POP Nouvelles - numéro 24
[ PDF (0.98 MB) | Aide ]À l'intérieur de ce bulletin
- Message de la directrice scientifique
- Critique de livre sollicitée — Nudge : Improving decisions about health, wealth and happiness
- IRSC-ISPP-ACSP 2010 Événements marquants liés à la recherche en santé publique et des populations
- Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Janice Sargeant
- Cafés scientifiques de l'ISPP et l'ASPC en 2010
- Le coin des étudiants : Chris Connolly
- Ottawa célèbre 100 ans de santé publique au Canada
Message de la directrice scientifique

Bienvenue au premier numéro de POP Nouvelles de 2011. L'Institut a commencé la nouvelle année par une activité coparrainée tenue dans la salle du conseil municipal d'Ottawa. L'exposition de l'Association canadienne de santé publique, qui porte sur les douze plus grandes réalisations canadiennes effectuées dans le domaine de la santé publique au cours du siècle dernier, a été ouverte au public et j'ai annoncé officiellement les équipes gagnantes qui ont fait leur marque en matière de recherche en santé publique et des populations. L'allocution d'ouverture, devant une assistance nombreuse, a été prononcée par Debra Lynkowski, chef de la direction de l'Association canadienne de santé publique, Jim Watson, maire d'Ottawa, la Dre Vera Etches, médecin adjointe en santé publique de la ville d'Ottawa, et Krista Outhwaite, sous-ministre déléguée, Agence de la santé publique du Canada.
Félicitations aux quatre grands gagnants. Ces équipes ont toutes apporté une contribution exceptionnelle à la recherche en santé publique et des populations. Elles ont fait progresser la science et, ce qui est important, contribué à améliorer la santé des Canadiens. Nous invitons les personnes désireuses d'en apprendre davantage sur ces équipes exceptionnelles à consulter les articles consacrés à leur oeuvre, publiés dans la Revue canadienne de santé publique et accessibles dans le site Web de l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) à l'adresse.
Le colloque tant attendu sur la recherche interventionnelle en santé des populations (RISP) et l'atelier connexe ont eu lieu à Toronto à la fin de novembre 2010. Ces deux activités très réussies ont donné lieu à d'excellents exposés et à un dialogue stimulant entre des scientifiques de premier plan, des décideurs et des représentants d'organismes de financement de la recherche du Canada et d'ailleurs. On trouvera les points saillants de ces activités dans les comptes rendus qui devraient être diffusés dans les prochaines semaines sur notre site Web. Au cours d'un dîner sur invitation, la plupart de nos titulaires de chaire de recherche appliquée en santé publique étaient présents, ce qui a fourni l'occasion d'une discussion animée et fructueuse avec certains collègues de l'Agence de la santé publique du Canada. Nous planifions actuellement des activités de suivi des interventions touchant la santé des populations avec des partenaires étrangers et nous vous donnerons plus de renseignements dans les bulletins à venir.
Plusieurs membres de notre personnel ont travaillé à deux nouveaux recueils de cas dans le cadre des activités d'application des connaissances. De concert avec des collègues de l'Initiative sur la santé de la population canadienne (ISPC) de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), Emma Cohen a dirigé la rédaction d'un recueil de cas de recherche interventionnelle en santé des populations qui sera accessible en mars. De leur côté, Erica Di Ruggiero et Ashley Page collaborent, dans le cadre de l'Initiative de recherche en santé mondiale, à la création d'un deuxième recueil de cas faisant ressortir, par des exemples concrets, la valeur de cette recherche pour améliorer la santé et les systèmes de santé. Ce recueil, qui sera mis à la disposition commune des groupes chargés de la recherche et de l'élaboration des politiques et de la société civile, devrait être publié à la fin du printemps 2011. Nous vous donnerons des précisions à ce sujet dans le bulletin électronique mensuel.
En février et mars, après des mois de préparation, nous allons rencontrer les membres du comité d'examen international. À l'occasion de la réunion du conseil consultatif de l'Institut (CCI) de novembre à Vancouver, nous avons simulé un examen en prévision de la visite prochaine du comité d'examen à notre institut. Je tiens à remercier les Drs Morris Barer et John O'Neil qui ont accepté de jouer le rôle des examinateurs, de même que la Dre Penny Hawe qui a présidé l'examen simulé. Au cours de cet exercice très utile, le comité d'examen simulé a posé des questions intrigantes et le CCI a fourni une excellente rétroaction. Nous sommes impatients de rencontrer les examinateurs officiels et de leur décrire les réalisations de l'Institut et du milieu canadien de la santé publique et des populations. Le rapport et les recommandations du comité d'examen international devraient être publiés vers la fin de juin.
En conclusion, j'aimerais vous informer de l'arrivée et du départ de certains membres de l'équipe. Je tiens à remercier Ghisline Bourque qui a occupé le poste de directrice adjointe intérimaire en 2010 pour sa contribution à la bonne marche de l'Institut. Nous sommes ravis de retrouver à ce poste Julie Senécal déjà bien occupée par les nombreux portefeuilles de l'Institut demeurés actifs au cours des seize derniers mois. Je tiens aussi à remercier la Dre Marni Brownell qui vient de quitter le CCI après avoir apporté une importante contribution au sous-groupe consultatif de l'application des connaissances. Elle nous manquera.
Critique de livre sollicitée—Nudge : Improving decisions about health, wealth and happiness
Par Dre Patricia Martens
Directrice du Centre d'élaboration de la politique des soins de santé du Manitoba ; Chaire en santé publique appliquée IRSC / ASPC ; chercheuse scientifique principale et professeure agrégée, l'Université du Manitoba.
Nudge: Improving decisions about health, wealth and happiness.
Par R.H. Thaler et C.R. Sunstein
Yale University Press, New Haven, CT, 2008, 293 pages.
Les chercheurs en santé des populations sont initiés tôt aux concepts des interventions « en amont, intermédiaires et en aval » et au théorème de Rose :
- les changements les plus efficaces surviennent à l'échelle de la population lorsque des stratégies sont simultanément mises en place à toutes les étapes : interventions en aval (individuelles, soit cliniques, soit curatives), interventions intermédiaires (éducation et promotion) et interventions en amont (politiques publiques en matière de santé et milieu bâti);
- les petits changements qui affectent une grande population ont un impact extrêmement important du point de vue populationnel, et peuvent affecter la courbe normale tout entière (théorème de Rose);
- les mesures prises en amont sont les plus aptes à avoir un effet sur l'ensemble de la population; dans le cas des mesures intermédiaires, une partie de la population est parfois oubliée.
Nous devons donc privilégier des interventions en santé des populations qui sont efficaces pour tous. Et c'est là que les notions du livre Nudge pourraient être mises à profit.
Les interventions gouvernementales sont accueillies de manière très différente selon les personnes, les cultures et les pays. Par exemple, si on compare le Canada et les États-Unis, on note des différences bien évidentes sur le plan culturel, pour ainsi dire écrites dans nos gènes, dans notre constitution (comme dans la Loi constitutionnelle de 1867, anciennement connue sous le nom d'Acte de l'Amérique du Nord britannique [AANB]). Portons attention aux idées centrales exprimées dans la Déclaration d'indépendance américaine : la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Le contraste avec les valeurs canadiennes exprimées dans l'AANB est assez frappant : la paix, l'ordre et un bon gouvernement. Il est plutôt facile de déduire quels citoyens seront plus à l'aise avec l'utilisation de mesures législatives comme moyen de mettre en oeuvre des changements pour la promotion de la santé à l'échelle de la population! Il faut donc garder en tête que les mesures législatives seront accueillies plus ou moins aisément selon le lieu, l'époque et les populations concernées. Au cours des dernières décennies, des lois ont été promulguées sur l'âge légal pour boire de l'alcool, le port de la ceinture de sécurité et du casque de vélo, le tabagisme dans les lieux publics et même, plus récemment, le tabagisme à l'intérieur des véhicules lorsque des enfants sont présents. Et chaque fois, la voix de l'opposition s'exclame : « Ma liberté est sacrée : ne légiférez pas sur mon comportement! »
Née et élevée au Canada, politiquement au centre et, depuis plusieurs années déjà, chercheuse en santé des populations et intervenante en santé, je suis à vrai dire intrinsèquement très à l'aise avec le concept des politiques en amont. Toutefois, je dois tenir compte du fait que tous ne partagent pas mon point de vue. Par conséquent, comment peut-on mettre à profit les idées décrites dans Nudge pour encourager les interventions en santé des populations?
Voici une des raisons pour lesquelles j'ai tant aimé ce livre : il m'a donné des outils pour influencer ceux qui sont de nature plus libertaire. Richard Thaler est professeur en sciences du comportement et d'économie à l'Université de Chicago. Quant à Cass Sunstein, il est professeur de jurisprudence à l'École de droit et au Département de sciences politiques de l'Université de Chicago. Ainsi, bien que le livre soit rédigé dans un langage très accessible, il comprend une bibliographie fouillée et fascinante qui ravira le lecteur avide de consulter les études à l'origine des conclusions énoncées. Les auteurs définissent « nudge » comme une incitation subtile, ou tout aspect de l'architecture du choix qui provoquera un changement de comportement chez les personnes de manière prévisible, sans interdire aucune option ni beaucoup changer les incitatifs d'ordre économique (page 6 de la version originale). Le concept est fondé sur la notion d'architecture du choix : si les architectes construisent leur système selon ces préceptes, ils tenteront consciemment d'orienter les gens vers des choix qui améliorent leur qualité de vie.
Thaler et Sunstein emploient le terme « paternalisme libertaire » , qu'ils définissent comme une forme de paternalisme relativement faible, douce et peu intrusive, dont l'objectif n'est pas de bloquer ou de barrer les choix à éviter, ou d'y associer un fardeau important (page 5 de la version originale). Il n'est pas surprenant qu'ils tiennent à cet idéal de libertarisme, compte tenu de leurs racines à l'Université de Chicago et de l'importance qu'ils accordent à la liberté de choix individuel. Cependant, l'union des notions de libertarisme et de paternalisme s'approche de l'oxymore. Dans l'esprit des auteurs, le concept de paternalisme décrit le fait que, grâce à l'architecture du choix, les institutions (privées ou publiques) peuvent influencer la libre prise de décisions individuelles de manière à améliorer la qualité de vie des gens. En fait, il ne s'agit pas d'une notion nouvelle pour les chercheurs en santé des populations, qui travaillent depuis longtemps avec des concepts de milieu bâti et avec l'idée de « faire du choix facile le bon choix ». Nous connaissons bien certains enjeux, comme l'accès plus facile aux escaliers dans les bâtiments, la planification urbaine favorisant la marche ou les mesures visant à rendre les choix santé plus amusants (comme les escaliers en piano qu'on peut voir dans une vidéo à l'adresse thefuntheory.com). Ces exemples pourraient appartenir à la catégorie du paternalisme libertaire décrit par Thaler et Sunstein.
L'idée inusitée de faire des choix santé les choix par défaut est exploitée à profusion dans Nudge, qui prône l'adoption de mesures d'encadrement des choix qui incitent subtilement les gens à faire des choix santé. Les auteurs s'amusent à créer toute une panoplie d'exemples, de l'épargne et des investissements à l'assurance sociale, en passant par le mariage, les régimes d'assurance médicaments, la protection de l'environnement, la prévention des grossesses chez les adolescentes, l'abandon du tabac et le port du casque de moto. Tout cela peut en effet être influencé par l'incitation douce. J'ai particulièrement apprécié l'idée d'un correcteur de civisme pour les courriels, qui empêcherait, par une incitation subtile, l'envoi de messages de bêtises avant d'avoir pris le temps de se calmer (page 235 de la version originale).
L'incitation douce peut se révéler extrêmement efficace, et nous avons besoin d'étudier le principe plus en profondeur pour en comprendre les effets. Même si j'ai beaucoup apprécié le principe de base de l'ouvrage, j'ai parfois été déconcertée par le point de vue libertaire présenté. Poussé à l'extrême, le concept de paternalisme libertaire serait toujours préféré aux mesures législatives. Par contre, nous ne voulons certainement pas nier le pouvoir de ces mesures en tant qu'outil de promotion de la santé publique, car il s'agit probablement d'un des moyens les plus efficaces d'améliorer rapidement la santé des populations. Par exemple, la suggestion de Thaler et Sunstein d'encourager le port du casque de moto en en faisant une exigence supplémentaire pour l'obtention d'une couverture d'assurance maladie ne s'adapte pas très bien à un système de soins de santé universels qui doit maintenir l'équilibre entre les choix personnels et le coût pour la société en général. C'est pour cette raison que j'ai été soulagée de voir les auteurs prendre position au dernier chapitre, et affirmer qu'ils soutiennent une certaine forme de redistribution des richesses, ajoutant qu'une société morale sait faire des compromis entre la protection des moins fortunés et la promotion de l'esprit d'initiative et de l'autonomie (page 242 de la version originale).
En plus d'être extrêmement divertissant, ce livre peut stimuler la créativité des décideurs et des chercheurs, et les pousser à explorer la multitude de possibilités offertes par l'architecture du choix. Que pourrions-nous tenter de mettre en oeuvre? Est-ce que ça marche? Quels en sont les avantages? Au Canada comme partout dans le monde, nous travaillons tous à améliorer la santé de nos populations et à réduire les écarts socio-économiques. Peut-être que Thaler et Sunstein viennent d'ajouter un outil à notre arsenal.
IRSC-ISPP-ACSP 2010 Événements marquants liés à la recherche en santé publique et des populations
L'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada (ISPP des IRSC) en partenariat avec l'Association canadienne de la santé publique (ACSP) ont le plaisir d'annoncer le nom des lauréats du premier Initiative des événements marquants liés à la recherche en santé publique et des populations de 2010.
Les événements marquants liés à la recherche ont contribués de manière importante à l'avancement du domaine de la santé publique tant au Canada que sur la scène internationale ; ils sont pertinents par rapport à au moins une des 12 réalisations sélectionnées par l'ACSP (veuillez voir le site Web du centenaire de l'ACSP) ou à toute autre priorité relative à la santé des populations et à la santé publique ; ils manifestent l'originalité quant à la manière d'aborder un problème de santé publique ; ils ont permis d'importantes améliorations en matière de santé ou d'équité en santé ; et, ils ont eu une influence sur la recherche, les politiques ou la pratique. Ces événements marquants ont été déterminés suite à un concours et un examen par les pairs.
Dit Madame Debra Lynkowski, chef de la direction de l'ACSP, « Les événements marquants qui ont été sélectionnés soulignent la contribution extraordinaire de la recherche en santé publique et des populations sur la pratique en santé publique. Au Canada, nous sommes très chanceux d'avoir des chercheurs doués et dévoués qui travaillent au nom de la santé publique et des populations ; nous savons que les Canadiens bénéficient de leurs recherches à tous les jours. »
Dit Dre Nancy Edwards, directrice scientifique de l'ISPP, « Les Canadiens ont fait preuve de leadership dans le domaine de la recherche en santé des populations. Ces événements marquants sont autant de rappels de nos contributions de longue date dans ce domaine important, et ces chercheurs jouissent d'une excellente réputation. La pertinence des principes et des approches de la santé des populations est plus évidente que jamais si nous regardons nos problèmes les plus pressants en matière d'équité en santé au Canada et dans le monde. »
Ces événements marquants liés à la recherche sont publiés dans une section spéciale du numéro novembre/décembre 2010 de la Revue canadienne de santé publique.
Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Janice Sargeant

Dre Jan Sargeant et la Directrice du Centre de la santé publique et des zoonoses et professeure au Département de médecine des populations du Collège de médecine vétérinaire de l'Ontario, à l'Université de Guelph.
Les zoonoses transmises des animaux aux humains comptent pour environ 60 % des organismes infectieux reconnus comme pathogènes pour les humains et plus de 75 % des maladies infectieuses émergentes. Les pathogènes d'origine alimentaire, dont les animaux domestiques sont le principal réservoir, seraient responsables d'au moins 11 millions de cas de maladie par année chez les humains au Canada, au coût de plus de 3,7 milliards de dollars. Les éclosions de maladie peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour les collectivités, comme l'épidémie d'E. coli O157 à Walkerton (Ontario) en 2000, qui a été à l'origine de 6 décès et de 2000 cas de maladie. Même les zoonoses dont le potentiel de transmission à l'homme est très limité, comme l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), peuvent avoir un impact énorme sur la santé des Canadiens. La découverte du premier animal atteint d'ESB a eu des répercussions économiques pour les collectivités rurales, et par ricochet de graves conséquences pour la santé publique du fait de troubles de santé mentale. Les zoonoses à potentiel pandémique, comme le SRAS et la grippe aviaire, ont mis en relief la nature potentiellement catastrophique de ces maladies et la vulnérabilité de notre système de santé publique face à une épidémie importante. Le nombre et la rapidité accrus des voyages internationaux, la mondialisation des approvisionnements alimentaires et les empiétements continuels de l'homme et de l'agriculture sur les territoires vierges restants dans le monde font augmenter le risque de pandémies de zoonoses et la vitesse de transmission de ces maladies. En raison de la nature duelle de l'infection chez les animaux et les humains, la prévention et le contrôle des zoonoses passent par la collaboration et l'intégration des efforts entre les secteurs de la santé animale et des soins de santé humains et de la santé publique.
La Dre Sargeant est titulaire de la seule chaire en santé publique appliquée à être établie dans un collège vétérinaire. Son travail vise à intégrer les méthodes de recherche en santé humaine et animale, et à établir des collaborations intersectorielles. Bien que les de solides méthodologies de recherche et théories pour l'étude des zoonoses, de même que des interventions et des politiques pour les prévenir aient élaboré, et continuent d'élaborer, les approches de recherche varient entre les secteurs de la santé animale et de la santé humaine. Le fait d'intégrer à la fois les méthodes et les milieux renforcera notre capacité de combattre ces maladies.
Un exemple des avantages de l'intégration des méthodes de recherche, et un premier thème de recherche, serait l'apport à l'évaluation du risque fondé sur des données probantes. Dans les secteurs de la santé animale et de la salubrité des aliments, on a amplement recours à l'évaluation quantitative du risque pour quantifier le risque, évaluer et comparer les stratégies d'intervention, et se prononcer sur les importations d'animaux et de produits d'origine animale. La validité de ces modèles repose essentiellement sur les données utilisées. Dans les domaines de la santé publique et des soins de santé humains, les examens systématiques et les méta-analyses sont largement utilisés comme méthode se justifiant sur le plan scientifique pour résumer et quantifier la somme des connaissances scientifiques sur une question ou un sujet particulier. Toutefois, les examens systématiques étaient essentiellement inconnus dans le monde de la recherche en santé animale, hormis certains travaux en médecine des animaux de compagnie. C'est pourquoi la Dre Sargeant et ses collègues ont commencé à explorer le potentiel qu'offrait le recours à des examens systématiques pour résumer la littérature et produire des données pour l'évaluation des risques. Comme les interventions chez les animaux d'élevage sont presque toujours pratiquées au niveau du groupe, certaines modifications ont dû être apportées aux protocoles des examens systématiques. De plus, comme cela a été observé dans le domaine des soins de santé quand les examens systématiques ont commencé à être utilisés, la qualité des rapports des essais cliniques chez le bétail ou des études sur la salubrité des aliments posait d'importants problèmes. Des lignes directrices pour rendre compte des résultats des essais cliniques ont été élaborées pour les essais chez des personnes et des groupes de personnes; en revanche, les essais chez le bétail présentent certaines différences notables. Il y a entre autres les deux niveaux de « participants » (les propriétaires de bétail qui consentent à participer à l'essai et les animaux qui sont répartis dans les groupes de traitement) et l'affectation des interventions à des groupes d'animaux plutôt qu'à des individus. C'est ce qui a amené la Dre Sargeant et sa collègue Annette O'Connor (de l'Université d'État de l'Iowa) à diriger un projet d'élaboration de lignes directrices pour rendre compte expressément des essais chez des populations d'animaux d'élevage, y compris des études des interventions visant à assurer la salubrité des aliments à la ferme. La déclaration REFLECT a été copubliée en janvier 2010 dans cinq revues, une première en médecine vétérinaire.
À mesure qu'a évolué la recherche financée par l'entremise de la chaire en santé publique appliquée, notre centre d'intérêt est passé de la salubrité des aliments comme modèle particulier aux zoonoses en général. En raison de l'étendue et de la complexité des zoonoses, la priorisation de ces maladies aux fins de recherche et, potentiellement, d'élaboration de politiques, constitue un important enjeu. Un exemple de ce travail est une exploration de l'analyse conjointe, une méthode quantitative élaborée d'abord dans le secteur du marketing comme méthode de priorisation. Des groupes de consultation avec des chercheurs dans les domaines de la santé animale et de la santé publique et des représentants du grand public ont permis de dégager plus de 50 critères à considérer dans la priorisation des zoonoses.
Nous procédons actuellement à de vastes sondages conjoints auprès du public et des professionnels de la santé humaine et animale afin d'explorer l'importance relative de ces critères dans la priorisation des maladies et d'établir un système de notation pour les zoonoses. Les résultats seront utilisés pour dresser une liste ordonnée de zoonoses à prioriser. Fait intéressant, bien que les résultats soient préliminaires, il semble que les professionnels de la santé et le public ne classent pas dans le même ordre les critères considérés pour prioriser les maladies, et donc qu'ils prioriseraient les zoonoses différemment. Le sondage auprès de la population sera utilisé pour déterminer les questions qui préoccupent le plus le grand public, avec ce que cela implique pour la communication du risque de maladie et la sensibilisation du public. Le sondage auprès des professionnels de la santé renseignera les chercheurs et les organismes gouvernementaux sur la priorisation des zoonoses au Canada, et aura le potentiel d'orienter les politiques.
Ce ne sont là que quelques exemples de recherche entreprise par l'entremise de la chaire en santé publique appliquée. De nombreux étudiants du premier cycle et des cycles supérieurs ont participé à ces travaux, de même que des postdoctorants. Des scientifiques et des décideurs en santé publique humaine et animale ont aussi joué un rôle dans la recherche, et ces collaborations et réseaux nous permettront de continuer à bâtir des communautés et à travailler entre secteurs pour prévenir et juguler les zoonoses au Canada.
Cafés scientifiques de l'ISPP et l'ASPC en 2010
Café sur la littératie en santé, Bellaggio Cafe, Vancouver
(g. à d.) Madame Belinda Boyd, Madame Dace Starr, Dr Irving Rootman, Dre Ellen Balka
L'ISPP est très heureux d'avoir participé à deux cafés scientifiques en 2010 en collaboration avec l'Agence de la santé publique du Canada. Ces cafés portaient sur une diversité de sujets intéressants et controversés incluant la pauvreté des enfants et la littératie en santé. Ils ont eu lieu à Montréal et à Vancouver, respectivement, dans les deux langues officielles.
Voici un aperçu de ce qui a été discuté lors des deux cafés.
Café sur la pauvreté des enfants : Actuellement la mode pour combattre la pauvreté dans le monde est « l'activation » ; pas les paiements de transfert, pas l'aide sociale, mais le fait de participer au marché du travail de plein droit. Les pays qui réussissent à sortir les familles de la pauvreté ont des garderies de qualité, qui sont accessibles, et en quantité suffisantes, pour accompagner la participation des parents au marché du travail.
Café sur la littératie en santé : Notre dépendance croissante envers les technologies de l'information va-t-elle créé un fossé numérique où ceux et celles qui ont des compétences limitées en littératie de la santé éprouvent des difficultés croissantes à accéder à des informations exactes et vitales sur la santé? Quels sont les services communautaires dont nous avons besoin?
Le coin des étudiants : Chris Connolly

Chris Connolly, B.Sc. (microbiologie et immunologie, et études en développement international)
Boursier en politiques publiques, Institut des politiques sociales et de la santé
Université McGill
Revenu de sa ferme pour me rencontrer, le chef du village, encore vêtu de ses vêtements de travail, croise parfois mon regard en répondant à ma question sur un ton doux et patient. En écoutant mon traducteur me répéter ses mots, il hoche la tête en signe d'approbation, les yeux rivés vers l'entrée de sa maison aux murs d'argile.
« Nous avons appris que nous pouvons réduire la pauvreté. Nous avons appris que la pauvreté est responsable de certains décès et de la propagation de certaines maladies. À la suite de la formation, je me considère comme un pauvre. Et je réalise qu'il y a moyen de s'en sortir, d'évoluer par rapport à notre situation actuelle. »
C'était à l'été 2009, et je me trouvais dans une région rurale de l'est du Ghana, à titre de boursier en politiques publiques de l'Institut des politiques sociales et de la santé (IPSS), de l'Université McGill. Je me livrais à une étude de cas qualitative sous le thème de recherche de 2009 de l'IPSS : « Vers la pleine réalisation de l'égalité des droits par la participation ». J'observais le travail d'un organisme international appelé The Hunger Project (THP) dans l'expansion d'une stratégie communautaire visant à répondre aux besoins essentiels.
Je savais que, selon les théories et les études de cas existantes, le succès dans la mise en oeuvre de projets communautaires dépend de la prédominance des stratégies d'autonomisation dans les interventions (Mansuri et Rao, 2004; Ife, 2002). Cependant, la dimension institutionnelle de l'expansion de ces programmes d'autonomisation locaux et efficaces est mal comprise. Or, la compréhension est essentielle étant donné la complexité inhérente à l'extension de ces interventions à grande échelle, surtout dans les milieux interculturels et à faible revenu.
L'organisme THP m'a appris qu'à l'échelle locale, la promotion d'un réel engagement communautaire nécessite non seulement de rendre les gens mieux à même d'avoir des aspirations (comme le chef cité ci-dessus), mais aussi de s'assurer qu'ils ont la capacité de faire des choix efficaces et utiles — ce qui touche au sens véritable de l'autonomisation. Pour ce faire, les gens ont besoin : a) de biens collectifs et personnels pour choisir (c.-à-d. compétences, connaissances, ressources), et b) d'un environnement où les « règles du jeu » institutionnelles s'harmonisent pour rendre ce choix possible. Sur le plan organisationnel, cela requiert une culture d'apprentissage permanent et de flexibilité, où l'interaction constante de la théorie et de la pratique (praxis) est un principe d'organisation fondamental.
The Hunger Project et un certain nombre d'organismes — de l'échelle locale à l'échelle internationale — ont véritablement commencé à passer de la parole aux actes pour ce qui est d'engager les intervenants communautaires comme partenaires de développement. Nous devons cependant comprendre comment les organismes de mise en oeuvre peuvent promouvoir le genre de pratique communautaire réflexive nécessaire au soutien des processus communautaires organiques, de façon à réduire la portée des efforts mondiaux pour accroître celle de l'autonomisation au niveau local.
Il y a aussi des leçons à tirer pour les étudiants en santé publique qui agissent souvent comme agents de changement à l'échelle internationale ou en milieu autochtone. J'ai appris que, compte tenu de la nature incroyablement complexe et contextuelle du travail d'autonomisation, nous devons avoir une réflexion critique sur la façon dont nous, praticiens « externes » , pouvons soutenir autant que possible les processus communautaires significatifs favorisant l'autonomisation.
Références
- Mansuri, G., et Rao, V. (2004). Community-Based and -Driven Development: A Critical Review. The World Bank Research Observer, 19(1), 1-39.
- Ife, J. (2002). Community Development: Community-based alternatives in an age of globalisation, 2nd edition. Frenchs Forest, Australia: Pearson Education Australia.
Ottawa célèbre 100 ans de santé publique au Canada

Les conférenciers de la cérémonie d'ouverture (de g. à d.) : Dr Gregory Taylor et Krista Outhwaite (ASPC), Dre Vera Etches (Santé publique Ottawa), Debra Lynkowski (ACSP), Dre Nancy Edwards (IRSC-ISPP).
Des professionnels de la santé provenant de partout au Canada se sont réunis à Ottawa au début de janvier à l'Exposition : 100 ans d'histoire en santé publique, qui soulignait les 100 ans d'histoire de la santé publique au Canada et le centenaire de l'Association canadienne de santé publique (ACSP). Des chefs de file en santé publique des quatre coins du pays se sont exprimés lors de la cérémonie d'ouverture sur l'histoire de la santé publique au Canada, les réalisations dans le domaine et les dossiers chauds. Parmi les conférenciers présents figuraient le maire d'Ottawa Jim Watson, Debra Lynkowski, chef de la direction, ACSP, Krista Outhwaite, Sous-ministre déléguée, Agence de la santé publique du Canada, la Dre Vera Etches, médecin adjointe en santé publique de la ville d'Ottawa, et Nancy Edwards, directrice scientifique, Instituts de recherche en santé du Canada - Institut de la santé publique et des populations.
« Cette exposition sans pareil rappelle aux résidents de notre ville, le travail important qu'ont accompli au cours des 100 dernières années les professionnels dévoués de la santé publique » a déclaré le maire d'Ottawa Jim Watson. En effet, l'espérance de vie moyenne des Canadiens s'est accrue de plus de 30 ans depuis le début du XXe siècle, et nous devons au moins 25 de ces années à des initiatives du domaine de la santé publique.
« Les gens ne portent pas vraiment attention aux questions de santé publique, mais elles touchent tous les aspects de notre vie. De la planification familiale à l'amélioration de la santé des mères et des bébés, en passant par la lutte contre les maladies infectieuses et l'utilisation de ceintures de sécurité, les initiatives de santé publique sauvent des vies et aident les Canadiens à vivre plus longtemps, rappelle Debra Lynkowski, chef de la direction de l'ACSP. L'exposition met en vedette les grandes réalisations du domaine de la santé publique et nous montre à quel point le Canada a évolué au cours des 100 dernières années. »
L'exposition nous transporte à travers 100 années de progrès en santé publique, démontrant son importance et son impact fondamental sur la santé des Canadiens. L'Exposition : 100 ans d'histoire en santé publique célèbre nos réalisations historiques dans le domaine et rend hommage aux pionniers qui les ont rendues possibles.
« Cette exposition unique en son genre constitue un réel hommage aux efforts extraordinaires que déploient chaque jour les employés de Santé publique Ottawa, du domaine des soins prénataux à celui de la santé des aînés, des efforts qui affectent la vie de tous les résidents d'Ottawa, se réjouit la Dre Vera Etches. Une meilleure connaissance de l'évolution de la santé publique au Canada nous aidera à mieux servir la communauté et se reflétera dans notre réponse aux occasions et aux défis futurs. »
L'exposition a été présentée par l'Association canadienne de santé publique, en partenariat avec Santé publique Ottawa, l'Institut canadien d'information sur la santé, les Instituts de recherche en santé du Canada et l'Agence de la santé publique du Canada.
