Profil de recherche : Rien ne sert de courir

Dre Lili-Naz Hazrati 
Dre Lili-Naz Hazrati

Si fastidieuse qu'elle soit, la tâche de chercher littéralement parmi des milliers de gènes celui qui fera une différence demeure un travail nécessaire, qui n'était pas possible il y a 10 ans à peine.

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Ce travail pourrait ouvrir la voie à un traitement permettant de stopper net la progression de la maladie d'Alzheimer, plutôt que de simplement en traiter les symptômes.

C'est le but que poursuit la Dre Lili‑Naz Hazrati, neuropathologiste du Réseau universitaire de santé, Hôpital général de Toronto, et chercheuse principale au Centre Tanz de recherche sur les maladies neurodégénératives. Son approche pour atteindre ce but est toutefois quelque peu différente.

En bref

Qui : Dre Lili-Naz Hazrati, neuropathologiste, Réseau universitaire de santé, Hôpital général de Toronto

Question : À l'heure actuelle, aucun traitement ne ralentit ou n'enraie la progression de la maladie d'Alzheimer.

Approche : La Dre Lili-Naz Hazrati utilise des méthodes de la génomique et de la protéomique pour analyser le rôle de protéines et de gènes particuliers dans le maintien de la santé et de la vie des synapses quand survient la maladie d'Alzheimer.

Impact : Les travaux de la Dre Lili-Naz Hazrati conduiront à une meilleure compréhension des mécanismes moléculaires qui sous-tendent le dysfonctionnement des synapses dans la maladie d'Alzheimer et pourraient théoriquement déboucher sur une thérapie permettant de neutraliser ces mécanismes afin de ralentir ou d'enrayer la progression de la maladie.

La plus grande partie de la recherche sur la maladie d'Alzheimer porte sur la mort des neurones du fait de la maladie. La Dre Hazrati se concentre sur les synapses, qui établissent la jonction entre les neurones et permettent la communication entre eux.

« Si nous apprenons et que nous grandissons en passant du stade de l'enfance à l'état d'adulte, c'est parce que les synapses se renforcent, explique-t‑elle. Ce qui fait de nous ce que nous sommes, c'est la communication entre nos neurones. »

Même si les lésions que la maladie d'Alzheimer cause au niveau des neurones sont visibles (les protéines amyloïdes et tau qui sont mal repliées), la Dre Hazrati pense qu'elles peuvent avoir leur origine dans les synapses.

« Il ne fait aucun doute que les protéines amyloïdes et tau jouent un grand rôle dans la maladie », dit‑elle. « Les cerveaux sont très complexes, toutefois, et il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons voir. Les lésions causées par ces protéines pourraient en réalité être un aboutissement, le résultat d'autres changements que nous ne voyons pas. »

La Dre Hazrati utilise de multiples technologies du domaine de la protéomique, l'étude de la structure et de la fonction des protéines, pour examiner l'ARNm (ou ARN messager). Cette molécule joue un rôle important dans l'organisme, apportant des instructions à des protéines particulières. La chercheuse détermine quelles molécules d'ARNm sont actives chez les souris en santé, et lesquelles sont présentes ou absentes chez des souris génétiquement modifiées pour donner un modèle souris de la maladie d'Alzheimer, quelque chose qu'elle n'aurait pu faire il y a 10 ans à peine parce que la technologie n'existait tout simplement pas.

« Nous allons à la pêche, affirme-t‑elle, mais lorsque nous voyons les différences, nous pouvons les suivre et observer les changements qu'elles causent. »

Une autre partie essentielle de la tâche est de trouver comment les protéines et les gènes qu'elle met en évidence avec son équipe interagissent avec les protéines amyloïdes et tau, qui sont l'aspect visible de la maladie d'Alzheimer.

C'est un long travail, dit la Dre Hazrati, chaque étape devant être répétée au moins deux fois pour valider les conclusions. Quand ce sera fait, par contre, les chercheurs auront des cibles solides sur lesquelles intervenir.

« Procéder autrement serait risquer de se tromper de chemin », explique-t‑elle. « Sans validation et sans obtention d'un effet sur la maladie elle‑même, nous n'allons nulle part. »

L'étude

Le bris de communication entre neurones est une caractéristique de la plupart des maladies neurodégénératives, y compris la maladie d'Alzheimer. Cette communication est assurée par les synapses, et la perte de structure synaptique est le changement le plus fondamental dans les maladies neurodégénératives, y compris la perte de fonction cérébrale. Il y a beaucoup de choses que nous ne connaissons pas au sujet des mécanismes qui sous‑tendent la destruction des synapses, phénomène qui survient souvent par suite d'autres changements, comme la mortalité neuronale globale. La Dre Lili‑Naz Hazrati utilise de nouvelles technologies d'imagerie, de sciences moléculaires et de protéomique pour étudier les mécanismes sous‑jacents de la perte de synapses. Une meilleure compréhension de ces processus est essentielle en vue de la conception de stratégies de prévention et de traitement efficaces pour nombre d'affections neurodégénératives, dont la maladie d'Alzheimer.

« Si nous apprenons et que nous grandissons en passant du stade de l'enfance à l'état d'adulte, c'est parce que les synapses se renforcent. Ce qui fait de nous ce que nous sommes, c'est la communication entre nos neurones. »
 – Dre Lili‑Naz Hazrati, Réseau universitaire de santé, Hôpital général de Toronto