Profil de recherche : Plus qu’une affaire de mémoire
Dre Sylvie Belleville
La plupart des gens constatent que leur mémoire commence à diminuer en vieillissant, mais il faut regarder au‑delà de la mémoire pour déterminer qui est à risque de développer la maladie d'Alzheimer.
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Voilà pourquoi une personne présente souvent déjà une grave atteinte au cerveau lorsque la maladie d'Alzheimer est diagnostiquée chez elle. Et cette atteinte est irréversible.
La Dre Sylvie Belleville, de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, veut trouver une façon de diagnostiquer la maladie plus tôt, et elle a de bonnes raisons de vouloir le faire, dit‑elle.
En bref
Qui : Dre Sylvie Belleville, Institut universitaire de gériatrie de Montréal
Question : La Dre Belleville cherche à reconnaître les personnes qui présentent les premiers signes de la maladie d'Alzheimer avant que celle-ci ne cause trop de dommages au cerveau.
Approche : La Dre Belleville utilise des tests simples de mémoire, d'attention et de perception pour distinguer les personnes qui ont une faible déficience cognitive de celles qui présentent les premiers signes de la maladie d'Alzheimer.
Impact : Le fait de reconnaître tôt les personnes qui présentent les premiers signes de la maladie d'Alzheimer signifie que des mesures peuvent être prises pour ralentir les dommages au cerveau.
D'abord, malgré l'absence actuelle de médication pour ralentir la progression de la maladie, rien n'indique qu'il en sera toujours ainsi. Et quand un médicament sera mis au point (voir les articles de cette série sur les efforts des Drs Donald Weaver et Lili‑Naz Hazrati pour mettre au point un médicament semblable), plus tôt on commencera à le prendre, plus il permettra de prévenir les dommages. Toutefois, même en l'absence d'un médicament, les gens peuvent faire beaucoup de choses dans leur mode de vie pour ralentir la progression de la maladie, comme l'activité physique et diverses formes de stimulation cognitive.
Le problème, c'est que presque tout le monde se plaint que sa mémoire flanche avec la vieillesse (quoique cette plainte puisse ne pas toujours être justifiée, d'après la Dre Belleville : des études montrent en effet que les changements dans la mémoire avec l'âge sont en réalité très minimes, et des tests révèlent un chevauchement considérable entre les jeunes adultes et les adultes âgées en santé pour ce qui est de la mémoire). Comment fait‑on alors pour distinguer les personnes qui n'ont qu'une légère déficience cognitive de celles qui présentent les premiers signes de la maladie d'Alzheimer?
La Dre Belleville a regroupé une série de tests qui, ensemble, permettent de prédire le sort d'au plus 80 % des adultes âgés qui y sont soumis — certains ne verront pas leur état changer, hormis une légère déficience cognitive, alors que d'autres présentent des résultats correspondant aux premiers signes de la maladie d'Alzheimer.
Des tests de mémoire standard font partie de l'ensemble, évidemment. Les sujets doivent ainsi répéter une courte histoire qui vient de leur être racontée. Et il y a aussi des tests d'attention, qui consistent à additionner et à soustraire en succession des nombres et à vérifier la souplesse mentale et la fonction d'exécution. Étonnamment, dit la Dre Belleville, les tests de perception sont aussi importants, des tests où les sujets doivent indiquer laquelle de deux lignes est plus longue, par exemple.
« J'ai été très surprise, parce que cela montre que si l'on veut créer un test sensible et propre à la maladie d'Alzheimer, il faut regarder au‑delà de la mémoire », dit‑elle.
La Dre Belleville est enchantée de ses conclusions, surtout en raison de la nature des tests.
« Il s'agit d'actes vraiment peu coûteux et non effractifs », explique-t‑elle. « Les cliniciens peuvent facilement les effectuer dans leur cabinet même. »
Aujourd'hui, la Dre Belleville poursuit deux buts. Elle veut d'abord s'assurer que les cliniciens savent que cette combinaison de tests permet de reconnaître les personnes chez qui la maladie d'Alzheimer en est aux tout premiers stades. Quand ses conclusions seront publiées, ce sera une priorité.
Elle veut aussi combiner son approche peu technologique à d'autres méthodes de haute technologie comme l'imagerie cérébrale pour mieux aider les 20 % de personnes dont les tests actuels ne permettent pas de prédire l'avenir. De même, dit‑elle, l'imagerie cérébrale aidera à déterminer les personnes atteintes de démence vasculaire en plus de la maladie d'Alzheimer.
« Nous avons eu tendance à examiner les cas « purs », dit‑elle, mais dans le monde réel, les gens ont plusieurs pathologies, comme la démence vasculaire et la maladie d'Alzheimer. »
L'étude
La maladie d'Alzheimer est une affection progressive, c'est‑à‑dire que les lésions au cerveau augmentent à mesure qu'elle évolue. Les premiers signes de la maladie, toutefois, sont très semblables à ce qui se produit dans le cours normal du vieillissement, d'où la difficulté d'un diagnostic précoce. La Dre Belleville suit des personnes qui se plaignent de problèmes de mémoire à leur médecin. Elle les soumet à une évaluation neuropsychologique, puis les revoit une fois par année pour savoir lesquelles développent la maladie d'Alzheimer. Elle consulte de nouveau les résultats des tests initiaux des patients pour voir si des facteurs quelconques qui étaient présents au début présageaient la progression de la maladie. Selon ce qu'elle a constaté, certains tests, y compris les tests de mémoire, d'attention et de perception, permettent ensemble de prédire avec justesse le sort d'environ 80 % des gens, qu'ils présentent seulement une légère déficience cognitive ou les premiers signes de la maladie d'Alzheimer.
« Il est relativement facile de diagnostiquer la maladie deux ou trois ans après son apparition. La difficulté, c'est de reconnaître la maladie d'Alzheimer tôt dans le processus. »
— Dre Sylvie Belleville, Institut universitaire de gériatrie de Montréal