Profil de recherche - Au delà des apparences : à la recherche d’un vaccin pour traiter le mélanome
[ Retour à l'article principal ]La mise au point d'un vaccin pour la prévention du cancer est le Graal des chercheurs du monde entier. Mais si le Graal demeure hors d'atteinte, les vaccins contre certains types de cancer – dont le mélanome – sont à portée de main.
De plus en plus, les chercheurs se penchent sur les défenses naturelles de l'organisme comme meilleur outil pour combattre le cancer, si seulement ils arrivent à déclencher une réaction immunitaire. Des chercheurs financés par les IRSC dans diverses régions du pays utilisent des approches différentes dans leur quête commune d'un vaccin qui stimulerait le système immunitaire en vue de le mobiliser pour détruire les cellules cancéreuses qui s'étendent à tout l'organisme dans les stades avancés du cancer de la peau.
En bref
Qui : Dr Réjean Lapointe, professeur à la Faculté de médecine du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Institut du Cancer de Montréal
Dr Jan Dutz, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique, scientifique au Child and Family Research Institute et au Vancouver Coastal Health Research Institute
Question : Au stade avancé, le mélanome (ou cancer de la peau) est incurable. Des chercheurs de Montréal et de Vancouver utilisent différentes approches pour mettre au point un vaccin qui traiterait le mélanome, grâce à des adjuvants, ou « auxiliaires », qui stimuleraient l’immunité.
Approche : À Montréal, le Dr Lapointe travaille avec son collègue Denis Leclerc, de l’Université Laval, pour tester un virus provenant du papayer combiné à des antigènes associés aux tumeurs. L’ajout du virus du papayer déclenche une réaction du système immunitaire pour combattre les cellules cancéreuses. À Vancouver, le Dr Dutz détermine quelles sont les protéines qui serviraient à la mise au point de vaccins potentiels contre le mélanome, et il teste les produits chimiques qui peuvent être appliqués sur la peau pour stimuler le système immunitaire.
Impact : Cette recherche peut ultimement mener à la mise au point de composés qui renforceraient le système immunitaire et de vaccins expérimentaux contre le mélanome. Chaque année, selon la Société canadienne du cancer, environ 920 Canadiens meurent du mélanome et environ 5 300 nouveaux cas sont diagnostiqués.
Inspiration : Les Drs Dutz et Lapointe mentionnent des livres qu’ils ont lus quand ils avaient douze ans et qui ont influencé leur choix de carrière. Pour le Dr Lapointe, c’est À travers le microscope de Margaret Anderson; pour le Dr Dutz, c’est La guerre contre les microbes, de Paul de Kruif.
Au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, le Dr Réjean Lapointe, immunologiste, travaille avec son collègue, le Dr Denis Leclerc de l'Université Laval, à Québec, pour tester deux vaccins potentiels. Chaque vaccin combine un virus obtenu du papayer et des antigènes constitués de protéines anormales produites par des cellules tumorales. Ces vaccins reposent sur le principe selon lequel ils stimuleront le système immunitaire afin de repérer les protéines anormales et ainsi créer une réaction immunitaire qui ciblera et détruira les cellules cancéreuses des mélanomes.
Selon le Dr Lapointe, des données scientifiques solides montrent que la thérapie immunitaire détruit les tumeurs. Toutefois, jusqu'à maintenant, le traitement implique un protocole compliqué, difficile et coûteux qui fonctionne sur environ 50 % des patients.
« Nous devons maintenant simplifier le protocole et le rendre efficace pour une majorité de patients », ajoute Lapointe.
C'est la raison pour laquelle le Dr Lapointe est particulièrement emballé par l'utilisation par le Dr Leclerc du virus de la mosaïque du papayer.
Les particules pseudovirales dérivées du virus de la mosaïque du papayer ne nuisent pas aux cellules humaines, mais elles peuvent activer le système immunitaire. Les Drs Lapointe et Leclerc insèrent des antigènes associés aux tumeurs dans le virus et créent des vaccins expérimentaux. S'ils fonctionnent, les vaccins seraient moins chers à fabriquer que les vaccins actuels, qui sont pour la plupart cultivés dans des oeufs et prennent des mois à produire.
Les deux chercheurs testent en ce moment les vaccins expérimentaux sur les cellules cancéreuses humaines en laboratoire. S'il leur faudra encore quelques années avant d'effectuer des essais cliniques sur les humains, ils ont « réussi jusqu'à maintenant sur deux cibles différentes », affirme Lapointe.
À l'Université de la Colombie‑Britannique, à Vancouver, le Dr Jan Dutz s'affaire à tester un adjuvant, ou « auxiliaire », qui agirait conjointement au vaccin pour stimuler le système immunitaire et se servir de son processus naturel pour éliminer le mélanome métastatique, soit le cancer de la peau qui s'est étendu au-delà du site original de la tumeur. Éventuellement, le Dr Dutz pourrait également participer à la mise au point d'un vaccin expérimental.
Actuellement, son laboratoire utilise des produits chimiques qui sont appliqués sur la peau pour activer les lymphocytes T, dites cellules « tueuses », qui initient la réaction immunitaire de l'organisme aux virus ou, dans le cas du mélanome, aux cellules cancéreuses.
« Le concept est qu'au moment de l'injection du vaccin, l'application d'une crème près du site d'injection envoie un message à l'organisme qu'une infection s'est déclenchée, ce qui améliore la réaction au vaccin », affirme le Dr Dutz, dermatologue et rhumatologue.
Dans son laboratoire, le Dr Dutz applique une crème qu'il a mise au point pour renforcer la réaction immunitaire au site d'injection, puis il utilise la chimiothérapie sur des modèles animaux pour détruire les mélanomes. Il étudie ensuite les protéines ou les parties des protéines des tumeurs que le système immunitaire reconnaît. Son objectif est d'isoler les protéines qui entraînent une réaction immunitaire et de les utiliser dans la mise au point de vaccins.
Même si les méthodes des Drs Dutz, Lapointe et Leclerc peuvent également s'appliquer à d'autres types de cancers, ils se concentrent d'abord sur le mélanome puisqu'on sait déjà que la réaction immunitaire est essentielle dans la lutte contre cette maladie, qui est difficile à traiter dans les stades avancés. Il est aussi relativement facile pour les scientifiques d'évaluer la réaction immunitaire dans les cas de mélanome et d'observer toute régression. Selon le Dr Dutz, cela s'explique en partie parce que les traitements liés au système immunitaire qui sont efficaces contre les mélanomes engendrent presque toujours un vitiligo, surtout pour les modèles souris chez qui on a induit un mélanome. Le vitiligo est une maladie auto‑immune caractérisée par une anomalie de la pigmentation de la peau facilement observable.
« Si notre procédé fonctionne avec le mélanome, nous prévoyons l'appliquer à d'autres types communs de cancers – du sein, du rein ou du poumon », avance le Dr Lapointe.
Chaque année, selon la Société canadienne du cancer, près de 920 Canadiens meurent du mélanome et 5 300 cas sont diagnostiqués. Si cette recherche mène à un vaccin qui peut traiter le mélanome, des milliers de vies seront sauvées ici et dans le monde entier.
« Le mélanome est un cancer de la peau dont la prévalence augmente, et nous savons qu'il peut être mortel s'il n'est pas pris à temps, soutient le Dr Dutz. Chez certaines personnes, on observe une réapparition du mélanome [...] des années après l'ablation chirurgicale d'une première tumeur. »
Les Drs Lapointe et Dutz espèrent que leur approche pour stimuler le système immunitaire améliorera les chances de rémission des patients.
« La prochaine limite à franchir est la mise au point de vaccins qui induiront des réactions cellulaires durables », dit le Dr Dutz.
Le Dr Lapointe entrevoit bientôt des percées spectaculaires en immunothérapie contre le cancer.
« Dans les cinq à dix prochaines années, la Food and Drug Administration des États-Unis et Santé Canada devraient autoriser des composés qui contribueront à mobiliser le système immunitaire contre le cancer », affirme le Dr Lapointe.
« Si notre procédé fonctionne avec le mélanome, nous prévoyons l'appliquer à d'autres types communs de cancers – du sein, du rein ou du poumon. »
Dr Réjean Lapointe, Centre hospitalier de l'Université de Montréal