critiques sur les vaccins et les programmes de vaccination associés à la campagne de vaccination contre le H1N1 (2009) et aux vaccins contre la grippe saisonnière, études qui fournissent des renseignements essentiels aux autorités sanitaires.
Certains des progrès signalés par des chercheurs financés par l'IRSCIP lors de la rencontre à Montréal sont décrits à l'annexe 8 (voir les annexes 5 à 7 qui contiennent tous les résumés).
Lacunes à combler dans les connaissances
Malgré les progrès qui ont été réalisés, les participants ont reconnu qu'il restait encore plusieurs lacunes dans les connaissances. Il faut mieux comprendre la transmission et la génomique du virus grippal, notamment l'interface animal humain. On pourra ainsi mieux prédire quelle souche grippale constituera la prochaine menace, de même que ses caractéristiques, et on disposera d'une approche factuelle des mesures de lutte contre les infections. Les connaissances acquises pourront également être extrapolées à d'autres maladies infectieuses humaines pour lesquelles les animaux jouent le rôle de réservoirs.
Il faut avoir accès à plus d'information sur la pathologie grippale, notamment sur les raisons des différences dans la gravité de la maladie d'une personne à l'autre, et les facteurs qui confèrent une protection contre la grippe (à part les titres d'anticorps). Ces renseignements couplés à une meilleure compréhension de la biologie du virus et de l'hôte ainsi que de leurs interactions aideront à mettre au point de nouvelles mesures de prévention, notamment de meilleurs vaccins et traitements contre la grippe.
La pandémie de 2009 due au H1N1 a montré qu'il faut trouver des façons d'intervenir de façon plus souple et prompte durant une pandémie et qu'il faut répondre rapidement aux questions de recherche. Pour ce faire, on devra notamment disposer de méthodes qui favorisent un libre accès aux données scientifiques. On aura également besoin de trouver de meilleurs moyens de mobiliser et de faire participer les médias en les aidant à comprendre et à communiquer les résultats de recherche, et on devra élaborer de nouvelles stratégies pour maintenir la confiance de la population dans les soins de santé et améliorer l'intervention des services de santé durant une pandémie.
Les modèles mathématiques de propagation de la maladie et des conséquences de diverses interventions en santé publique aident grandement les décideurs dans le domaine de la santé. Les meilleurs modèles sont « locaux », c'est-à dire ils utilisent les données locales pour rendre compte des réalités locales, mais une modélisation à différents niveaux (local, national et international) est également nécessaire. L'utilisation de modèles simples ou complexes fait l'objet de débats chez les chercheurs dans le domaine de la modélisation. Des études futures de modélisation devraient comporter un examen du mode de persistance de la transmission dans différents milieux. On doit de plus disposer de stratégies pour s'assurer que les données tirées des modèles sont converties en mesures de santé publique.
Un des principaux désavantages des vaccins actuels contre la grippe est la nécessité d'en mettre au point de nouveaux chaque année pour qu'ils correspondent à la souche grippale en circulation durant une saison particulière. Un des objectifs à viser dans l'avenir serait de mettre au point un vaccin universel qui protégerait les personnes contre toutes les souches de grippe, même celles qui n'ont pas encore évolué. En outre, bien que certaines des plates formes vaccinales qui ont été identifiées et mises au point par des chercheurs financés par l'IRSCIP constituent un pas vers un vaccin universel, d'autres études et travaux de développement sont nécessaires avant que ces plates-formes puissent être utilisées chez les humains.
Renforcement de la capacité de recherche
Les réseaux et les groupes de collaboration qui ont été créés dans le cadre de l'IRSCIP ont rassemblé des cliniciens, des chercheurs, des modélisateurs et d'autres intervenants clés et ont renforcé la capacité de recherche et amélioré l'application des connaissances dans le domaine de la grippe et de la préparation à une pandémie. Bon nombre de ces groupes multicentriques ont été formés avant 2009, ce qui a permis aux chercheurs canadiens d'intervenir rapidement lors de la pandémie de 2009 due au H1N1. L'IRSCIP a également servi de catalyseur pour les collaborations nationales et internationales, qui ont facilité l'échange des connaissances, des réactifs et de l'expertise.
Voici quelques uns des réseaux officiels qui ont été soit mis sur pied, soit élargis grâce à l'IRSCIP :
- Le Réseau de recherche sur l'influenza de l'ASPC et des IRSC. Il a été mis sur pied juste au début de la pandémie de 2009 due au H1N1 et a fourni des renseignements critiques dont on avait besoin pour la campagne de vaccination contre le virus H1N1 de 2009. Le réseau continue de s'intéresser aux questions liées aux vaccins contre la grippe saisonnière et à la planification en prévision d'une pandémie.
- Le Programme canadien de recherche sur l'éthique en cas de pandémie (CanPREP). Il a élaboré des méthodes novatrices pour mobiliser la population et les intervenants clés et a aidé à orienter les décisions stratégiques concernant la préparation à une pandémie.
- MITACS. C'est un réseau qui comprend plusieurs centres de recherche, il offre un vaste programme novateur de stages en modélisation et il finance des ateliers annuels sur la pandémie et des cours d'été réguliers.
- Pan-InfORM. Cette collaboration multidisciplinaire a été à l'origine de plusieurs publications durant la pandémie, l'accent étant mis sur l'application des connaissances.
- CanPan. Ce consortium a entrepris plus de vingt projets durant la pandémie et offre un vaste programme de stages. Parmi ses grandes réussites, citons des collaborations internationales, une estimation paramétrique en temps réel et l'acquisition de données sur les ménages canadiens pour la modélisation des réseaux de contacts.
Des stagiaires à tous les niveaux ont reçu des fonds de l'IRSCIP. Bon nombre de ces stagiaires ont présenté des affiches ou des communications orales lors de la rencontre à Montréal, ce qui a renforcé leur formation. Plusieurs ont décidé de poursuivre leurs travaux de recherche sur la grippe et la préparation à une pandémie, créant ainsi une nouvelle génération de chercheurs et de personnel qualifié dans ce domaine.
Obstacles à surmonter dans les initiatives futures
Les participants ont énuméré plusieurs obstacles qui ralentissent la progression de leurs recherches et ont également suggéré des façons de surmonter ces obstacles dans une initiative future. Par exemple, l'accès limité à des réactifs, à des échantillons cliniques et à des installations de biosécurité de niveau 3 a nui à leurs recherches. Afin de réduire les délais, les participants ont proposé la création de banques élargies et accessibles de réactifs et d'échantillons cliniques de même que la conclusion d'ententes pour le transfert accéléré de matériel qui respectent des règles éthiques appropriées. À cette fin, il serait utile d'avoir une « trousse de départ » de réactifs/échantillons pour les laboratoires de recherche universitaire.
La recherche clinique a été ralentie parce qu'il n'y avait pas suffisamment d'outils diagnostiques et de méthodes aux points de soins pour recueillir rapidement les données afin d'inscrire les gens dans des essais. Un des principaux obstacles était le temps qu'il fallait pour l'examen du caractère éthique; ce processus devrait être simplifié.
Bien que plusieurs stratégies aient été utilisées par l'IRSCIP pour favoriser des collaborations scientifiques, les participants ont déclaré qu'il faut inciter les chercheurs à travailler davantage en réseau dans leurs spécialités afin d'exploiter au maximum toutes les nouvelles connaissances produites grâce à cette Initiative. Les règles de financement des IRSC présentaient des difficultés pour les chercheurs canadiens qui voulaient créer des collaborations scientifiques à l'échelle internationale. De nouveaux mécanismes de financement devraient être élaborés dans une initiative future afin de renforcer les collaborations internationales.
Les chercheurs qui effectuent des travaux préliminaires de recherche et de développement sur les vaccins ont de la difficulté à piloter des vaccins candidats prometteurs à travers le processus de pré homologation et d'essai clinique, à cause du manque d'expertise et d'installations. Celles ci devraient être renforcées. Les participants à la séance en groupes restreints sur les vaccins ont suggéré d'encourager la participation des sociétés pharmaceutiques par le biais de mécanismes de financement indépendants.
Les participants ont également souligné la nécessité de diffuser rapidement les résultats de recherche, notamment d'accélérer l'examen par les pairs et la publication de ces résultats afin de s'assurer que les organismes gouvernementaux et le grand public sont bien informés des découvertes importantes. Il faut élaborer une stratégie systématique de communication de l'information. Un organisme scientifique représentant la communauté scientifique en général mais non associé au gouvernement pourrait jouer un rôle majeur à cet égard. Cette organisation pourrait publier, par exemple, une série de rapports en temps réel équivalant au Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) des CDC. De plus, les chercheurs pourraient mieux utiliser le Programme d'application des connaissances (AC) et celui Des connaissances à la pratique des IRSC. Il faut également élaborer de nouvelles approches pour faire participer davantage les journalistes au processus de recherche, même à l'étape de la découverte.
Il est essentiel de maintenir l'IRSCIP sur sa lancée en élaborant une stratégie nationale durable de recherche sur la grippe et la pandémie qui dispose d'un financement continu. On aurait ainsi l'expertise et l'infrastructure nécessaires pour intervenir rapidement face à de nouvelles menaces, telles qu'une pandémie future de grippe. On serait aussi mieux équipé pour faire face à la grippe saisonnière, qui pose un problème de santé chaque année. Le financement est un élément crucial des projets de longue durée tels que la mise au point de vaccins et le maintien d'une infrastructure essentielle de surveillance.
Les participants ont reconnu que la baisse de l'intérêt public à l'égard de la pandémie est un obstacle qui pourrait empêcher l'amélioration du financement. Des méthodes doivent être mises au point pour mobiliser la population canadienne afin qu'elle réclame une augmentation de l'aide financière à la recherche et pour créer une solidarité entre les chercheurs et la population canadienne. Il faut peut être aussi mettre davantage l'accent sur les maladies infectieuses ayant un potentiel pandémique dans une initiative future, vu que l'IRSCIP était au départ centrée sur la grippe aviaire, cible qui s'avère maintenant trop étroite.
Mot de la fin
Dre Patricia Huston, conseillère médicale principale, ASPC
Au nom de l'ASPC, la Dre Huston a remercié les participants d'avoir pris part et contribué à cette rencontre. Elle a également souligné les efforts du Comité organisateur et du Secrétariat, qui ont organisé une rencontre des plus fécondes qui a suscité la réflexion. La Dre Huston a reconnu la contribution des IRSC qui, par l'entremise de l'IRSCIP et du RRI, ont permis de répondre à plusieurs questions clés concernant les vaccins contre la grippe saisonnière et pandémique. Elle a été heureuse d'entendre parler des réalisations scientifiques des participants à la rencontre. Des efforts sont déployés à plusieurs niveaux en vue d'obtenir un financement durable pour la recherche sur la grippe et la préparation à une pandémie. La pandémie de 2009 a montré que l'application des connaissances est capitale, et la Dre Huston a souligné la nécessité de trouver de nouveaux mécanismes d'application des connaissances. Elle est d'accord avec les participants que le Canada doit se doter d'un mécanisme de rapport hebdomadaire de style MMWR pour publier rapidement des renseignements et des recommandations utiles dans le domaine de la santé publique.
Dr Marc Ouellette, directeur scientifique, IMII IRSC
Le Dr Ouellette a remercié les participants d'avoir pris le temps de présenter les résultats de leurs recherches et d'avoir pris part activement à la rencontre. Cette réunion a renforcé, selon lui, l'utilité des initiatives stratégiques. Il est clair que l'IRSCIP a consolidé la capacité de recherche sur la grippe et sur la préparation à une pandémie. Le Dr Ouellette a indiqué que certains des projets plus pratiques continueront d'avoir besoin de fonds ciblés et que comme la grippe saisonnière et la préparation en vue d'une pandémie sont des questions permanentes, les IRSC continueront de poursuivre leurs efforts en vue d'obtenir des fonds dans ces domaines. Le Dr Ouellette a clôturé la rencontre en remerciant le Comité organisateur et le Secrétariat de leurs efforts et a souhaité à tous les participants un bon voyage de retour.
Évaluation de la rencontre
Les participants et les organisateurs ont été très satisfaits du caractère collégial et fructueux de la rencontre. La plupart des participants ont déclaré que cette rencontre avait brossé un excellent portrait des résultats de recherche. Chacun des trois types de séances (plénières, en groupes restreints et présentation par affiches) avait contribué à leur expérience positive générale (annexe 9).